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Marc 9
SIX jours après, Jésus ayant pris Pierre, Jacques et Jean, les mena seuls avec lui sur une haute montagne à l’écart ; et il fut transfiguré devant eux.
Ses vêtements devinrent tout brillants de lumière, et blancs comme la neige, en sorte qu’il n’y a point de foulon sur la terre qui puisse en faire d’aussi blancs.
Et ils virent paraître Élie et Moïse, qui s’entretenaient avec Jésus.
Alors Pierre dit à Jésus : Maître ! nous sommes bien ici ; faisons-y trois tentes : une pour vous, une pour Moïse, et une pour Élie.
Car il ne savait ce qu’il disait, tant ils étaient effrayés.
En même temps il parut une nuée qui les couvrit ; et il sortit de cette nuée une voix qui fit entendre ces mots : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le.
Aussitôt regardant de tous côtés, ils ne virent plus personne que Jésus, qui était demeuré seul avec eux.
Lorsqu’ils descendaient la montagne, il leur commanda de ne parler à personne de ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme fût ressuscité d’entre les morts.
Et ils tinrent la chose secrète, s’entre-demandant ce qu’il voulait dire par ce mot : Jusqu’à ce que le Fils de l’homme fût ressuscité d’entre les morts.
Alors ils lui demandèrent : Pourquoi donc les pharisiens et les scribes disent-ils, qu’il faut qu’Élie vienne auparavant ?
Il leur répondit : Il est vrai qu’auparavant Élie doit venir, et rétablir toutes choses ; et qu’il souffrira beaucoup, et sera rejeté avec le même mépris qu’il a été écrit que le Fils de l’homme doit l’être.
Mais je vous dis qu’il est vrai aussi qu’Élie est déjà venu, selon ce qui avait été écrit de lui ; et ils lui ont fait souffrir tout ce qu’ils ont voulu.
Commentaire (versets 8 à 12) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 8 à 12 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
orig. (sur S. Matth.) Après la manifestation du mystère de la gloire sur la montagne, alors que les disciples en descendent, Jésus leur recommande de ne publier sa transfiguration qu'après le triomphe île sa mort et de sa résurrection. " Comme les disciples descendaient de la montagne, Jésus leur défendit, " etc.
S. chrys. (hom. 57 sur S. Matth.) Le Sauveur ne se borne pas à leur ordonner le silence ; il leur fait entendre qu'il doit souffrir la mort et que tel est le motif du silence qu'il leur recommande.
théophyl. Les hommes se seraient scandalisés d'entendre raconter des choses si glorieuses de celui qu'ils devaient voir mourir sur une croix : il ne convenait donc pas de leur faire connaître avant sa passion la gloire qui devait la suivre ; après la résurrection au contraire, ce mystère n'avait plus rien d'incroyable pour eux.
S. CHRYS. Les Apôtres, qui ignoraient le mystère de la résurrection, conservèrent la parole qu'ils avaient entendue, et elle fut pour eux un objet de discussion : " Ils retinrent cette parole en eux-mêmes. "
S. jér. Cette observation, qui est personnelle à saint Marc, signifie que quand la mort aura été absorbée dans la victoire, tout ce qui aura précède sera mis en oubli (1 Co 15, 54 ; Is 65, 17 ; 25, 8 ; Ap 21, 4). " Et ils demandèrent à Jésus : Que veulent donc dire, " etc.
S. chrys. Voici, ce me semble, l'intention des Apôtres, en faisant au Sauveur cette question : " Nous avons vu Elie avec vous, mais nous vous avons vu avant de voir Elie ; et cependant les scribes enseignent qu'Elie apparaîtra avant le Messie ; ils nous ont donc trompés. "
bede. Ou bien les Apôtres, regardant la transfiguration, dont ils viennent d'être les témoins sur la montagne, comme la transformation glorieuse de JésusChrist, ils lui disent : Si c'est ici votre avènement glorieux, comment no voyons-nous pas votre précurseur ? Elie, en effet, avait disparu.
S. chrys. (hom. 58 sur S. Matth.) Et Jésus répond à leur question dans les paroles suivantes : " Lorsque Elie viendra, " etc. Il leur apprend donc qu'Elie viendra avant le second avènement ; car les Ecritures distinguent deux avènements, l'un qui a déjà eu lieu, et l'autre qui doit s'accomplir plus tard. Or, le Sauveur déclare qu'Elie sera le précurseur de ce second avènement.
bède. Elie rétablira toutes choses, comme Malachie l'a annoncé (Ma 4) : " Je vous enverrai mon prophète Elie, qui réconciliera le cœur des pères avec leurs enfants, et le cœur des enfants avec leurs pères ; " il acquittera aussi envers la mort, la dette dont sa vie prolongée a différé le paiement.
THEOPHYL. Le Sauveur combat ici l'opinion des pharisiens, qui prétendaient qu'Elie était le précurseur du premier avènement, et il en fait voir les inconvénients : " Et comment il est écrit, " etc., c'est-à-dire, lorsque Elie de Thesbé viendra, il pacifiera les Juifs, et les amènera à la foi, et c'est ainsi qu'il sera le précurseur du second avènement. Mais s'il doit être le précurseur du premier avènement, comment expliquer ce que dit l'Ecriture, que le Fils de l'homme doit souffrir ? Car de deux choses l'une : ou Elie n'est pas le précurseur du premier avènement, elles Ecritures sont véridiques ; ou il l'est réellement, et les Ecritures ne disent pas la vérité, lorsqu'elles déclarent qu'il faut d'abord que le Christ souffre, puisqu'elles ajoutent qu'Elie doit tout rétablir, qu'il ne restera plus un seul Juif incrédule, que tous ceux qui l'entendront, ajouteront foi à sa prédication.
BÈDE. Ou bien, ces paroles de Jésus, " comment est-il écrit, " etc., signifient de même qu'il est écrit dans un grand nombre de prophéties, que le Christ doit souffrir, de même quand Elie viendra, il sera l'objet du mépris des impies qui lui feront souffrir mille outrages. S. chrys. (hom. 58 sur S. Matth.) Le Sauveur vient d'affirmer qu'Elie serait le précurseur du dernier avènement ; il déclare en même temps que c'est Jean-Baptiste qui a été le précurseur du premier. " Mais je vous dis qu'Elie est déjà venu. " II donne à Jean le nom d'Elie, non qu'il eut été Elie en personne, mais parce qu'il avait rempli le ministère d'Elie et qu'il avait été le précurseur du premier avènement, comme Elie le sera du second.
théophyl. Jean avait été comme Elie, un censeur sévère, et, plein de zèle, un ami de la solitude ; mais les Juifs ont été moins dociles à sa parole qu'ils ne le seront à celle d'Elie ; ils l'ont mis à mort au milieu d'une fête criminelle, eu lui tranchant la tête, " ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu. "
S. chrys. Ou bien encore, ce sont les disciples qui demandent à Jésus le sens de cette parole de l'Ecriture, que le Fils de l'homme doit souffrir; " et Jésus leur répond : Jean est venu pour remplir un ministère semblable à celui d'Elie, et comme Elie, les Juifs l'ont maltraité ; de même le Fils de l'homme doit souffrir, comme les Ecritures l'ont prédit. "
Lorsqu’il fut venu au lieu où étaient ses autres disciples, il vit une grande multitude de personnes autour d’eux, et des scribes qui disputaient avec eux.
Aussitôt tout le peuple ayant aperçu Jésus, fut saisi d’étonnement et de frayeur ; et étant accourus, ils le saluèrent.
Alors il leur demanda : De quoi disputez-vous ensemble ?
Et un homme d’entre le peuple prenant la parole, lui dit : Maître ! je vous ai amené mon fils, qui est possédé d’un esprit muet ;
et en quelque lieu qu’il se saisisse de lui, il le jette contre terre, et l’enfant écume, grince les dents, et devient tout sec. J’ai prié vos disciples de le chasser ; mais ils ne l’ont pu.
Jésus leur répondit : Ô gens incrédules ! jusques à quand serai-je avec vous ? jusques à quand vous souffrirai-je ? Amenez-le-moi.
Ils le lui amenèrent ; et il n’eut pas plutôt vu Jésus, que l’esprit commença à l’agiter avec violence, et il tomba par terre, où il se roulait en écumant.
Jésus demanda au père de l’enfant : Combien y a-t-il que cela lui arrive ? Dès son enfance, dit le père ;
et l’esprit l’a souvent jeté tantôt dans le feu, et tantôt dans l’eau, pour le faire périr : mais si vous pouvez quelque chose, ayez compassion de nous, et nous secourez.
Jésus lui répondit : Si vous pouvez croire, tout est possible à celui qui croit.
Aussitôt le père de l’enfant s’écriant, lui dit avec larmes : Seigneur ! je crois ; aidez moi dans mon incrédulité.
Et Jésus voyant que le peuple accourait en foule, parla avec menaces à l’esprit impur, et lui dit : Esprit sourd et muet, sors de cet enfant, je te le commande, et n’y rentre plus.
Alors cet esprit ayant jeté un grand cri, et l’ayant agité par de violentes convulsions, sortit, et l’enfant demeura comme mort ; de sorte que plusieurs disaient qu’il était mort.
Mais Jésus l’ayant pris par la main, et le soulevant, il se leva.
Lorsque Jésus fut entré dans la maison, ses disciples lui dirent en particulier : D’où vient que nous n’avons pu chasser ce démon ?
Il leur répondit : Ces sortes de démons ne peuvent être chassés par aucun autre moyen que par la prière et par le jeûne.
Commentaire (versets 13 à 28) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 13 à 28 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
théophyl. Après avoir manifesté sa gloire à trois de ses disciples, Jésus-Christ vient retrouver les autres qui n'étaient point montés avec lui sur le Thabor ; " lorsqu'il fut retourné auprès de ses autres disciples, il les vit environnés d'une foule nombreuse. " Les pharisiens s'étaient empressés de profiter de la courte absence du Sauveur, pour aborder les disciples et essayer de les attirer à eux.
S. jér. Il n'y a point de repos pour l'homme sous le soleil (Qo 8, 23) ; les âmes basses sont victimes de leur jalousie (Jb 5, 2) ; les hautes montagnes sont frappées par la foudre ; l'assemblée des fidèles se compose, et de ceux qui, comme te peuple, recueillent avec foi l'enseignement, et de ceux qui, comme les scribes, sont pleins d'une orgueilleuse envie. " Et le peuple, à la vue de Jésus, fut saisi d'étonnement, " etc.
bède. Remarquons, que dans toutes les circonstances, les sentiments du peuple sont bien différents de ceux des scribes. Chez ces derniers, nous ne voyons aucun témoignage de piété, de foi, d'humilité, de respect, à l'égard du Sauveur ; le peuple, au contraire, à l'approche de Jésus, s'émeut, s'ébranle, et court au-devant de lui pour lui offrir ses hommages ; " Et étant accourus, ils le saluaient. "—THEOPHYL. Tel était le désir du peuple pour voir Jésus, qu'à son approche seule il s'empressait de lui offrir ses hommages. Suivant quelques interprètes, le visage de Jésus avait conservé de sa transfiguration un tel éclat, que la foule était attirée comme invinciblement à venir le saluer.—S. JER. La présence de Jésus jeta le peuple dans l'admiration et le saisissement, mais les disciples ne partagèrent pas cette impression, parce que l'amour bannit la frayeur (1 Jn 4). L'esclave est dominé par la crainte ; l'étonnement, la stupeur, sont naturels à l'insensé. " Et Jésus-Christ demanda : Quel est le sujet de vos discussions ? " Il veut par cette question, les faire parler pour les sauver, il nous engager à lui exposer dans un langage plein de confiance, le trouble qui agile notre âme.— S. chrys. L'objet de leurs discussions était sans doute l'impuissance où ils s'étaient trouvés, eux, les disciples du Sauveur, de guérir le démoniaque qui se trouvait au milieu d'eux ; c'est ce que donnent à entendre les paroles qui suivent : " Un homme élevant la voix, du milieu de la foule, dit : Maître, j'ai apporté mon fils, " etc.
S. chrys. (hom. 50 sur S. Matth.) Cet homme n'avait qu'une foi bien faible, comme le prouve cette parole du Sauveur : " O race incrédule ! " Et cette autre qu'il adresse à cet homme lui-même : " Si vous pouvez croire. " Cependant, quoique ce fût son manque de foi qui eût rendu impossible l'expulsion du démon, il ne craint pas d'en rejeter la faute sur les disciples. " J'ai prié vos disciples de le chasser, et ils ne l'ont pu. " Voyez la conduite insensée de cet homme au milieu de la foule, il adresse sa prière à Jésus, et il accuse en même temps ses disciples. Aussi le Seigneur lui impute-t-il à lui-même, en présence de tout le peuple, cette impossibilité dont il le rend responsable aussi bien que tous les Juifs qui étaient présents ; car un grand nombre d'entre eux s'étaient sans doute scandalisés, et avaient jugé sévèrement les disciples. " Jésus leur répondit : O race incrédule, jusqu'à quand serai-je avec vous ? jusque à quand vous souffrirai-je ? " paroles qui attestent et le désir qu'il avait de mourir, et l'ennui qu'il éprouvait de vivre au milieu d'eux. bède. Jésus est si loin de s'irriter contre cet homme, dont il blâme seulement le peu de foi, qu'il ajoute aussitôt : " Amenez-le moi. "
S. CHRYS. (hom. 58 sur S. Matth.) Notre-Seigneur permet ce qui arrive dans l'intérêt de ce pauvre père, afin qu'à la vue des tortures que le démon fait souffrir à son enfant, il fut déterminé à croire par le miracle qui allait le délivrer.
theophyl. Il permet que cet enfant soit ainsi tourmenté, pour nous faire connaître toute la fureur du démon, qui l'aurait fait mourir, si le Seigneur ne fût venu à son secours. " Et- il demanda au père : Combien y a-t-il de temps ? " etc.
bède. Que Julien soit ici confondu, lui qui ose soutenir que nous sommes nés sans aucune souillure, et que notre naissance a été aussi innocente que celle d'Adam. Pourquoi, en effet, enfant, a-t-il été, dès ses plus tendres années, l'objet de si cruels traitements de la part du démon, s'il n'était point souillé de la tache originelle, puisqu'il est certain qu'il n'était coupable d'aucun péché qui lui fût propre ?
la glose. Cet homme manifeste bien dans les termes mêmes de sa demande la faiblesse de sa foi : " Si vous avez quelque puissance. " Les disciples de Jésus n'ayant pu guérir son fils, il doute de la puissance du Maître lui-même, il ajoute : " Ayez pitié de moi, " pour exprimer l'état misérable de l'enfant qui souffre, et du père qui partage sa souffrance. " Jésus lui dit : Si vous pouvez croire, " etc.
S. jér. Cette expression, " si vous pouvez, " prouve l'existence du libre arbitre. Or, quelles sont toutes ces choses possibles à celui qui croit ? celles qui sont demandées avec larmes au nom de Jésus, c'est-à-dire, qui ont pour objet notre salut.
bède. Jésus fait à cet homme une réponse parfaitement en rapport avec sa demande : " Si vous avez quelque puissance, aidez-nous. " Oui, répond le Sauveur, " si vous-même vous pouvez croire. " Le lépreux qui criait avec persévérance : " Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir, " avait une foi bien plus vive, aussi est-elle magnifiquement récompensée par cette réponse : " Oui, je le veux, soyez guéri. " (Mt 8 ; Mc 1)
S. chrys. (hom. 58 sur S. Matth.) La réponse de Jésus-Christ signifie : Ma puissance est si grande, si étendue, que non-seulement je puis guérir votre fils par moi-même, mais donnez à d'autres cette même puissance ; croyez comme il faut, et vous-même vous pourrez le guérir, lui, et un grand nombre d'autres. C'est ainsi qu'il amenait à la foi celui qui, tout à l'heure, tenait un langage inspiré par l'infidélité. " Aussitôt le père élevant la voix, s'écrie avec larmes : Je crois, aidez mon incrédulité. "
victor d'antioche. Si ce mot : " Je crois ! " atteste une foi réelle, pourquoi ajoute-t-il : " Aidez mon incrédulité ? " c'est qu'il y a deux espèces de foi, la première qui n'est qu’une foi préparatoire, l'autre qui est parfaite. Cet homme qui commençait seulement à croire, suppliait le Sauveur de développer la foi dans son âme.
bède. La perfection n'est pas l'œuvre d'un instant ; celui qui veut y parvenir, doit, dans une conduite régulière, commencer par les petites choses, pour parvenir ensuite aux grandes ; la vertu, en effet, a des degrés différents, son commencement, son progrès, sa perfection. Comme donc la foi se développe, sous l'inspiration secrète de la grâce, par les degrés successifs de ses mérites, il arriva ici que, dans un seul et même temps, celui qui ne croyait pas encore parfaitement était à la fois incrédule et croyant.
S. jér. Cet exemple nous apprend encore que notre foi est toujours faible, tant qu'elle ne s'appuie pas sur le secours et l'aide de Dieu. Mais lorsqu'elle est accompagnée de larmes, elle obtient toujours l'accomplissement de ses désirs. " Et Jésus voyant le peuple accourir en foule, s 'empresser autour de lui, menaça l'esprit impur, et lui dit : Esprit sourd et muet, " etc.
théophyl. Jésus se contente de menacer l'esprit immonde en présence de la multitude qui accourt, parce qu'il ne voulait pas opérer le miracle sous ses yeux, pour nous apprendre à fuir l'ostentation.
S. chrys. A ces menaces, à ce ton de maître : " Je te le commande, " on reconnaît la puissance divine. Jésus ne se contente pas de dire : " Sors de cet homme ; " il ajoute : " Et garde-toi bien de rentrer en lui, " car le démon était toujours près de reprendre possession de ce jeune homme, parce que la foi du père était encore trop faible ; mais la défense expresse de Dieu était pour lui un obstacle insurmontable. " Alors cet esprit ayant jeté un grand cri, et l'ayant agité par de violentes convulsions, sortit, " etc. En présence de la véritable vie, le démon fut impuissant à donner la mort. BEDE. Celui que l'ennemi du genre humain avait comme frappé de mort, le Sauveur le guérit et le sauve en le touchant de sa main miséricordieuse. " Jésus l'ayant pris par la main, le releva. " Par cet acte de puissance, il prouve qu'il est véritablement Dieu ; et en le touchant à la manière des hommes, il démontre la réalité de sa nature humaine. L'insensé Manès prétend que Jésus ne s'est pas revêtu d'un corps véritable ; mais le Sauveur, en rendant par son toucher, la santé, la pureté, la lumière à tant de malades, a condamné son hérésie avant même qu'elle eut paru. " Et lorsque Jésus fut entré dans la maison, ses disciples, lui demandèrent : " Pourquoi n'avonsnous pu le chasser ? "
S. chrys. Comme ils avaient reçu le pouvoir de chasser les esprits immondes, ils craignaient d'avoir perdu cette grâce qui leur avait été donnée. " Jésus leur répondit : Cette espèce de démons, " etc.
theophyl. C'est-à-dire, les démons lunatiques, ou simplement toute espèce de démons. Il faut que celui qui désire être guéri, jeûne, ainsi que celui qui doit le guérir ; la prière n'est parfaite, que lorsqu'elle est accompagnée du jeune ; lorsque celui qui prie, ne se laisse point appesantit par la nourriture, mais pratique la vertu de sobriété. bede. Dans le sens mystique, nous apprenons ici que c'est sur les lieux élevés que le Seigneur découvre à ses disciples les mystères de son royaume, et dans les régions inférieures qu'il reproche an peuple son incrédulité, et qu'il chasse les esprits malins des corps qu'ils tour il fortifie, instruit, et châtie même les âmes encore charnelles et inintelligentes, et donne avec plus de liberté aux parfaits les enseignements de la vie éternelle.
théophyl. Ce démon est sourd et muet : sourd, parce qu'il ne veut pas entendre la parole de Dieu; muet, parce qu'il ne veut pas donner aux autres l'enseignement dont ils ont besoin.
S. jer. Le pécheur écume de folie, grince des dents par colère, et la paresse le dessèche. L'esprit mauvais déchire celui qu'il voit s'approcher du salut, et il bouleverse par des terreurs et des maux de tout genre, ceux qu'il veut engloutir dans son sein, comme il fit dans la personne de Job.
bêde. Souvent, en effet, lorsque, après avoir péché, nous voulons revenir à Dieu, cet antique ennemi de notre salut nous tend des pièges nouveaux et plus dangereux, afin de nous inspirer de l'aversion pour la vertu, ou de se venger de l'affront d'avoir été chassé.
S. GREG. (Mor., 10, 17.) Celui qui est délivré de la puissance de l'esprit impur, paraît comme mort; c'est-à-dire, que le chrétien qui a pu assujettir tous les désirs de la terre, voit s'éteindre en lui la vie des habitudes charnelles. Aux yeux du monde il paraît mort, et un grand nombre le tiennent réellement pour Mort, car dans l'ignorance où ils sont de la vie spirituelle, ils regardent comme tout à fait éteinte la vie qui ne court plus à la recherche des biens sensuels.
S. jér. Ce possédé, tourmenté dès son enfance, est le peuple gentil, chez qui on voit se développer, dès son origine, ce culte criminel des idoles, et qui, dans sa folie, alla jusqu'à immoler ses enfants aux démons. Le père dit que l'esprit malin précipita son enfant dans l'eau et dans le feu, et il exprime ainsi les deux principaux objets de l'idolâtrie des gentils, le feu et l'eau.
bede. Ou bien, ce démoniaque est l'image de l'âme, qui, souillée dès son origine de la tache du péché, n'en peut être purifiée que par la foi en Jésus-Christ et par sa grâce toute-puissante. Le feu représente le bouillonnement de la colère, et l'eau les voluptés charnelles dont le propre est de miner les forces de l'âme par les plaisirs du corps. Ce n'est pas à l'enfant qui souffre, mais au démon qui le tourmente, que Jésus adresse ses menaces ; il veut nous apprendre que celui qui désire corriger un pécheur doit aimer et consoler l'homme, et réserver pour le péché seul qu'il doit détruire ses réprimandes, sa haine, ses invectives. S. jêr. Le Seigneur attribue ici au démon les effets qu'il produit dans l'homme, en lui disant : " Esprit sourd et muet, " car jamais il n'entendra ni ne dira ce qu'entend et dit le pécheur pénitent. Le démon une fois sorti d'un homme, n'y rentre plus, si cet homme a soin de tenir son cœur fermé avec les clefs de l'humilité et de la charité, et s'il est garanti et protégé par la porte qui le met à l'abri de tout danger. L'homme qui est guéri paraît comme mort, car c'est aux âmes guéries du péché qu'il est dit : " Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ (Col 3).
théophyl. Dès que Jésus nous tient la main, c'est-à-dire, dès que la parole évangélique nous donne la force d'agir, nous sommes délivrés du démon. Car, vous le voyez, Dieu commence par nous aider, puis il demande notre coopération à sa grâce. " Jésus le releva, " dit l'Évangile, voilà la grâce divine ; et " le malade se tint debout ; " voilà la coopération de l'homme. BEDE. En enseignant à ses Apôtres le secret de chasser les démons les plus pernicieux, le Seigneur nous présente à tous une règle de vie : il nous apprend que nous triompherons des plus grandes épreuves, qu'elles aient pour auteurs les démons ou les hommes, par le jeûne et par la prière, et que le feu de la colère de Dieu tout prêt à châtier nos crimes, cédera lui-même à l'efficacité de ce remède tout-puissant. Par le jeûne, il faut entendre eu général l'abstinence, non-seulement d'aliments, mais de toute jouissance sensuelle, et même l’exemption de toute passion coupable. De même aussi la prière, prise dans sa généralité, ne consiste pas seulement dans les paroles dont nous faisons usage pour implorer la bonté divine, mais encore dans tous les actes inspirés par la foi et la piété, pour rendre hommage à notre Créateur, au sens de saint Paul, quand il dit (1 Th 5) : " Priez sans cesse. "
S. jer. La folie, qui a pour objet les jouissances de la chair, est guérie par le jeûne ; de même aussi la paresse est chassée par la prière. A chaque plaie il faut appliquer le remède convenable : ce n'est point par un remède appliqué sur le pied que l'on guérit l'œil malade. Ainsi donc, employez le jeûne contre les passions du corps, et la prière contre les maladies de l'âme.
Au sortir de ce lieu, ils traversèrent la Galilée ; et il voulait que personne ne le sût.
Cependant il instruisait ses disciples, et leur disait : Le Fils de l’homme sera livré entre les mains des hommes, et ils le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour après sa mort.
Mais ils n’entendaient rien à ce discours ; et ils craignaient de lui en demander l’éclaircissement.
Ils vinrent ensuite à Capharnaüm ; et lorsqu’ils furent à la maison, il leur demanda : De quoi disputiez-vous ensemble pendant le chemin ?
Mais ils demeurèrent dans le silence ; parce que le sujet de la dispute qu’ils avaient eue entre eux dans le chemin, avait été qui d’entre eux était le plus grand.
Et s’étant assis, il appela les douze, et leur dit : Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous, et le serviteur de tous.
Puis il prit un petit enfant qu’il mit au milieu d’eux ; et l’ayant embrassé, il leur dit :
Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit ; et quiconque me reçoit, ne me reçoit pas seulement, mais il reçoit celui qui m’a envoyé.
Commentaire (versets 29 à 36) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 29 à 36 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
théophyl. Aux prodiges, Jésus fait succéder un entretien sur sa Passion ; pour prévenir et combattre la pensée que c'est malgré lui qu'il a souffert. " Au sortir de ce lieu, ils traversèrent la Galilée ; et Jésus leur disait : Le Fils de l'homme sera livré, " etc.
bède. Aux événements prospères, Jésus-Christ mêle habituellement la prédiction d'événements fâcheux, afin que leur arrivée inopinée ne soit pas pour les Apôtres un sujet d'épouvante, mais qu'ils les trouvent préparés à les supporter courageusement.
théophyl. Après avoir rapporté la tristesse des Apôtres à cette nouvelle, l’Evangéliste ajoute ce qui devait les consoler : " Après que le Fils de l'homme aura été mis à mort, il ressuscitera le troisième jour ; " ainsi nous apprend-il qu'aux souffrances doit succéder la joie. " Les Apôtres n'entendaient rien à ces paroles, " etc.
bêde. Cette ignorance dans les Apôtres n'avaient pas précisément pour cause la lenteur de leur esprit, mais plutôt l'amour qu'ils portaient au Sauveur. Encore charnels, et incapables de comprendre le mystère du salut par la croix, ils ne pouvaient croire que celui qu'ils reconnaissaient pour le vrai Dieu, fût sujet à la mort. Ils l'avaient si souvent entendu parler dans un langage métaphorique, que dans la frayeur que leur inspirait l'annonce de sa mort, ils voulaient ne donner encore qu'un sens figuré à ce qu'il leur prédisait de la trahison dont il serait l'objet, et de la passion qui devait en être la suite. " Et ils arrivèrent à Capharnaüm. "
S. jer. Capharnaüm signifie lieu de consolation ; le sens de ce mot s'accorde parfaitement avec les dernières paroles de Jésus : " II ressuscitera le troisième jour après sa mort. " " Et lorsqu'ils furent entrés dans la maison, Jésus leur demanda : De quoi vous entreteniez-vous en chemin ? Mais ils ne répondirent rien. " —S. chrys. Saint Matthieu dit que ce lurent les Apôtres qui s'approchèrent de Jésus, et lui demandèrent : " Qui est, selon vous, le plus grand dans le royaume des cieux ? " Cet Evangéliste omet le commencement de ce récit ; il ne dit rien de la connaissance qu'avait le Sauveur des pensées et des paroles de ses disciples. On peut dire, il est vrai, que les Apôtres communiquaient à leur Maître tout ce qu'ils disaient ou pensaient même en son absence ; car tout lui était connu, comme s'il l'avait entendu, " Ils avaient, dans le chemin, disputé pour savoir quel était le plus grand parmi eux. " Saint Luc dit seulement que " cette pensée entra dans leur esprit. " Selon le récit évangélique, le Seigneur mit au jour la pensée et l'intention secrète renfermées dans leurs paroles.
S. jér. Il est assez naturel de s'entretenir eu chemin du pouvoir; un chemin en est une image frappante. On quitte le pouvoir comme on y est entré ; pendant même qu'on l'exerce, on le voit s'échapper ; et on ignore dans quel endroit, c'està-dire, quel jour on en sera dépouillé complètement.
bède. Cette dispute des Apôtres sur la prééminence paraît s'être élevée entre eux à l'occasion du choix que Jésus avait fait de Pierre, Jacques et Jean, pour les conduire avec lui sur la montagne, où ils s'imaginaient que leur Maître avait confié à ces trois disciples quelque secret; ils savaient aussi, d'après ce que dit saint Matthieu (Mt 16), que les clefs du royaume des deux avaient été promises à Pierre. Le Seigneur, qui voit leurs pensées, leur présente l'humilité comme remède de leur ambition ; et pour leur apprendre à ne pas rechercher l'autorité, il fait cette simple recommandation d'humilité : " S'étant assis, il appela ses douze Apôtres, et leur dit : Celui qui veut être le premier, il sera le dernier de tous. "
S. JER. Remarquez que c'est en marchant, que les disciples disputent sur la question de prééminence, et que Jésus s'asseoit pour leur enseigner l'humilité. Le travail et la fatigue sont le partage de ceux qui commandent, le repos celui des humbles.
S. chrys. Les disciples avaient un vif désir d'être honorés, glorifiés par leur divin Maître ; plus un homme est grand, plus il est digne de grands honneurs. Aussi le Sauveur ne réprime pas ce désir, il veut simplement qu'il soit tempéré par l'humilité.
théophyl. Il nous défend d'usurper injustement les honneurs, et il veut que nous n'y parvenions que par l'humilité. BEDE. A cette recommandation, Jésus joint l'exemple de la simplicité de l'enfance. " Et prenant un enfant, " etc.
S. chrys. (hom. 59 sur S. Matth.) Il leur met sous les yeux mêmes un modèle d'humilité et de simplicité ; car l'enfant ne connaît ni la jalousie, ni la vaine gloire, il est pur de toute ambition. Et il ne leur dit pas seulement : une grande récompense vous est réservée, si vous devenez semblables à cet enfant, mais il ajoute, si vous honorez, pour l'amour de moi, quiconque lui ressemblera : " Ayant embrassé cet enfant, il leur dit : Celui qui accueillera un de ses petits enfants, " etc.
bède. Le Sauveur recommande ici à ceux qui aspirent aux dignités, de faire à ses pauvres un digue accueil par honneur pour lui-même ; ou bien il leur recommande d'avoir la candeur de l'enfance, et d'être simples sans fierté, charitables sans envie, affectueux sans colère. Le baiser qu'il donne à cet enfant, nous apprend que c'est aux petits qu'il réserve son affection et ses embrassements. Il ajoute : " En mon nom, " c'est-à-dire, que la vertu qui, chez l'enfant, n'est autre chose qu'une inclination naturelle, doit être chez nous un acte de la raison fait au nom de Jésus-Christ. Enfin, quand il veut que nous le considérions lui-même dans la personne de l'enfant, ce n'est pas seulement de sa nature visible qu'il veut parler : " Celui qui me recevra, ce n'est pas moi qu'il reçoit, mais celui qui m'a envoyé, " etc. Il veut que ses disciples croient qu'il a la même nature et la même grandeur que son Père.
théophyl. Voyez de quel prix est l'humilité, elle attire dans l'âme, le Père, le Fils et le Saint-Esprit (Jn 14, 23 ; 1 Jn 4, 16).
Alors Jean prenant la parole, lui dit : Maître ! nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom, quoiqu’il ne nous suive pas ; et nous l’en avons empêché.
Mais Jésus lui répondit : Ne l’en empêchez pas : car il n’y a personne qui ayant fait un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi.
Qui n’est pas contre vous, est pour vous ;
et quiconque vous donnera à boire seulement un verre d’eau en mon nom, parce que vous appartenez au Christ, je vous dis en vérité, qu’il ne perdra point sa récompense.
Mais si quelqu’un est un sujet de scandale à l’un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attachât au cou une de ces meules qu’un âne tourne, et qu’on le jetât dans la mer.
Et si votre main vous est un sujet de scandale, coupez-la : il vaut mieux pour vous que vous entriez dans la vie n’ayant qu’une main, que d’en avoir deux et d’aller en enfer, dans ce feu qui brûle éternellement ;
où le ver qui les ronge ne meurt point, et où le feu ne s’éteint jamais.
Et si votre pied vous est un sujet de scandale, coupez-le ; il vaut mieux pour vous, que n’ayant qu’un pied vous entriez dans la vie éternelle, que d’en avoir deux et être précipité dans l’enfer, dans ce feu qui brûle éternellement ;
où le ver qui les ronge ne meurt point, et où le feu ne s’éteint jamais.
Et si votre œil vous est un sujet de scandale, arrachez-le : il vaut mieux pour vous, que n’ayant qu’un œil vous entriez dans le royaume de Dieu, que d’en avoir deux et être précipité dans le feu de l’enfer ;
où le ver qui les ronge ne meurt point, et où le feu ne s’éteint jamais.
Car ils doivent tous être salés par le feu, comme toute victime doit être salée avec le sel.
Le sel est bon ; mais si le sel devient fade, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous, et conservez la paix entre vous.
Commentaire (versets 42 à 49) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 42 à 49 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
bede. Notre-Seigneur vient de nous recommander de ne point scandaliser ceux qui croient en lui ; il nous avertit maintenant de nous tenir en garde contre ceux qui tenteraient de nous scandaliser, c’est-à-dire qui, par leurs paroles ou leurs exemples, nous pousseraient à notre ruine en nous faisant commettre le péché : " Si votre main est pour vous une occasion de péché, dit-il, coupez-la. "
S. chrys. (hom. 60 sur S. Matth.) Ce n'est pas des membres de notre corps que le Sauveur veut parler ici, mais de nos amis intimes, qui nous sont aussi chers et aussi nécessaires que les membres de notre corps ; rien de plus nuisible, en effet, qu'une liaison dangereuse.
bede. Ce que le Sauveur appelle notre main, c'est notre intime ami dont tous les jours nous réclamons les bons offices. Si cet ami veut attenter à la vie de notre âme, brisons tous les liens qui nous attachent à lui, car si durant cette vie nous nous attachons à un méchant, nous périrons éternellement avec lui ; c'est la vérité qu'expriment les paroles qui suivent : " II vaut mieux pour vous entrer dans la vie ayant un membre de moins. "
la glose. Cet homme à qui il manque un membre, c'est celui qui est privé du secours d'un ami ; il vaut mieux, sans avoir d'ami, jouir de la vie éternelle, que d'être précipité avec cet ami dans les flammes de l'enfer.
S. jer. Ou bien il vaut mieux entrer dans la vie éternelle étant mutilé, c'est-à-dire sans ce pouvoir, objet de vos désirs ambitieux, que d'être précipité avec vos deux mains dans le feu éternel. Le pouvoir a deux mains, l'humilité et l'orgueil ; retranchez celle de l'orgueil, et ne vous réservez que celle d'une autorité humble et modeste. S. chrys. Le Sauveur cite à l'appui ce témoignage du prophète Isaïe (Is 66, 24) : " Ou le ver qui les ronge ne meurt point, ou le feu ne s'éteint jamais. " Ce ver n'est pas un ver extérieur et sensible ; c'est la conscience qui déchire l'âme coupable, parce qu'elle n'a point fait le bien. Chacun sera alors son propre accusateur, par le souvenir de ce qu'il aura fait pendant sa vie ; c'est en ce sens que le ver ne meurt point.
bède. Le ver, c'est la douleur poignante qui accuse au-dedans ; le feu, c'est le supplice qui tourmente au dehors. Ou bien on peut voir dans le ver la pourriture de l'enfer, et dans le feu son ardeur dévorante.
S. aug. (Cité de Dieu, 21, 9.) Ceux qui prétendent que le feu et le ver désignent seulement le châtiment particulier de l'âme et non celui du corps, disent que les réprouvés sépares de Dieu sont brûlés par la douleur à laquelle est en proie une âme qui ressent un repentir tardif et infructueux ; cette douleur intérieure, disent-ils, est parfaitement représentée par le feu, selon les paroles de l'Apôtre (2 Co 11) : " Qui est scandalisé sans que je brûle ? " et par le ver, d'après ces paroles des Proverbes (Pr 25) : " Comme la teigne dévore les vêtements et le ver le bois, de même le chagrin déchire le cœur de l'homme. " Ceux qui soutiennent qu'il y a dans l'enfer un supplice pour l'âme, et un autre pour le corps, disent que le feu est la peine du corps, et que celle de l'âme est la douleur qui est semblable à un ver qui ronge. Cette interprétation est plus vraisemblable ; car il serait absurde de prétendre que dans l'enfer le corps ou l'âme seront exempts de souffrances. Cependant j'aime mieux penser que ces deux peines se rapportent au corps, plutôt que de soutenir qu'on ne peut lui faire application ni de l'une, ni de l'autre. Donc dans ces paroles de l'Évangile, il n'est pas question du supplice de l'âme ; on le déduit seulement comme conséquence, le corps ne pouvant souffrir sans que l'âme ellemême soit soumise à la douleur. Que chacun adopte l'interprétation qui lui paraît la plus probable ; qu'il dise que le feu est le supplice du corps, et le ver celui de l'âme, en conservant au feu son sens naturel, et prenant le ver dans un sens figuré ; ou bien qu'il applique au corps l'un et l'autre supplice. Car la toute-puissance du Créateur peut permettre miraculeusement que les êtres animés vivent dans le feu, qu'ils brûlent sans se consumer, qu'ils y souffrent sans mourir. " Et si votre pied vous scandalise, coupez-le, " etc.
bède. Le pied figure un ami, parce qu'il nous sert pour marcher et qu'il n'existe que pour notre utilité. " Et si votre œil vous scandalise, " etc. L'œil aussi représente un ami utile, vigilant, habile à découvrir les moindre dangers.
S. aug. (De l'acc. des Evang., 4, 6.) Une vérité ressort de ces paroles, c'est que souvent des hommes dévoués au nom chrétien, avant même d'appartenir à la grande famille chrétienne, rendent plus de services que d'autres qui, portant le titre de chrétiens et nourris des sacrements de l'Église, donnent cependant de si mauvais conseils qu'ils entraînent avec eux dans la damnation éternelle ceux qui ont le malheur de les écouter. Ce sont ces hommes que Nôtre-Seigneur compare aux membres du corps, à la main ou à l'œil qui scandalisent ; il veut que ces hommes soient impitoyablement retranchés du corps, c'est-à-dire de l'unité de l'Église, de sorte que nous entrions sans eux dans la vie, au lieu d'être précipités avec eux dans la mort éternelle. Les retrancher du corps, c'est refuser son assentiment à leurs mauvais conseil, c'est-à-dire à leurs scandales. Si leur perversion vient à se manifester aux âmes fidèles avec qui ils sont en relation, il faut briser tout lien avec eux et les exclure de la participation aux sacrements. Si au contraire ils ne sont connus que d'un petit nombre, si le plus grand nombre ignore leurs dispositions criminelles, il faut les tolérer avec patience, mais sans participer en rien à leur vie criminelle, et d'un autre côté, sans sacrifier pour eux la communion avec les bons. bède. Nôtre-Seigneur, qui vient trois fois de suite de parler de ver et de feu, pour nous déterminer à éviter ce terrible supplice, ajoute : " Tout homme sera salé par le feu. " Le ver naît de la corruption de la chair et du sang ; aussi sale-t-on la chair des animaux qu'on vient de tuer, afin que le sang étant absorbé, elle ne puisse produire de vers. Aussi tout ce qui est salé est à l'abri de la putréfaction. Mais ce qui est salé par le feu, c'est-à-dire couvert de feux assaisonnés de sel, nonseulement éloigne les vers, mais consume la chair elle-même. La chair et le sang produisent donc les vers, en ce sens que la volupté charnelle qui n'est pas repoussée par l'assaisonnement de la chasteté produit pour les impudiques la corruption éternelle. Voulez-vous éviter la puanteur de cette corruption ? Assaisonnez les membres de votre corps du sel de la continence, et que le sel de la sagesse préserve votre âme de toute souillure d'erreurs ou de vices ; car le sel signifie la douceur de la sagesse, et le feu la grâce du Saint-Esprit. Ces paroles : " Tout homme sera salé par le feu, " signifient donc que tout élu doit se préserver par la sagesse spirituelle de la corruption de la concupiscence charnelle. Ou bien il s'agit ici du feu de la tribulation qui aide le juste à perfectionner ses œuvres par la patience (Jc 3, 3). S. chrys. Ces paroles ont quelque analogie avec celle de saint Paul (1 Co 3) : " Le feu éprouvera l'ouvrage de chacun. " Les paroles qui suivent sont tirées du Lévitique (Lv 2) : " Et toute victime sera assaisonnée de sel. "
S. jér. La victime du Seigneur, c'est le genre humain tout entier ; icibas, il est assaisonné du sel de la sagesse, jusqu'à ce que la corruption du sang (qui conserve la pourriture et engendre les vers) soit détruite et qu'il soit purifié dans l'autre monde par les flammes du purgatoire.
bède. Nous pouvons encore considérer le cœur des élus comme l'autel de Dieu ; les hosties et les sacrifices qui doivent être offerts sur cet autel sont les bonnes œuvres des fidèles. Le sel doit entrer dans tous les sacrifices, c'est-à-dire qu'aucune œuvre n'est parfaitement bonne, si le sel de la sagesse ne l'a purifiée de la corruption de la vaine gloire ou des autres pensées mauvaises ou inutiles.
S. chrys. Ou bien ces paroles signifient que toute victime que nous offrons, soit la prière adressée à Dieu, soit l'aumône faite au prochain doit être salée de ce feu divin, dont le Sauveur a dit : " Je suis venu apporter le feu sur la terre. " (Lc 12, 49.) Il ajoute : " Le sel est bon, " c'est-à-dire le feu de l'amour divin ; mais si le sel s'affadit, c'est-à-dire s'il perd la saveur qui lui est propre, et à laquelle il doit d'être bon, comment lui rendrez-vous celte saveur ? Il y a en effet des sels qui ont de la saveur, image des âmes qui possèdent la plénitude de la grâce ; et il y a des sels fades, qui figurent les âmes où ne règne pas l'amour de la paix. bède. Ou bien le sel est bon, c'est-à-dire il est bon d'entendre fréquemment la parole de Dieu et de préserver les secrets de son cœur à l'aide du sel de la sagesse spirituelle.— théophyl. Comme le sel conserve les chairs et empêche les vers de s'engendrer ; ainsi la parole de celui qui enseigne, si elle a la puissance de dessécher les mauvaises humeurs, réprime les convoitises des hommes charnels, et empêche ce ver qui ronge éternellement de s'engendrer au fond de leur cœur. Mais si cette parole est fade, c'est-à-dire si elle n'a pas la puissance de dessécher et de conserver, où est le sel qui donnera l'assaisonnement ? - S. chrys. Ou bien, selon saint Matthieu, ce sont les Apôtres de Jésus-Christ qui sont le sel de la terre, en la préservant de la pourriture qu'y introduit l'idolâtrie et la corruption du péché. On peut encore entendre ces paroles en ce sens que chacun de nous est un sel dans la mesure de grâces qu'il reçoit. Aussi l'Apôtre unit-il la grâce et le sel, quand il dit : " Que vos paroles soit assaisonnées de sel dans la grâce de Dieu. " (Col 4) Enfin, Jésus-Christ est lui même un sel ; il a pu préserver la terre entière et produire même un grand nombre d'autres sels ; ceux de ces sels qui viendraient à se corrompre (car des sels bons aujourd'hui peuvent changer et devenir eux-mêmes des germes de pourriture), il faut les jeter dehors.
S. jer. Ou bien le sel affadi, c'est l'homme qui aime l'exercice du pouvoir, et qui n'ose réprimander le vice. Aussi le Sauveur dit-il : " Conservez en vous le sel, " etc., de manière que l'amour du prochain tempère l'amertume de la correction, et qu'il soit lui-même assaisonné par le sel de la justice.
S. grég. (sur Ezéchiel.) Ou bien le divin Maître a ici en vue ces hommes qui, élevés au-dessus de leurs frères par une science plus profonde, se séparent de leur société, et qui s'éloignent d'autant plus de la vertu de charité qu'ils font de plus grands progrès dans la science.
S. grég. (Pastoral.) Celui qui vient parler le langage de la science doit veiller soigneusement à ce que ses paroles ne brisent pas l'unité parmi les auditeurs, et à ne pas rompre imprudemment ce lien de l'unité en prétendant à la réputation de savant.
théophyl. Ou bien encore, celui qui s'attache au prochain par le lien de la charité a le sel recommandé par le Sauveur et par conséquent la paix avec son frère.
S. aug. (De l'acc. des Evang. 4, 6.) Saint Marc rapporte toutes ces paroles de Nôtre-Seigneur comme ayant été dites sans interruption les unes après les autres ; il en rapporte quelques-unes qu'on ne trouve dans aucun des trois autres Evangélistes, d'autres qui sont rapportées soit par saint Matthieu, soit par saint Luc, mais dans des circonstances différentes et dans un tout autre ordre. Je pense donc que Nôtre-Seigneur renouvelle ici les recommandations qu'il avait faites dans d'autres circonstances , parce qu'elles se rapportaient parfaitement à la défense qu'il venait de faire à ses disciples, de ne point empêcher un homme qui ne marchait pas avec eux ù sa suite de faire des miracles en son nom.
Commentaire (versets 1 à 7) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 1 à 7 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
S. jer. Après avoir confirmé le grand mystère de la croix, Jésus révèle la gloire de la résurrection, afin que, témoins de l'état triomphant de sa résurrection future, ses Apôtres fussent à l'épreuve des opprobres de la croix. " Et six jours après, " etc.
S. chrys. Saint Luc, en disant : " Huit jours après, " n'est point en contradiction avec, saint Marc ; car il comprend dans ces huit jours celui où si-lit cette prédiction et celui où elle s'accomplit. Or, pourquoi le Sauveur laissa-t-il s'écouler un intervalle de six jours ? C'était afin que dans cet intervalle le désir des Apôtres devînt plus vif et leur inspirai une vigilance et une attention plus grande pour les grandes choses qu'ils allaient contempler.
théophyl. Le Sauveur prend avec lui les trois têtes du collège apostolique : Pierre, qui a proclamé la divinité de Jésus et qui brûle d'amour pour lui ; Jean, le disciple bion-aimé ; enfin Jacques, le prédicateur courageux et le théologien que sa sainteté rendait tellement odieux aux Juifs qu'Hérode le fit mourir pour leur être agréable. S. chrys. Ce n'est pas dans une maison que Jésus révèle sa gloire à ses disciples ; il les conduit sur une haute montagne qui, par son élévation, était le symbole de la sublimité de la grandeur qu'il allait manifester.
tiiéophyl. Jésus-Christ les conduit à l'écart, parce qu'il allait leur révéler des vérités mystérieuses. Le mot transfiguration ne signifie pas que les traits de sa figure furent modifiés ; son visage resta le même, mais resplendit d'une lumière que la parole humaine ne peut exprimer.
S. chrys. Qu'on ne s'imagine donc pas voir un jour dans le ciel, soit dans la personne du Sauveur, soit dans celle des saints qui partageront l'éclat de sa gloire une transformation quelconque dans les traits du visage ; une clarté resplendissante viendra simplement s'ajouter à leur nature.
bède. Le Sauveur, dans sa transfiguration, n'a rien perdu de sa nature corporelle ; il nous a seulement découvert quelle sera la gloire que la résurrection devait communiquer, soit à son corps, soit aux nôtres. Après le jugement, tous les élus le verront tel qu'il a apparu à ses Apôtres sur le Thabor. " Ses vêtements devinrent éclatants, " etc.— S. grég. (Moral., 22, 7.) C'est-à-dire que les justes qui auront brillé sur la terre de l’éclat d'une vie sainte seront unis intimement au Sauveur dans la clarté immortelle du ciel ; car les vêtements figurent ici les justes que Jésus s'est attaché. " Elie leur apparut avec Moïse. "
S. chrys. (hom. 57 sur S. Matth.) Notre-Seigneur fait paraître Moïse et Elie, pour plusieurs raisons. L'opinion du peuple était que Jésus était Elie ou un des prophètes. Le Sauveur se montre à ses Apôtres conjointement avec Moïse et Elie pour leur apprendre la différence qui sépare le Maître de ses serviteurs.
Les Juifs avaient reproché à Jésus-Christ de violer la loi : ils l'avaient traité de blasphémateur, s'attribuant la gloire de Dieu son Père ; il fait paraître deux hommes célèbres par des vertus opposées à ces deux crimes : Moïse, qui a donné la loi ; Elie, qui a été l'Apôtre zélé de la gloire de Dieu, et la présence de ces deux hommes prouve que Jésus ne s'est rendu coupable ni contre Dieu, ni contre la Loi.
Moïse, qui a subi la mort, Elie qui en a été préserve jusqu'alors, déclarent en se rendant à l'appel du Sauveur qu'il est le Maître de la vie et de la mort. Leur présence signifie encore que l'enseignement des prophètes a été l'introduction à la doctrine de Jésus-Christ. Enfin elle met en évidence l'union des deux Testaments, ci montre comment, lors de la résurrection générale, les Apôtres se joindront aux prophètes et s'avanceront d'un commun accord au-devant de leur commun Maître. " Et Pierre dit à Jésus : Maître, il fait bon pour nous d'être ici," etc. BEDE. L'humanité transfigurée de Jésus et la présence de deux saints pendant un instant seulement a tant de charmes que Pierre s'efforce par ses prières d'obtenir la prolongation de ce bonheur ; que sera donc la félicité du ciel, où nous contemplerons la Divinité elle-même au milieu des chœurs angéliques. " Car il ne comprenait point ce qu'il disait. " Quoique Pierre, plongé dans un étonnement qu'explique la faiblesse de la nature humaine, ne sache pas ce qu'il dit, ses paroles ne laissent pas de manifester les sentiments de son âme : Car s'il ne comprend point ce qu'il dit, c'est parce qu'il oublie que le royaume que Dieu a promis à ses saints n'est point sur la terre, mais dans le ciel ; c'est qu'il ne s'est point rappelé que tant qu'ils seront enveloppés d'un corps mortel, ni lui ni les autres Apôtres ne pourront entrer en participation de cette vie immortelle ; c'est qu'il a oublié enfin que dans la maison du Père céleste toute construction humaine est inutile. Ajoutons qu'aujourd'hui encore ce serait une folie de prétendre faire une distinction entre la loi, les prophètes et l'Évangile, puisque ces trois objets forment un tout indivisible. S. chrys. Pierre ne comprenait pas non plus que la transfiguration n'avait pour objet que de donner à ceux qui en étaient les témoins une preuve de la véritable gloire du ciel ; que Moïse n'était point présent en corps et en urne ; que ce qui se passait là était une leçon donnée aux chrétiens qui devaient un jour s'éloigner du monde et habiter dans le désert. " La frayeur les avait jetés hors d'eux-mêmes. "
S. chrys. Cette frayeur avait fait sortir leur âme de son état ordinaire pour l'élever dans une région supérieure ; ils voyaient de leurs yeux Moïse et Elie, mais en même temps leur âme, comme soustraite par la contemplation aux impressions des sens, était tout absorbée par un sentiment tout céleste. thêophyl. Ou bien Pierre craint de descendre de la montagne, parce que le temps approchait où Jésus-Christ devait être crucifié, et il lui dit : " II nous est bon de demeurer ici, " dit-il, et de ne point nous aller mêler de nouveau à ce peuple. Si sa fureur contre votre personne les fait monter ici, nous comptons sur la puissance de Moïse lui a triomphé des Egyptiens, et sur celle d'Elie qui à sa parole a vu le feu descendre du ciel et consumer cinquante hommes.
orig. (Traité. sur S. Matth.) C'est de lui-même que saint Marc dit : " Pierre ne comprenait point ce qu'il disait. " Ces paroles signifient que dans l'égarement où se trouvait son esprit, Pierre était sans doute poussé par un esprit étranger, peut-être par cet esprit môme qui fit de lui un objet de scandale pour Jésus-Christ, lorsqu'il entreprit de détourner son divin Maître de souffrir la mort qui devait sauver le monde ; cet esprit séducteur veut encore ici, sous l'apparence du bien, détourner Jésus-Christ d'avoir compassion de la misère dus hommes, de venir à eux et de mourir pour les sauver. bede. Pierre avait demandé une tente matérielle ; Dieu lui donne pour abri un nuage, il lui apprend ainsi qu'après la résurrection les élus sont abrités sous les rayons glorieux de l'Esprit saint, et non plus sous le toit d'une habitation faite par la main des hommes. " Et il survint une nuée qui les couvrit. " Ils ont fait une demande indiscrète, et ils ne méritent pas que le Sauveur leur réponde ; c'est Dieu le Père, qui répond à la place de son Fils : " Une voix sortit de la nuée, et fit entendre ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, " etc.
S. chrys. (hom. 57 sur S. Matth.) C'est afin de bien persuader aux Apôtres que cette voix venait de Dieu lui-même, qu'elle sort d'une nuée dans laquelle Dieu avait coutume d'apparaître. Ces paroles : " Voici mon Fils bien-aimé, " attestent que le Père et le Fils ont une même volonté, et que, sauf la filiation, le Fils ne fait qu'un avec le Père qui l'a engendré.
bede. Ce grand prophète qui, d'après la parole de Moïse (Dt 18), doit venir au monde, et dont l'enseignement doit être écouté par tout homme qui veut être sauvé, c'est lui qui est venu, revêtu de notre chair et dont Dieu le Père recommande à ses disciples d'écouter la doctrine : " Et aussitôt, regardant autour d'eux, ils ne virent plus personne. " Le Fils vient d'être révélé, les serviteurs disparaissent aussitôt, afin que la parole du Père ne parût point s'adresser à eux (Ex 13, 21 ; 16, 10 ; 19, 9 ; 34, 9 ; 40, 32 ; Lv 16, 2 ; Nb 11, 25 ; 12, 5 ; Dt 31, 15). théophyl. Dans le sens mystique, après la consommation de ce inonde qui a été fait en six jours, Jésus, si nous sommes ses disciples, nous transportera sur une montagne élevée, c'est-à-dire dans le ciel, et là nous jouirons de la magnificence de sa gloire divine.
bède. Les vêtements du Seigneur, ce sont les saints qui, au ciel, brilleront d'un éclat tout nouveau. Le foulon, c'est celui à qui le Psalmiste adresse cette prière : " Lavez-moi de plus en plus clé mon iniquité, et purifiez-moi de mon péché ; " (Ps 1) car Dieu ne peut donner à ses fidèles sur la terre l'éclat qu'il leur réserve dans le ciel.
remi. (sur S. Matth.) Ou bien par le foulon, nous pouvons entendre les saints prédicateurs et ceux qui purifient les âmes sur la terre ; aucun d'eux ne peut vivre si saintement que la pureté de son âme ne soit ternie par quelque tache ; mais après la résurrection, ils seront purifiés de toutes les souillures du péché. La grâce de Dieu les revêtira d'une sainteté que ni les rigueurs de la pénitence, ni les exemples, ni l'enseignement des prédicateurs ne pourraient leur donner.—S. chrys. Ou bien encore, ces vêtements blancs, ce sont les écrits des Evangélistes et des Apôtres, écrits plus lumineux que tous les écrits des hommes, dont les interprètes ne pourront jamais atteindre la clarté.
ORIG. (Traité 3 sur S. Matth.) Enfin, nous pouvons désigner sous le nom de foulons sur la terre les sages de ce monde qui embellissent de l'éclat de leur génie leurs honteuses inventions ou leurs dogmes menteurs ; mais jamais les ressources de leur art ne pourront réaliser une oeuvre égale à la parole qui enseigne aux ignorants la splendeur des pensées divines renfermées dans les Ecritures, qui sont méprisées pourtant d'un si grand nombre. bede. La présence de Moïse et d'Elie, dont l'un a subi la mort (Dt 34) et l'autre a été transporté vivant dans le ciel (IV R 2) est le symbole de la gloire future de tous les saints. Le jour du jugement les trouvera ou vivants dans leurs corps, ou sur le point de sortir du tombeau où la mort les retenait depuis longtemps ; tous régneront avec Jésus-Christ.
théophyl. Ou bien leur présence signifie que dans la gloire céleste nous verrons la loi et les prophètes s'entretenant avec JésusChrist ; c'est-à-dire nous contemplerons la conformité des événements avec les prédictions inspirées par Jésus-Christ à Moïse et aux autres prophètes, et nous entendrons la voix du Père qui nous fera connaître son Fils en nous disant : " Celui-ci est mon Fils, " et en même temps une nuée lumineuse, c'est-à-dire l'Esprit saint, source de toute sagesse, nous couvrira de son ombre. bede. Il est à remarquer que le mystère de la sainte Trinité qui avait d'abord été révélé au baptême de Nôtre-Seigneur dans le Jourdain, est ici proclamé de nouveau dans sa glorification sur le Thabor, Dieu nous apprend ainsi que nous verrons et que nous louerons après la résurrection la gloire que nous professons par la foi dans le baptême. Et ce n'est pas sans raison que l'Esprit saint, qui avait d'abord apparu sous la forme d'une colombe, manifeste ici sa présence dans une nuée éclatante ; il veut nous enseigner dans quelle éclatante lumière nous contemplerons l'objet de notre foi, si nous avons fidèlement pratiqué ses enseignements dans la simplicité de notre cœur. Pendant que la voix du Père céleste se faisait entendre sur son Fils, les disciples ne voient plus que Jésus seul, parce qu'en effet, lorsque Jésus se sera manifesté à ses élus, Dieu sera tout en tous, comme le dit saint Paul (1 Co 15) : " De même que le Fils ne fait qu'un avec le corps, Jésus-Christ brillera éternellement en tout, et ne fera plus qu'un avec ses saints.