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Marc 10

JÉSUS étant parti de ce lieu, vint aux confins de la Judée par le pays qui est au delà du Jourdain ; et le peuple s’étant encore assemblé auprès de lui, il recommença aussi à les instruire, selon sa coutume.

Les pharisiens y étant venus, lui demandèrent pour le tenter : Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme ?

Mais il leur répondit : que vous a ordonné Moïse ?

Ils lui repartirent : Moïse a permis de renvoyer sa femme, en lui donnant un écrit par lequel on déclare qu’on la répudie.

Jésus leur dit : C’est à cause de la dureté de votre cœur qu’il vous a fait cette ordonnance.

Mais dès le commencement du monde, Dieu ne forma qu’un homme et une femme.

C’est pourquoi il est dit : L’homme quittera son père et sa mère, et il s’attachera à sa femme ;

et ils ne seront plus tous deux qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair.

Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint.

Étant dans la maison, ses disciples l’interrogèrent encore sur le même sujet ;

et il leur dit : Quiconque renvoie sa femme et en épouse une autre, commet un adultère à l’égard de celle qu’il a renvoyée ;

et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère.

Commentaire (versets 1 à 12) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 1 à 12 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

bède. Jusqu'ici saint Marc a rapporté les actions et les enseignements du Sauveur dans la Galilée ; il va maintenant nous présenter le récit de ce qu'il a fait, enseigné et souffert dans la Judée : d'abord, au delà du Jourdain à l'Orient : " Et Jésus étant parti de ce lieu, se dirigea vers les confins de la Judée, " etc. Puis en deçà du Jourdain, à Jéricho, à Béthanie, à Jérusalem. Tout le pays habité par les Juifs, porte le nom général de Judée, nom qui le distingue des nations voisines ; mais ou donne spécialement le nom de Judée à la partie méridionale de ce pays, pour la distinguer de la Samarie, de la Galilée, de la Décapole, et des autres provinces du même royaume.

théophyl. Jésus-Christ visite la Judée, dont il s'était souvent éloigné à cause de la jalousie des Juifs, parce que c'est là que sa passion devait s'accomplir. Cependant il ne s'avance pas encore jusqu'à Jérusalem, mais il demeure sur les confins, pour utiliser son ministère en faveur du peuple simple et sans malice, tandis que la malveillance des Juifs faisait de Jérusalem un centre de complots criminels. " Et le peuple, dit l'Evangéliste, s'assembla autour de lui, " etc. bede. Remarquez comme le peuple et les pharisiens sont animés d'intentions différentes ; le peuple s'assemble pour recueillir l'enseignement, et obtenir la guérison de ses malades, comme nous le rapporte saint Matthieu ; les pharisiens s'approchent du Sauveur pour le tenter et le perdre. " Les pharisiens s'approchant, " etc.

théophyi. Les pharisiens n'ont garde de s'éloigner de Jésus, dans la crainte que le peuple ne croie en lui, ils l'entourent continuellement, persuadés qu'ils viendront à bout de l'embarrasser et de le confondre par leurs questions. Celle qu'ils lui font eu ce moment, cache un double piége. Que le Sauveur réponde qu'il est permis, ou qu'il est défendu à un homme marié de renvoyer sa femme, ils ont à lui opposer un texte de la loi de Moïse, qui le contredit et le condamne. Mais Jésus, qui est la sagesse même, leur fait une réponse qui échappe aux filets dans lesquels ils veulent le faire tomber.

S. chrys. (hom. 63 sur S. Matth.) A cette question : " Est-il permis ? " II ne répond pas aussitôt, non, cela n'est pas permis ; ce qui aurait amené de l'agitation parmi eux, mais il veut leur opposer d'abord le texte de la loi, afin de les forcer à donner eux-mêmes la réponse qu'il se disposait à leur faire. " II leur répondit : Que vous a ordonné Moïse ? Moïse, disent-ils, a permis à l'homme de renvoyer sa femme, en lui donnant un écrit de répudiation. " Ils apportent cette permission donnée par Moïse, ou à cause de la question du Sauveur, ou pour soulever contre lui la colère de la multitude ; car les Juifs regardaient ce point comme indifférent, et rien n'était plus ordinaire parmi eux que cette conduite qu'ils croyaient autorisée par la loi. S. aug. (de l'acc. des Evang., 2, 62.) Peu importe à la vérité, que ce soit les Juifs qui, comme le rapporte saint Matthieu, entendant le Sauveur proclamer l'indissolubilité du mariage, et appuyer sa décision sur le texte même de la loi, l'aient interrogé sur l'écrit de répudiation autorisé par Moïse ; ou bien qu'il les ait amenés lui-même à lui faire cette réponse en les questionnant sur cet acte de répudiation, comme le dit saint Marc. L'intention du divin Maître était de n'expliquer l'autorisation accordée par Moïse, qu'après que les Juifs auraient l'eux-mêmes cité ce texte de la loi. Dès lors que les deux Evangélistes nous ont également fait connaître l'intention des personnes (intention qui doit déterminer le sens des paroles), peu importe une variante dans la manière de s'exprimer. On peut dire d'ailleurs avec saint Marc, que les Juifs commencèrent par demander au Sauveur s'il est permis de renvoyer son épouse, et qu'il leur demande à son tour ce que Moïse leur a ordonné ; sur la réponse qu'ils lui font, que Moïse le permettait en donnant un acte de répudiation, Nôtre-Seigneur leur répond, comme le rapporte saint Matthieu, en leur rappelant la loi donnée par Moïse, où l'on voit l'institution divine de l'union de l'homme et de la femme ; et c'est après cette réponse du Sauveur, qu'ils seraient revenus à leur première question, et lui auraient demandé : " Quel est donc le sens de l'autorisation donnée par Moïse. " S. aug. (contre Fauste, 19, 26.) Certes, il était loin d'approuver le divorce, le législateur qui réprimait la fougue d'un esprit trop prompt à désirer la séparation par la sage lenteur que demande la rédaction d'un acte ; car chez les Hébreux, les scribes seuls avaient le droit d'écrire l'hébreu. C'était donc devant ces sages interprètes de la loi, à qui il appartenait de dissuader d'une séparation trop peu fondée, que devait se présenter celui à qui la loi ne permettait de renvoyer sa femme qu'en lui donnant un acte de répudiation. Ceux qui pouvaient seuls rédiger cet acte, trouvaient dans la nécessité où on était de recourir à leur ministère, une occasion de donner un conseil utile, et de travailler à rétablir entre l'homme et la femme l'affection et la concorde. Si la haine était si forte, qu'il fut impossible de l'éteindre ou de l'apaiser, l'acte était rédigé, la loi jugeant que la séparation était devenue nécessaire, puisque la haine avait atteint un degré qui ne permettait pas aux conseils de la sagesse de rappeler les époux aux sentiments d'affection qu'ils se doivent mutuellement. Voilà pourquoi le Sauveur répond : " C'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse a fait cette ordonnance. " Quelle dureté, en effet, que celle qui ne se laissait ni vaincre ni adoucir, soit par les difficultés de cet acte, soit par les conseils des hommes justes et sages, qui cherchaient à faire renaître ou à réveiller dans ce cœur l'affection conjugale ?

S. chrys. Ou bien ces paroles : " A cause de la dureté de votre cœur, " signifient, qu'une âme libre de toute colère et de désirs mauvais, serait capable de supporter la femme la plus méchante ; mais si ces passions viennent à se développer et à exercer leur empire dans l’âme, elles deviendront le germe d'une infinité de maux, qui rendront souverainement odieux tout rapport entre les époux. Cette réponse justifie Moïse, qui leur avait donné cette loi et retourne contre eux l'accusation qu'ils semblaient porter contre lui. Mais comme l'explication que le Sauveur venait de donner, pouvait leur paraître sévère, il ramène leur attention sur la loi qui fut donnée dès l'origine. " Au commencement que le monde fut créé, Dieu forma un homme et une femme. "

bède. Il ne dit pas un seul homme et plusieurs femmes, ce qui était le but et la fin du divorce, mais " un seul homme et une seule femme, " pour exprimer l'unité du lieu conjugal.

S. chrys. (hom. 62 sur S. Matth.) Si l'intention de Dieu eût été que l'homme put renvoyer sa femme pour en épouser une autre, il aurait créé plusieurs femmes en même temps qu'un seul homme. Mais au contraire, nonseulement Dieu unit l'homme à une seule femme, mais il veut que, pour s'attacher plus complètement à elle, il abandonne même les auteurs de ses jours : " L'homme abandonnera son père et sa mère, dit Dieu par la bouche d'Adam, et il s'attachera à son épouse ; " cette expression, " il s'attachera, " indique assez nettement l'indissolubilité du mariage.

bède. Il faut dire la même chose de l'expression suivante, " il s'attachera à son épouse " et non à ses épouses. " Et ils seront deux dans une seule chair. "

S. chrys. (hom. 62.) C'est-à-dire, que, sortis d'une même racine, ils ne feront qu'un même corps. " C'est pourquoi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. "

bêde. La gloire et le bonheur du mariage est de faire de deux personnes une même chair ; et l'union de l'esprit avec un corps chaste, produit l'unité de l'esprit. S. chrys. (Ibid.) Nôtre-Seigneur tire enfin de ce qu'il vient de dire cette redoutable conclusion. Il ne dit pas seulement : " Ne séparez pas, " mais " que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. "

S. aug. (contre Fauste, 19, 29.) Les Juifs, en usant de la faculté du divorce, prétendaient s'appuyer sur l'autorisation donnée par Moïse ; et le Sauveur leur démontre que, d'après les livres de Moïse, l'homme ne doit point se séparer de sa femme. C'est ainsi que nous aussi, chrétiens, nous apprenons par le témoignage de Jésus-Christ lui-même, que c'est Dieu qui a créé et uni l'homme et la femme. Les Manichéens, qui ont nié cette vérité, sont condamnés, non-seulement par les livres de Moïse, mais par l'Évangile lui-même.

bède. Il n'appartient donc pas à l'homme de séparer l'homme de la femme ; c'est le droit de Dieu seul, qui les avait unis lui-même, en ne faisant de l'homme et de la femme qu'une seule chair. Quand l'homme abandonne sa première femme, par le seul désir d'en épouser une autre, c'est lui-même qui fait la séparation ; mais c'est Dieu qui en est l'auteur, lorsque cette séparation n'a pour motif que le désir de mieux servir le Seigneur, en ayant une femme comme n'en ayant pas.

S. chrys. Si c'est un crime de séparer les deux créatures que Dieu lui-même a unies, c'en est un beaucoup plus grand de chercher à séparer l'Église de Jésus-Christ, à qui Dieu l'a unie. théophyl. La réponse de Jésus-Christ aux pharisiens n'a pas résolu complètement les doutes des disciples, aussi l'interrogent-ils à leur tour : " Ses disciples l'interrogèrent encore dans la maison sur le même objet. "

S. jér. L'Evangéliste dit que les Apôtres l'interrogèrent une seconde fois, parce que leur question n'est que la répétition de celle des pharisiens, et qu'elle a pour objet l'état du mariage. Et cette répétition n'est pas inutile ; car la réponse que renouvelle le Verbe, loin de produire l'ennui, est un nouveau stimulant pour la faim et la soif. " Ceux qui me mangent, auront encore faim, et ceux qui ne boivent auront encore soif. " (Qo 24) Quand une âme a une fois goûte les enseignements de la sagesse, plus doux que le miel, son amour fait qu'elle y trouve une saveur délicieuse. Aussi le Sauveur s'empresse-t-il de renouveler l'instruction qu'il vient de donner : " Quiconque renvoie sa femme pour en épouser une autre, commet un adultère à son égard. "

S. chrys. Habiter avec une femme qui n'est pas la sienne, voilà ce que le Sauveur appelle un adultère ; cette seconde femme ne peut être la sienne après qu'il a abandonné la première ; il commet donc le crime d'adultère avec elle, c'est-à-dire, avec la seconde ; il en est de même de la femme à l'égard de son mari. Et si la femme se sépare de son mari et en épouse un autre, elle devient adultère. Séparée de son mari, elle ne peut donner ce nom à un autre homme, auquel elle s'unit. La loi avait défendu l'adultère public, mais le Sauveur proclame que tout adultère, ne fût-il ni public, ni connu d'un grand nombre de personnes, est contraire à la loi naturelle. bède. Saint Matthieu est plus explicite encore : " Quiconque abandonnera sa femme, hors le cas de fornication. " La séparation ne peut donc avoir lieu que pour deux causes ; la fornication, c'est la raison charnelle, ou la crainte de Dieu, c'est le motif spirituel qui en a déterminé un grand nombre à une séparation mutuelle. Mais aucun motif approuvé de Dieu ne peut autoriser un homme à s'unir à une autre femme, tant que vit la première. S. chrys. Saint Matthieu, en disant que Notre-Seigneur donna ces enseignements aux pharisiens, ne contredit pas saint Marc, qui rapporte qu'ils furent donnés aux disciples, car ils ont très bien pu être donnés aux uns d'abord, et ensuite aux autres.

Alors on lui présenta de petits enfants, afin qu’il les touchât ; et comme ses disciples repoussaient avec des paroles rudes ceux qui les lui présentaient,

Jésus le voyant s’en fâcha, et leur dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez point : car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent.

Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra point le royaume de Dieu comme un enfant, n’y entrera point.

Et les ayant embrassés, il les bénit en leur imposant les mains.

Commentaire (versets 13 à 16) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 13 à 16 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

théophyl. Après nous avoir fait connaître la malice des pharisiens qui tentaient le Sauveur, l'Evangéliste nous montre la foi vive de la multitude, persuadée que par la seule imposition des mains, Jésus-Christ attirerait les bénédictions sur les enfants qu'ils lui présentaient. " Alors on lui présenta de petits enfants, afin qu'il les touchât. "

S. chrys. (hom. 63 sur S. Matth.) Les disciples repoussaient ceux qui présentaient ces enfants, par égard pour la dignité de Jésus-Christ. " Les disciples repoussaient par de rudes paroles ceux qui les lui présentaient. " Mais le Sauveur voulant enseigner à ses disciples à fuir toute pensée d'orgueil, et à fouler aux pieds toute hauteur mondaine, accueille ces petits enfants, et déclare que le royaume des cieux leur appartient : " Et il leur dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les empêchez point, " etc.

orig. (Traité 1 sur S. Matth.) Si un disciple qui fait profession de la foi catholique, voit qu'on offre au Sauveur ceux que le monde considère comme des insensés, des hommes ignorés et misérables qui sont appelés pour cette raison de petits enfants, qu'il se garde bien de s'y opposer en accusant d'indiscrétion ceux qui veulent les présenter au Sauveur. Puis il exhorte ses disciples qui sont déjà des hommes faits à condescendre à tout ce qui peut être utile aux enfants, à se faire enfants avec les enfants pour les signer à Dieu, à l'exemple de celui qui étant Dieu lui-même, s'est humilié jusqu'à se faire enfant. " Car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. "

S. chrys. (hom. 62.) En effet, l'âme de l'enfant est libre de toute passion, et nous devons faire par le travail de la volonté ce qu'il fait eu suivant l'impulsion de la nature.

theophyl. Aussi ne dit-il pas : " Le royaume des cieux leur appartient, " mais " il appartient à ceux qui leur ressemblent, " c'est-à-dire, à ceux qui par des efforts constants parviennent à l'innocence et à la simplicité que les enfants ont par nature. L'enfant n'a point de haine, il agit sans malice, châtié par sa mère il revient près d'elle, il préfère aux vêtements des rois les habits grossiers dont elle le couvre ; ainsi, le chrétien docile aux inspirations de l'Église, sa mère, ne met rien au-dessus d'elle, pas même la volupté, cette reine, qui en asservit un si grand nombre. " Je vous le dis en vérité, ajoute le Sauveur, quiconque ne recevra point le royaume de Dieu, comme un petit enfant, n'y entrera point. "

bêde. C'est-à-dire, si vous n'avez point l'innocence et la pureté de cœur d'un enfant, vous ne pourrez entrer dans le royaume de Dieu. Dans une autre sens, Nôtre-Seigneur nous commande de recevoir comme un enfant le royaume de Dieu, c'est-à-dire, la doctrine de l'Évangile. Voyez l'enfant qui apprend, il ne contredit pas l'enseignement de ses maîtres, il ne cherche ni raison. ni discours pour leur résister, mais il reçoit avec docilité leurs leçons, et leur obéit avec respect. Ainsi devons-nous recevoir la parole de Dieu en lui obéissant avec simplicité et sans résistance. " Et les ayant embrassés il les bénit en leur imposant les mains. "

S. chrys. Admirez comme il les embrasse pour les bénir ; il semble dans sa bonté vouloir ramener jusque dans son sein sa créature qui s'en était séparée dès le commencement par sa chute ; il impose les mains aux enfants, comme signe de l'action de la puissance divine. La coutume d'imposer les mains existait avant lui, mais jamais elle n'avait eu l'efficacité que le Sauveur lui communique. Car il était Dieu, mais comme homme, il se conformait aux actions extérieures en usage parmi les hommes.

bede. Il embrasse et bénit es enfants pour nous apprendre que c'est sur les humbles d'esprit qu'il se plaît à verser sa bénédiction, sa grâce et son amour.

Comme il sortait pour se mettre en chemin, un jeune homme accourut, et se mettant à genoux devant lui, lui dit : Bon Maître ! que dois-je faire pour acquérir la vie éternelle ?

Jésus lui répondit : Pourquoi m’appelez-vous bon ? Il n’y a que Dieu seul qui soit bon.

Vous savez les commandements : Vous ne commettrez point d’adultère ; Vous ne tuerez point ; Vous ne déroberez point ; Vous ne porterez point de faux témoignage ; Vous ne ferez tort à personne ; Honorez votre père et votre mère.

Il lui répondit : Maître ! j’ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse.

Et Jésus jetant la vue sur lui, l’aima, et lui dit : Il vous manque encore une chose : allez, vendez tout ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; puis venez, et me suivez.

Mais cet homme, affligé de ces paroles, s’en alla tout triste, parce qu’il avait de grands biens.

Alors Jésus regardant autour de lui, dit à ses disciples : Qu’il est difficile que ceux qui ont des richesses, entrent dans le royaume de Dieu !

Et comme les disciples étaient tout étonnés de ce discours, Jésus ajouta : Mes enfants, qu’il est difficile que ceux qui mettent leur confiance dans les richesses, entrent dans le royaume de Dieu !

Il est plus aisé qu’un chameau passe par le trou d’une aiguille, qu’il ne l’est qu’un riche entre dans le royaume de Dieu.

Ils furent remplis d’un étonnement beaucoup plus grand, et ils se disaient l’un à l’autre : Et qui peut donc être sauvé ?

Mais Jésus les regardant, leur dit : Cela est impossible aux hommes, mais non pas à Dieu : car tout est possible à Dieu.

Commentaire (versets 17 à 27) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 17 à 27 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

bêde. Ce jeune homme avait entendu le Seigneur déclarer que ceux-là seuls seront dignes d'entrer dans le royaume des cieux, qui travaillent à ressembler aux petits enfants, il demande donc qu'on lui explique, non plus en paraboles, mais en termes précis quelles sont les œuvres méritoires de la vie éternelle. " Comme il sortait pour se mettre en chemin, une personne accourut, et se jetant à genoux devant lui, dit : Bon maître, que dois-je faire, je vous prie, pour acquérir la vie éternelle ? "

théophyl. J'admire ce jeune homme, qui, tandis que tous les autres ne viennent trouver le Seigneur que pour la guérison de leurs maladies, ne lui demande que la possession de la vie éternelle, malgré la pernicieuse passion de l'avarice qui, tout à l'heure, le jettera dans la tristesse. S. chrys. (hom. 63.) Ce jeune homme interroge le Sauveur comme s'il n’était qu'un homme ordinaire et un des docteurs des Juifs ; aussi Jésus-Christ ne lui répond que comme un homme. " Jésus lui répondit : Pourquoi m'appelez-vous bon, il n'y a que Dieu seul qui soit bon. " En parlant de la sorte, il ne prétend pas que les hommes ne puissent être bons, mais que leur bonté est nulle en comparaison de celle de Dieu.

bede. Ce Dieu qui seul est bon, ce n'est pas seulement le Père, mais le Fils qui a dit de lui-même : " Je suis le bon Pasteur, " (Jn 10), et le Saint-Esprit, dont le Fils a dit : " Le Père enverra du haut des cieux le bon Esprit à ceux qui le demanderont. " (Lc 11) La Trinité une fit indivisible, le Père, le Fils, le Saint-Esprit, sont un seul et unique Dieu bon. NôtreSeigneur ne nie donc point qu'il soit bon, mais il indique qu'il est Dieu ; il ne nie pas qu'il soit bon maître, mais il affirme que sans Dieu, nul ne peut être bon maître.

theophyl. Nôtre-Seigneur, par ces paroles, voulait élever les pensées de ce jeune homme jusqu'à le reconnaître pour Dieu. Elles renferment encore une autre leçon, c'est, lorsque vous devez conférer avec une personne, de vous garder de toute flatterie, et de tenir les yeux fixés sur Dieu, racine et source de toute bonté, et de lui rendre l'honneur qui lui est dû. bêde. La fidélité aux prescriptions de la loi donnait droit, non-seulement aux biens de la terre comme récompense, mais à la vie éternelle. Aussi, à ce jeune homme qui lui demande les conditions de la vie éternelle ; Jésus répond: " Vous connaissez les commandements : Vous ne commettrez point d'adultère, vous ne tuerez point, " etc. Voilà cette innocence de l'enfant que nous devons imiter si nous voulons entrer dans le royaume de Dieu. " Ce jeune homme lui répondit : Maître, j'ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse. " Ne supposons pas, comme quelques-uns, que ce jeune homme ait voulu tenter le Seigneur, ou qu'il ait exagéré le mérite de sa vie. Non, quelques il a dit simplement ce qu'elle avait été, comme le prouve ce qui suit : " Jésus le regardant l'aima, " etc. Or, s'il eût été coupable de mensonge ou de dissimulation, comment Jésus, le scrutateur des cœurs, aurait-il pu l'aimer ?

orig. L'affection que Jésus témoigna à ce jeune homme par le baiser qu'il lui donna atteste la vérité de ce qu'il venait de dire de sa fidélité à garder tous les commandements. Jésus pénétrant dans son âme en vertu de sa science divine, vit que ce témoignage ne pouvait sortir que d'une bonne conscience. S. chrys. Il n'est pas sans intérêt d'examiner comment Jésus a pu aimer un homme qui ne devait pas le suivre. Or, voici ce que l'on petit dire : quant à la première partie de sa vie où il avait observé toute la loi dès sa jeunesse, il était digne de l'amour du Sauveur; dans la seconde, il n'a point, il est vrai, embrassé la voie de la perfection, mais il n'a point mérité non plus de voir diminuer l'affection que Jésus lui avait témoignée. Il n'a point dépassé les limites de la faiblesse humaine en refusant de suivre Jésus-Christ, mais il ne s'est rendu coupable d'aucun crime, il a été fidèle observateur de la loi selon la mesure ordinaire, et c'est cette fidélité qui l'a rendu digne de l'amour de Jésus-Christ.

bêde. En effet, le Seigneur aime ceux qui accomplissent fidèlement les commandements de la loi, qui ne sont cependant que le moindre degré de la perfection, mais il ne laisse pas de montrer l'insuffisance de la loi pour ceux qui aspirent à la perfection, car il n'est pas venu détruire la loi, mais l'accomplir. " Et Jésus lui dit : II vous manque encore une chose : Allez, vendez toute ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel, puis venez et suivez moi. " Car tout homme qui veut être parfait, doit vendre ce qu'il possède, non pas en partie, comme Ananie et Sapphire, mais en totalité.

théophyl. Et lorsqu'il aura fait cette vente, il doit en distribuer le produit aux pauvres, et non pas aux histrions et aux débauchés. S. chrys. (hom. 63 sur S. Matth.) Ce n'est pas sans dessein que Nôtre-Seigneur promet à ce jeune homme, non la vie éternelle, mais un trésor : " Et vous aurez un trésor dans le ciel. " Il vient de lui parler du renoncement aux richesses et à tout ce qu'il possède, il lui apprend que les récompenses promises à ceux qui auront pratiqué ce renoncement, seront aussi élevées au-dessus des biens qu'ils auront quittés, que le ciel l'est au-dessus de la terre.

théophyl. Mais comme parmi les pauvres, il en est qui sont dominés par l'orgueil, par l'intempérance, ou par quelque autre inclination vicieuse, Notre-Seigneur ajoute : " Puis venez et suivez-moi. "

bède. Suivre NotreSeigneur, c'est l'imiter et marcher sur ses traces. " Mais ce jeune homme, affligé de ces paroles, s'en alla tout triste. "

S. chrys. L'Evangéliste nous fait connaître la cause de sa tristesse : " Car il avait de grands biens. " En effet, les dispositions de notre cœur sont différentes suivant que nous avons beaucoup ou peu de biens ; ajouter sans cesse de nouvelles richesses à celles qu'on possède déjà, c'est développer dans son cœur l'ardeur de la convoitise. " Alors Jésus jetant ses regards autour de lui, dit à ses disciples : Qu'il est difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le royaume des cieux ! "

theophyl. Il ne dit pas que les richesses soient mauvaises en elles-mêmes, mais ceux-là seuls sont mauvais qui ne les possèdent que pour les conserver. Cardans les desseins de Dieu, les richesses ne nous sont point données pour les garder et les conserver, mais pour les utiliser dans nos besoins et les faire servir à notre usage.

S. chrys. Or, Nôtre-Seigneur tient ce langage à ses disciples, qui étaient pauvres et dénués de tout, pour leur apprendre à ne pas rougir de leur pauvreté, et comme pour s'excuser à leurs yeux de l'indigence où il les laisse. " Et les disciples étaient tout étonnés de ce discours. " II est évident que pauvres qu'ils étaient, ils n'étaient affectés que ce qui intéressait le salut des autres. bède. Cependant, il y a une grande différence entre la possession et l'amour des richesses ; aussi Salomon ne dit pas : " Celui qui possède, " mais " celui qui aime les richesses, n'en retirera aucun fruit. " (Qo 5, 9.) C'est pour la même raison que Jésus explique à ses disciples étonnés la sens de la maxime qu'il vient d'émettre : " Et Jésus ajouta : Mes petits enfants, qu'il est difficile à ceux qui mettent leur confiance dans les richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! " Remarquez qu'il ne dit pas : Qu'il est impossible ! mais " qu'il est difficile ! " Car ce qui est impossible ne peut se faire en aucune façon, tandis que par de grands efforts, on peut triompher de toute difficulté.

S. chrys. Ou peut dire aussi que cette difficulté est ici une véritable impossibilité ; une impossibilité qui n'est pas ordinaire et dont il fait ressortir la grandeur par la comparaison suivante : " II est plus aisé qu'un chameau passe par le chas d'une aiguille, qu'il ne l'est à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. " —théophyl. Par chameau, il faut entendre, ou l'animal qui porte ce nom, ou ce gros câble dont on fait usage pour les grands navires.

bède. Comment donc voyons-nous, soit dans l'Évangile, Matthieu, Zachée, Joseph d'Arimathie ; soit dans l'Ancien Testament, un si grand nombre de riches qui ont entré dans le royaume de Dieu ? C'est que l'inspiration divine leur avait appris à compter pour rien leurs richesses, ou même à les abandonner entièrement. Dans un sens plus élevé, il est plus facile à Jésus-Christ de souffrir pour ses amis, qu'aux amateurs du siècle de se convertir à Jésus-Christ. C'est lui que nous devons voir sous l'emblème de ce chameau, parce qu'il a voulu porter sur lui le fardeau de nos péchés. L'aiguille signifie les traits perçants, c'est-à-dire, les douleurs aiguës de sa passion. Le trou de cette aiguille, ce sont les angoisses de sa passion dont il s'est servi pour remettre à neuf les vêtements usés de notre vieille nature : " Ils furent remplis d'un étonnement beaucoup plus grand, et ils se disaient l'un à l'autre : Qui peut donc être sauvé ? " Comme le nombre des pauvres qui peuvent être sauvés est incomparablement plus grand que celui des riches qui se perdent, il est évident que dans la pensée des Apôtres, il faut mettre au nombre des riches, tous ceux qui aiment les richesses, bien qu'ils ne puissent les acquérir. " Mais Jésus les regardant leur dit : Cela est impossible aux hommes, mais non pas à Dieu. " Ce qui ne veut pas dire que les avares et les orgueilleux puissent entrer dans le royaume des deux avec leur avarice et leur orgueil ; mais Dieu peut les convertir de la cupidité et de l'orgueil, à la charité et à l'humilité chrétienne. S. chrys. (hom. 63.) C'est là vraiment, suivant le Sauveur, l'œuvre de Dieu, c'est-à-dire que celui que Dieu appelle à cette vocation, a besoin d'un secours extraordinaire de la grâce. D'où nous pouvons conclure combien grande sera la récompense des riches qui auront consenti à suivre la divine sagesse de Jésus-Christ. théophyl. On peut encore donner un autre sens à ces paroles : " Cela est impossible aux hommes, mais non pas à Dieu. " C'est-à-dire que ce qui nous est impossible lorsque nos pensées sont toutes terrestres, nous devient possible lorsque nous écoutons Dieu. " Car toutes choses sont possibles à Dieu. " Toutes choses, c'est-à-dire tous les êtres, car le péché n'est pas un être, il n'a ni nature ni substance. Ou bien encore, le péché est le résultat non de la force, mais de la faiblesse, et il est impossible à Dieu aussi bien que la faiblisse. Mais Dieu peut-il donc faire que ce qui a été fait ne l'ait pas été ? Je réponds que Dieu est la vérité ; or, il est contraire à la vérité de faire que ce qui a été n'ait pas existé. Or, comment la vérité pourrait-elle agir contre la vérité ? Il faudrait, comme le disent quelques-uns, qu'elle commençât par détruire sa propre nature. Mais Dieu peut-il cesser d'être Dieu ? C'est une absurdité de le penser.

Alors Pierre prenant la parole, lui dit : Pour nous, vous voyez que nous avons tout quitté, et que nous vous avons suivi.

Jésus répondit : Je vous le dis en vérité, personne ne quittera pour moi et pour l’Évangile sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres,

que présentement dans ce siècle même il ne reçoive cent fois autant de maisons, de frères, de sœurs, de mères, d’enfants et de terres, avec des persécutions ; et dans le siècle à venir, la vie éternelle.

Mais plusieurs qui auront été les premiers, seront les derniers ; et plusieurs qui auront été les derniers, seront les premiers.

Commentaire (versets 28 à 31) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 28 à 31 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

la glose. Comme ce jeune homme était parti tout triste du conseil que le Sauveur lui avait donné d'abandonner tousses biens, les disciples de Jésus, qui avaient déjà mis ce conseil en pratique, s'empressent de l'interroger sur la récompense réservée à un sacrifice qu'ils regardent comme héroïque, puisque ce jeune homme qui avait accompli tous les préceptes de la loi, n'avait pu sans une grande tristesse entendre une doctrine aussi parfaite. Pierre interroge donc le Seigneur pour lui et au nom des autres disciples : "Alors Pierre, prenant la parole, lui dit : Voici que nous avons tout quitté pour vous suivre."

théophyl. Pierre a quitté bien peu de chose, et cependant il dit : " Nous avons tout quitté, " car il faut peu de chose pour nous rendre esclaves de la cupidité ; aussi on est heureux quand on a su le sacrifier. bede. Mais il ne suffit pas de tout abandonner ; aussi Pierre ajoute, ce qui est le caractère de la perfection : " Et nous vous avons suivi, " c'est-à-dire : Nous avons fait ce que vous nous avez commandé, quelle sera noire récompense ? La question de Pierre n'avait pour objet que les disciples, la réponse du Sauveur est générale : " Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, " etc. Il ne veut pas ici nous engager à abandonner nos parents, sans les assister; ni à nous séparer de nos épouses ; il nous apprend simplement à préférer l'honneur de Dieu à tous les intérêts du siècle.

S. chrys. (hom. 64 sur S. Matth.) Nôtre-Seigneur me paraît avoir voulu prédire indirectement les persécutions futures où l'on devait voir un grand nombre de parents entraîner leurs enfants dans l'impiété, et beaucoup de femmes leurs maris. Ces expressions : " Pour mon nom " ou " pour l'Évangile, " comme nous lisons dans saint Marc, ou " pour le royaume de Dieu, " suivant la variante de saint Luc, sont synonymes, car le nom de Jésus-Christ est la vertu de l'Évangile et du royaume de Dieu. L'Évangile est reçu au nom de Jésus-Christ, et c'est par son nom qu'on arrive à la connaissance et à la possession du royaume de Dieu. bede. Quelques-uns, à l'occasion de cette promesse : " Il recevra le centuple dès cette vie, " ont imaginé par une interprétation judaïque cette fable de mille ans accordée aux justes après la résurrection, où Dieu devait leur rendre le centuple de ce qu'ils avaient quitté pour Dieu, et leur donner ensuite la vie éternelle. Ils ne voient pas que si cette promesse peut s'accomplir sans inconvenance pour tous les autres objets, elle a quelque chose de honteux en ce qui concerne les femmes qui seraient rendues au centuple, d'après les autres Evangélistes, d'autant plus que le Seigneur nous déclare expressément qu'après la résurrection il n'y aura plus de mariage, et qu'il nous assure que les récompenses des sacrifices accomplis pour lui plaire, seront ici-bas mêlées de persécutions. Or, ils ont soin de bannir toute persécution des mille ans qu'il ont imaginés.

S. chrys. Cette récompense au centuple doit donc s'entendre de la communication et non de la possession, et le Seigneur a accompli cette promesse d'une manière bien supérieure au sens matériel.

theophyl. Dans une maison, une seule épouse s'occupe de la nourriture et du vêtement de son mari. Mais voyez les Apôtres, un certain nombre de femmes pourvoyaient à leur nourriture et à leurs vêtements, et les servaient. (1 Co 9) Ils eurent aussi autant de pères, autant de mères qu'il y avait de fidèles qui les aimaient. Pierre lui-même n'avait quitté qu'une seule maison, et les maisons de tous les fidèles étaient à sa disposition. Et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les saints jouiront de ce centuple jusqu'au milieu des persécutions qu'ils auront à souffrir. Aussi le Sauveur ajoute : " Les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers. " Les pharisiens, qui étaient les premiers, sont devenus les derniers. Ceux, au contraire, qui ont tout abandonné pour suivre Jésus-Christ, ont été il est vrai les derniers en ce monde, si l'on considère leurs épreuves et leurs afflictions ; mais ils seront les premiers par leur espérance en Dieu. bede. Ou peut entendre dans un sens plus élevé ces paroles : " II recevra au centuple. " Le nombre cent qui s'exprime en passant de la droite à la gauche, a pour signe caractéristique la même inflexion de doigts qui dans la main gauche désigne le nombre dix ; cependant il lui est de beaucoup supérieur en quantité. C'est ainsi que tous ceux qui ont méprisé les biens de ce monde pour le royaume de Dieu goûtent avec une foi ferme (He 11) les joies de ce royaume jusque dans cette vie pleine de persécutions, et dans l'attente de la céleste patrie, figurée par la droite, ils jouissent par avance de la félicité des élus. Le Sauveur ajoute : " Et plusieurs qui étaient les premiers seront les derniers, et plusieurs qui étaient les derniers seront les premiers. " Tous les jours, en effet, nous voyons de simples fidèles donner l'exemple des plus éminentes vertus ; et d'autres, pleins de ferveur au début de leur conversion, tomber dans la tiédeur, et, cédant à une paresse insensée, finir par la chair après avoir commencé par l'esprit.

Lorsqu’ils étaient en chemin pour aller à Jerusalem, Jésus marchait devant eux, et ils étaient tout étonnés, et le suivaient saisis de crainte. Et Jésus prenant à part de nouveau les douze disciples, commença à leur dire ce qui devait lui arriver :

Nous allons, comme vous voyez, à Jérusalem ; et le Fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres, aux scribes et aux sénateurs ; ils le condamneront à la mort, et le livreront aux gentils ;

ils lui insulteront, lui cracheront au visage, le fouetteront, le feront mourir ; et il ressuscitera le troisième jour.

Commentaire (versets 32 à 34) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 32 à 34 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

bède. Les disciples n'avaient pas oublié la prédiction que le Seigneur leur avait faite, de ce qu'il devait souffrir de la part des princes, des prêtres et des scribes ; aussi n'était-ce qu'avec un sentiment de crainte qu'ils prenaient le chemin de Jérusalem : " Or, ils étaient en chemin pour aller à Jérusalem et Jésus marchait devant eux. "— théophyl. Il veut nous montrer qu'il court au-devant de sa passion et qu'il ne refuse pas de souffrir la mort pour notre salut. " Et ils le suivaient, remplis d'étonnement et de crainte. "

bêde. Ils craignaient de partager la mort qui l'attendait, ou du moins ils redoutaient de voir succomber sous les efforts de ses ennemis celui dont la présence et les divines leçons faisaient toute leur joie. Or, le Seigneur, prévoyant le trouble que le spectacle de sa passion devait jeter dans l'âme de ses disciples, leur prédit à la fois les tourments de sa passion et la gloire de sa résurrection. " Et Jésus, de nouveau, prenant à part les douze, commença à leur dire, " etc.

theophyl. Il veut affermir le cœur de ses disciples qui, ainsi prévenus, devaient supporter plus facilement cette épreuve et ne pas s'en effrayer outre mesure, comme d'un malheur inattendu. Il veut encore les convaincre que sa mort est volontaire ; car celui qui prévoit sa mort, qui peut la fuir et ne la fuit pas, montre, avec évidence que c'est volontairement qu'il se livre à la mort. Il prend à part ses disciples, car il était juste que ce fût à ses amis les plus intimes qu'il révélât le mystère de sa Passion. S. chrys. (hom. 63.) Il leur prédit en détail toutes les circonstances de sa passion pour prévenir le trouble soudain qui se serait emparé d'eux à la vue d'une épreuve nouvelle qu'il ne leur aurait point fait connaître. " Voici que nous allons à Jérusalem et le Fils de l'homme, " etc.

la glose. " Le Fils de l'homme, " car c'est lui seul qui doit souffrir, la divinité est inaccessible aux souffrances. " Il sera livré (par Judas) aux princes des prêtres, aux scribes et aux anciens, et ils le condamneront à mort (le déclarant juridiquement digne de mort), et ils le livreront aux Gentils " (à Pilate, idolâtre). " Et ils l'insulteront " (les soldats de Pilate) ; " ils le couvriront de crachats, ils le flagelleront, et ils le mettront à mort. "

S. chrys. (comme précéd.) Pour adoucir la douleur qu'ils éprouveront de sa passion et de sa mort par l'espérance de sa résurrection, il ajoute : " Et il ressuscitera le troisième jour. " II ne leur avait pas caché le mystère de ses douleurs et de ses opprobres ; c'était pour eux un motif d'ajouter foi aux autres prédictions qu'il leur faisait.

Alors Jacques et Jean, fils de Zébédée, vinrent à lui, et lui dirent : Maître ! nous voudrions bien que vous fissiez pour nous ce que nous vous demanderons.

Il leur répondit : Que voulez-vous que je fasse pour vous ?

Accordez-nous, lui dirent-ils, que dans votre gloire nous soyons assis, l’un à votre droite, et l’autre à votre gauche.

Mais Jésus leur répondit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire, et être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ?

Ils lui dirent : Nous le pouvons. Et Jésus repartit : Vous boirez en effet le calice que je dois boire, et vous serez baptisés du baptême dont je dois être baptisé :

mais pour ce qui est d’être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n’est point à moi à vous le donner ; mais ce sera pour ceux à qui il a été préparé.

Commentaire (versets 35 à 40) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 35 à 40 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. chrys. Les disciples, qui avaient souvent entendu Jésus leur parler de son royaume, pensaient que l'établissement de ce royaume aurait lieu avant sa mort. Or, comme il vient de leur annoncer celle mort comme prochaine, il s'empressent de solliciter de lui les honneurs de son royaume. " Alors Jacques et Jean s'approchèrent de lui, " etc. Ils rougissent, ce semble, de céder à une inspiration toute humaine, et ils s'approchent de Jésus-Christ pour le tirer à l'écart, loin des autres disciples. Le Sauveur, connaissait bien leurs intentions, mais voulant les amener à formuler leur demande, leur fait cette question : " Que voulez-vous que je fasse pour vous ? "

théophyl. Ces deux disciples s'imaginaient qu'il allait à Jérusalem pour y établir son royaume, avant de souffrir la mort qu'il venait de prédire, et dans cette pensée ils désiraient d'être assis l'un à droite, l'autre à gauche de son trône : " Et ils lui dirent : Accordez-nous que nous soyons assis dans votre gloire, l'un à votre droite, l'autre à votre gauche."

S. aug. (De l'acc. des Evang., 2, 64.) D'après saint Matthieu, ce ne sont point les deux disciples eux-mêmes qui formulent cette demande, mais leur mère qui exprime au Sauveur le désir de ses enfants ; voilà pourquoi saint Marc, dans son récit abrégé, leur attribue plutôt cette démarche.

S. chrys. (hom. 65.) On peut dire avec autant de vraisemblance que ce désir fut exprimé à la fois par la mère et les enfants ; ces deux disciples se voyant honorés plus particulièrement par Jésus, espéraient obtenir l'effet de leur demande, et pour en assurer le succès, ils se font accompagner de leur mère. S. aug. (De l'accord des Evang., 2, 64.) Aussi, dans le récit de saint Matthieu comme dans celui de saint Marc, c'est à eux plutôt qu'à leur mère que s'adresse la réponse du Sauveur : " Jésus leur répondit : Vous ne savez ce que vous demandez. "

theophyl. C'est-à-dire : II n'en est pas comme vous le pensez ; ce n'est point un royaume temporel que je dois établir à Jérusalem ; tout ce qui a rapport à ce royaume surpasse toute intelligence, et l'honneur d'être assis à ma droite est si élevé, qu'il est au-dessus même des prérogatives des anges.

bêde. Ou bien ils ne savent ce qu'ils demandent, en sollicitant du Sauveur un honneur qu'ils n'ont pas encore mérité.

S. chrys. (hom. 65.) Un bien encore : " Vous ne savez ce que vous demandez, " c'est-à-dire : Vous parlez d'honneurs et de dignités, lorsque je ne vous entretiens que de combats et de fatigues. Ce n'est point ici le temps des récompenses, mais celui du sacrifice, des combats et des dangers ; c'est pour cela qu'il ajoute : " Pouvez-vous boire le calice ? " etc. Il emploie cette forme interrogative pour exciter dans leurs cœurs un plus vif désir de participer à ses souffrances. théophyl. C'est sa croix qu'il appelle un calice et un baptême ; un calice, parce qu'elle est pour lui un breuvage qu'il accepte avec joie ; un baptême, car c'est par elle que nous sommes purifiés de nos fautes. Les disciples lui répondirent sans comprendre le sens de ses paroles : " Ils lui répondirent : Nous le pouvons. " Ils s'imaginaient qu'il n'était question que d'une coupe ordinaire et de purifications en usage chez les Juifs, et qui précédaient les repas.—S. chrys. (hom. 65.) Ils se hâtent de répondre, persuadés que leur demande va être exaucée. " Mais Jésus leur dit : Vous boirez en effet le calice que je boirai, " etc., c'est-à-dire vous serez jugés dignes de la gloire du martyre, et d'être associés à mes souffrances. bède. Comment Jacques et Jean ont-ils bu la coupe du martyre, comment ont-ils été baptisés du baptême du Seigneur, puisque d'après le livre des Actes, l'apôtre saint Jacques fut seul décapité par Hérode, tandis que saint Jean mourut de sa mort naturelle ? Si nous lisons l'histoire ecclésiastique, nous y verrons que Jean souffrit le martyre lorsqu'il fut plongé dans une chaudière d'huile bouillante et puis exilé ensuite dans l'île de Pathmos. Jean a donc eu l'esprit du martyre, et il en a bu la coupe (comme les trois enfants dans la fournaise), bien que son sang n'ait pas été répandu par les bourreaux. " Mais d'être assis à ma droite, " etc.

S. chrys. (hom. 65.) On peut faire ici deux questions : premièrement, est-il dans le ciel une place préparée pour quelqu'un à la droite du Sauveur ? secondement, le souverain Seigneur de toutes choses a-t-il le pouvoir d'accorder cette place à ceux à qui elle a été préparée ? Je réponds à la première question, que personne dans le ciel n'est assis, soit à la droite, soit à la gauche de Jésus-Christ, son trône est inaccessible à toute créature ; comment donc expliquer ces paroles : " D'être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à moi de vous l'accorder, " comme si quelques-uns devaient occuper ces places ? Nôtre-Seigneur répond ici à la pensée de ceux qui lui font cette question, et condescend au sentiment qui l'a dictée. Les disciples ne connaissaient pas ce trône élevé, ce siège à la droite du Père ; ils ne demandaient qu'une chose : c'était l'autorité même et la prééminence sur les autres Apôtres. Ils avaient entendu de la bouche même du Sauveur que les Apôtres seraient assis sur douze sièges ; ils ne savent ce que signifie cette promesse, ce qu'ils demandent, c'est d'être élevés au-dessus des autres. Quant à la seconde question, je réponds qu'une si grande faveur ne dépasse point le pouvoir du Fils de Dieu. Ces paroles de saint Matthieu : " Ceux à qui mon Père l'a préparé, " ont le même sens que ces autres : " A qui je l'ai préparé. " Aussi saint Marc s'est contenté de dire ici : " ceux à qui ces places ont été préparées. " Voici donc le sens des paroles du Sauveur : Vous donnerez votre vie pour moi, mais ce n'est pas assez pour obtenir les premières places. Si un autre, martyr comme vous se présente avec une moisson de vertus supérieure à la vôtre ; il obtiendra des récompenses beaucoup plus grandes. Les premières places sont réservées à ceux que leurs œuvres placent au premier rang. Par cette réponse, le Seigneur ne veut pas les contrister, mais il leur apprend à cesser toutes ces vaines et inutiles questions sur la préséance.

bède. Ou bien encore, il ne m'appartient point de vous accorder cette première place, c'est-à-dire de l'accorder aux superbes, car ils l'étaient encore. C'est pour d'autres qu'elle a été préparée, soyez tout autres que vous n'êtes, c'est-à-dire soyez humbles et cet honneur vous est assuré.

Et les dix autres apôtres ayant entendu ceci, en conçurent de l’indignation contre Jacques et Jean.

Mais Jésus les appelant à lui, leur dit : Vous savez que ceux qui sont regardés comme les maîtres des peuples, les dominent, et que leurs princes les traitent avec empire.

Il n’en doit pas être de même parmi vous ; mais si quelqu’un veut y devenir le plus grand, il faut qu’il soit prêt à vous servir ;

et quiconque voudra être le premier d’entre vous, doit être le serviteur de tous.

Car le Fils de l’homme même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs.

Commentaire (versets 41 à 45) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 41 à 45 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

théophyl. Cette prétention des fils de Zébédée à des honneurs privilégiés, irrite les autres Apôtres. " Et les dix autres, entendant cela, s'indignèrent contre Jacques et Jean. " Ils étaient encore assujettis aux faiblesses de l'humanité, et cédaient aux inspirations de l'envie ; mais ils ne manifestent leur indignation que lorsqu'ils virent la demande des deux disciples rejetée par le Seigneur. Jusque là ils avaient comprimé ces sentiments, parce qu'ils voyaient que Jacques et Jean étaient de la part du Sauveur l'objet d'une distinction spéciale. Telles étaient alors les dispositions imparfaites des Apôtres ; plus tard nous les verrons se céder mutuellement les premières places. Or, le Seigneur applique un double remède à la plaie de leur âme : premièrement, il les appelle près de lui pour les consoler : " Jésus les appela, " dit l'Evangéliste ; secondement, il leur enseigne que cette convoitise d'honneurs, ce désir des premières places est le propre des païens : " Vous savez que ceux qui paraissent les chefs des nations leur commandent en maîtres, et que les grands exercent sur elles l'empire. " En effet, chez les païens, les rois exercent l'autorité d'une manière absolue et tyrannique : " Il n'en sera pas ainsi parmi vous. "

bède. Il leur apprend que pour devenir le plus grand, il faut commencer par être le plus petit, et qu'on ne devient le maître de tous qu'en se rendant leur serviteur. C'est donc inutilement que les uns ont manifesté des prétentions exagérées, et que les autres se sont indignés contre ces désirs ambitieux, puisque c'est l'humilité et non les honneurs et la puissance qui conduit à la perfection des vertus. Puis il leur propose un exemple capable de les faire rougir, si ses paroles ont fait peu d'impression sur eux : " Car le Fils de l'homme même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption d'un grand nombre. " —théophyi. Ce qui est beaucoup plus que de servir. En effet, que peut-on concevoir de plus grand, de plus admirable, que de donner sa vie pour celui dont on s'est fait le serviteur ? Et cependant cette servitude volontaire, cet excès d'humiliation est devenu le principe de la gloire, non seulement du Sauveur, mais de tous les hommes. Avant qu'il se fit homme, il n'était connu que des anges ; après son incarnation, après sa mort sur la croix , nonseulement il a été couvert lui-même de gloire, mais il nous a rendu participants de cette gloire, et a régné en maître par la foi sur tout l'univers.

bède. Il ne dit pas : " II a donné sa vie pour la rédemption de tous, mais pour la rédemption d'un grand nombre ; c'est-à-dire de ceux qui consentiront à croire en lui.

Après cela ils vinrent à Jéricho ; et comme il sortait de Jéricho avec ses disciples, suivi d’une grande troupe de peuple, un aveugle, nommé Bartimée, fils de Timée, qui était assis sur le chemin pour demander l’aumône,

ayant appris que c’était Jésus de Nazareth, se mit à crier : Jésus, Fils de David ! ayez pitié de moi.

Et plusieurs le reprenaient, et lui disaient qu’il se tût ; mais il criait encore beaucoup plus haut : Fils de David ! ayez pitié de moi.

Alors Jésus s’étant arrêté, commanda qu’on l’appelât. Et quelques-uns appelèrent l’aveugle, en lui disant : Ayez bonne espérance ; levez-vous, il vous appelle.

Aussitôt il jeta son manteau, et se levant il vint à Jésus.

Et Jésus lui dit : Que voulez-vous que je vous fasse ? L’aveugle lui répondit : Maître ! faites que je voie.

Allez, lui dit Jésus ; votre foi vous a sauvé. Et il vit au même instant, et il suivait Jésus dans le chemin.

Commentaire (versets 46 à 52) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 46 à 52 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. jér. " Et ils vinrent ensuite à Jéricho. " Le nom de Jéricho a un rapport remarquable avec la passion qui approche ; il signifie lune ou anathème. En effet, la défaillance de la chair de JésusChrist est la préparation pour entrer dans la Jérusalem céleste. " Et lorsqu'il sortait de Jéricho, un aveugle, " etc.

bède. Saint Matthieu nous parle de deux aveugles assis sur le bord du chemin, et qui obtinrent du Seigneur la guérison qu'ils demandaient à grands cris. Saint Luc, au contraire, ne parle que d'un seul aveugle qui recouvra la vue dans les mêmes circonstances, à la porte de Jéricho. Personne, pour peu qu'on réfléchisse, n'en conclura qu'il y a contradiction entre les Evangélistes, mais tout simplement que le récit de l'un est plus développé que la narration de l'autre. Ce qui paraît ici certain, c'est que l'un de ces deux aveugles avait plus de notoriété que l'autre, comme nous le fait supposer saint Marc en nous faisant connaître son nom et celui de son père.

S. aug. (De l'accord des Evang., 2, 65.) La raison pour laquelle saint Marc ne parle que de cet aveugle, c'est que sa guérison a donné au miracle autant d'éclat et de renommée qu'en avait son infirmité. Quant à la guérison rapportée par saint Luc, elle a eu lieu dans des circonstances semblables ; cependant c'est un autre aveugle qui fut l'objet de ce miracle. " Ayant appris que c'était Jésus de Nazareth, " etc.

S. chrys. Cet aveugle appelle le Seigneur " Fils de David , " parce qu'il entend les louanges de la foule qui passe, et qu'il acquiert ainsi la certitude que le Sauveur vient accomplir les oracles et l'attente des prophètes. " Et plusieurs le reprenaient rudement pour le faire taire."— orig. (Traité 13 sur S. Matth.) Tel est le sens de ces paroles : Les premiers qui avaient cru en Jésus-Christ le reprenaient de ce qu'il appelait Jésus " Fils de David ; " ils voulaient qu'il se tût, ou qu'au lieu de donner au Sauveur un nom peu digne de lui, il lui criât : " Fils de Dieu, ayez pitié de moi. " Mais cet aveugle n'obéit point à leurs reproches : " II criait encore plus haut, " etc. Le Seigneur entend il ses cris. Alors Jésus s'arrêtant, ordonna qu'on le fît venir. " Remarquez combien l'aveugle dont parle saint Luc est inférieur à celuici : Jésus ne l'appelle pas lui-même, comme saint Matthieu le rapporte ; il n'ordonne pas qu'on le fasse venir, comme nous le voyons ici ; mais il ordonne qu'on le lui amène comme étant incapable de venir à lui-même. L'aveugle, au contraire, dont il est ici question, est appelé par l'ordre du Sauveur : " Et ils l'appelèrent en lui disant : Ayez confiance, levez-vous, il vous appelle. Celui-ci, rejetant son manteau, s'élança et vint à Jésus. " Le vêtement de cet aveugle, de ce mendiant signifie peut-être la pauvreté et l'indigence dont il était comme enveloppé ; il s'en débarrasse pour venir à Jésus, et lorsqu'il est près de lui, le Sauveur l'interroge et lui dit : " Que voulez-vous que je vous fasse ? "

béde. Celui qui avait la puissance de lui rendre la vue pouvait-il ignorer le désir de cet aveugle ? S'il l'interroge, c'est donc pour que cet aveugle demande sa guérison ; c'est pour faire naître dans son cœur une prière fervente.

S. chrys. (hom. 66) Ou bien il lui fait cette question pour ne point lui donner lieu de penser qu'il lui accorderait autre chose que ce qu'il désirait recevoir. En effet, le Sauveur avait coutume de faire exprimer devant tous ceux qui étaient présents le désir de ceux qui sollicitaient leur guérison, avant de la leur accorder. Il voulait tout à la fois exciter la foi de ceux qui en étaient les témoins, et montrer qu'il n'accordait cette grâce qu'à ceux qui en étaient dignes. " L'aveugle lui répondit : Seigneur, faites que je voie. " Cet aveugle n'a qu'un désir, celui de voir la lumière, car quels que soient les autres biens qu'il puisse posséder, sans la lumière, il lui est impossible de les voir.

S. jér. Jésus voyant la ferveur de sa demande, s'empresse de la récompenser en l'exauçant pleinement.

orig. (Traité 13 sur S. Matth.) Le titre de Maître ou de Seigneur qu'on lit dans les autres Evangélistes, est plus digne que celui de Fils de David. Aussi le Sauveur, qui ne l'a point exaucé, tant qu'il a dit : " Fils de David, " le guérit aussitôt qu'il l'appelle : " Maître. " " Et Jésus lui dit : Allez, votre foi vous a sauvé. Et il vit au même instant, et il suivait Jésus dans le chemin. "

théophyl. Cet aveugle témoigne sa reconnaissance à Jésus qui vient de le guérir, en suivant son bienfaiteur et en s'attachant à ses pas. bède. Dans le sens mystique, Jéricho, dont le nom veut dire lune, représente les défaillances de notre mutabilité naturelle. C'est en approchant de Jéricho, que Nôtre-Seigneur rend la vue à cet aveugle, parce que c'est en paraissant revêtu d'une chair mortelle et aux approches de sa passion, qu'il amène un grand nombre d'âmes à la lumière de la foi. En effet, ce n'est pas dans les premières années de son incarnation, mais dans les années qui ont précédé immédiatement sa mort, qu'il a révélé au monde le mystère du Verbe incarné.

S. jér. L'aveuglement où est tombé une partie du peuple juif, fera place à la lumière, lorsqu'à la fin du monde, Nôtre-Seigneur leur enverra le prophète Elie (Ml 4, 5).

bède. Avant d'entrer dans Jéricho, Jésus rend la vue à un seul aveugle, et en sortant de cette ville il en guérit deux, c'est-à-dire, qu'avant sa passion il n'a prêché son Évangile qu'au seul peuple juif, tandis qu'après sa résurrection et son ascension, il a révélé par ses Apôtres aux Juifs et aux gentils, les secrets de sa divinité et de son humanité. Saint Marc, qui ne rapporte la guérison que d'un seul aveugle, a en vue le salut des gentils, et présente à ceux qu'il instruisait des mystères de la foi, une figure spéciale de leur conversion. Saint Matthieu, au contraire, dont l'Évangile écrit pour les Hébreux convertis à la foi, devait cependant parvenir ensuite aux gentils, rapporte la guérison de deux aveugles, pour nous apprendre que les deux peuples participeraient un jour à la même grâce de la foi. Au moment où Notre-Seigneur sort de Jéricho, accompagné de ses disciples et d'une grande multitude, un aveugle se trouve assis sur le bord du chemin pour demander l'aumône ; cet aveugle est la figure du peuple des gentils qui commence à concevoir l'espérance de recouvrer la lumière, lorsque le Sauveur monte aux cieux, suivi d'une foule innombrable de fidèles, et de tous les élus, depuis le commencement du monde, qui entrèrent avec lui dans le royaume des cieux. Cet aveugle mendie sur le bord de la route, parce que le peuple des gentils n'était pas encore entré dans la vérité, et faisait simplement des efforts pour y parvenir.

S. jér. Le peuple juif, qui conserve les Ecritures sans les accomplir, est aussi figuré par ce mendiant du chemin, qui souffre de la faim. Il crie : " Fils de David, ayez pitié de moi, " parce que c'est par les mérites des patriarches, que le peuple juif peut obtenir la grâce de la lumière. Des menaces multipliées lui imposent silence ; ce sont les péchés et les démons qui étouffent le cri du pauvre ; mais cet aveugle redouble ses cris, car plus la lutte devient violente, plus aussi il faut lever les mains avec de grands cris vers la pierre du secours (Ex 17, 11 ; 1 R 4), c'est-à-dire, vers Jésus de Nazareth. bède. Dès que le peuple des gentils eut appris la célébrité du nom de Jésus-Christ, il cherche à participer à ses grâces, malgré les oppositions nombreuses d'abord des Juifs, puis des gentils euxmêmes, qui ne voulaient pas que le monde rendu à la lumière invoquât le nom de Jésus Christ ; cependant leurs violentes attaques ne purent priver de la grâce du salut ceux qui étaient prédestinés à la vie. C'est en passant que Jésus entend les cris de cet aveugle ; car si c'est par la puissance de sa divinité qu'il chasse les ténèbres de notre âme, c'est par son humanité qu'il a compassion de nous. La naissance, la mort de Jésus sont comme un passage, ce sont des actions accomplies dans le temps, mais se tenir debout signifie pour Dieu, ordonner d'une manière immuable. Le Seigneur appelle à lui cet aveugle qui crie, lorsqu'il charge les prédicateurs de porter aux gentils la parole de la foi. Ceux-ci appellent l'aveugle, l'excitent à la confiance, lui commandent de se lever et de venir trouver le Seigneur, lorsqu'en instruisant les ignorants, ils font naître dans leur âme l'espérance du salut, les font sortir de la fange des vices, et leur commandent de se préparer aux combats de la vertu. L'aveugle jette son manteau et s'élance vers Jésus, figure de celui qui se débarrasse de tous les liens du monde, et qui s'empresse de marcher d'un pas libre vers la source de la lumière éternelle. S. jer. Le peuple juif, après s'être dépouillé du vieil homme, accourt aussi comme un faon qui bondit sur les montagnes. Il secoue sa négligence, jette les regards sur les hauteurs où se trouvent les patriarches, les prophètes, les Apôtres, et s'élance à leur suite vers les choses du ciel. Tel est l'ordre habituel du salut : nous écoutons d'abord la parole des prophètes, nous faisons entendre le cri de la foi, nous sommes appelés par les Apôtres, nous nous levons par la pénitence, nous nous dépouillons par le baptême, nous sommes interrogés pour faire connaître notre volonté. L'aveugle à qui Jésus demande ce qu'il désire, répond qu'il veut voir la volonté du Seigneur. bède. Imitons cet aveugle, ne demandons à Dieu ni les richesse, ni les biens de la terre, ni les honneurs, mais demandons à voir cette lumière que nous avons le privilège de ne contempler qu'avec les anges. C'est la foi qui nous conduit à cette lumière, aussi le Sauveur répond à cet aveugle : " Votre foi vous a sauvé. " II voit et se met à la suite de Jésus, c'est-à-dire, qu'il fait le bien qu'il lui est donné de comprendre ; car suivre Jésus, c'est pratiquer le bien que l'intelligence perçoit, c'est imiter celui qui, aux félicités de ce monde, a préféré les ignominies et les opprobres. Il nous apprend ainsi que ce sont les amertumes qui ramèneront dans notre âme la joie intérieure que la poursuite des biens de la terre nous a fait perdre.

théophyl. L’Evangéliste nous dit que cet aveugle suivit Jésus dans le chemin, c'est-à-dire, dans cette vie, car une fois la mort venue, Jésus exclut de sa société tous ceux qui ne l'ont pas suivi ici-bas en pratiquant ses commandements.

S. jér. Ou bien encore, cette voie, c'est celle qui a dit: " Je suis la vérité et la vie, " voie étroite qui conduit sur les hauteurs escarpées de Jérusalem et de Béthanie, et sur le mont des Oliviers, qui est la montagne de la lumière et de la consolation.