Confort de lecture
Ces réglages restent sur cet appareil et valent pour toutes les pages de lecture du site.
Marc 11
LORSQU’ILS approchaient de Jérusalem, étant près de Béthanie, vers la montagne des Oliviers, il envoya deux de ses disciples,
et leur dit : Allez à ce village qui est devant vous ; et sitôt que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon lié, sur lequel nul homme n’a encore monté ; déliez-le, et me l’amenez.
Si quelqu’un vous demande, Pourquoi faites-vous cela ? dites-lui : C’est que le Seigneur en a besoin. Et aussitôt il le laissera amener ici.
S’en étant donc allés, ils trouvèrent l’ânon qui était attaché dehors auprès d’une porte entre deux chemins, et ils le délièrent.
Quelques-uns de ceux qui étaient là, leur dirent : Que faites-vous ? Pourquoi déliez-vous cet ânon ?
Ils leur répondirent comme Jésus leur avait ordonné ; et ils le leur laissèrent emmener.
Ainsi ayant amené l’ânon à Jésus, ils le couvrirent de leurs habits, et il monta dessus.
Plusieurs aussi étendirent leurs vêtements le long du chemin : d’autres coupaient des branches d’arbres, et les jetaient par où il passait.
Et tant ceux qui marchaient devant, que ceux qui suivaient, criaient : Hosanna, salut et gloire !
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! béni soit le règne de notre père David, que nous voyons arriver ! Hosanna, salut et gloire, au plus haut des cieux !
Jésus étant ainsi entré dans Jérusalem, s’en alla au temple ; et après avoir tout regardé, comme il était déjà tard, il s’en alla à Béthanie avec les douze apôtres.
Le lendemain, lorsqu’ils sortaient de Béthanie, il eut faim ;
et voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il y alla pour voir s’il pourrait y trouver quelque chose ; et s’en étant approché, il n’y trouva que des feuilles, car ce n’était pas le temps des figues.
Alors Jésus dit au figuier : Que jamais nul ne mange de toi aucun fruit. Ce que ses disciples entendirent.
Commentaire (versets 12 à 14) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 12 à 14 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
béde. Le temps de sa passion n'étant pas éloigné, Nôtre-Seigneur voulut se rapprocher du lieu où il devait souffrir, pour bien établir qu’il mourait par un effet de sa volonté : " Et Jésus entra à Jérusalem dans le temple. " A peine entré dans la ville, il se dirige vers le temple ; il nous donne ainsi un grand exemple de religion et nous apprend qu'en arrivant dans un endroit où se trouve une maison de prières, nous devons nous empresser de nous y rendre. Remarquons encore que la pauvreté du Sauveur était si grande et qu'il recherchait si peu la faveur des hommes, que dans une si grande ville il ne trouve personne qui le reçût, aucun endroit où il pût se retirer. Il est oblige d'aller dans une pauvre campagne demander l'hospitalité à Lazare et à ses sœurs, car Béthanie était le village qu'ils habitaient. " Et ayant observé toutes choses (c'est-à-dire, si quelqu'un lui offrirait un asile), comme déjà l'heure était avancée, " etc. Il ne fit pas seulement cela une fois, mais pendant les cinq jours qui s'écoulèrent depuis son entrée à Jérusalem jusqu'à sa passion ; il enseignait toute la journée dans le temple, et sortait de Jérusalem le soir pour aller passer la nuit sur la montagne des Oliviers. " Le lendemain, comme il sortait de Béthanie, il eut faim. "
S. chrys. (hom. 68 surS. Matth.) Comment se fait-il que le Sauveur avait faim dès le matin, comme le raconte saint Matthieu, si ce n'est par une permission divine qui était la suite de son incarnation. " Et voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il s'avança pour voir s'il ne trouverait pas quelque fruit. " II est évident que l'Evangéliste conforme son récit à la pensée des disciples, qui croyaient que Jésus s'approchait du figuier dans ce dessein, et qu'il avait maudit en figuier parce qu'il n'y avait trouvé pas de fruit. " Mais après s'en être approché, il n'y trouva que des feuilles, car ce n'était pas le temps des fruits. Et il dit au figuier, que jamais nul ne mange plus de ton fruit. " Il maudit donc ce figuier, dans l'intérêt des disciples, pour affermir leur confiance. Jusque là, en effet, il avait partout semé les bienfaits sous ses pas, et n'avait puni personne ; il importait donc qu'il donnât un exemple de sa puissance vindicative pour apprendre aux disciples qu'il aurait pu dessécher de la même manière les Juifs ses persécuteurs ; mais il ne voulut pas exercer sur les hommes cet acte de sévérité, c'est sur un arbuste qu'il l'a fait éclater. Nous voyons par là que c'est justement pour ce motif qu'il s'approche du figuier, et non parce qu'il avait faim. Et qui serait assez ignorant pour supposer qu'il pût éprouver de si grand matin le besoin de la faim ? Qui d'ailleurs l'empêchait de satisfaire ce besoin avant de sortir de la maison ? On ne peut dire non plus que c'est la vue des fruits qui excitait son appétit, car ce n'était point la saison des figues ; et puis s'il avait faim, pourquoi ne pas chercher un autre aliment au lieu de demander des figues à un figuier qui ne pouvait lui en donner. Quelle peine encore pouvait mériter un figuier de ne point porter de fruits avant la saison ? Toutes ces circonstances autorisent suffisamment cette conclusion que le Sauveur voulait donner un exemple de sa puissance, pour prévenir l'abattement où sa passion devait jeter ses disciples.
théophyl. Son dessein était de leur prouver qu'il pouvait exterminer en un moment, s'il l'eût voulu, ceux qui devaient le crucifier. Dans le sens mystique, Nôtre-Seigneur entre dans le temple, et en sort aussitôt pour montrer qu'il allait l'abandonner, comme une solitude déserte, et exposée à la dévastation des voleurs. bede. Il observe avec attention tous les cœurs et ne trouvant pas où reposer la tête dans ces contradicteurs de la vérité, il se retire chez les fidèles et fixe sa demeure parmi ceux qui lui obéissent, car Béthanie signifie maison d'obéissance.
S. jer. C'est le matin qu'il vient vers les Juifs, et c'est au soir du monde qu'il nous visite.
bède. Les actions du Sauveur sont paraboliques comme ses discours. Ainsi la faim semble le presser de chercher sur un figuier des figues, dont la saison, il le savait bien, n'était pas encore venue ; et cependant il le frappe d'une stérilité perpétuelle, pour montrer que le peuple juif ne pouvait être sauvé par des feuilles sans fruit, c'està-dire, par les paroles de justice qui étaient sur ses lèvres, sans être accompagnées des bonnes œuvres, mais qu'il serait arraché et jeté au feu. Nôtre-Seigneur donc, pressé par la faim, c'est-àdire, plein du désir de sauver le genre humain, voit un figuier, c'est-à-dire, le peuple juif couvert de faillies, c'est-à-dire, des oracles de lu loi et des prophètes, il cherche à lui faire produire le fruit des bonnes œuvres par ses enseignements, ses reproduis, ses miracles, et ne trouvant pas ce fruit, il condamne le figuier. Vous aussi, si vous ne voulez pas être condamné par Jésus-Christ au jour du jugement, gardez-vous d'être un arbre stérile, mais empressez-vous d'offrir à Jésus-Christ pauvre, le fruit de piété qu'il nous demande.
S. chrys. On peut encore dire que le Sauveur a maudit ce figuier sur lequel il n'avait point trouvé le fruit qu'il demandait avant le temps, parce que tous ceux qui accomplissent les commandements de la loi, celui-ci, par exemple : " Vous ne commettrez point d'adultère, " sont dits porter des fruits dans leur temps. Celui, au contraire, qui non content d'éviter l'adultère, pratique la virginité, ce qui est beaucoup plus parfait, s'élève au plus haut degré des vertus. Or, le Seigneur exige des parfaits la pratique, non-seulement des devoirs ordinaires, mais des vertus supérieures à ce qu'exigent les commandements.
Ils vinrent ensuite à Jérusalem ; et Jésus étant entré dans le temple, commença par chasser ceux qui y vendaient et qui y achetaient : il renversa les tables des changeurs, et les sièges de ceux qui vendaient des colombes ;
et il ne permettait pas que personne transportât aucun ustensile par le temple.
Il les instruisait aussi, en leur disant : N’est-il pas écrit : Ma maison sera appelée la maison de prière pour toutes les nations ? et cependant vous en avez fait une caverne de voleurs.
Ce que les princes des prêtres et les scribes ayant entendu, ils cherchaient un moyen de le perdre : car ils le craignaient, parce que tout le peuple était ravi en admiration de sa doctrine.
Quand le soir fut venu, il sortit de la ville.
Commentaire (versets 15 à 19) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 15 à 19 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
bede. Ce que Nôtre-Seigneur a fait en figure eu maudissant le figuier stérile, il le fait plus clairement en chassant du temple les impies, car le figuier n'était point coupable de ne point porter de fruit avant le temps, mais bien les prêtres. " Et ils vinrent de nouveau à Jérusalem, et lorsqu'il fut entré dans le temple, " etc. Il est à croire qu'on ne vendait et qu'on n'achetait dans le temple que les choses nécessaires aux sacrifices ; si donc le Seigneur ne peut souffrir qu'on traite dans sa maison les affaires temporelles dont il est permis de s'occuper ailleurs, quel sera son courroux lorsqu'il verra s'accomplir dans des lieux qui lui sont consacrés, des actes qui partout ailleurs sont des crimes : " Et les tables des banquiers. "
théophyl. Il appelle banquiers (nummularios) les changeurs de monnaie, car le nummus était une petite monnaie de cuivre, " Et les sièges de ceux qui vendaient des colombes. "
bède. Comme le Saint-Esprit a paru sur la tête du Sauveur sous la forme d'une colombe (Mt 3, 2 ; Mc 1, 10 ; Lc 3, 2), les dons de ce divin Esprit sont justement figurés par les colombes. On vend donc la colombe lorsqu'on donne pour de l'argent l'imposition des mains, par laquelle nous recevons l'Esprit saint. Jésus renverse les sièges de ceux qui vendent des colombes pour nous apprendre que ceux qui font trafic des grâces spirituelles, sont privés du ministère sacerdotal, soit devant Dieu, soit devant les hommes.
théophyl. Celui qui livre au démon par le péché la grâce et l'innocence de son baptême, vend sa colombe, et mérite pour cela d'être chassé du temple. " Et il ne souffrait pas que personne transportât aucun objet par le temple. "
béde. Il veut parler de ces objets qu'on n'apportait dans le temple que pour en trafiquer. Gardons-nous de croire, en effet, que le Sauveur ait banni du temple ou qu'il ait défendu d'y introduire les vases ou autres objets consacrés au culte de Dieu. Nous voyons ici une figure du jugement que Nôtre-Seigneur devait exercer plus tard, en chassant de l'Église les pécheurs obstinés, et leur interdisant à tout jamais de revenir troubler l'Église par les châtiments éternels dont il les frappe. Quant aux péchés qui se glissent dans les cœurs des fidèles, la componction dont Dieu est l'auteur les efface, et la grâce divine les préserve de toute rechute. " Et il les instruisait en leur disant : Ma maison sera une maison de prière pour toutes les nations, " etc.
S. jér. Ce sont les paroles d'Isaïe (Is 56, 7), " mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. "
bède. C'est pour toutes les nations, et non pas seulement pour la seule nation juive ou pour la seule ville de Jérusalem, et ce n'est nullement une maison de taureaux, de boucs ou de béliers, mais une maison de prière.
théophyl. Le Sauveur appelle le temple une caverne de voleurs à cause du gain qu'on y réalisait. Il est, en effet, une espèce de voleurs qui se réunissent dans ce dessein, et il leur donne le nom de voleurs, parce qu'ils ne vendaient les animaux destines aux sacrifices que par le désir effréné du gain.
bède. Ils n'étaient dans le temple qu'à cette fin de persécuter extérieurement ceux qui ne donnaient pas, ou de faire mourir spirituellement ceux qui donnaient. L'âme et la conscience des fidèles sont aussi le temple et la maison de Dieu ; lorsqu'elles donnent naissance à des pensées coupables et nuisibles au prochain, ces pensées sont comme des voleurs dans une caverne. Le cœur des fidèles devient donc une caverne de voleurs lorsqu'il abandonne la simplicité qui est le caractère propre de la sainteté, pour se livrer à des actes préjudiciables au prochain. S. aug. (De l'acc. des Evang., 2, 67.) Saint Jean place ce fait à une époque toute différente (Jn 2), d'où il est clair qu'il y a eu, non un seul fait, mais deux faits semblables dans la vie du Sauveur ; Jean raconte le premier dans l'ordre chronologique, et les trois autres le dernier.
theophyl. C'est ce qui rend les Juifs beaucoup plus coupables, de ne s’être point corrigés après que cet acte de sévérité s'était répété plusieurs fois sous leurs yeux.
S. aug. (De l'acc. des Evang., 2, 68.) Saint Marc lui-même ne suit pas le même ordre que saint Matthieu ; mais comme saint Matthieu établit cette liaison dans son récit : " Et les ayant quittés, il sortit de la ville, et s'en alla à Béthanie, " (Mt 21), et que c'est le lendemain matin, en revenant à Jérusalem que Jésus maudit le figuier, il est vraisemblable que cet Evangéliste a suivi plus exactement l'ordre chronologique sur le fait des vendeurs et des acheteurs chassés du temple. Saint Marc a donc passé d'abord sous silence ce que Jésus fit le premier jour lorsqu'il fut entré dans le temple, et se l'étant rappelé, il l'a raconté après l'histoire du figuier, sur lequel le Sauveur ne trouva que des figues, ce qui eut lieu le second jour, au témoignage des deux Evangélistes. —la glose. Or, quel fruit produisit la réprimande du Sauveur dans les ministres du temple, l'Evangéliste nous l'apprend : " Ce qu'ayant entendu, les princes des prêtres et les scribes cherchaient un moyen de le perdre. " Ils accomplissaient ainsi cet oracle du prophète : " Ils ont haï celui qui les reprenait dans les assemblées publiques, et ils ont eu en abomination celui qui leur parlait dans la droiture et la vérité. " (Am 5) La crainte seule leur fit ajourner l'exécution de leur criminel dessein : " Car ils le craignaient, parce que tout le peuple admirait sa doctrine. " En effet, il les enseignait comme ayant autorité, et non comme leurs scribes et les pharisiens.
Le lendemain matin ils virent en passant le figuier, qui était devenu sec jusqu’à la racine.
Et Pierre se souvenant de la parole de Jésus, lui dit : Maître ! voyez comme le figuier que vous avez maudit, est devenu sec.
Jésus prenant la parole, leur dit : Ayez de la foi en Dieu.
Je vous dis en vérité, que quiconque dira à cette montagne, Ôte-toi de là, et te jette dans la mer ; et cela sans hésiter dans son cœur, mais croyant fermement que tout ce qu’il aura dit arrivera, il le verra en effet arriver.
C’est pourquoi je vous le dis : quoi que ce soit que vous demandiez dans la prière, croyez que vous l’obtiendrez, et il vous sera accordé.
Mais lorsque vous vous présenterez pour prier, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez-lui, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos péchés.
Si vous ne pardonnez point, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera point non plus vos péchés.
Commentaire (versets 20 à 26) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 20 à 26 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
S. jér. Le Sauveur laisse après lui les ténèbres dans les cœurs des Juifs, et comme le soleil, il abandonne cette ville pour aller en éclairer une autre plus soumise et plus obéissante, c'est le sens de ces paroles : " Le soir, étant venu, " etc. Mais le soleil se couche et il se lève ; la lumière qui est enlevée aux scribes, brille sur les Apôtres ; Jésus revient donc dans la ville : " Et le lendemain malin, en passant, ils virent le figuier desséché jusqu'à la racine. "
theophyl. Ce qui rend ce miracle plus frappant, c'est qu'un arbre si vert et si plein de sève fut entièrement desséché. Quoique saint Matthieu affirme que le figuier fut immédiatement desséché et que les disciples en furent saisis d'étonnement, ne soyez point surpris d'entendre dire à saint Marc, que ce ne fut que le lendemain que les disciples virent cet arbre desséché, car on peut entendre le récit de saint Matthieu dans ce sens que les disciples ne s'aperçurent que le lendemain du dessèchement de cet arbre.
S. aug. (De l'acc. des Evang., 2, 68.) Il ne faut pas croire cependant qu'il ne se dessécha que lorsqu'ils le virent, la malédiction du Sauveur produisit aussitôt son effet, car les disciples ne le virent pas se desséchant, mais entièrement desséché, et ils comprirent que c'était la parole du Seigneur qui l'avait immédiatement frappé de stérilité. S. jer. Ce figuier desséché jusque dans ses racines, c'est la synagogue, à partir de Caïn et de tous les autres à qui on redemande le sang d'Abel et de tous les justes, jusqu'à Zacharie (Mt 23, 35).
bede. Le figuier fut desséché jusque dans ses racines pour montrer que cette nation impie ne serait pas dévastée en partie et pour un temps par les excursions des étrangers, et qu'elle serait ensuite délivrée par son repentir comme par le passé, mais qu'elle serait frappée d'une éternelle damnation, ou bien encore cet arbre fut desséché jusque dans ses racines, pour apprendre à cette nation qu'elle serait privée, non-seulement à l'extérieur de tout secours humain, mais à l'intérieur de toute faveur divine.
S. jér. Pierre reconnaît cette racine desséchée et arrachée de terre, à laquelle succède l'olivier choisi de Dieu, et aussi remarquable par sa beauté que par sa fécondité. " Et Pierre se ressouvenant de la parole du Christ, lui dit : Maître, voyez comme le figuier que vous avez maudit est devenu sec. "
S. chrys. Cet étonnement de Pierre et des autres disciples, prouve que leur foi n'était pas encore parfaite, car ce n'était point là pour Dieu un bien grand miracle. Ils ne connaissaient pas encore toute l'étendue de sa puissance, et leur ignorance les jette dans l'admiration. Aussi Jésus leur répond : " Ayez la foi en Dieu. Je vous dis en vérité, que quiconque dira à cette montagne : ôte-toi de là et te jette dans la mer, et cela sans hésiter dans son cœur... il le verra en effet arriver, " c’est-à-dire, qu'il pourra non-seulement dessécher un arbre, mais transporter une montagne par la puissance de sa parole et de son commandement.
théophyl. Admirez ici la miséricorde de Dieu qui nous communique, lorsque nous approchons de lui par la foi, le pouvoir de faire des miracles qu'il tient de sa nature, pouvoir qui va jusqu'à transporter les montagnes. bede. Les païens qui ont pris plaisir à calomnier l'Église dans leurs écrits, ont reproché aux nôtres l'imperfection de leur foi en Dieu, puisqu'ils n’ont jamais pu, disent-ils, transporter des montagnes : nous leur répondrons que tous les miracles qui se sont accomplis dans l'Église, ne nous ont pas été conservés par écrit, comme l’Ecriture l'atteste des faits de la vie de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ. Si ce miracle avait été nécessaire, il aurait bien pu se reproduire comme du temps de saint Grégoire de Néocésarée, qui obtint de Dieu par ses prières, qu'une montagne lui laissa autant de place qu'il lui fallait pour la construction d'une église.
S. chrys. Ou bien dans un autre sens, le Sauveur n'a point desséché le figuier pour lui-même, mais comme signe de la stérilité dont il allait frapper Jérusalem, et tout à la fois de sa puissance ; or, c'est dans le même sens que l'on doit entendre la promesse qui a pour objet le déplacement d'une montagne, bien qu'un prodige de ce genre ne soit pas impossible à la puissance de Dieu.
S. jer. Jésus-Christ, qui est cette pierre détachée de la montagne sans la main d'aucun homme et qui devient elle-même une grande montagne, est arraché et jetée dans la mer, lorsque les Apôtres tiennent aux Juifs ce langage justement mérité : " Nous allons vers les gentils, parce que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la parole de Dieu.
bède. Cette montagne peut aussi être la figure du démon à cause de son orgueil ; or, cette montagne est arrachée de terre et jetée dans la mer, à la parole de ceux qui sont forts dans la foi, lorsque les saints docteurs prêchant la parole de Dieu, l'esprit immonde est chassé du cœur de ceux qui sont prédestinés à la vie éternelle ; il lui est alors permis d'exercer la violence de sa tyrannie dans les cœurs des infidèles remplis de trouble et d'amertume, et il se déchaîne contre eux avec une fureur égale à la douleur qu'il éprouve de n'avoir pu tourmenter et perdre les premiers. " C'est pourquoi je vous le dis : Tout ce que vous demanderez dans la prière, croyiez que vous l'obtiendrez. "
théophyl. Celui qui croit par un motif d'amour, élève certainement son cœur à Dieu, il s'unit à lui, et sou cœur embrasé d'amour lui donne l'assurance que sa prière est exaucée. Cette vérité sera comprise de ceux qui en ont fait l'expérience, c'est-à-dire, à mon avis, de ceux qui cherchent à avoir la mesure et le degré de la foi véritable. C'est pour cela que le Sauveur déclare que vous recevrez tout ce que vous demanderez avec foi ; car celui qui croit que sa vie toute entière est soumise aux dispositions providentielles de Dieu, verse en sa présence ses larmes et ses supplications, tient comme embrassés ses pieds dans la prière, et ne peut manquer d'obtenir ce qu'il demande. Voulez-vous un autre moyen d'obtenir infailliblement ce que vous demandez ? Pardonnez à votre frère les fautes qu'il aura commises contre vous. " Et lorsque vous vous présenterez pour prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, " etc.
S. jér. Saint Marc, selon sa coutume, abrège les sept demandes de l'Oraison dominicale, et les comprend toutes dans une seule. Or, que reste-t-il à demander à celui qui a reçu la rémission de ses péchés, si ce n'est la persévérance dans la grâce obtenue ? bède. Parmi ceux qui prient, il faut distinguer soigneusement ceux qui ont cette foi parfaite qui opère par la charité (Ga 5, 6) ; une seule prière, une seule parole sortie de leur bouche ; peut transporter des montagnes spirituelles, comme saint Paul le fît pour le magicien Elymas (Ac 13). Quant à ceux qui ne peuvent atteindre le sommet de la perfection, qu'ils demandent la rémission de leurs péchés et ils l'obtiendront, si toutefois ils pardonnent tout d'abord à ceux qui les ont offensés. S'ils refusent de pardonner, leurs prières ne pourront obtenir ni la grâce de pratiquer la vertu, ni même le pardon de leurs péchés : " Que si vous ne pardonnez point, dit Nôtre-Seigneur, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera point non plus. "
la glose (interlin.) Effrayante sentence !
Ils retournèrent encore à Jérusalem ; et Jésus se promenant dans le temple, les princes des prêtres, les scribes et les sénateurs vinrent le trouver,
et lui dirent : Par quelle autorité faites-vous ceci ? et qui vous a donné l’autorité de faire ce que vous faites ?
Jésus leur répondit : J’ai aussi une demande à vous faire ; et après que vous m’y aurez répondu, je vous dirai par quelle autorité je fais ces choses.
Le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes ? répondez-moi.
Mais ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes : Si nous répondons, qu’il était du ciel ; il nous dira : Pourquoi donc ne l’avez-vous pas cru ?
Si nous disons, qu’il était des hommes ; nous avons à craindre le peuple : parce que tout le monde considérait Jean comme ayant été véritablement prophète.
Ainsi ils répondirent à Jésus : Nous ne savons. Et Jésus leur répliqua : Je ne vous dirai point non plus de quelle autorité je fais ceci.
Commentaire (versets 27 à 33) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 27 à 33 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
théophyl. L'autorité avec laquelle Nôtre-Seigneur avait chassé du temple ceux qui en faisaient une maison de trafic, avait irrité les scribes et les pharisiens ; ils s'approchent donc de lui pour l'interroger et le tenter : " Ils vinrent de nouveau à Jérusalem. Et comme Jésus marchait dans le temple, " etc. fis semblent lui dire : Qui êtes-vous pour agir de la sorte ? Vous posez-vous donc vous-même en docteur, vous établissez-vous prince des prêtres ?
bède. Ces paroles : " laquelle autorité faites-vous ces choses ? " expriment le doute que ce soit par la puissance de Dieu, et ils donnent à entendre qu'il agit au nom et par l'autorité du démon. Ils ajoutent : " Et qui vous a donné ce pouvoir ? " c'est-à-dire, qu'ils nient ouvertement qu'il soit le Fils de Dieu, puisqu'à leur avis ce n'est point par sa propre puissance, mais en vertu d'un secours étranger qu'il opère des miracles.
théophyl. Leur intention, en lui faisant cette question, était de le jeter dans l'embarras ; s'il répondait : C'est par ma propre puissance ; ils se saisiraient de lui, s'il répondait au contraire : c'est par le pouvoir d'un autre, ils chercheraient à détacher de lui le peuple pour qui Jésus était le Fils de Dieu. Or, Nôtre-Seigneur leur fait cette question sur Jean-Baptiste, non point sans raison, ni cependant pour leur faire un piège de ses raisonnements, mais parce que JeanBaptiste avait rendu témoignage de lui. " II leur répondit : Je vous ferai moi-même une question. "
bède. Le Seigneur pouvait confondre leurs calomnies par une réponse claire et décisive ; mais il aime mieux les interroger avec prudence, et les faire condamner, ou par leur silence, ou par leurs propres paroles. C'est en effet ce qui arrive : " Ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes : Si nous répondons du ciel, il nous dira pourquoi ne l'avez-vous pas cru ? " c'est-à-dire, celui qui de votre aveu a reçu du ciel le don de prophétie, m'a rendu témoignage, et c'est de lui que vous avez appris par quelle autorité je fais toutes ces choses ; " si au contraire, nous disons : des hommes, nous craignons le peuple." Ils virent donc, que quelle que fût leur réponse, ils tomberaient dans le piège, car ils craignaient d'être lapidés, et encore plus de confesser la vérité : " Et ils répondirent à Jésus : Nous ne savons. "
S. jér. Cette lampe couvre ces curieux d'obscurité, ce qui a fait dire à Dieu par la bouche du Psalmiste : " J'ai préparé une lampe à mon Christ, je couvrirai de confusion ses ennemis. " (Ps 131) " Et Jésus leur dit : Je ne vous dirai pas non plus par quelle autorité je fais ces choses. "
bede. C'est-à-dire, je ne vous dirai pas ce que je sais, parce que vous ne voulez point avouer ce que vous savez. Remarquons qu'il est deux circonstances où l'on doit s'abstenir de découvrir la vérité à celui qui la cherche, lorsqu'il est incapable de la comprendre, ou lorsque par le mépris ou la haine de la vérité, il est indigne qu'on la lui fasse connaître.
Commentaire (versets 1 à 11) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 1 à 11 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
S. chrys. (hom. 66 sur S. Matth.) Après avoir donné des preuves suffisantes de sa puissance divine, et alors que sa croix se dressait devant ses yeux, le Sauveur donne à toutes ses actions un caractère de publicité plus grande qui devait redoubler la fureur de ses ennemis. Bien des fois il s'était rendu à Jérusalem, mais jamais avec l'éclat dont il environne aujourd'hui son entrée dans cette ville.
théophyl. Ses ennemis, s'ils le veulent, pourront reconnaître sa gloire, et par l'accomplissement des prophéties dont il est l'objet, apprendre qu'il est le vrai Dieu ; s'ils s'y refusent, leur incrédulité malgré tant de prodiges éclatants, leur attirera un jugement bien plus redoutable. C'est cette entrée triomphale que l'Evangéliste décrit en ces termes : " Lorsqu'ils approchaient de Jérusalem et de Béthanie, " etc.
béde. Béthanie est une bourgade ou une petite ville bâtie sur le flanc de la montagne des Oliviers, et c'est là qu'eut lieu la résurrection de Lazare. L'Evangéliste nous apprend comment et pourquoi le Sauveur envoya ses disciples : " Et il leur dit : Allez à ce village, " etc.
théophyl. Voyez que de circonstances particulières dans cette prédiction : ils trouveront un ânon. " A l'entrée du village, vous trouverez, " etc. On voudra leur défendre de le détacher : " Et si quelqu'un vous dit : Que faites-vous ? dites-lui, " etc., on les laissera libres alors de l'emmener : " Et aussitôt il le laissera, " etc. Et toutes ces choses arrivèrent comme il l'avait prédit : " Et s'en étant allés, ils trouvèrent l'ânon qui était attaché dehors, auprès d'une porte, entre deux chemins, et ils le délièrent. "
S. aug. (De l'acc. des Evang., 2, 66.) Saint Matthieu parle d'une ânesse et de son ânon, les autres Evangélistes ne disent rien de l'ânesse. Il n'y a ici aucune contradiction, dès lors qu'on peut admettre les deux circonstances de ce fait ; quand même chacun des Evangélistes n'en rapporterait qu'une des deux. A plus forte raison n'y a- t-il aucune difficulté, lorsqu'un Evangéliste rapporte une circonstance, et que l'autre les raconte toutes deux. " Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent : Que faites vous ? pourquoi déliez-vous cet ânon ? Ils leur répondirent comme Jésus le leur avait ordonné, et ces gens le leur laissèrent emmener, " c'est-à-dire, l'ânon.—théophyl. Ces hommes, habitants de la campagne et occupés aux travaux des champs, n'auraient certainement pas donné cette permission, si une influence divine ne les eût dirigés, et comme forcés de laisser aller cet ânon. " Ils amenèrent donc l'ânon à Jésus, ils le couvrirent de leurs vêtements, et il monta dessus. "
S. chrys. (hom. 66.) Nôtre-Seigneur n'avait pas besoin, sans doute, de monter sur cet ânon pour aller du mont des Oliviers à Jérusalem, puisqu'il avait bien parcouru à pied la Judée et toute la Galilée ; cette action était donc figurative. " Un grand nombre étendaient leurs vêtements le long de la route. "
S. jér. Sous les pieds de l'ânon ; " d'autres coupaient des branches d'arbres et en jonchaient le chemin, " beaucoup plus pour la décoration de la route et comme symbole que par nécessité. " Et ceux qui marchaient devant, et ceux qui suivaient, criaient : Hosanna ! " etc. Tant que le peuple ne fut point corrompu, il eut le sentiment de ce qu'il devait faire ; il honore Jésus suivant la mesure de son pouvoir, et pour le louer, il emprunte l'hymne de David et chante Hosanna! ce qui, selon quelques-uns, signifie : Sauvez-moi; selon d'autres : Hymne. Le premier sens me paraît plus vraisemblable, car on lit dans le psaume 117 : " O Seigneur, sauvez-moi ! " en hébreu : Hosanna.
bède. Hosanna est un mot hébreu, composé de deux autres mots, l'un entier, l'autre altéré. Sauvez-moi, se dit en hébreu, hosi le mot anna est comme l'interjection delà prière ; interjection qui répond à l'interjection latine, hélas !
S. jér. Ils crient hosanna, c'est-à-dire, sauvez-moi, pour lui demander que les hommes soient sauvés par ce Sauveur béni, par ce vainqueur, qui vient au nom du Seigneur (c'est-à-dire, de son Père), car c'est du Père que le Fils prend son nom, comme c'est du Fils que le Père reçoit le sien. S. chrys. Ils rendent donc gloire à Dieu, en s'écriant : " Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! " Ils bénissent aussi le royaume de Jésus-Christ ; en ajoutant : Béni soit le règne de notre Père David qui va commencer !
théophyl. Le royaume de David, dans leur pensée, était le royaume du Christ, parce que le Christ descendait de la race de David, et aussi parce que David signifie celui qui est puissant de la main. Qui a mieux mérité cette qualification que le Sauveur, dont la main a opéré tant et de si éclatants prodiges ?
S. chrys. Aussi les prophètes donnent-ils souvent à David le nom de Christ, parce que le Christ devait descendre de David.
bède. Nous voyons dans l'Évangile de saint Jean, Jésus s'enfuir sur la montagne, lorsque les Juifs voulurent le faire roi. Aujourd'hui qu'il vient à Jérusalem pour y souffrir, il accepte ce titre de roi, sous lequel il est acclamé, pour établir clairement que le royaume qu'il veut fonder n'est point un royaume temporel et terrestre, mais un royaume éternel dans les cieux, et qu'il devait entrer en possession de ce royaume par le mépris de la mort. Il faut remarquer ici la conformité des acclamations de la foule avec ces paroles de Gabriel : " Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, " c'est-à-dire, qu'il devait appeler à ce royaume céleste, par ses paroles et par ses actions, cette nation autrefois soumise à l'autorité temporelle de David.
S. chrys. Enfin, la multitude rend gloire à Dieu, en ajoutant : " Hosanna au plus haut des cieux ! c'est-à-dire, hymne et gloire au Dieu de toutes choses qui habite les hauteurs des cieux.
S. jer. Ou bien, hosanna (c'est-à-dire, sauvezmoi), dans les hauteurs des cieux comme dans les profondeurs de la terre, que les justes s'élèvent dans les cieux sur les ruines des anges, et que ceux qui habitent la surface ou les profondeurs de la terre soient également sauvés. Dans le sens mystique, le Seigneur approche de Jérusalem, qui est la vision de la paix, le siège d'une félicité éternelle et immuable, et selon l'Apôtre, la mère de tous les croyants. (Ga 4)
bède. Béthanie veut dire maison d'obéissance, c'est-à-dire, qu'avant sa passion, il s'était préparé par ses enseignements dans l'âme d'un grand nombre une maison d'obéissance. Béthanie est située sur le versant de la montagne des Oliviers, figure de l'onction des dons spirituels et de là lumière de la science et de la piété, par lesquels le Sauveur anime et réchauffe l'Église. Il envoie ses disciples dans le village qui est devant eux, c'est-à-dire, qu'il a chargé les docteurs de pénétrer par la prédication de l'Évangile dans toutes les forteresses où l'ignorance du monde semblait s'être réfugiée.
S. jer. Les disciples de Jésus-Christ sont appelés, ils sont envoyés deux à deux, parce que la charité ne peut s'exercer, si on est seul. " Malheur à celui qui est seul, dit la sainte Ecriture " (Qo 4). Ce sont deux hommes qui dirigent les Hébreux dans leur sortie de l'Egypte ; deux hommes qui rapportent de la terre sainte la grappe de raisin, pour enseigner à ceux qui sont placés à la tête des autres, à joindre toujours l'action à la science, à tirer des deux tables les deux commandements (Ex 32, 5 ; 30, 18 ; 25 ; 39 ; 3 R 8, 7), à se purifier dans les deux fontaines, à porter l'arche du Seigneur sur deux bâtons, et afin qu'ils apprennent à connaître le Dieu assis entre deux chérubins, lui offrant le double hommage de l'esprit et du cœur (1 Co 14). théophyl. Cet ânon n'était pas nécessaire au Sauveur, il l'envoie chercher pour donner à entendre qu'il devait bientôt appeler à lui les gentils.
bede. Cet ânon libre et indompté est la figure du peuple des nations ; personne ne l'avait encore monté, c'est-à-dire, qu'aucun sage docteur n'avait encore, par des enseignements utiles, imposé à ce peuple le frein de la discipline, pour préserver sa langue des paroles coupables, ou le forcer d'entrer dans l'étroit sentier de la vie.
S. jer. Ils trouvèrent cet ânon attaché devant la porte en dehors, emblème du peuple des gentils retenu dans les liens du péché devant la porte de la foi, en dehors de l'Église.
S. ambr. (sur S. Luc, 9, 19.) Ou bien, ils le trouvèrent attaché devant la porte, c'est-à-dire, que tout homme qui n'est pas avec Jésus-Christ et qui demeure dehors, est sur la voie, mais celui qui est en Jésus-Christ ne reste pas dehors. L'Evangéliste ajoute qu'on le trouva entre deux chemins, où tout le monde passe, dans un lieu dont personne ne pouvait revendiquer la propriété ; il était là, sans étable, sans nourriture, sans crèche. Quelle misérable servitude que celle qui n'a aucun droit certain ! On est l'esclave de plusieurs maîtres quand ou ne dépend pas d'un seul, les étrangers lient pour assurer leur possession, le maître légitime met en liberté pour conserver, car les bienfaits sont des liens beaucoup plus puissants que les chaînes.
bède. On peut dire encore qu'il était dans un carrefour, parce qu'il ne se tenait pas dans le chemin certain de la foi et de la vérité, mais qu'il suivait au gré de l'erreur les sentiers innombrables et douteux des sectes diverses.
bède. On bien encore ces deux chemins sont la figure du libre arbitre qui hésite entre la vie et la mort (Si 15, 18).
théophyl. Ou enfin " dans un carrefour, " c'est-à-dire, dans cette vie ; or, ce sont les disciples qui le délient par le baptême et par la foi.
S. jér. " Quelques-uns de ceux qui étaient là leur dirent : Que faites-vous ? Comme s'ils disaient : Qui peut remettre les péchés ? "
théophyl. Ou bien ceux qui veulent s'opposer aux disciples sont les démons dont les Apôtres, plus forts qu'eux, ont triomphé.
bède. Ou bien ce sont ces maîtres de l'erreur qui s'opposèrent aux docteurs qui venaient apporter le salut aux gentils ; mais lorsque le Sauveur eut fait éclater la puissance de la foi en son nom, le peuple des croyants, libre des attaques de ses ennemis, fut amené au Seigneur qu'il portait déjà dans son cœur. Les vêtements dont les Apôtres couvrent cet animal, représentent ou la doctrine des vertus, ou le don d'interpréter les Ecritures, ou la variété des dogmes de l'Église ; les cœurs des hommes autrefois nus et glacés, sont couverts de ces vêtements pour devenir des sièges dignes de Jésus-Christ.
S. jer. Ou bien encore, ces vêtements dont ils couvrent l'ânon, c'est la robe première d'immortalité (Lc 15, 28) dont se revêtent les gentils par le baptême. Jésus monte sur cet ânon, c'est-à-dire, qu'il commence à régner sur eux pour substituer à l'empire du péché dans une chair voluptueuse, celui de la justice, de la paix et de la joie dans l'Esprit saint (Rm 6, 12 ; 14, 17). " Un grand nombre étendent leurs vêtements le long du chemin sous les pieds de l'ânon. " Que figurent les pieds ? les derniers d'entre les fidèles que l'Apôtre établit pour juger leurs frères. " (1 Co 6) Ils ne sont pas jugés dignes de servir de siège au Seigneur, mais cependant ils sont instruits par Jean-Baptiste, comme les soldats, de leurs devoirs. (Lc 3)
bede. Ou bien encore, cette multitude qui étend ses vêtements le long du chemin, ce sont les saints martyrs qui se dépouillent du vêtement de leur chair pour préparer la voie par leur sang aux fidèles moins avancés dans le service de Dieu. Celle multitude est encore la figure de ceux qui domptent leurs corps par la mortification, pour ouvrir à Dieu le chemin de leur âme, ou offrir de saints exemples à ceux qui veulent marcher sur leurs traces. Ceux qui coupent des rameaux ou des branches d'arbres, représentent ceux qui recueillent dans les écrits des Pères la doctrine de vérité qui s'y trouve semée, et par une prédication pleine d'humilité, la répandent sur la voie de Dieu dans l'âme de l'auditeur qui vient les entendre.
théophyl. Il nous faut aussi joncher de rameaux enlevés aux arbres le chemin de notre vie, c'est-à-dire, imiter les saints, car les arbres figurent les saints, et celui qui imite leurs vertus, coupe des rameaux de ces arbres.
S. jér. Les justes fleuriront comme le palmier (Ps 91), leur racine est petite, mais leurs fleurs et leurs fruits sont très étendus. Comme ils sont la bonne odeur de Jésus-Christ (2 Co 2), ils étendent sur la voie des commandements de Dieu leur bonne renommée ; ceux qui marchaient en avant, sont les prophètes, et ceux qui suivaient, les Apôtres.
bêde. Or, comme tous les élus, ceux qui pouvaient être alors dans la Judée aussi bien que ceux qui sont maintenant dans l'Église, ont cru et croient encore au médiateur de Dieu et des hommes, ceux qui précèdent, comme ceux qui suivent, crient tous ensemble : Hosanna !
théophyl. Il n'y a que les actes dont la fin répond au commencement qui soient vraiment à la louange de Dieu. Il en est dont la vie passée offre des commencements de bien, mais les années suivantes ont donné un démenti à celles qui précédaient, et n'ont point eu pour fin la gloire de Dieu.