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Marc 13
LORSQU’IL sortait du temple, un de ses disciples lui dit : Maître ! regardez quelles pierres et quels bâtiments !
Mais Jésus lui répondit : Voyez-vous tous ces grands bâtiments : ils seront tellement détruits, qu’il n’y demeurera pas pierre sur pierre.
Et lorsqu’il était assis sur la montagne des Oliviers, vis-à-vis du temple, Pierre, Jacques, Jean et André lui demandèrent en particulier :
Dites-nous, quand ceci arrivera, et quel signe il y aura que toutes ces choses seront prêtes à être accomplies.
Sur quoi Jésus commença à leur dire : Prenez garde que quelqu’un ne vous séduise :
car plusieurs viendront sous mon nom, et diront : C’est moi qui suis le Christ. Et ils en séduiront plusieurs.
Lorsque vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres, ne craignez point ; parce qu’il faut que cela arrive : mais ce ne sera pas encore la fin.
Car on verra se soulever peuple contre peuple, et royaume contre royaume ; et il y aura des tremblements de terre en divers lieux, et des famines ; et ce ne sera là que le commencement des douleurs.
Pour vous autres, prenez bien garde à vous. Car on vous fera comparaître dans les assemblées des juges ; on vous fera fouetter dans les synagogues ; et vous serez présentés à cause de moi aux gouverneurs et aux rois, afin que vous me rendiez témoignage devant eux.
Il faut aussi auparavant que l’Évangile soit prêché à toutes les nations.
Lors donc qu’on vous mènera pour vous livrer entre leurs mains, ne préméditez point ce que vous devez leur dire ; mais dites ce qui vous sera inspiré à l’heure même : car ce ne sera pas vous qui parlerez, mais le Saint-Esprit.
Alors le frère livrera le frère à la mort, et le père le fils ; les enfants s’élèveront contre leurs pères et leurs mères, et les feront mourir.
Et vous serez haïs de tout le monde à cause de mon nom : mais celui qui persévérera jusqu’à la fin, sera sauvé.
Commentaire (versets 9 à 13) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 9 à 13 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
bède. Nôtre-Seigneur fait ici connaître la justice des châtiments effroyables qui devaient fondre sur la Judée : " Prenez bien garde à vous, car on vous fera comparaître dans les assemblées des juges, vous serez fouettés de verges dans les synagogues. " En effet, la cause principale de la ruine du peuple juif, c'est que non content d'avoir mis à mort le Sauveur, il poursuivit avec une cruauté impie les prédicateurs de son nom et de sa foi.
théophyl. C'est avec dessein que Nôtre-Soigneur parle tout d'abord de ce que les Apôtres devaient souffrir, il veut leur faire trouver quelque consolation à leurs épreuves personnelles dans les souffrances et les tribulations qui seront communes à tous les autres. " Et vous serez conduits devant les gouverneurs et devant les rois, " etc. Ces rois et ces gouverneurs, c'est Agrippa, Néron, Hérode (Ac 15 ; 12). Ces paroles : " Vous serez conduits devant les rois et les gouverneurs à cause de moi, " étaient d'une grande consolation pour les Apôtres, puisque c'était pour Jésus-Christ lui-même qu'ils devaient souffrir. Il ajoute : " Pour me rendre témoignage devant eux, " ou, si l'on veut, en témoignage contre eux, c'est-à-dire, qu'ils seront inexcusables de ne s'être point rendus à la vérité malgré les travaux des Apôtres. " Cependant qu'ils se gardent de croire que ces tribulations et ces dangers seront un obstacle à la prédication des Apôtres : " Car, ajoute-t-il, il faut d'abord que l'Évangile soit prêché à toutes les nations, " etc.
S. aug. (De l'acc. des Evang., 2, 7.) Saint Matthieu ajoute : " Et alors viendra la consommation ; " mais l'expression de saint Marc : " II faut d'abord, " a la même signification. bède. Les monuments historiques attestent à l'envi l'accomplissement de cette prédiction. Nous y lisons que tous les Apôtres, peu de temps avant la ruine de la Judée, se répandirent dans tout l'univers pour y prêcher l'Évangile, à l'exception de Jacques, fils de Zébédée, et de Jacques, frère du Seigneur, qui avaient déjà versé leur sang dans la Judée pour la parole du Seigneur. Le Seigneur savait que le cœur de ses disciples serait contristé de la destruction et de la ruine de leur nation, il veut donc leur donner cette consolation, en leur apprenant qu'au défaut des Juifs qu'il rejetait, ils auraient d'autres compagnons de la gloire et du royaume des cieux, et qu'il se choisirait parmi toutes les nations un plus grand nombre d'élus que la ruine de la Judée n'en ferait perdre. la glose. Une autre préoccupation pouvait naître dans l'esprit des disciples. Jésus leur avait prédit qu'ils seraient conduits devant les rois et les gouverneurs ; ils pouvaient donc se demander, si dépourvus qu'ils étaient de science et d'éloquence, ils ne seraient pas dans l'impossibilité de répondre ; le Seigneur les rassure donc en leur disant : " Et lorsque vous serez conduits, " etc.
bède. Lorsque nous sommes traduits devant les juges pour la cause de Jésus-Christ, il nous suffit d'offrir notre volonté pour lui. Jésus-Christ qui habite en nous parlera pour nous, et la grâce du Saint-Esprit nous dictera la réponse que nous devons faire, " car ce n'est pas vous qui parlez, mais l'Esprit saint. " théophyl. Il leur prédit encore quelque chose de plus cruel, c'est que leurs proches deviendraient leurs propres persécuteurs : " Le frère livrera son frère à la mort, et le père son fils, " etc.
bède. C'est ce que nous avons vu souvent dans les persécutions, et des cœurs divisés sur le point de la foi ne peuvent être unis par une affection véritable et sûre.
théophyl. En leur annonçant ce danger, le Sauveur veut les préparer à supporter patiemment ce nouveau genre de persécutions et d'épreuves. Selon sa coutume, il joint à cette prédiction une vérité consolante : " Et vous serez haï de tout le monde à cause de mon nom. " Etre un objet de haine à cause de Jésus-Christ, c'est là un motif suffisant pour nous de souffrir patiemment les persécutions (car ce n'est point la souffrance, mais la cause pour laquelle on souffre qui fait le martyr). Enfin, rien de plus consolant au milieu des persécutions que ce que le Sauveur ajouta : " Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé. "
Or, quand vous verrez l’abomination de la désolation établie au lieu où elle ne doit pas être (que celui qui lit entende ce qu’il lit) : alors que ceux qui seront dans la Judée, s’enfuient sur les montagnes ;
que celui qui sera sur le toit, ne descende point dans sa maison, et n’y entre point pour en emporter quelque chose ;
et que celui qui sera dans le champ, ne retourne point sur ses pas pour prendre son vêtement.
Mais malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices en ces jours-là !
Priez Dieu que ces choses n’arrivent point durant l’hiver.
Car l’affliction de ce temps-là sera si grande, que depuis le premier moment où Dieu créa toutes choses, jusqu’à présent, il n’y en a point eu de pareille, et il n’y en aura jamais.
Si le Seigneur n’avait abrégé ces jours, nul homme n’aurait été sauvé ; mais il les a abrégés à cause des élus qu’il a choisis.
Commentaire (versets 14 à 20) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 14 à 20 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
la glose. Après avoir décrit les signes précurseurs de la destruction de la ville de Jérusalem, NôtreSeigneur prédit les circonstances qui doivent l'accompagner : " Lorsque vous verrez l'abomination, " etc.— S. aug. (De l'accord des Evang., 2, 77.) Saint Matthieu dit : " Etablie dans le lieu saint. " Saint Marc se sert d'une expression différente, mais le sens est le même. Pourquoi dit-il, en effet : " établie où elle induit pas être ? " parce qu'elle est dans le lieu saint d'où elle devrait être à jamais bannie. —bede. Lorsque l'Esprit saint nous invite à l'intelligence du texte sacré, c'est une preuve qu'il renferme un sons spirituel. Or, on peut entendre cette abomination, ou de l'Antéchrist, on de l'image de César, que Pilate plaça dans le temple, ou de la statue équestre d'Adrien, qui demeura longtemps dans le saint des saints, en effet, le mot abomination dans le langage de l'Ancien Testament est souvent synonyme d'idole (Dt 7, 25 ; 4 R 23, 16 ; Ez 7, 20). Il ajoute : " De la désolation, " parce que ces idoles ont été placées dans le temple désert et désolé.
théophyl.. Ou bien, " l'abomination de la désolation, " c'est l'entrée des ennemis par violence dans la ville.
S. aug. (Lett. 80 à Hésych.) Saint Luc, pour nous apprendre que cette abomination de la désolation eut lieu lors du siège de Jérusalem, rapporte eu ce même endroit les paroles du Sauveur : " Quand vous verrez Jérusalem entourée par des armées, sachez que la désolation de cette ville est proche" (Lc 21, 20). " Alors que ceux qui sont dans la Judée fuient vers les montagnes."
bède. Cette prédiction, l'histoire ecclésiastique en fait foi, fut littéralement accomplie, lorsqu'aux approches de l'armée romaine et de la ruine du peuple juif, tous les chrétiens avertis par un oracle venu du ciel, s'éloignèrent de la Judée, passèrent le Jourdain, et se retirèrent pour un temps dans la ville de Pella, sous la protection d'Agrippa, roi des Juifs, dont parlent les Actes des Apôtres (Ac 25 ; 26), et qui avec la partie de la nation juive qui consentait à reconnaître son autorité, restait toujours soumis à l'autorité de l'empire romain.
théophyl. Nôtre-Seigneur dit : " Ceux qui sont dans la Judée, " parce qu'en effet les Apôtres n'étaient pas alors dans la Judée, et bien longtemps avant la guerre, ils avaient été obligés de quitter Jérusalem. —la glose. Ou plutôt ils en étaient sortis par une inspiration de l'Esprit saint : " Que celui qui sera sur le toit, ne descende pas dans sa maison, et n'y entre point pour en emporter quelque chose, " car il serait mille fois désirable de pouvoir échapper, même dépouillé de tout, à une si grande tribulation. " Malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices en ces jours-là. "
bède. Celles dont le sein ou les bras chargés du fardeau de leurs enfants, pourront difficilement trouver leur salut dans la fuite.
théophyl. Je crois que le Sauveur fait ici allusion aux mères qui mangèrent leurs enfants, car la famine et la peste les amenèrent à cette cruelle extrémité contre le fruit de leurs entrailles. la glose. A ces deux obstacles à leur fuite tirés l'un du désir d'enlever les objets qui leur appartenaient, l'autre, de la difficulté de porter leurs enfants, Notre-Seigneur en ajoute un troisième, celui du temps : " Priez Dieu que ces choses n'arrivent point durant l'hiver. "
théophyl. Afin que la rigueur de la saison ne s'oppose point à votre fuite. Quels seront les graves motifs qui les réduiront à cette triste nécessité de fuir ? " Car l'affliction de ce temps-là sera si grande, que depuis le commencement de la création de l'univers jusqu'à présent, il n'y en eut jamais de pareille. "
S. aug. (lett. 80 à Hésych.) Josèphe, qui a écrit l'histoire des Juifs, nous rapporte une multitude de faits inouïs qui précédèrent la ruine de ce peuple, et qui paraissent à peine croyables, ce qui justifie ces paroles du Sauveur, que jamais depuis la création on n'a vu, que jamais on ne verra de tribulation semblable. Peut-être, la tribulation qui doit éclater lors de la venue de l'Antéchrist, égalera, surpassera même celle-ci, mais quant au peuple juif, il est vrai de dire que jamais il n'en existera de semblable, d’ailleurs, si les Juifs doivent être les premiers et les plus empressés à recevoir l'Antéchrist, ils seront bien plutôt les auteurs que. les victimes de cette tribulation. hkde. Le seul refuge contre de si grands maux, c'est que Dieu qui donne la force de supporter la persécution, mettra un terme à la puissance des persécuteurs : " Que si le Seigneur n'avait abrégé ces jours, " etc.
théophyl.. C’est-à-dire, si la guerre des Romains n'avait été de courte durée, nul homme n'eût été sauvé, c'est-à-dire, aucun juif n'eût échappe. Mais à cause des élus qu'il a choisis (c'est-à-dire, des Juifs qui avaient déjà embrassé, ou qui devaient embrasser la foi), Dieu abrégea ces jours, et mit promptement fin à la guerre, car Dieu savait qu'après la ruine de Jérusalem, un grand nombre de Juifs croiraient en Jésus-Christ, et c'est en leur faveur que la nation juive ne fut pas entièrement détruite.
S. aug. (Lett. 80 à Hesych.) Je regarde comme plus probable l'interprétation de certains auteurs, d'après lesquels les jours seraient pris ici pour les calamités elles-mêmes, de même que nous voyons dans plusieurs autres endroits de l'Ecriture, les jours appelés mauvais (Gn 47, 9 ; Ps 93, 13 ; Ep 5, 16) ; car ce ne sont pas les jours qui sont mauvais, mais les événements qu'ils voient s'accomplir. Ces jours donc seront abrégés, dans ce sens que Dieu donnera la force nécessaire pour sentir moins vivement le poids de ces calamités, et leur ôtera ainsi ce qu'ils auront d'excessif et d'insupportable.
bède. Ou bien encore, tout ce qui suit à commencer de ces paroles : " L'affliction de ce temps-là sera si grande, " etc., se rapportent, dans leur sens propre, au temps de l'Antéchrist, où non-seulement les chrétiens auront à souffrir des tourments plus nombreux et plus cruels, mais ou, chose déplorable, l'éclat des prodiges semblera justifier la conduite des persécuteurs. bède. Or, plus cette dernière tribulation l'emportera par l'étendue des épreuves sur toutes celles qui ont précédé, plus aussi elle sera limitée dans sa durée ; car, autant que la prophétie de Daniel et l'Apocalypse de saint Jean permettent de le conjecturer, l'Église répandue par toute la terre sera persécutée pendant trois ans et demi (Dn 12, 11 ; Ap 13, 15). Dans le sens spirituel, " lorsque nous verrons l'abomination de la désolation établie où elle ne doit pas être, " c'est-à-dire, les hérésies et les crimes régner parmi ceux qui paraissaient consacrés aux divins mystères, " alors nous tous qui sommes dans la Judée, " c'est-à-dire, qui persévérons dans la confession de la vraie foi, " nous devons d'autant plus nous efforcer de nous élever au sommet des vertus, que nous en voyons un plus grand nombre suivre les sentiers du vice.
S. jér. Fuir sur les montagnes, c'est ne point descendre des hauteurs où l'on s'est élevé.
bède. Alors que celui qui est sur le toit, c'est-à-dire, qui s'est élevé par l'esprit au-dessus des œuvres charnelles, ne redescende pas dans les actions basses de sa vie première, et qu'il ne rouvre pas sou cœur aux désirs de la chair et du monde, car notre maison, c'est ou ce monde, ou la chair que notre âme habite. S. jér. " Priez Dieu, dit Nôtre-Seigneur, que votre fuite n'ait point lieu en hiver, ou le jour du sabbat, " c'est-à-dire, priez que les fruits de vos œuvres ne passent pas avec le temps ; en effet, l'hiver est la saison où finissent les fruits, et le sabbat est la figure de la fin des temps.
bède. Si l'on entend ces paroles de la consommation des siècles, nous dirons alors que Jésus-Christ nous recommande de ne point laisser refroidir notre foi en Jésus-Christ et notre charité pour lui, comme aussi de ne point cesser de pratiquer les bonnes œuvres, et de ne point nous livrer au repos du sabbat dans l'exercice des vertus. S. jér. Cette tribulation sera grande, et sa durée abrégée, à cause des élus, de peur que le mal du temps ne vienne changer leur esprit (Sg 4).
Si quelqu’un vous dit alors, Le Christ est ici ; ou, Il est là ; ne le croyez point.
Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes, qui feront des prodiges et des choses étonnantes, pour séduire, s’il était possible, les élus mêmes.
Prenez-y donc garde ; vous voyez que je vous ai tout prédit.
Mais dans ces jours-là, et après cette affliction, le soleil s’obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière ;
les étoiles tomberont du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées.
Alors on verra le Fils de l’homme qui viendra sur les nuées avec une grande puissance et une grande gloire.
Et il enverra ses anges pour rassembler ses élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.
Commentaire (versets 21 à 27) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 21 à 27 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
théophyl. Après avoir achevé tout ce qui a rapport à la ruine de Jérusalem, Nôtre-Seigneur passe à l'avènement de l'Antéchrist : " Alors si quelqu'un vous dit : Le Christ ici, ou il est là, ne le croyez point. " II ne faut pas entendre cette expression : " alors, " du temps qui devait suivre immédiatement l'accomplissement des prédictions sur Jérusalem. Ainsi lorsque saint Matthieu, après avoir raconté la génération de Nôtre-Seigneur, dit : " En ces jours, Jean vint, " etc., est-ce immédiatement après la naissance du Sauveur ? Non, sans doute ; ces paroles ont un sens indéfini ou indéterminé, il en est de même de l'expression " alors ; " il ne s'agit donc point du temps de la ruine de Jérusalem, mais du temps où doit venir l'Antéchrist : " II s'élèvera alors de faux christs, " etc. Un grand nombre prendront le nom du Christ, et séduiront ainsi jusqu'aux fidèles.
S. aug. (Cité de Dieu, 19.) Satan sera alors déchaîné, et il usera de toute sa puissance pour opérer dans la personne de l'Antéchrist des prodiges merveilleux, mais trompeurs et mensongers. On se fait souvent cette question : l'Apôtre a-t-il traité de mensonges (2 Th 2, 9) ces signes et ces prodiges, parce que ce n'étaient que de vains fantômes, dont le démon se servait pour tromper les sens, et paraître faire ce qu'il ne faisait pas ? Ou bien est-ce parce que tout en étant de vrais prodiges, ils entraînaient dans l'erreur ceux qui ne pouvaient croire qu'un autre que Dieu en fût l'auteur, dans l'ignorance où ils étaient que la puissance du démon devait alors être plus grande qu'elle n'avait jamais été. Or, quelle que soit l'interprétation qu'on adopte, ces signes, ces prodiges séduiront ceux qui mériteront d'être séduits.
S. grég. (sur Ezech., hom. 9.) Mais pourquoi cette forme dubitative : " s'il est possible, " alors que le Seigneur savait parfaitement ce qui devait arriver. De deux choses l'une, s'ils sont élus, il n'est pas possible qu'ils soient séduits ; et si cela est possible, ils ne sont pas élus. Cette forme dubitative dans la bouche du Seigneur, exprime donc uniquement le trouble et l'hésitation d'esprit de ceux qu'il appelle les élus, parce qu'il voit leur persévérance dans la foi et les bonnes œuvres ; mais bien que Dieu les ait choisis comme devant persévérer, ils seront tentés par les prédicateurs de l'Antéchrist, qui s'efforceront de les entraîner dans leur chute. bède. Il en est qui rapportent cette prédiction au temps de la captivité des Juifs où l'on vit un grand nombre de séducteurs qui prenaient le nom de Christ, et entraînaient après eux les nombreuses victimes de leur séduction. Mais lors du siège de la ville de Jérusalem, elle ne renfermait dans son sein aucun chrétien à qui put s'adresser cet avertissement du Sauveur, de ne pas suivre de faux docteurs. Il est donc plus juste de les entendre des hérétiques qui se couvraient faussement du nom de Christ, pour mieux combattre l'Église ; le premier d'entre eux fut Simon le Magicien, et le dernier comme le plus dangereux sera l'Antéchrist. " Prenez donc garde à vous, voici que je vous l'ai prédit, " etc.
S. aug. (lett. 137 au peuple d'Hippone.) Il ne s'est pas contenté de prédire longtemps à l'avance les récompenses qu'il devait accorder aux fidèles et aux saints, il a voulu aussi prédire les maux qui devaient fondre en foule sur le monde dès cette vie. Il nous fait ainsi attendre les biens de l'autre vie avec une foi et une certitude d'autant plus grande, que nous passons par les épreuves qui, d'après les mêmes prédictions, devaient précéder la fin du monde. théophyl. Or, après l'avènement de l'Antéchrist, le globe terrestre sera bouleversé et changé par suite de l'obscurcissement des astres en présence de la clarté resplendissante de Jésus-Christ. " Mais après ces jours d'affliction, le soleil s'obscurcira, " etc.
bède. En effet, au jour du jugement, les astres paraîtront couverts d'obscurité, non qu'ils perdent rien de la lumière qui leur est propre, mais parce qu'ils seront éclipsés par l'éclat de la lumière véritable, c'est-à-dire, du souverain Juge. Cependant rien ne s'oppose à ce que l'on entende que le soleil, la lune et les astres seront alors privés réellement pour un temps de leur lumière, comme cela est certainement arrivé lors de la mort du Christ. Mais le jugement une fois terminé, il y aura un ciel nouveau et une nouvelle terre (2 P 3, 13 ; Ap 21, 1), et alors s'accomplira cette prophétie d'Isaïe : " La lumière de la lune brillera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus éclatante " (Is 30, 26). " Et les puissances des cieux seront ébranlées. "
théophyl. C'est-à-dire, que les puissances angéliques seront frappées de stupeur en étant témoins d'aussi étonnants prodiges, et en voyant juger ceux qui partageaient leur nature.
bède. Qu'y a-t-il d'étonnant que les hommes soient remplis de frayeur aux approches de ce jugement, dont la vue seule fait trembler les puissances angéliques ? Que feront les simples planches quand les colonnes sont ébranlées ? Que deviendra l'arbuste du désert, quand le cèdre du paradis tremble jusque dans ses racines ? S. jér. Ou bien encore : " Le soleil s'obscurcira, " pour les cœurs glacés comme pendant l'hiver, " et la lune ne donnera plus sa lumière, " qui brillait sereine au-dessus des orages et des disputes qui agitent la terre ; et les étoiles du ciel tomberont du ciel, " sans lumière, lorsqu'on verra la race d'Abraham qui a été comparée aux étoiles, défaillir presque toute entière ; " et les vertus des cieux seront ébranlées, " lorsqu'à l'avènement du Fils de l'homme elles seront envoyées comme les ministres de sa vengeance. C'est de cet avènement que le Sauveur ajoute : " Et alors, ils verront venir sur les nuées avec une grande puissance et une grande majesté le Fils de l'homme " qui était descendu, d'abord comme la pluie sur la toison de Gédéon, revêtu des livrées de l'humilité. "
S. aug. (lett. 80 à Hésych). Les anges avaient dit aux Apôtres : " II viendra de la même manière que vous l'avez vu monter au ciel. " (Ac 2) Nous devons donc croire qu'il viendra, non-seulement avec le même corps mais sur les nuées, puisqu'il viendra du ciel comme il y est monté, et qu'une nuée le reçut et le déroba aux yeux de ses disciples. théophyl. Or ils verront le Seigneur comme Fils de l'homme, c'est-à-dire, revêtu d'un corps sensible, car tout ce qui se voit est corporel.
S. aug. (de la Trin., 1, 13.) Il sera donné devoir le Fils de l'homme, même aux méchants, mais la vue de la nature divine sera réservée à ceux qui ont le cœur pur parce qu'ils verront Dieu (Mt 5). Comme les méchants ne peuvent voir le Fils de Dieu dans cette forme divine, qui le rend l'égal de son Père, et qu'il faut cependant que les méchants comme les bons voient le juge des vivants et des morts devant lequel ils doivent comparaître, il était donc nécessaire qu'il reçût comme Fils de l'homme la puissance déjuger, puissance dont il nous décrit l'exercice dans les paroles suivantes : " Et alors il enverra ses anges. "
théophyl. Vous voyez que Jésus-Christ envoie les anges comme le Père, où sont donc ceux qui prétendent qu'il n'est pas égal à son Père ? Or, les anges s'empresseront de rassembler les élus afin qu'ils puissent aller dans les airs au-devant de Jésus-Christ (1 Th 4, 16) : " Et il réunira ses élus des quatre vents. "
S. jér. Comme le blé qu'on bat et qu'on passe au van, sur l'aire de toute la terre.
bède. " Des quatre vents, " c'est-à-dire, des quatre parties du monde, l'Orient, l'Occident, le Septentrion et le Midi. Et ce n'est pas seulement des quatre parties du monde, mais de toutes ses extrémités, des régions les plus éloignées au delà des mers qu'il rassemblera ses élus, comme l'indiquent ces paroles : " Depuis l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel, " c'est-à-dire, des extrémités les plus éloignées de l'univers, jusqu'à ces contrées opposées, où le contour du ciel parait au loin s'appuyer sur les confins de la terre. Tous les élus donc, sans exception, viendront dans ce jour audevant du Seigneur; les méchants se rendront aussi au jugement, pour disparaître de devant la face de Dieu et périr pour l'éternité après leur sentence de condamnation (Ps 67, 1).
Apprenez sur ceci une comparaison tirée du figuier : Lorsque ses branches sont déjà tendres, et qu’il a poussé ses feuilles, vous savez que l’été est proche.
De même, lorsque vous verrez ces choses arriver, sachez que le Fils de l’homme est proche, et qu’il est déjà à la porte.
Je vous dis en vérité, que cette race ne passera point, que toutes ces choses ne soient accomplies.
Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.
Commentaire (versets 28 à 31) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 28 à 31 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
béde. Sous cette figure du figuier, le Seigneur nous apprend le temps de la consommation du monde : " Apprenez ceci d'une comparaison tirée du figuier, lorsque ses branches sont encore tendres, " etc.
théophyl. C'est-à-dire, de même que l'été vient aussitôt après que le figuier a poussé ses feuilles ; ainsi, aussitôt après les persécutions de l'Antéchrist, aura lieu l'avènement du Christ, qui sera pour les justes l'été succédant à l'hiver, et pour les pécheurs l'hiver après l'été.
S. aug. (lett. 81 à Hésych.) On peut dire encore que tout ce que les trois Evangélistes ont raconté de l'avènement du Seigneur, soigneusement comparé et discuté, paraît se rapporter à cet avènement qu'il accomplit tous les jours dans son corps, qui est l'Église, à l'exception des endroits où le dernier avènement est prédit clairement, comme s'approchant tous les jours. Ainsi, dans la dernière partie du discours rapporté par saint Matthieu, c'est à ce dernier avènement qui s'appliquent ces paroles : " Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa majesté. " A quoi se rapportent en effet ces autres paroles : " Lorsque vous verrez toutes ces choses s'accomplir ? " Aux circonstances dont il vient de parler et parmi lesquels il faut ranger celle-ci : " Et alors ils verront le Fils de l'homme venant sur les nuées, " Ce ne sera donc pas encore la fin, mais elle ne sera pas éloignée. Ou bien on peut dire encore, que tout ce qui précède ne doit pas s'entendre du dernier avènement, mais une partie seulement, c'est-à-dire, ces paroles : " Et alors ils verront venir le Fils de l'homme, " car ce sera bien là non un signe de la fin prochaine, mais la fin elle-même. Cependant saint Matthieu montre clairement qu'il faut tout entendre sans exception de la fin du monde, lorsqu'il dit : " Lorsque vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme est proche et qu'il est à la porte. " Voici donc dans quel sens il faut entendre ce qui a été dit plus haut : " Et il enverra ses anges des quatre parties du monde, " c'est-à-dire, il rassemblera ses élus de toutes les parties de la terre, pendant toute cette dernière heure, en venant dans ses membres comme sur les nuées. bède. Au sens spirituel on peut voir dans ce figuier qui se couvre de feuilles, la synagogue qui, lors de la venue du Sauveur, ne produisait aucun fruit de justice dans ceux qui étaient alors incrédules, et qui fut condamnée à une éternelle stérilité. Cependant l'Apôtre dit : " Lorsque la plénitude des nations sera entrée, tout Israël sera sauvé. " Qu'est-ce à dire ? que le figuier longtemps stérile produira les fruits qu'il avait refusés jusque-là. Dès que vous apercevrez ces fruits, soyez certain que l'été du la paix véritable n'est pas éloigné.
S. jér. Ou bien les feuilles nouvelles du figuier c'est le temps présent, l'été qui approche, c'est le jour du jugement, jour auquel chaque arbre découvrira ce qu'il portait en soi, ou l'aridité qui le fera condamner au feu, ou la sève qui le rendra digne d'être planté avec l'arbre de vie. " Je vous dis en vérité que cette génération ne passera point, que toutes ces choses ne soient accomplies. "
bède. Par génération, on peut entendre ici ou tout le genre humain, ou la nation seule des Juifs.—théophyl. Ou bien encore, " cette génération, " la génération des chrétiens ne passera point que toutes les prédictions sur Jérusalem et sur l'Antéchrist ne soient accomplies. Il ne dit pas en effet la génération des Apôtres, parce que les Apôtres, pour le plus grand nombre, ne vécurent point jusqu'à la ruine de Jérusalem. Il veut doue parler de la génération des chrétiens, et son dessein est de consoler ses disciples, en leur donnant l'assurance que la foi ne défaillirait pas entièrement dans ces temps malheureux. Les éléments stables et permanents du monde passeront plutôt que les paroles du Christ : " Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. "
bède. Le ciel qui doit passer, n'est ni le ciel éthéré, ni le ciel des astres, mais le ciel atmosphérique ; car d'après la doctrine de saint Pierre, le feu du jugement atteindra tous les endroits où les eaux du déluge ont pu parvenir (2 P 3, 5-7). Le ciel et la terre passeront quant à la forme extérieure qu'ils ont actuellement, mais leur substance a une durée éternelle.
Quant à ce jour-là, ou à cette heure, nul ne la sait, ni les anges qui sont dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul.
Prenez garde à vous, veillez et priez ; parce que vous ne savez quand ce temps viendra.
Car il en sera comme d’un homme qui, s’en allant faire un voyage, laisse sa maison sous la conduite de ses serviteurs, marquant à chacun ce qu’il doit faire, et recommande au portier qu’il soit vigilant.
Veillez donc de même ; puisque vous ne savez pas quand le maître de la maison doit venir : si ce sera le soir, ou à minuit, ou au chant du coq, ou au matin :
de peur que survenant tout d’un coup, il ne vous trouve endormis.
Or, ce que je vous dis, je le dis à tous : Veillez.
Commentaire (versets 32 à 37) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 32 à 37 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
théophyl. Le Seigneur veut détourner ses disciples de le questionner sur le jour et l'heure on ces choses arriveront : " Quant à ce jour et à cette heure, leur dit-il, nul ne les sait, ni les auges qui sont dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul. " S'il leur avait dit, je le sais, mais je ne veux pas vous le découvrir, il les aurait singulièrement attristés ; il agit donc plus sagement, il éloigne leur esprit de toute question de ce genre, et il échappe à toutes leurs difficultés on leur disant : "Ni les anges ne le savent, ni moi-même. "
S. hil. (de la Trin., 9) On objecte au Fils unique de Dieu d'ignorer ce jour et cette heure, et on en conclut qu'il n'est point né Dieu de Dieu avec cette nature parfaite que possède Dieu le Père ; mais j'en appelle ici au simple jugement du sens commun ; peut-on supposer une ignorance quelconque, dans celui qui est pour tous les êtres l'auteur de ce qu'ils sont et de ce qu'ils seront ? Comment une seule chose peut-elle être en dehors de la science de sa nature, par laquelle et dans laquelle sont contenues toutes les choses qui doivent exister. Quoi ! il aurait ignoré le jour de son avènement. L'homme, autant que sa nature le lui permet, prévoit d'avance ce qu'il a dessein de faire, et la connaissance de ce qu'il doit faire suit chez lui la volonté d'agir. Comment donc admettre que le Seigneur de gloire, par cette ignorance au jour de son avènement, ait eu une nature si imparfaite que d'être soumise à un avènement nécessaire, sans en avoir aucune connaissance. Mais encore, il y a ici double impiété, si l'on suppose une intention malveillante dans Dieu le Père, qui aurait refusé la connaissance de la béatitude à celui à qui il avait révélé la connaissance de sa mort. Si tous les trésors de la science sont en lui ; il ne peut ignorer ce jour, mais nous devons nous rappeler que ces trésors de science sont cachés en lui. L'ignorance dont il parle tient donc uniquement à ce que les trésors de la science restent cachés en lui. Toutes les fois donc que Dieu déclare ignorer quelque chose, il ne s'agit point d'une véritable ignorance, mais il veut nous apprendre, ou qu'il n'est pas temps de parler, ou qu'il n'est pas temps d'agir. L'Ecriture dit de Dieu, qu'il connut qu'Abraham l'aimait, parce qu'il le fit connaître à Abraham luimême (Gn 22). Il faut donc dire, par la même raison, que le Père a connu ce jour, parce qu'il l'a révélé à son Fils. Si donc nous lisons que le Fils ne connaît point ce jour, c'est dire d'une manière figurée qu'il ne doit point en parler ; au contraire, le Père seul connaît ce jour, parce que c'est à lui de le faire connaître. Gardons-nous donc d'admettre dans le Père ou dans le Fils aucun changement, aucune modification extérieure. Enfin, pour éloigner de lui tout soupçon d'ignorance, il ajoute aussitôt : " Prenez garde, veillez et priez, parce que vous ne savez quand ce temps viendra. "
S. jér. La vigilance est un devoir pour l'âme avant la mort du corps.
théophyl. Il nous recommande à la fois ces deux choses : la vigilance et la prière, car il en est beaucoup qui veillent, mais qui passent les nuits dans les excès de la débauche. C'est pour nous enseigner cette vérité qu'il amène la comparaison suivante : " II en sera comme d'un homme qui, s'en allant faire un voyage. " bède. Cet homme qui part pour un long voyage et quitte sa maison, c'est Jésus-Christ qui, après sa résurrection, remontant vers son Père, vainqueur de la mort, quitte extérieurement l'Église, mais sans jamais la priver du secours de sa divine présence. En effet, l'habitation naturelle de la chair est la terre, et le Sauveur l'emmène comme en voyage, lorsqu'il la place dans les cieux. Cet homme assigne à chacun de ses serviteurs la tâche qui lui est propre, c'est-à-dire, que Nôtre-Seigneur, avec la grâce de l'Esprit saint, leur rend possible la pratique de toutes les bonnes œuvres. Il recommande au portier de veiller, c'est-à-dire, qu'il fait un devoir à l'ordre des pasteurs, de consacrer tous leurs soins à l'Église qui leur est confiée. Cette recommandation n'est pas seulement pour les pasteurs de l'Église ; nous devons nous-mêmes veiller, garder soigneusement sur les portes de nos cœurs, les fermer à toute inspiration mauvaise de l'antique ennemi, et prendre garde que le Seigneur ne nous trouve endormis.
S. jér. Car celui qui dort ne voit que des fantômes et non des corps véritables, et lorsqu'il est réveillé, il ne lui reste de ce qu'il a vu dans son sommeil qu'un souvenir sans réalité. Tels sont ceux qui, pendant cette vie, se laissent entraîner à l'amour du monde, et qui, au moment de la mort, se voient abandonnés de ce que, dans leurs rêves, ils avaient regardé comme des réalités.
théophyl. Remarquez qu'il ne dit pas : Je ne sais quand ce temps viendra, mais " vous ne savez. " C'est dans notre intérêt que Nôtre-Seigneur nous a caché ce jour, car si maintenant que nous l'ignorons, nous ne pensons pas à notre fin, qu'aurionsnous fait si nous l'avions su ? Hélas ! nous prolongerions nos iniquités jusqu'au dernier jour de notre vie. Pesons bien ici chacune des expressions du Sauveur. La fin arrive sur le soir pour celui qui meurt dans la vieillesse ; au milieu de la nuit pour celui qui meurt au milieu de la jeunesse ; au chant du coq, lorsqu'on quitte la vie à l'âge où la raison dirige nos actions. En effet, lorsque l'enfant commence à régler sa vie d'après les inspirations de la raison, c'est comme le chant du coq qui élève la voix et le réveille du sommeil de la vie des sens. Le matin, c'est l'enfance. Il nous faut donc à tout âge prévoir notre fin et veiller à ce que l'enfant même ne sorte point de cette vie sans baptême. S. jér. Nôtre-Seigneur conclut tout son discours par ces paroles : " Ce que je vous dis, je le dis à tous, " afin que les derniers reçoivent des premiers cette recommandation qui est commune à tous.
S. aug. (lett. 80 à Hésych.) Il ne s'adressait pas seulement à ceux qui l'écoutaient, mais encore à ceux qui devaient les suivre et nous précéder, à nous-mêmes et à ceux qui viendront après nous jusqu'à son dernier avènement. Est-ce qu'en effet ce jour trouvera tous les hommes encore en vie ? Ou bien dira-t-on que c'est aux morts aussi que s'adressent ces paroles : " Veillez, afin que ce jour qui viendra à l'improviste ne vous trouve endormi ? " Pourquoi donc adresse-t-il à tous une recommandation qui ne parait concerner que ceux qui vivront alors, si ce n'est parce qu'elle s'adresse à tous en réalité, comme je l'ai dit. Ce jour vient pour chacun de nous, avec le jour de sa mort, parce qu'il sort de cette vie dans l'état où il sera jugé au dernier jour. Tout chrétien doit donc veiller, afin que ce jour ne le surprenne pas sans être préparé. Or, il surprendra sans préparation celui qui ne se sera point préparé au dernier jour de sa vie.
Commentaire (versets 3 à 8) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 3 à 8 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
bede. Alors que quelques-uns de ses disciples étaient dans l'admiration de l'imposante construction du temple, le Seigneur leur avait prédit que tous ces édifiées seraient détruits ; ses Apôtres l'interrogent donc en particulier sur le temps et les signes précurseurs de cette grande catastrophe : " Et comme il était assis, " etc. Le Seigneur s'assied sur le mont des Oliviers, en face du temple, pour prédire la ruine et la destruction de cet édifice ; cette attitude extérieure est conforme aux oracles qui vont sortir de sa bouche, et il nous enseigne ainsi dans un sens spirituel, que tandis qu'il repose paisible et tranquille dans les saints, il a en horreur la folie des âmes orgueilleuses; car le mont des Oliviers figure les hauteurs fertiles de la sainte Église (Ps 51, 8 ; Jr 11, 6).
S. aug. (lettre 80 à Hésychius.) A cette question que lui font ses disciples, le Seigneur répond en leur prédisant les événements qui devaient s'accomplir plus ou moins prochainement, et qui se rapportaient soit à la ruine de Jérusalem qui avait donné lieu à cette question, soit à son avènement par le moyen de l'Église, dans laquelle il ne cesse de venir, car il se produit et se manifeste dans les nouveaux membres qui lui naissent tous les jours ; soit à la fin des siècles, où il apparaîtra pour juger les vivants et les morts. théophyl. Mais avant de répondre à leurs questions, il veut les affermir contre les séductions, auxquelles ils devaient être exposés : " Et Jésus leur répondit : Prenez garde que personne ne vous séduise, " etc. Il leur tient ce langage, parce qu'au temps des dernières épreuves de la Judée, on vit s'élever dans son sein des hommes qui prenaient insolemment le titre de docteurs, c'est ce que prédit le Sauveur : " Plusieurs viendront en mon nom, " etc.
bède. On en vit beaucoup, en effet, à l'approche de la ruine du Jérusalem, qui se proclamaient christs, et annonçaient l'ère prochaine de la liberté. Du temps des Apôtres, un grand nombre d'hérésiarques devaient aussi sortir du sein de l'Église. Plusieurs antéchrists vinrent aussi au nom de Jésus-Christ, le premier fut Simon le Magicien auquel les habitants de Samarie s'attachaient en disant de lui : " C’est là celui que l'on appelle la grande vertu de Dieu. " (Ac 8, 10) " Et ils en séduiront plusieurs. " Depuis la passion de Nôtre-Seigneur, le peuple juif qui lui avait préféré un voleur séditieux, et avait rejeté Jésus-Christ son Sauveur, fut continuellement en butte aux attaques de ses ennemis et à des guerres intestines. C'est à ces guerres que le Seigneur fit allusion en ajoutant : " Lorsque vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerre. " Mais il rassure en même temps ses disciples contre ses épreuves, et les engage à ne quitter ni Jérusalem ni la Judée ; car ce n'est point encore la fin, qui ne devait avoir lieu que quarante ans après. " II faut que ces choses arrivent, mais ce ne sera pas encore la fin, " c'est-à-dire la désolation de la province, et la destruction complète de la ville et du temple. " On verra se soulever peuple contre peuple. "
théophyl. C'est-à-dire les Romains contre les Juifs, ce qui, au témoignage de l'historien Josèphe, eut lieu avant la destruction de Jérusalem. En effet, les Juifs ayant refusé de payer le tribut, les Romains vinrent furieux pour venger ce refus, mais comme à cette époque ils se montraient cléments à l'égard des nations vaincues, ils se contentèrent des dépouilles qu'ils emportèrent, sans détruire la ville de Jérusalem ; mais Dieu ne laissait pas de se déclarer lui-même contre les Juifs, comme on le voit par ce qui suit : " Il y aura des tremblements de terre en divers lieux. "
béde. C'est ce qui s'accomplit à la lettre au temps de la révolte des Juifs contre les Romains. Ce peuple qui se soulève contre un autre peuple, ces doctrines pestilentielles de ceux dont les discours gagnent comme un cancer. (2 Tm 2) Cette faim de la parole de Dieu, ces tremblements de terre qui s'étendent au loin, peuvent aussi s'entendre des hérétiques qui se séparent de la vraie foi, et qui, par leurs luttes intestines, assurent à l'Église la victoire.