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Marc 6

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Enregistrement réalisé par Jean-Marie Weber, mission-web.com, d'après la Bible Crampon (1923).

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Étant parti de là, Jésus vint dans sa patrie, et ses disciples le suivirent.

Quand le sabbat fut venu, il se mit à enseigner dans la synagogue ; et beaucoup de ceux qui l’entendaient, frappés d’étonnement, disaient : « D’où celui-ci tient-il ces choses ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et comment de tels miracles s’opèrent-ils par ses mains ?

N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joseph, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? » Et ils se scandalisaient de lui.

Jésus leur dit : « Un prophète n’est sans honneur que dans sa patrie, dans sa maison et dans sa famille. »

Et il ne put faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il guérit quelques malades en leur imposant les mains.

Et il était surpris de leur incrédulité. Ensuite Jésus parcourut les villages d’alentour en enseignant.

Commentaire (versets 1 à 6) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 1 à 6 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

théophyl. Après les miracles que l'Evangéliste vient de raconter, le Seigneur revient dans son pays, bien qu'il sût qu'il y serait l'objet du mépris de ses concitoyens ; mais il voulait leur ôter tout prétexte de dire : Si vous étiez venu parmi nous, nous eussions cru en vous. " Et étant parti de là, il vint dans son pays, " etc.

bède. L'Evangéliste appelle Nazareth le pays du Sauveur, parce qu'il y avait été élevé. Mais quel est l'aveuglement extraordinaire dans les habitants de Nazareth que de mépriser, à cause de l'obscurité de sa famille, celui que ses paroles aussi bien que ses actions auraient dû leur faire reconnaître pour le Christ ? " Or, un jour de sabbat étant venu, il commença à enseigner, " etc. Cette sagesse qu'ils admirent, c'est sa doctrine, et les merveilles, qui sont également l'objet de leur admiration, ce sont les guérisons et les miracles qu'il opérait. " N'est-ce pas là ce charpentier, fils de Marie ? "

S. aug. (De l'accord des Evang., 2, 22.) D'après le récit de saint Matthieu, ils l'appelèrent le fils du charpentier, et il n'y a en cela rien d'étonnant, puisqu'ils ont pu dire l'un et l'autre, d'autant plus qu'ils ne le croyaient charpentier lui-même que parce qu'ils pensaient qu'il était fils du charpentier.

S. jér. Jésus est appelé fils du charpentier, mais de ce divin charpentier qui a fait l'aurore et le soleil (Ps 73, 16), c'est-à-dire la première et la seconde Église, l'Église juive et l'Église chrétienne, qui sont figurées dans la femme et dans la jeune fille guéries par Nôtre-Seigneur.

bède. Car bien qu'on ne puisse comparer les choses humaines aux choses divines, la figure cependant est ici parfaite, parce que le Père du Christ opère par le feu et par l'Esprit. " Est-ce qu'il n'est pas le frère de Jacques, de Joseph, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs ne sontelles pas ici parmi nous ? " Ils attestent que les frères et les sœurs de Jésus sont avec lui ; gardonsnous de voir dans ces frères et dans ces sœurs les enfants de Marie, comme le veulent les hérétiques, ce sont simplement ses parents, suivant la manière de s'exprimer de l'Ecriture ; c'est ainsi qu'Abraham et Loth sont appelés frères (Gn 13), parce que Loth était le fils du frère d'Abraham. ce Et ils se scandalisaient de lui. " Le scandale et l'erreur des Juifs sont pour nous une occasion de salut, et, pour les hérétiques, un sujet de condamnation. Leur mépris pour NôtreSeigneur Jésus-Christ allait jusqu'à l'appeler charpentier et fils de charpentier : " Mais Jésus leur disait : Un prophète n'est sans honneur que dans sa patrie, " etc. Nôtre-Seigneur Jésus-Christ est souvent appelé prophète dans les Ecritures, au témoignage de Moïse, qui prédisant l'Incarnation future du Fils de Dieu, s'exprime de la sorte : " Le Seigneur vous suscitera un prophète du milieu de vos frères. " Et ce n'est pas seulement le Seigneur des prophètes, mais Elie, mais Jérémie, et les autres prophètes, qui ont été moins considérés dans leur pays que parmi les étrangers, tant il est naturel aux concitoyens de se jalouser entre eux. Ils n'ont aucune considération pour les œuvres actuelles d'un homme, et ne se souviennent que des faiblesses de son enfance.

S. jér. Souvent, d'ailleurs, l'origine d'un homme est obscure, et donne lieu à ce langage : " Qu'est-ce que le fils d'Isaï ? " (1 R 25, 10) parce qu'en effet le Seigneur regarde les choses basses et ne voit que de loin celles qui sont hautes (Ps 137).

théophyl. Bien plus, alors même qu'un prophète aurait des parents illustres, considérés, ses concitoyens ne laisseraient pas de les haïr et de lui refuser tout honneur. " Et il ne put faire là aucun miracle, " etc. Quand l'Evangéliste dit qu'il ne put faire aucun miracle, il faut entendre qu'il ne consentit pas, qu'il ne voulut pas ; ce n'était pas impuissance de sa part, leur incrédulité seule en était la cause. Si donc il ne fait point de miracles au milieu d'eux, c'est par ménagement pour des gens qui, en refusant de croire à ces miracles, encourraient un jugement bien plus sévère. On peut encore donner cette raison que, pour faire des miracles, à la puissance de celui qui les opère, il faut joindre la foi de celui qui en est l'objet. Or, cette foi faisait ici défaut, et c'est pourquoi Nôtre-Seigneur ne voulut faire aucun miracle en cet endroit. " Et il s'étonnait de leur incrédulité. " —bède. Il s'étonne de leur incrédulité, non pas comme d'une chose inopinée et imprévue pour lui, puisqu'il connaît toutes choses avant même qu'elles existent; mais bien qu'il pénètre les secrets des cœurs, lorsqu'il veut qu'une chose produise en nous un sentiment d'étonnement, il affecte d'en paraître étonné lui-même devant les hommes. Il veut donc que nous soyons étonnés de l'aveuglement des Juifs, qui n'ont voulu croire ni à leurs prophètes qui leur annonçaient le Christ, ni au Christ lui-même qui était né parmi eux. Dans le sens mystique, Jésus est l'objet du mépris dans sa famille et dans son pays, c'est-à-dire au milieu du peuple juif. Il ne fait parmi eux qu'un petit nombre de miracles, pour qu'ils ne soient pas entièrement excusables ; mais il fait tous les jours des miracles plus fréquents et plus considérables au milieu du peuple des Gentils, miracles qui ont moins pour objet la guérison des corps que le salut des âmes.

Alors il appela près de lui les Douze, et commença à les envoyer deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs.

Il leur recommanda de ne rien prendre pour la route, qu’un bâton seulement, ni sac, ni pain, ni argent dans la ceinture ;

mais d’être chaussés de sandales, et de ne pas mettre deux tuniques.

Et il leur dit : « Partout où vous serez entrés dans une maison, demeurez-y jusqu’à ce que vous partiez de ce lieu.

Et si quelque part on refuse de vous recevoir et de vous écouter, sortez de là, et secouez la poussière de dessous vos pieds en témoignage pour eux. »

Étant donc partis, ils prêchèrent la pénitence ;

ils chassaient beaucoup de démons, oignaient d’huile beaucoup de malades et les guérissaient.

Commentaire (versets 7 à 13) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 7 à 13 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

théophyl. Nôtre-Seigneur ne prêchait pas seulement dans les villes, mais dans les bourgs et dans les villages, pour nous apprendre à ne pas mépriser ce qui est petit et à ne pas rechercher toujours les grandes villes, mais à semer la parole de Dieu dans les villages obscurs et de peu d'importance : " Et il parcourait les villages d'alentour, et il y enseignait. " bède. Nôtre-Seigneur, maître plein de bonté et de douceur, n'envie point à ses serviteurs les miracles qu'ils pouvaient opérer, et il communique à ses Apôtres le pouvoir qu'il avait de guérir toute langueur et toute infirmité : " Alors, appelant les douze... il leur donna puissance sur les esprits impurs. " Mais il y a une grande différence entre donner et recevoir : tout ce que fait NôtreSeigneur il le fait en vertu de la puissance qui lui est propre, tandis que ses disciples, dans les miracles qu'ils opèrent, sont obligés de confesser leur faiblesse et la puissance du Seigneur, en disant comme saint Pierre : " Au nom de Jésus, lève-toi et marche. " (Ac 3) théophyl. Il envoie les Apôtres deux à deux, pour leur inspirer plus d'ardeur et d'activité, car comme dit l'Ecclésiaste (Qo 4, 9) : " II vaut mieux être deux ensemble que d'être seul. " Si, au contraire, il les eût envoyé plus de deux ensemble, le nombre des Apôtres n'eût pas suffi pour tous les bourgs dans lesquels ils devaient prêcher l'Évangile.

S. grég. (hom. 17 sur les Evang.) Le Sauveur les envoie deux par deux, pour figurer que le précepte de la charité a un double objet : l'amour de Dieu et l'amour du prochain, et aussi parce qu'il faut deux termes pour que la charité puisse avoir lieu. Il nous enseigne encore par là que celui qui n'a pas la charité pour le prochain ne doit en aucune façon se charger du ministère de la prédication. " Et il leur commanda de ne rien porter en chemin, " etc.

bède. Le prédicateur doit avoir dans la providence de Dieu une si grande confiance, que, sans se préoccuper de ce qui est nécessaire à l'entretien de la vie, il doit être assuré que rien ne lui manquera, car si son esprit se laisse prendre par les soucis des choses temporelles, il sera moins en état d'inspirer aux autres l'amour des biens éternels.

S. chrys. En leur faisant cette recommandation, le Seigneur veut encore que leur extérieur seul fasse comprendre combien ils étaient éloignés du désir des richesses.

théophyl. Il leur enseigne encore à ne point rechercher les présents, afin qu'en ne possédant rien, ils donnent ainsi plus de force et d'efficacité à leurs prédications sur la pauvreté.

S. aug. (De l'acc, des Evang., 2, 30.) Ou bien enfin, comme, d'après saint Matthieu, Nôtre-Seigneur ajoute aussitôt : " L'ouvrier est digne de son salaire, " nous voyons la raison pour laquelle il leur défend de posséder ou de porter rien avec eux. Ce n'est pas que toutes ces choses ne soient nécessaires à l'entretien de la vie ; mais en les envoyant ainsi dépourvus de tout, il voulait apprendre à ceux à qui ils prêchaient l'Évangile que c'était pour eux un devoir de subvenir à l'entretien des Apôtres. Toutefois, il est évident que le Seigneur n'impose pas ici à ses disciples l'obligation de ne vivre que des offrandes qui leur seraient faites par les fidèles qu'ils évangélisaient, ou bien, il faudrait dire que saint Paul s'est mis en contradiction aveu ce précepte en vivant du travail de ses mains (Ac 20, 34.35 ; 1 Co 4, 12 ; 1 Th 2, 1 ; 2 Th 3, 8.9) ; mais il donne à ses Apôtres un véritable pouvoir, et veut qu'ils soient convaincus qu'ils ont droit à ces offrandes. On se demande encore comment saint Matthieu et saint Luc rapportent que Nôtre-Seigneur avait défendu à ses disciples de porter même un bâton, tandis que nous lisons dans saint Marc : " II leur commanda de ne rien porter eu chemin qu'un bâton seulement. " Pour résoudre cette difficulté, il faut admettre que le bâton que les Apôtres peuvent porter avec eux, d'après saint Marc, doit être pris dans un autre sens que celui que le Sauveur leur défend de porter suivant le récit de saint Matthieu et de saint Luc. NôtreSeigneur a donc pu leur dire d'une manière abrégée : " Ne portez avec vous aucune des choses nécessaires à la vie, pas même un bâton ou rien qu'un bâton. " Ainsi en disant : " Pas même un bâton, " il exclut jusqu'aux moindres choses, et en ajoutant : " Rien qu'un bâton, " il veut que l'on comprenne qu'en vertu du pouvoir qui leur est donné, et qui est figuré par le bâton, aucune des choses qu'il leur défend de porter ne leur fera défaut. Notre-Seigneur a donc exprimé ces deux pensées ; mais comme aucun des Evangélistes ne les a rapportées toutes deux à la fois, on est porté à croire que celui qui a parlé du bâton à porter dans un sens, est en contradiction avec celui qui rapporte la défense faite de porter même un bâton, pris dans un autre sens. L'explication que nous venons de donner fait disparaître toute contradiction. Ainsi, lorsque Nôtre-Seigneur, d'après saint Matthieu, défend à ses Apôtres d'emporter avec eux des chaussures, il leur défend la préoccupation qui les leur ferait emporter, dans la crainte qu'elles ne viennent à leur manquer. Il faut entendre, dans le même sens, la recommandation de ne point porter deux tuniques, NôtreSeigneur veut délivrer ses Apôtres de l'embarras d'en porter une autre que celle qui sert à les couvrir, puisque leur ministère leur donne le droit d'en recevoir, au besoin, une seconde. Donc, lorsque d'après saint Marc, le Sauveur leur recommande de chausser leurs sandales, il faut voir, dans ces sandales, une signification symbolique et mystérieuse, c'est-à-dire que la chaussure doit laisser le pied du prédicateur découvert par dessus et protégé par dessous, ce qui signifie que l'Évangile ne doit ni rester caché, ni s'appuyer sur les avantages de la terre. Que signifie encore la défense faite d'avoir et de porter deux tuniques, et la défense plus expresse de se vêtir de plus d'une tunique, si ce n'est que les Apôtres doivent marcher dans la simplicité, sans la moindre duplicité ? Et si quelqu'un pense que Nôtre-Seigneur n'a pu, dans un seul et même discours, mêler le sens figuré au sens propre et littéral, qu'il jette les yeux sur les autres discours du Sauveur, et il verra bientôt qu'il avance cette assertion avec autant de témérité que d'ignorance. bède. Ces deux tuniques me paraissent indiquer deux vêtements distincts, car on ne peut admettre que, dans les contrées glaciales de la Scythie toujours couvertes de neige, on doive se contenter d'une seule tunique ; la tunique est donc prise ici pour le vêtement tout entier, et Nôtre-Seigneur nous défend d'en avoir un second en réserve, dans la crainte de ce qui peut arriver.

S. chrys. Ou bien encore, au rapport de saint Matthieu et de saint Luc, Nôtre-Seigneur ne permet de porter ni chaussures, ni bâton, et c'est ce qu'il y a de plus parfait ; d'après saint Marc, au contraire, il autorise ses disciples à porter un bâton et des sandales, et c'est une simple permission qu'il leur donne. bède. Dans le sens allégorique, la besace représente les charges et les embarras du siècle ; le pain, les délices de la terre, et l'argent dans la bourse la sagesse qui reste cachée. C'est qu'en effet celui qui est revêtu des fonctions de docteur ne doit ni plier sous le poids des affaires du siècle, ni se laisser amollir par les désirs de la chair, ni cacher le talent de la parole qui lui est confiée sous la négligence d'un corps livré à l'oisiveté : " Et il leur disait : En quelque maison que vous entriez, " etc. Il leur donne ici le précepte général de la persévérance dans l'observation des lois de l'hospitalité, et leur déclare qu'il est indigne d'un prédicateur du royaume des cieux d'aller de maison en maison.

théophyl. Il ne veut pas qu'en changeant ainsi de maison, ils donnent lieu au reproche de sensualité, " Et quant à ceux qui ne vous recevront point et ne vous écouteront point, lorsque vous sortirez, secouez la poussière de vos pieds, " etc. Le dessein du Sauveur, en leur faisant ce commandement, est de montrer aux peuples qu'ils évangélisent qu'ils ont entrepris une longue route dans l'intérêt de leurs âmes, ou qu'ils n'ont voulu rien recevoir d'eux, pas même la poussière ; et ils doivent secouer cette poussière, pour être on témoignage contre eux, c'est-à-dire une véritable accusation.

S. chrys. Ou bien, pour être un témoignage des fatigues de la route qu'ils ont supportées pour eux, ou pour signifier que la poussière des péchés des prédicateurs retombe sur eux. " Etant donc partis, ils prêchaient aux peuples de faire pénitence, " etc. Saint Marc seul rapporte qu'ils oignaient d'huile les malades; saint Jacques, dans son Epître canonique dit quelque chose de semblable (Jc 5). Or, l'huile repose le corps fatigué, et elle produit tout à la fois la lumière et la joie. L'huile de l'onction figure la miséricorde de Dieu, la guérison des infirmités, la lumière du cœur, toutes choses qui sont le fruit de la prière.

théophyl. L'huile représente encore la grâce de l'Esprit saint, qui nous fait passer des fatigues du travail à la lumière et à la joie de l'esprit.

bède. Aussi, il est admis comme certain que c'est des Apôtres eux-mêmes que l'Église a reçu la coutume d'oindre les énergumènes et les malades avec de l'huile consacrée par la bénédiction pontificale.

Or le roi Hérode entendit parler de Jésus, dont le nom était devenu célèbre, et il disait : « Jean-Baptiste est ressuscité : c’est pourquoi la puissance miraculeuse opère en lui. »

Mais d’autres disaient : « C’est Élie » ; et d’autres : « C’est un prophète, semblable à l’un des anciens prophètes. »

Ce qu’Hérode ayant entendu, il dit : « C’est Jean, que j’ai fait décapiter, qui est ressuscité. »

Commentaire (versets 14 à 16) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 14 à 16 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

la glose. Le récit de la prédication des Apôtres et des miracles que le Sauveur opérait, amène naturellement l'Evangéliste à parler de la réputation de Jésus qui se répandait parmi le peuple : " Or, le roi Hérode entendit parler de lui. "

S. chrys. Cet Hérode était le fils du premier Hérode, sous le règne duquel Joseph avait emmené Jésus en Egypte. Saint Matthieu et saint Luc lui donnent le nom de tétrarque, parce qu'il n'avait plus à gouverner que la quatrième partie du royaume de son père, les Romains, après la mort d'Hérode, son père, ayant divisé son royaume en quatre parties. Saint Marc, au contraire, lui donne le titre de roi, en se conformant à l'usage des Juifs qui l'appelaient ainsi, parce qu'ils avaient donné ce nom à son père, ou parce qu'ils savaient que cela lui était agréable.

S. jér. " Car son nom était devenu célèbre. " II n'est pas permis en effet de cacher la lampe sous le boisseau, " Et Hérode, disait : Jean-Baptiste, est ressuscité d'entre les morts ; c'est pourquoi des miracles sont opérés par lui. " Nous pouvons voir ici combien grande fut l'envie des Juifs. Jean-Baptiste n'a fait aucun miracle, au témoignage de saint Jean l'Evangéliste, et les Juifs, sans aucune preuve, croient qu'il est ressuscité ; mais pour Jésus, au contraire, que Dieu avait rendu célèbre par tontes sortes de prodiges, de miracles, et à la résurrection duquel les anges, les apôtres, les hommes et les femmes avaient rendu témoignage, plutôt que de croire à sa résurrection, ils ont mieux aimé se l'expliquer en disant qu'on avait secrètement enlevé son corps. Ils attribuent à Jean-Baptiste ressuscité d'entre les morts l'opération des miracles, et en cela ils ont une juste idée de la résurrection qui doit revêtir les saints d'une plus grande puissance que celle qu'ils avaient sur la terre, lorsqu'ils étaient encore sous le poids de l'infirmité de la chair. " Mais d'autres disaient : C'est Elie. " En effet, Jean-Baptiste n'avait pas craint d'adresser de vifs reproches à un grand nombre de ceux qui venaient le trouver, en les appelant race de vipères. " Et d'autres : C'est un prophète, " c'est-à-dire l'un des anciens prophètes.

S. chrys. Ils veulent ici parler de ce prophète dont Moïse a dit : " Dieu vous suscitera un prophète du milieu de vos frères. " Cette idée était juste ; mais les Juifs ne tenaient ce langage que parce qu'ils craignaient d'avouer ouvertement que Jésus était le Christ. Ils invoquent le témoignage de Moïse comme pour couvrir le soupçon qu'ils avaient de la divinité de Jésus-Christ, par crainte de ceux qui étaient à leur tête. " Ce qu'Hérode ayant entendu, il dit : Jean, que j'ai décapité, est ressuscité d'entre les morts. " Hérode parle ainsi par ironie.—théophyl. On peut encore dire qu'Hérode, sachant qu'il avait fait mettre à mort Jean-Baptiste sans raison et malgré son innocence, pouvait croire qu'il était ressuscité et qu'il avait reçu par sa résurrection même le pouvoir de faire des miracles. S. AUG. (De l'ace, des Evang., 2, 34.) Saint Luc vient confirmer ici le récit de saint Marc, en ce sens qu'il attribue aussi à d'autres qu'à Hérode lui-même ces paroles : " Jean est ressuscité d'entre les morts. " (Lc 9) Mais comme il nous présente Hérode d'abord dans l'hésitation, et puis s'exprimant de la sorte : " J'ai fait décapiter Jean-Baptiste, quel est donc celui dont j'entends dire de telles choses ? il faut admettre qu'après ce premier moment d'hésitation Hérode fut convaincu de ce qu'il entendait dire aux autres, lorsqu'il dit à ses serviteurs, selon le récit de saint Matthieu (Mt 14) : " Celui-ci est Jean-Baptiste ; c'est lui qui est ressuscité des morts. " On peut dire aussi que ces paroles expriment encore un reste d'hésitation, d'autant plus que saint Marc, qui avait prêté à d'autres qu'à Hérode ces paroles : " Jean est ressuscité d'entre les morts, " finit par faire dire à Hérode lui-même : " Celui que j'ai décapité est ressuscité d'entre les morts. " Or, ces paroles peuvent s'entendre de deux manières, ou comme l'expression d'une conviction certaine, ou comme le langage d'un homme qui hésite et doute encore.

Car c’était lui, Hérode, qui avait envoyé prendre Jean, et l’avait fait mettre en prison chargé de fers, à cause d’Hérodiade, femme de Philippe, son frère, qu’il avait épousée ;

car Jean disait à Hérode : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. »

Hérodiade lui était donc hostile, et voulait le faire périr ; mais elle ne le pouvait pas.

Commentaire (versets 17 à 19) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 17 à 19 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

théophyl. Saint Marc prend occasion de ce qu'il vient de dire pour raconter la mort du saint précurseur : " Hérode avait envoyé prendre Jean et l'avait fait mettre en prison, " etc.

bède. Un historien ancien rapporte que Philippe, fils d'Hérode le Grand, sous le règne duquel Notre-Seigneur s'enfuit en Egypte, et frère de cet Hérode sous lequel eut lieu la passion du Sauveur, épousa Hérodiade, fille du roi Aretas. Plus tard, son beau-père, à la suite de quelques différends qui s'étaient élevés entre lui et son gendre, donna Hérodiade, en haine de son premier mari, à Hérode, ennemi de Philippe. Ce que Jean-Baptiste reprochait à Hérode, c'est donc cette union criminelle, puisqu'il n'est pas permis d'épouser la femme de son frère, du vivant même de son frère.

théophyl. La loi faisait un devoir au frère de celui qui était mort sans enfants d'épouser sa veuve ; mais ici Hérodiade avait une fille, et sous tous rapports ce mariage était un crime. " Aussi Hérodiade lui tendait des embûches, " etc.

bède. Hérodiade craignait qu'Hérode ne vint à se repentir ou qu'il ne se réconciliât avec son frère, et qu'un divorce ne vînt dissoudre cette union scandaleuse. " Hérode, sachant que Jean-Baptiste était un homme juste et saint, le craignait, "

la glose. Il le craignait, parce qu'il le vénérait ; car il savait qu'il était juste aux yeux des hommes et saint devant Dieu. " Et il le protégeait, " contre les embûches d'Hérodiade qui en voulait à sa vie. " II faisait beaucoup de choses d'après ses conseils, " parce qu'il le regardait comme parlant sous l'inspiration de l'Esprit saint, " Il l'écoutait volontiers, parce que ses discours lui paraissaient pleins des leçons les plus utiles. "

théophyl. Voyez à quels excès peut se porter la violence de la concupiscence. Hérode est plein de crainte et de vénération pour Jean-Baptiste, et il oublie tout pour ne penser qu'à sa passion.

remi. (sur S. Matth.) Son inclination voluptueuse le força de faire charger de chaînes celui dont il connaissait la justice et la sainteté, et nous pouvons apprendre de là qu'une faute moins grande conduit à une faute plus grave, selon cette parole de l'Apocalypse : " Que celui qui est souillé se souille encore davantage. " " Or, un jour favorable s'étant présenté, et Hérode ayant donné un grand repas pour l'anniversaire de sa naissance, " etc.

bède. Nous ne voyons dans l'Ecriture que deux hommes, Pharaon (Gn 40, 22) et Hérode, qui aient célébré par des fêtes le jour de leur naissance, et tous deux ont inauguré ces fêtes sous de fâcheux auspices en souillant de sang le jour anniversaire de celui où ils étaient nés. Mais l'impiété d'Hérode surpasse d'autant plus celle de Pharaon qu'il a mis à mort le docteur de la vérité, dont la sainteté et l'innocence lui étaient connues, et qu'il commit ce crime pour satisfaire au désir et à la demande d'une danseuse : " Elle dansa et plut tellement à Hérode et à ceux qui étaient à table avec lui, que le roi dit à la jeune fille : Demandez-moi ce que vous voulez, et je vous le donnerai. "

théophyl. Pendant que le repas s'achève, c'est Satan lui-même qui danse dans la personne de cette jeune fille, et qui inspire à Hérode ce serment criminel : " Et il ajouta avec serment : Quoi que ce soit que vous me demandiez, je vous le donnerai. "

bède. Ce serment ne l'excuse pas d'homicide, car peut-être ne l'a-t-il fait que pour avoir l'occasion de mettre à mort le saint précurseur. Et en effet, si Hérodiade lui eût demandé la mort de son père et de sa mère, nul doute qu'Hérode la lui eût refusée.

" Etant sortie, elle dit à sa mère : Que demanderai-je ? Celle-ci lui répondit : La tête de Jean-Baptiste. " A une action aussi digne que la danse, il faut du sang pour juste récompense. " Aussitôt revenant près du roi en grande hâte, elle lui fit cette demande, " etc. Cette méchante femme demande qu'on lui donne aussitôt et sur l'heure la tête de Jean-Baptiste, tant elle craint qu'Hérode ne vienne à changer de résolution. "

suite. " Le roi en fut centriste. " Les écrivains sacrés ont coutume, dans l'appréciation d'un fait, de se conformer à l'opinion générale qui régnait alors ; c'est ainsi que Marie elle-même appelle Joseph le père de Jésus (Lc, 2, 48) ; de même l'Evangéliste nous dit qu'Hérode fut contristé, c'est-à-dire que c'était la pensée des convives. Cet hypocrite raffiné affectait un visage triste, alors que son âme était dans la joie, et il cherche à excuser son crime par le serment qu'il vient de faire, comme pour commettre l'action la plus impie sous le masque de la piété : " Néanmoins à cause de son serment, et à cause de ceux qui étaient à table avec lui, il ne voulut pas l'affliger d'un refus. "

théophyl. Hérode ne se possède plus, et la passion qui le domine lui fait accomplir son serment et mettre le juste à mort. Cependant le parjure eût été ici mille fois préférable à un si grand crime.

bède. L'auteur sacré ajoute : " Et à cause de ceux qui étaient à table avec lui, " c'est-à-dire qu'il les veut rendre tous complices de son crime, en leur faisant servir des mets sanglants dans un festin où l'impureté et la débauche faisaient tous les frais : " Et il envoya un de ses gardes, et lui commanda d'apporter la tète de Jean- Baptiste dans un bassin. "

théôphyl. Le mot spiculator, que nous traduisons par garde ou satellite, veut dire bourreau, dont le métier est de mettre les hommes à mort. —bède. Hérode n'eut point honte de placer sous les yeux des convives la tète d'un homme qu'il venait de tuer ; nous ne lisons pas que Pharaon se soit jamais laissé aller à de pareils excès. Quoi qu'il en soit, ces deux exemples nous apprennent qu'il nous est bien plus utile de nous rappeler souvent le jour de notre mort, et de vivre ainsi dans la crainte et dans la chasteté, que de célébrer par des débauches le jour de notre naissance. L'homme, en effet, vient au monde pour le travail, et les élus ne parviennent au repos qu'en sortant du monde par la mort. " Et il lui trancha la tête dans la prison, " etc.

S. grég. (Moral., 3, 5.) Je ne puis considérer sans un profond étonnement cet homme rempli de l'esprit de prophétie dès le sein de sa mère, le plus grand de tous ceux qui sont nés des femmes, et qui est jeté en prison par des hommes pervers, décapité pour payer la danse d'une courtisane, et mis à mort, lui d'une vie si austère, pour égayer des hommes voluptueux et infâmes. Pourrions-nous penser qu'il y eût dans cette vie si humble et si pénitente une seule tache que cette mort dût effacer ? Comment aurait-il pu pécher par intempérance, lui qui ne se nourrissait que de sauterelles et de miel sauvage ? Quelle faute dans ses rapports avec le monde, lui qui ne quitta jamais son désert ? Comment le Dieu tout puissant peut-il abandonner d'une manière si terrible en ce monde ceux qu'il a choisis par une vocation si sublime avant tous les siècles ? Donnons-en une raison évidente pour la piété des vrais fidèles, c'est que Dieu éprouve ainsi ses élus dans cette vie si fragile et si courte, parce qu'il sait comment il doit les récompenser dans les hauteurs des cieux ; et il les laisse tomber extérieurement dans le mépris et l'abjection, parce qu'il les conduit intérieurement jusqu'aux biens incompréhensibles et immortels. Concluons de là combien souffriront dans la vie future ceux que Dieu réprouve, s'il abandonne à des tourments si cruels ceux qu'il aime. " Ce que les disciples de Jean ayant appris, ils vinrent prendre son corps, et le déposèrent dans un sépulcre. "

bède. L'historien Josèphe raconte que Jean-Baptiste fut amené chargé de chaînes dans la forteresse de Macheronte, et qu'il y fût décapité, et l'histoire ecclésiastique ajoute qu'il fut enseveli dans Sébaste, ville de Palestine, qui était autrefois appelée Samarie. La décapitation de saint Jean signifie la diminution de cette croyance répandue parmi le peuple qu'il était le Christ, de même que l'élévation de Jésus-Christ sur la croix figurait le progrès toujours croissant de la foi ; et en effet, celui que la multitude ne regardait que comme un prophète, fut bientôt reconnu par tous comme le Fils de Dieu. Et c'est peut-être pour cela que Jean-Baptiste, dont la réputation devait décroître, est né à cette époque de l'année, où la lumière du jour commence à décroître, tandis que Nôtre-Seigneur est venu au monde à l'époque où les jours commencent à croître. théophyl. Dans le sens mystique, Hérode, dont le nom signifie qui est de peau, représente le peuple juif, qui avait aussi une épouse, c'est-à-dire la vaine gloire dont la fille danse et s'agite encore aujourd'hui autour de l'esprit des Juifs, je veux parler de la fausse interprétation des Ecritures. Ils ont décapité Jean, c'est-à-dire la parole des prophètes, et ils ont cette parole privée, de Jésus-Christ qui est son chef.

S. jér. Ou bien encore dans un autre sens : La tête de la loi, c'està-dire Jésus-Christ, est retranchée de son corps, c'est-à-dire du peuple juif, et elle est donnée aune jeune fille, qui vient des Gentils, c'est-à-dire à l'Église romaine, et la jeune fille la donne à sa mère qui vit dans l'adultère, c'est-à-dire à la synagogue, qui doit embrasser la foi à la fin du monde. Le corps de Jean est enseveli, sa tête est mise dans un bassin ; la lettre qui vient des hommes, est recouverte, et l'Esprit reçoit sur l'autel l'adoration des fidèles, et devient leur nourriture.

Car Hérode, sachant que c’était un homme juste et saint, le vénérait et veillait sur sa vie ; il faisait beaucoup de choses d’après ses conseils et l’écoutait volontiers.

Enfin il se présenta une occasion favorable. Le jour anniversaire de sa naissance, Hérode donna un festin aux grands de sa cour, à ses officiers et aux principaux de la Galilée.

La fille d’Hérodiade étant entrée dans la salle, dansa, et plut tellement à Hérode et à ceux qui étaient à table avec lui, que le roi dit à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. »

Et il ajouta avec serment : « Quoi que ce soit que tu me demandes, je te le donnerai, jusqu’à la moitié de mon royaume. »

Elle sortit et dit à sa mère : « Que demanderai-je ? » Sa mère lui répondit : « La tête de Jean-Baptiste. »

Revenant aussitôt avec empressement auprès du roi, la jeune fille lui fit cette demande : « Je veux que tu me donnes, à l’instant, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste. »

Le roi fut contristé : néanmoins, à cause de son serment et de ses convives, il ne voulut point l’affliger d’un refus.

Il envoya aussitôt un de ses gardes avec l’ordre d’apporter la tête de Jean sur un plat.

Le garde alla décapiter Jean dans la prison, et apporta sa tête sur un plat ; il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère.

Les disciples de Jean l’ayant appris, vinrent prendre son corps et le mirent dans un sépulcre.

De retour près de Jésus, les Apôtres lui rendirent compte de tout ce qu’ils avaient fait et de tout ce qu’ils avaient enseigné.

Il leur dit : « Venez, vous autres, à l’écart, dans un lieu désert, et prenez un peu de repos. » Car il y avait tant de personnes qui allaient et venaient, que les Apôtres n’avaient pas même le temps de manger.

Ils s’embarquèrent donc et se retirèrent à l’écart dans un lieu solitaire.

On les vit partir, et beaucoup de gens ayant deviné où ils allaient, de toutes les villes on accourut par terre en ce lieu, et on y arriva avant eux.

Lorsque Jésus débarqua, il vit une grande multitude, et il en eut compassion, parce qu’ils étaient comme des brebis sans pasteur, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.

Comme l’heure était déjà avancée, ses disciples vinrent lui dirent : « Ce lieu est désert et déjà l’heure est avancée ;

renvoyez-les, afin qu’ils aillent dans les fermes et les villages des environs, pour s’acheter de quoi manger. »

Il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Et ils lui dirent : « Irons-nous donc acheter pour deux cents deniers de pain, afin de leur donner à manger ? »

Il leur demanda : « Combien avez-vous de pains ? Allez et voyez. » S’en étant instruits, ils lui dirent : « Cinq pains et deux poissons. »

Alors il leur commanda de les faire tous asseoir, par compagnies, sur l’herbe verte ;

et ils s’assirent par groupes de cent et de cinquante.

Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction. Puis il rompit les pains et les donna à ses disciples, pour qu’ils les distribuassent au peuple ; il partagea aussi les deux poissons entre tous.

Tous mangèrent et furent rassasiés,

et l’on emporta douze corbeilles pleines de morceaux de pain et de ce qui restait des poissons.

Or ceux qui avaient mangé étaient au nombre de cinq mille hommes.

Commentaire (versets 35 à 44) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 35 à 44 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

théophyl. Notre-Seigneur, après avoir donné à cette multitude ce qui est le plus utile, la nourriture de la parole de Dieu, lui distribue aussi la nourriture corporelle, et l'Evangéliste commence ainsi le récit de ce miracle : " Et comme l'heure était déjà fort avancée, ses disciples s'approchèrent de lui, et lui dirent : Ce lieu est désert, " etc.

bède. Cette heure avancée c'était le soir et la nuit qui approchait, comme saint Luc le dit clairement (Lc 9) : " Le jour commençait à baisser. "

théophyl. Voyez le progrès des disciples dans l'amour du prochain ; pleins de compassion pour cette multitude, ils s'approchent de Jésus et le prient de venir à son secours ; mais le Sauveur veut les éprouver et savoir par expérience s'ils lui reconnaissent une assez grande puissance pour nourrir un si grand nombre de personnes : " Et il leur répondit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. "

bède. Il presse les Apôtres de leur donner à manger, afin que l'aveu qu'ils feront de leur impuissance, rende plus éclatant le miracle qu'il doit opérer. théophyi. L'observation que les disciples font au Sauveur, suppose qu'il ignorait la quantité de pain nécessaire pour nourrir une si grande multitude, et ils lui répondent avec une espèce de trouble : " Irons-nous donc acheter pour deux cents deniers de pain, afin de leur donner à manger. "

S. aug. (de l'acc. des Evang., 2, 46.) Dans saint Jean, c'est Philippe qui fait cette réponse (Jn 6), saint Marc la place dans la bouche de tous les disciples, et veut nous faire entendre que Philippe l'avait faite au nom de tous les autres, quoiqu'il ait très-bien pu employer le pluriel pour le singulier, selon l'usage fréquent de la sainte Ecriture (Lc 22). " Et il leur demanda : " Combien avez-vous de pains ? Allez et voyez. " Les autres Evangélistes n'ont point fait mention de cette dernière circonstance. " Et s'en étant instruits, ils vinrent lui dire : " Cinq pains et deux poissons. " La réponse que saint Jean prête à André au sujet des cinq pains et des deux poissons, est attribuée à tous les disciples par les autres Evangélistes qui emploient le pluriel pour le singulier.

" Et il leur commanda de les faire tous asseoir, " etc. Saint Luc rapporte qu'on les fit asseoir par groupes de cinquante ; saint Marc, par groupes de cinquante et de cent, il n'y a en cela aucune contradiction, l'un n'a mentionné qu'une partie, et l'autre le tout. Celui qui parle, des groupes de cent, a suppléé à ce que l'autre avait omis.

théophyl. L'Evangéliste nous donne ainsi à entendre que toute cette multitude fut distribuée par groupes ; car dans le texte grec, cette expression, par troupes, par sociétés, se trouve répétée, comme s'il y avait : " Par groupes et par groupes. " Et Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, " etc.

S. chrys. (hom. 50 sur S. Matth. ) II lève les yeux au ciel dans une intention toute de sagesse ; les Juifs, avant de recevoir la manne dans le désert, avaient osé dire : " Est-ce que Dieu pourra nous donner du pain ? " (Ps 67, 20.) C'est pour bannir de leur esprit ce doute injurieux, qu'avant d'opérer ce miracle, il rapporte à Dieu l'action qu'il allait faire.

théophyl. Il lève encore les yeux au ciel, pour nous apprendre à demander à Dieu notre nourriture, et non au démon, comme ceux qui se nourrissent injustement aux dépens des travaux d'autrui. Il prouve encore à cette multitude qu'il n'était pas ennemi de Dieu, puisqu'il l'invoquait. Il charge ses disciples de distribuer le pain au peuple, afin qu'en tenant ce pain dans leurs mains, il ne leur reste aucun doute sur la réalité du miracle : " Et ils mangèrent tous, et ils furent rassasiés, " etc. Mais ce miracle parut bien plus éclatant aux yeux de tout ce peuple, lorsqu'il vit douze corbeilles pleines de morceaux qui restaient, et chacun des apôtres rapportant sur ses épaules une de ces corbeilles. C'était l'œuvre, en effet, d'une puissance qui n'est point restreinte, non-seulement de nourrir une si grande multitude, mais encore de faire en sorte qu'on recueillit une si grande quantité de morceaux qui restaient. Moïse avait bien donné la manne au peuple de Dieu " mais il n'en donnait à chacun que le nécessaire, et ce qui dépassait cette mesure était aussitôt corrompu par les vers. (Ex 16) Elle, que Dieu avait chargé de nourrir la veuve de Sarepta, ne le faisait également que dans la mesure du nécessaire (3 R 17) ; Jésus seul donne en maître et avec une libéralité surabondante. bède. Dans le sens mystique, le Sauveur nourrit cette multitude affamée vers le déclin du jour, parce qu'en effet c'est aux approches de la fin des temps, ou lorsque le soleil de justice (Ml 4, 2) s'est couché dans le tombeau, que nous avons été délivré des suites de la disette spirituelle. Il charge ses Apôtres de rompre le pain au peuple, pour leur apprendre qu'ils doivent tous les jours donner à nos âmes la nourriture dont elles ont besoin, autant par leurs exemples que par leurs écrits. Or, les cinq pains figurent les cinq livres de la loi, et les deux poissons, les psaumes et les prophètes. —théophyl. Ou bien, les deux poissons sont les écrits des pêcheurs, c'est-à-dire l'Évangile et les Epîtres.

bède. L'homme a cinq sens extérieurs, et ces cinq mille hommes qui suivent le Seigneur représentent ceux qui, tout en vivant encore au milieu du monde, savent cependant faire un bon usage des choses extérieures.

S. grég. (Moral., 16, 23) Les divers groupes assis sur l'herbe sont la figure des diverses Églises du monde, qui ne font entre elles qu'une seule Église catholique. Le nombre cinquante a ici une signification mystérieuse : il figure le repos du jubilé, et ce nombre cinquante se trouve répété pour former le nombre cent. Ils s'assoient donc par groupes de cinquante et de cent, et ils figurent ainsi le premier repos, qui consiste à s'abstenir du mal, et le repos plus complet est où l'âme jouira de la pleine connaissance de Dieu.

bède. Ce n'est qu'après qu'ils sont assis sur l'herbe que le Seigneur les nourrit de ce pain miraculeux, et ils représentent ainsi ceux qui, après avoir foulé aux pieds la concupiscence par la pratique de la chasteté, s'appliquent tout entiers à écouter et à observer la parole de Dieu. Le Sauveur ne tire pas du néant de nouveaux aliments, parce qu'en effet, en venant sur la terre revêtu de notre chair, il n'a point annoncé d'autres vérités que celles qui avaient été prédites; mais il a fait voir que la loi et les prophètes portaient comme dans leur sein, et étaient prêts à enfanter les mystères de la grâce. Il leva les yeux au ciel, pour nous apprendre que c'est là qu'il faut chercher la lumière. Il rompt le pain et le donne à ses disciples, pour qu'ils le distribuent à la foule ; c'est ce qu'il a fait encore en découvrant aux saints docteurs les secrets mystérieux des prophéties, qu'ils devaient eux-mêmes faire connaître à tout l'univers. Les disciples recueillent les restes que laisse la foule, c'est-à-dire qu'il ne faut pas laisser perdre négligemment les vérités plus augustes que les esprits grossiers ne peuvent comprendre, mais les recueillir et les approfondir avec soin pour les âmes plus parfaites. Ainsi, ces douze corbeilles sont la figure des douze Apôtres et des docteurs qui sont venus après eux. De même que les corbeilles sont destinées aux usages, les plus communs, ils ont extérieurement peu d'apparence aux yeux des hommes, mais ils sont remplis au dedans des restes précieux de la nourriture du salut.

S. jér. Ou bien encore, ils recueilleront ces douze corbeilles pleines de morceaux, lorsqu'ils s'assoiront sur douze trônes, pour juger les douze tribus d'Israël (Mt 19, 28), qui sont comme les restes d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, alors que les restes d'Israël seront sauvés (Rm 11, 5).

Aussitôt après, Jésus obligea ses disciples de monter dans la barque, et de passer avant lui de l’autre côté du lac, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait le peuple.

Et après qu’il en eut pris congé, il alla sur la montagne pour prier.

Le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre.

Voyant qu’ils avaient beaucoup de peine à ramer, (car le vent leur était contraire), vers la quatrième veille de la nuit, il alla vers eux, marchant sur la mer ; et il voulait les dépasser.

Mais eux, le voyant marcher sur la mer, crurent que c’était un fantôme et poussèrent des cris.

Car ils le voyaient tous, et ils étaient bouleversés. Aussitôt il leur parla et leur dit : « Ayez confiance, c’est moi, ne craignez point. »

Il monta ensuite auprès d’eux dans la barque, et le vent cessa ; or leur étonnement était au comble et les mettait hors d’eux-mêmes ;

car ils n’avaient pas compris le miracle des pains, parce que leur cœur était aveuglé.

Commentaire (versets 45 à 52) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 45 à 52 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

la glose. Dans le miracle de la multiplication des pains, Nôtre-Seigneur avait montré qu'il était le créateur de toutes choses ; en marchant sur la mer, il fait voir que son corps est affranchi du poids accablant de nos péchés, et, en apaisant les vents et en calmant la fureur des flots soulevés, il prouve qu'il est le souverain Maître des éléments : " Et aussitôt, il fît monter ses disciples, " etc.

S. chrys. Nôtre-Seigneur renvoie le peuple après l'avoir comblé de bénédictions et guéri ses malades ; mais il est obligé de forcer ses disciples, selon l'expression de l'Evangéliste, de traverser la mer, parce qu'ils ne se séparaient que difficilement de sa personne, tant à cause du vif attachement qu'ils avaient pour lui que parce qu'ils étaient en peine comment ils pourraient le rejoindre.

bède. On se demande avec raison comment après le miracle de la multiplication des pains, saint Marc a pu dire que les disciples traversèrent la mer pour se rendre à Bethsaïde, tandis que selon saint Luc, c'est à Bethsaïde même qu'aurait eu lieu ce miracle. Cette apparente contradiction disparaît en admettant que saint Luc, par ces paroles : " II se retira dans un lieu désert, qui est Bethsaïde, " a voulu désigner, non l'intérieur de la ville qui porte ce nom, mais un lieu désert situé près de cette ville, tandis que saint Marc, en disant : " Pour le précéder à Bethsaïde, " a voulu parler de la ville elle-même de Bethsaïde. " Et après avoir renvoyé le peuple, il s'en alla sur la montagne pour prier. "

S. chrys. Il faut entendre ces paroles de Jésus-Christ en tant qu'il est homme, et il agit de la sorte pour nous enseigner l'assiduité dans la prière. —théophyl. Après avoir renvoyé la foule, il monte sur une montagne pour y prier, car la prière réclame le silence et le repos.

bède. Tous ceux qui prient ne montent pas sur la montagne ; il n'y a que ceux qui prient convenablement, et qui cherchent Dieu dans la prière. Mais celui qui ose demander à Dieu les richesses de la terre, les honneurs du siècle ou la mort de son ennemi reste plongé dans les choses basses et n'offre à Dieu que de viles et misérables prières. Saint Jean nous fait connaître le motif pour lequel Nôtre-Seigneur se retira sur une montagne pour prier, après avoir congédié le peuple : " Jésus, ayant connu qu'ils devaient venir pour l'enlever et le faire roi, il s'enfuit de nouveau sur la montagne tout seul. " " Et le soir étant venu, la barque se trouvait au milieu de la mer, " etc.

théophyl. Nôtre-Seigneur permit que ses disciples fussent exposés au danger pour leur donner lieu de pratiquer la patience. Aussi ne vient-il pas immédiatement à leur secours, mais il permet que le danger dure toute la nuit, pour leur apprendre à attendre avec patience et à ne pas compter que le secours leur viendrait aussitôt au milieu de leurs tribulations : " Et voyant ses disciples qui se fatiguaient à ramer, " etc.

S. chrys. (comme précéd.) L'Ecriture, suivant l'usage des anciens, divise la nuit en quatre veilles, et chaque veille en trois heures ; ainsi, la quatrième veille est celle qui commence après la neuvième heure, c'est-à-dire à la dixième ou à la dernière. " Et il voulait les devancer. "

S. AUG. (De l'acc. des Evang., 2, 47.) Les Apôtres ne purent comprendre que Jésus voulait les devancer que parce qu'il se dirigeait en sens contraire. Il voulait les dépasser comme des hommes qui lui étaient étrangers, et qui le reconnaissaient si peu qu'ils le prenaient pour un fantôme : " Mais eux le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme, " etc.

THEOPHYL. Remarquez que c'est au moment même où le Sauveur devait calmer leur effroi, qu'il leur inspire une crainte plus vive ; mais il les rassure aussitôt en lui adressant la parole : " Aussitôt il leur parla, et leur dit : Rassurez-vous, c'est moi, ne craignez pas. "

S. chrys. Et en effet, ils le reconnurent aussitôt à sa voix , et ils cessèrent de craindre.

S. aug. (De l'acc. des Evang.) On ne peut expliquer que Notre-Seigneur voulut dépasser ses disciples dont il dissipe si pleinement l'épouvante, qu'en admettant que son intention n'avait d'autre but en les dépassant que de leur faire pousser ce cri qu'il attendait pour venir à leur secours. —bède. Un certain Théodore, qui fut autrefois évêque de Pharan, soutint que Nôtre-Seigneur avait eu un corps sans pesanteur, ce qui explique comment il avait pu marcher sur la mer : mais la foi catholique enseigne que la chair du Sauveur était soumise aux lois de la pesanteur, car, dit saint Denis (Des noms div., 2), nous ne savons comment le Sauveur, avec des pieds qui avaient leur pesanteur naturelle et qui soutenaient tout le poids du corps, a pu marcher sans enfoncer sur la mer, élément liquide et sans consistance.—théophyl. Mais à peine est-il entré dans la barque qu'il apaise la tempête : " Et il monta avec eux dans la barque, et le vent cessa. " C'était déjà un grand miracle que de marcher sur la mer, mais la tempête et le vent contraire rendent encore ce miracle plus éclatant. Aussi les Apôtres, que le miracle de la multiplication des pains n'avait pas suffisamment convaincus de la puissance de Jésus-Christ, la comprennent mieux en voyant la tempête miraculeusement apaisée : " Et leur étonnement en devint plus grand, car ils n'avaient pas compris le miracle des pains. "

béde. La grandeur de ces miracles étonnait les disciples qui étaient encore charnels ; mais ils ne pouvaient encore reconnaître dans le Sauveur la vérité de la majesté divine : " Parce que leur cœur était aveuglé. " Dans le sens allégorique, le travail des disciples qui se fatiguent à ramer et le vent qui est contraire, sont une figure des travaux de la sainte Église, qui malgré les flots soulevés du monde et les tempêtes déchaînées par les esprits impurs, s'efforce de parvenir au repos de la patrie céleste. Ce n'est point sans raison que cette barque nous est représentée au milieu de la mer, tandis que Jésus est seul sur le rivage, parce que l'Église, quelquefois, est tellement accablée par les persécutions des infidèles, que le divin Rédempteur paraît l'avoir complètement abandonnée. Mais le Seigneur ne perd pas de vue ses serviteurs qui luttent contre les flots soulevés ; il les fortifie d'un regard de sa miséricorde pour qu'ils ne succombent pas sous le poids de leurs tribulations, et quelquefois même il les délivre d'une manière éclatante. Il vient à leur secours à la quatrième veille, et lorsque le jour approche, parce qu'en effet, lorsque l'homme ouvre les yeux de son âme à la lumière du secours qui vient d'en haut, le Seigneur vient lui-même eu personne, et tous les dangers des tentations sont assoupis.

S. chrys. Ou bien la première veille est le temps qui s'est écoulé jusqu'au déluge ; la seconde s'étend jusqu'à Moïse ; la troisième, jusqu'à l'avènement du Sauveur; c'est dans la quatrième veille que le Seigneur arrive et adresse la parole à ses disciples.

bède. Souvent la bonté divine paraît avoir abandonné les fidèles au milieu des tribulations, et il semble encore que Jésus veuille passer outre sans jeter un regard sur ses disciples qui luttent contre la fureur de la nier. Il est encore aussi des hérétiques qui pensent que le Sauveur eut un corps sans réalité, et qu'il n'a point pris une chair véritable dans le sein de la Vierge Marie.

S. jer. Jésus dit à ses disciples : " Ayez confiance, c'est moi, ne craignez point, " parce qu'un jour nous le verrons tel qu'il est. Le vent tombe et la tempête s'apaise aussitôt que Jésus s'est assis ; c'est-à-dire aussitôt qu'il exerce l'autorité de roi dans la barque qui est la figure de l'Église universelle.

bède. De même encore, aussitôt qu'il entre dans un cœur par la grâce du divin amour il apaise et fait cesser aussitôt toutes les guerres soulevées par les passions, par le monde et les esprits mauvais.

Après avoir traversé le lac, ils vinrent au territoire de Génésareth et y abordèrent.

Quand ils furent sortis de la barque, les gens du pays, ayant aussitôt reconnu Jésus,

parcoururent tous les environs, et l’on se mit à lui apporter les malades sur leurs grabats, partout où l’on apprenait qu’il était.

En quelque lieu qu’il arrivât, dans les villages, dans les villes et dans les campagnes, on mettait les malades sur les places publiques, et on le priait de les laisser seulement toucher la houppe de son manteau ; et tous ceux qui pouvaient le toucher étaient guéris.

Commentaire (versets 53 à 56) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 53 à 56 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

la glose. L’Evangéliste, après avoir raconté le danger qu'avaient couru les disciples au milieu de la mer et le miracle qui les en avait délivré , nous fait connaître le lieu où ils vinrent aborder : " Après avoir traversé le lac, ils vinrent au territoire de Génésareth. "

théophyl. Ce fut après un assez long espace de temps que le Seigneur aborda dans ce lieu , ce qui explique ces paroles de l'Evangéliste : " Et dès qu'ils furent sortis de la barque, les habitants de ce pays le reconnurent. "

bède. Ils le connurent, non de visage, mais de réputation, peut-être aussi plusieurs d'entre eux le connaissaient de vue à cause de l'éclat de ses miracles. Voyez quelle est la foi de ces habitants de Génésareth : il ne leur suffit pas que Jésus guérisse les malades qui sont au milieu d'eux ; ils faut parcourir toutes les villes des environs pour les inviter à venir trouver le médecin : " Et parcourant toute la contrée, ils lui apportèrent les malades dans des lits. "

théophyl. Ils ne le priaient point d'entrer dans les maisons pour guérir les malades; ils préféraient les apporter devant lui. " Et partout où il entrait, dans les bourgs, dans les villages ou dans les villes, ils mettaient les malades sur les places publiques, " etc. Le miracle que le Sauveur avait opéré en faveur de l'hémorrhoïsse était parvenu à la connaissance d'un grand nombre, et leur inspirait cette loi qui était la cause de leur guérison : " Et tous ceux qui le touchaient étaient guéris. " bède. Dans le sens allégorique, la frange du vêtement du Sauveur représente le moindre de ses commandements ; quiconque le transgressera sera le moindre dans le royaume des cieux. Ou bien encore, elle peut représenter la chair qu'a prise le Fils de Dieu, qui nous conduit jusqu'au Verbe de Dieu et nous fait ensuite entrer en jouissance de sa majesté.

S. jér. Les paroles suivantes : " Et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés, " s'accompliront quand il n'y aura plus ni gémissements ni douleur (Is 35, 10).