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Marc 8

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Enregistrement réalisé par Jean-Marie Weber, mission-web.com, d'après la Bible Crampon (1923).

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En ces jours-là, comme il y avait encore une grande foule qui n’avait pas de quoi manger, Jésus appela ses disciples et leur dit :

« J’ai compassion de ce peuple, car voilà trois jours déjà qu’ils ne me quittent pas, et ils n’ont rien à manger.

Si je les renvoie dans leur maison sans nourriture, ils tomberont de défaillance en chemin ; car plusieurs d’entre eux sont venus de loin ! »

Ses disciples lui répondirent : « Comment pourrait-on trouver ici, dans un désert, assez de pain pour les rassasier ? »

Et il leur demanda : « Combien avez-vous de pains ? » Ils dirent : « Sept. »

Alors il fit asseoir la foule par terre, prit les sept pains, et, après avoir rendu grâces, il les rompit et les donna à ses disciples pour les distribuer ; et ils les distribuèrent au peuple.

Ils avaient en outre quelques petits poissons ; après avoir prononcé une bénédiction, Jésus les fit aussi distribuer.

Ils mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta sept corbeilles des morceaux qui restaient.

Or ceux qui mangèrent étaient environ quatre mille. Ensuite Jésus les renvoya.

Commentaire (versets 1 à 9) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 1 à 9 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

théophyl. Après le premier miracle de la multiplication des pains, Nôtre-Seigneur profite d'une occasion convenable pour faire un miracle semblable : " En ce jour-là, comme la multitude était grande, " etc. L'objet de ses miracles n'était pas toujours de procurer de la nourriture au peuple qui l'aurait alors suivi pour un motif trop intéressé. Et dans cette circonstance même, il n'eut pas fait ce miracle, s'il n'eût pas vu ce peuple en danger : " Et si je les renvoie sans leur donner de nourriture, ils tomberont de défaillance en chemin; car plusieurs d'entre eux sont venus de loin. "

bède. Saint Matthieu nous donne plus clairement la raison pour laquelle ils étaient venus de si loin, et restaient depuis trois jours près du Sauveur : " Et étant monté sur la montagne, nous dit-il, il s'y assit, et une grande multitude s'approcha de lui, ayant avec elle des muets, des aveugles, des boiteux, des infirmes, et beaucoup d'autres malades ; et on les mit à ses pieds et il les guérit. " théophyl. Ses disciples ne comprenaient pas encore, et malgré les premiers miracles, ils ne croyaient pas encore à sa puissance divine : " Et ses disciples lui répondirent : Comment pourraiton les rassasier de pain dans le désert ? " Toutefois, le Sauveur ne leur fait point de reproche, et il nous apprend à ne pas nous laisser aller à l'indignation et à la colère contre les ignorants et ceux qui n'ont point d'intelligence, mais plutôt à compatir à leur ignorance : " Et il les interrogea : Combien avez-vous de pains ? Ils répondirent, sept. "

remi. (sur S. Matth.) S'il les interroge, ce n'est pas qu'il ignorât lui-même ce qu'ils avaient de pains, mais il voulait que leur réponse, en constatant le petit nombre de pains qu'ils avaient, rendit le miracle plus digne de foi et plus éclatant : " Et il commanda à la multitude de s'asseoir sur la terre. " Lors de la première multiplication des pains, il la fit asseoir sur le gazon (Mt 14, 18 ; Lc 9, 13 ; Jn 6), ici il la fait asseoir sur la terre : " Et prenant sept pains, il les rompit en rendant grâces, " etc. En rendant ainsi grâces, il nous apprend par sou exemple à toujours rendre grâces à Dieu de toutes les faveurs que nous en recevons. Remarquons encore que ce n'est pas entre les mains de la foule, mais dans celles des disciples que Nôtre-Seigneur remet les pains, afin qu'ils les distribuent à la multitude : " II les rompit et les donna à ses disciples, et les disciples les distribuèrent au peuple. Ce ne sont pas seulement les pains, mais les poissons qu'il leur ordonne de distribuer après les avoir bénis : " Ils avaient en outre quelques petits poissons, " etc.

bède. Le récit de ce miracle nous donne lieu de constater les opérations distinctes de la divinité et de l'humanité dans la seule et même personne de notre Rédempteur, et par conséquent, de rejeter bien loin du symbole des chrétiens et du sein même du christianisme, l'erreur d'Eutichès, qui osait avancer qu'il n'y avait en Jésus-Christ qu'une seule opération. Qui ne voit en effet que le sentiment de pitié que Nôtre-Seigneur éprouve pour cette multitude, est un sentiment de compassion propre à la nature humaine ? Mais qui ne voit en même temps que rassasier quatre mille hommes avec sept pains et quelques poissons, est une œuvre de la puissance divine ? " Et de ce qui restaient de morceaux, ils remportèrent sept corbeilles. " Cette multitude qui vient de manger et de se rassasier n'emporte pas avec elles les restes des pains, mais elle les laisse recueillir par les disciples dans des corbeilles, comme précédemment, et cette circonstance expliquée dans le sens littéral, nous apprend à être contents du nécessaire, et à ne jamais rechercher rien au delà. L'Evangéliste nous fait ensuite connaître le nombre de ceux qui ont été rassasiés : " Or ceux qui mangeaient étaient environ quatre mille, et il les renvoya. " Considérons ici que Nôtre-Seigneur Jésus-Christ ne veut renvoyer personne à jeun, car il veut au contraire donner à tous les hommes la nourriture de sa grâce.

bède. Dans le sens figuré, il y a cette différence entre ce second miracle et la première multiplication des cinq pains et des deux poissons, que la première figure la lettre de l'Ancien Testament qui était comme pleine de la grâce spirituelle du nouveau, tandis que la seconde représentait la vérité et la grâce du Nouveau Testament abondamment communiquées aux fidèles. La multitude qui, au témoignage de saint Matthieu, attend trois jours la guérison de ses malades (Mt 15) représente les élus dans la foi de la sainte Trinité qui implorent le pardon de leurs péchés par une prière persévérante, ou ceux qui se convertissent au Seigneur par leurs pensées, leurs paroles et leurs actions.

theoph. Ou bien encore, ce peuple qui attend trois jours, figure ceux qui ont reçu le baptême, car le baptême est appelé illumination, et on l'administre par une triple immersion. S. greg. (Moral, 1, 8.) Il ne veut point renvoyer cette multitude sans qu'elle ait mangé de peur que plusieurs ne succombent en route : II faut en effet que l'homme reçoive par la prédication la parole de la consolation, ou alors n'étant plus soutenu par la nourriture de la vérité, il est exposé à succomber sous le poids des fatigues de cette vie.

S. ambr. (sur S. Luc, 9) Le Seigneur, plein de bonté, demande le zèle, mais il donne la force nécessaire, il ne veut pas les renvoyer sans nourriture, de peur qu'ils ne succombent en chemin, c'est-à-dire, ou dans le cours de cette vie, ou avant d'arriver au terme de leur course, c'est-à-dire, au Père, et de comprendre que c'est du Père qu'est sorti le Christ, car il est à craindre qu'en croyant qu'il est né de la Vierge, ils ne reconnaissent en lui que la puissance de l'homme, et non la toute puissance de Dieu. Nôtre-Seigneur Jésus-Christ partage donc la nourriture, il veut la distribuer à tous sans exception, il en est le dispensateur universel ; mais lorsqu'il rompt les pains et les donne à ses disciples, si vous n'étendez pas les mains pour recevoir votre nourriture, les forces vous manqueront en chemin, et vous ne pourrez en accuser celui qui, dans un sentiment de compassion, vous avait préparé le pain qui devait vous soutenir. bede. Ceux qui après les crimes de chair, après les vols, les violences et les homicides, reviennent à Dieu par la pénitence, viennent de loin trouver le Seigneur ; car plus ils se sont égarés dans la voie du vice, plus ils se sont éloignés du Dieu tout-puissant. Ceux qui parmi les gentils ont embrassé la foi, sont venus de loin à Jésus-Christ, tandis que les Juifs, à qui la loi et les prophètes avaient donné la connaissance du Christ, sont venus de près. Lors de la multiplication des cinq pains, la multitude s'assied sur le gazon, ici elle s'assied sur la terre ; cela signifie au figuré, que la loi commandait de comprimer les désirs de la chair, mais dans le Nouveau Testament, nous devons y ajouter le mépris de la terre et des biens temporels. théophyl. Les sept pains sont tous les discours qui viennent de l'Esprit saint, car le nombre sept qui partage toute notre vie en périodes égales et parfaites, est le symbole de l'Esprit saint qui est le principe de toute perfection.

S. jér. Ou bien les sept pains représentent les dons de l'Esprit saint, et les morceaux qui restent sont les significations mystiques de ces sept dons du Saint-Esprit.

bède. Nôtre-Seigneur rompt les pains en figure des mystères qu'il devait révéler. Il rend grâces, pour nous montrer combien le salut du genre humain lui cause de joie ; il donne les pains à ses disciples pour qu'ils les distribuent au peuple, parce qu'en effet, c'est aux apôtres qu'il a fait part des dons spirituels de la science sacrée, et c'est par leur ministère qu'il a voulu distribuer à son Église la nourriture de vie.

S. jér. Les poissons qu'il bénit sont les livres du Nouveau Testament, parce que Nôtre-Seigneur, après sa résurrection, demande une partie du poisson que ses disciples avaient fait rôtir (Lc 24, 42), ou bien encore, les poissons figurent les saints dont la foi, la vie et les souffrances sont contenues dans les écrits du Nouveau Testament, et qui, retirés des flots tumultueux du siècle, donnent à notre âme par leurs exemples la nourriture intérieure qui lui convient.

béde. Lorsque la foule est rassasiée, les Apôtres recueillent les morceaux qui restent ; c'est qu'en effet, les préceptes de perfection éminente que la foule ne peut atteindre, s'adressent à ceux qui s'élèvent au-dessus de la vie ordinaire du peuple, de Dieu. Cependant l'Evangéliste fait remarquer que le peuple était rassasié, car bien qu'il ne puisse abandonner ce qu'il possède, et pratiquer la perfection qui est propre aux vierges, cependant il parvient à la vie éternelle par l'accomplissement des commandements de Dieu.

S. jér. Les sept corbeilles sont les sept Églises (Jn 1, 4) ; les quatre mille personnes représentent l'année du Nouveau Testament partagée en quatre saisons. C'est par un dessein particulier que cette multitude est composée de quatre mille personnes, car ce nombre seul indique qu'ils étaient nourris de la doctrine des Évangiles.

théophyl. Ou bien encore, ces quatre mille personnes figurent ceux qui sont parfaits dans les quatre vertus, et qui, mangeant en proportion de leur force, laissent peu de la nourriture qui leur est servie. Dans ce second miracle, les Apôtres remportent sept corbeilles des morceaux qui restèrent ; dans le premier où Nôtre-Seigneur multiplia miraculeusement cinq pains, ils en remportèrent douze corbeilles, parce que la foule était composée de cinq mille personnes qui figuraient ceux qui sont esclaves de leurs sens, et c'est pour cela qu'ils mangèrent beaucoup moins, et qu'il resta une si grande quantité de morceaux.

Il monta aussitôt dans la barque avec ses disciples, et vint dans le pays de Dalmanutha.

Survinrent les Pharisiens, qui commencèrent à discuter avec lui, lui demandant, pour l’éprouver, un signe du ciel.

Jésus ayant poussé un profond soupir, dit : « Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? Je vous le dis, en vérité, il ne sera point donné de signe à cette génération. »

Et les laissant, il remonta dans la barque et passa à l’autre bord.

Or les disciples avaient oublié de prendre des pains ; ils n’en avaient qu’un seul avec eux dans la barque.

Jésus leur donna cet avertissement : « Gardez-vous avec soin du levain des Pharisiens et du levain d’Hérode. »

Sur quoi ils faisaient réflexion entre eux, disant : « C’est que nous n’avons pas de pains. »

Jésus, connaissant leur pensée, leur dit : « Pourquoi vous entretenez-vous de ce que vous n’avez pas de pains ? N’avez-vous encore ni sens ni intelligence ? Votre cœur est-il encore aveuglé ?

Avez-vous des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre ? Et n’avez-vous point de mémoire ?

Quand j’ai rompu les cinq pains entre les cinq mille hommes, combien avez-vous emporté de corbeilles pleines de morceaux ? » Ils lui dirent : « Douze. » —

Et quand j’ai rompu les sept pains entre les quatre mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux avez-vous emportés ? » Ils lui dirent : « Sept. »

Il leur dit : « Comment ne comprenez-vous pas encore ? »

Commentaire (versets 10 à 21) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 10 à 21 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

théophyl. Après ce second miracle de la multiplication des pains, Nôtre-Seigneur Jésus-Christ se retire dans un autre endroit, dans la crainte qu'à la suite de ce miracle, le peuple ne se saisit de sa personne pour le faire roi : " Et montant aussitôt dans une barque avec ses disciples, il vint dans le pays de Dalmanutha (Mc 8, 10 ; Mt 15, 39). "

S. aug. (De l’acc. des Evang., 20, 51.) On lit dans saint Matthieu, qu'il vint sur les confins de Magedan, mais nul doute que ce ne soit le même lieu sous un nom différent, car la plupart des manuscrits de l'Évangile selon saint Marc portent le nom de Magedan. " Et les pharisiens l’étant venu trouver, commencèrent à disputer avec lui, lui demandant pour le tenter, un signe du ciel, "

bêde. Les pharisiens lui demandent un signe du ciel, c'est-à-dire, que puisqu'il a nourri avec quelques pains plusieurs milliers de personnes, il renouvelle dans les derniers temps le miracle de Moïse, en nourrissant le peuple avec la manne qu'il ferait tomber du ciel et qui couvrirait toute l'étendue de la contrée. C'est cette demande qu'ils lui font aussi dans l'Évangile selon saint Jean, lorsqu'ils lui disent : " Quel miracle faites-vous, pour que le voyant, nous croyions en vous ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon qu'il est écrit (Ex 6, 15 ; Ps 77, 24 ; 104, 40). Il leur a donné à manger le pain du ciel. "

théophyl. Ou bien le miracle qu'ils lui demandent du ciel, c'est qu'il arrête le cours du soleil et de la lune, qu'il fasse tomber de la grêle et change l'état de l'atmosphère, car ils ne croyaient pas qu'il pût opérer un prodige de ce genre, et ils pensaient qu'il ne pouvait faire de miracles que sur la terre et encore à l'aide de Béelzébub. bède. Nous avons vu précédemment le Sauveur rendre grâces à Dieu avant de nourrir cette multitude qui croyait en lui ; ici cette demande insensée des pharisiens lui arrache un profond soupir. C'est qu'en effet, il a pris sur lui les sentiments de notre nature, et qu'il s'attriste des erreurs des hommes, comme il se réjouit de leur salut : " Et poussant un profond soupir, il dit : Pourquoi cette génération demande-t-elle un prodige ? en vérité, je vous le dis, s'il sera donné un prodige à cette génération, " c'est-à-dire, il ne lui en sera point donné, comme dans ces paroles du Roiprophète : " Je l'ai juré une fois par ma sainteté, si je mens à David, " (Ps 88), c'est-à-dire, je ne lui mentirai pas.

S. aug. (De l'acc. des Evang.) Saint Marc ne prête pas à Nôtre-Seigneur la même réponse que saint Matthieu, d'après lequel il leur déclare qu'ils n'auront point d'autre prodige que celui de Jonas, tandis qu'ici il leur répond qu'il ne leur en sera donné aucun, c'est-à-dire, il ne leur en sera point donné comme ils en demandaient, et cette explication fait disparaître toute difficulté ; saint Marc a tout simplement omis de parler du miracle de Jonas, dont saint Matthieu a fait mention. théophyl. Nôtre-Seigneur ne se rend pas à leur demande, parce que le temps des prodiges qui auront lieu dans le ciel sera tout autre, ce sera le temps du second avènement où les vertus des cieux seront ébranlées, et où la lune ne donnera plus sa lumière (Mt 24, 29), tandis que le premier avènement ne doit point être accompagné de prodiges semblables, car tout y est plein de mansuétude.

bède. D'ailleurs, cette génération qui venait tenter le Seigneur, ne méritait pas d'obtenir ce prodige du ciel, et le Sauveur le réservait à la génération qui cherche le Seigneur (Ps 23, 6), c'est-à-dire, à ses apôtres, qu'il rendit témoins de son ascension au plus haut des cieux. " Et les laissant, il remonta dans la barque, et passa de l'autre côté de la mer. "

théophyl. Il abandonne les pharisiens comme incapables d'être ramenés au bien ; il faut insister en effet tant qu'il y a espoir de retour, mais quand le mal est irrémédiable, il n'y a plus qu'à se retirer. " Or, les disciples oublièrent de prendre des pains, et ils n'avaient qu'un seul pain avec eux. "

bjède. Mais comment peut-il se faire qu'ils n'avaient pas de pain, eux qui montèrent dans la barque aussitôt après en avoir rempli sept corbeilles. Il faut nous en tenir à la sainte Ecriture, qui atteste qu'ils oublièrent de prendre des pains avec eux (Mt 16) ; preuve du peu de soin que les Apôtres prenaient en général de leur corps, puisque le zèle avec lequel ils suivent le Seigneur, ne laisse dans leur âme aucune place aux préoccupations du besoin le plus légitime, celui de la nourriture. théophyl. C'est du reste par suite d'un dessein providentiel qu'ils oublièrent de prendre des pains avec eux. Jésus voulait que le reproche qu'il leur ferait, les rendit meilleurs, et les fît parvenir à une connaissance plus exacte de sa divine puissance : " Et Jésus leur donna cet avertissement : Gardezvous avec soin du levain des pharisiens et du levain d'Hérode. "

S. chrys. Saint Matthieu dit : " Du levain des pharisiens et des sadducéens " (Mt 16) ; saint Marc : " Du levain des pharisiens et d'Hérode ; " saint Luc : " Du levain des pharisiens seulement " (Lc 12) Ces trois Evangélistes ont donc fait une mention expresse des pharisiens, comme étant les premiers dont il fallait se garder ; saint Matthieu et saint Marc se sont partagé ceux qui avaient un rôle secondaire, et saint Marc ajoute : " Du levain d'Hérode, " saint Matthieu ayant laissé à saint Marc de compléter son récit en parlant des hérodiens. Par cet avertissement, le Sauveur découvre peu à peu à ses disciples le sens et le but de cette recommandation.

théophyl. Le levain des pharisiens et des hérodiens, c'est leur doctrine remplie d'un venin corrupteur et mortel, et toute pleine d'une malice invétérée ; car il y avait des docteurs hérodiens qui prétendaient qu'Hérode était le Christ.

bède. Ou bien le levain des pharisiens consiste à préférer les traditions humaines aux préceptes de la loi divine, à exalter la loi en paroles, et à la combattre par ses actions, à tenter le Seigneur et à refuser toute croyance à sa doctrine comme à ses oeuvres. Le levain d'Hérode, c'est l'adultère, l'homicide, le serment téméraire, l'hypocrisie en matière de religion, la haine de Jésus-Christ et de son saint précurseur. théophyl. Mais les disciples crurent que le Seigneur leur parlait du levain ordinaire : " Et ils s'entretenaient entre eux en disant : Nous n'avons pas de pains. " En tenant ce langage, ils montraient qu'ils ne comprenaient pas la puissance de Jésus-Christ qui peut tirer des pains du néant, aussi le Sauveur leur en fait-il un reproche : " Ce qu'ayant connu, Jésus leur dit : Pourquoi vous entretenez-vous de ce que vous n'avez point de pains ? "

bède. L'occasion qui a donné lieu à cette recommandation : Gardez-vous du levain des pharisiens et des hérodiens, nous donne en même temps l'explication allégorique des cinq pains et des sept pains multipliés par le Sauveur, ce qu'il rappelle en leur disant : " Ne vous souvenez-vous pas quand je rompis les cinq pains entre les cinq mille hommes, " etc. En effet, si le levain dont il vient déparier signifie les mauvaises traditions, pourquoi ces pains qui servirent à la nourriture du peuple de Dieu, ne seraient-ils pas la figure de la véritable doctrine ?

Ils arrivèrent à Bethsaïde, et on lui amena un aveugle qu’on le pria de toucher.

Prenant la main de l’aveugle, Jésus le conduisit hors du bourg, lui mit de sa salive sur les yeux, et, lui ayant imposé les mains, lui demanda s’il voyait quelque chose.

L’aveugle leva les yeux et dit : « Je vois les hommes qui marchent, semblables à des arbres. »

Jésus lui mit de nouveau les mains sur les yeux, et il le fit regarder. Alors il fut si bien guéri, qu’il voyait distinctement toutes choses.

Alors Jésus le renvoya dans sa maison, en lui disant : « Va dans ta maison, sans entrer dans le bourg, ni parler de ceci à personne du bourg. »

Commentaire (versets 22 à 26) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 22 à 26 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

la glose. Le miracle de la multiplication des pains est suivie de la guérison de l'aveugle : ce Lorsqu'ils furent arrivés à Bethsaïde, on lui amena un aveugle, qu'on le pria de toucher." béde.

Ceux qui lui firent cette prière savaient que le toucher du Seigneur est aussi puissant pour rendre la vue à un aveugle, que pour guérir un lépreux. " Et prenant la main de l'aveugle, il le conduisit hors du bourg. "

tiiéophyl. La ville de Bethsaïde était, il paraît, infectée d'incrédulité au premier chef, ce qui lui attira ces reproches du Seigneur : " Malheur à toi, Bethsaïde ! car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi, avaient été faits dans Tyr et Sidon, elles auraient fait pénitence, " etc. (Mt 11). Il fait donc sortir de ce bourg cet aveugle qu'on y avait fait entrer, car la foi de ceux qui l'avaient amené, n'était pas véritable. " II lui mit de sa salive sur les yeux, et lui ayant imposé les mains, il lui demanda s'il voyait quelque chose. "

S. chrys. Jésus lui met de la salive sur les yeux, et lui impose les mains ; il veut ainsi montrer que c'est le Verbe divin joint à l'action extérieure qui opère le miracle ; car la main est le signe de l'action, et la salive le symbole de la parole qui sort de la bouche. Il demande à cet homme s'il voyait quelque chose (ce qu'il n'a jamais fait pour les autres guérisons), et il nous apprend ainsi que c'est la foi imparfaite de l'aveugle et de ceux qui l'ont amené, qui est cause que ses yeux ne sont pas tout à fait ouverts : " Et regardant, il dit : Je vois les hommes qui marchent semblables à des arbres. " II était encore dans les ténèbres de l'incrédulité, et c'est pour cela que de son aveu, il ne voyait les hommes que d'une manière confuse.

bède. Il aperçoit bien les formes vagues des corps qui se détachent sur les ombres, mais sa vue encore trouble ne peut en saisir les traits et les contours. C'est ainsi que dans le lointain, ou dans l'obscurité de la nuit, les massifs d'arbres apparaissent d'une manière indéterminée, de manière qu'on ne peut distinguer facilement si ce sont des arbres ou des hommes.— théoph. Jésus n'accorde pas aussitôt à sa foi une guérison complète ; il ne recouvre la vue qu'en partie, parce que sa foi était encore imparfaite ; car le Sauveur mesure la guérison sur le degré de la foi.— S. chrys. Mais de ce premier degré de guérison, le Sauveur le conduite une foi parfaite, qui lui obtient l'usage complet de ses yeux : " Jésus lui mit de nouveau les mains sur les yeux, et il commença à voir, et il fut guéri, de sorte qu'il voyait clairement toutes choses. " " Et il le renvoya dans sa maison, en disant : Allez dans votre maison, et si vous entrez dans le bourg, ne parlez de ceci à personne. "

théoph. Il lui fait cette défense, à cause de l'incrédulité des habitants de Bethsaïde dont nous avons déjà parlé, il ne voulait pas exposer cet homme à voir sa foi attaquée, ni les habitants de cette ville à devenir plus coupables par une incrédulité plus obstinée.

bède. Il apprend aussi par là à ses disciples à ne point se servir des actions éclatantes qu'ils peuvent faire pour rechercher l'estime et la faveur des hommes. S. jér. Dans le sens allégorique, Bethsaïde veut dire la maison de la vallée, c'est-à-dire le monde, qui est vraiment une vallée de larmes. On amène au Sauveur un aveugle, c'est-à-dire un homme qui ne voit pas ce qu'il a été, ce qu'il est, et ce qu'il sera. On le prie de toucher cet homme ; et quel est celui que le Seigneur touche, si ce n'est celui dont le cœur est brisé par la componction ?

bède. En effet, le Seigneur nous touche lorsqu'il répand la lumière dans notre âme par le souffle de son Esprit, et qu'il nous excite à reconnaître notre propre faiblesse et à nous livrer avec zèle à la pratique des bonnes œuvres. Il prend la main de l'aveugle, pour lui donner la force de mènera bonne fin les œuvres qu'il doit entreprendre.

S. jér. Il le conduit hors du bourg, c'est-à-dire de la cité, et il lui met de la salive sur les yeux pour qu'il voie la volonté de Dieu par le souffle de l'Esprit saint. Après lui avoir imposé les mains, il lui demande s'il voit, parce que c'est comme au travers des œuvres de Dieu qu'on voit sa majesté.

bède. Une autre raison pour laquelle le Sauveur lui met de la salive sur les yeux, et lui impose les mains pour lui rendre l'usage de la vue, c'était de montrer qu'il a dissipé l'aveuglement du genre humain par ses dons invisibles, et par le mystère de son incarnation. La salive qui vient de la tète de l'homme, signifie la grâce de l'Esprit saint. NôtreSeigneur pouvait guérir cet homme d'une seule parole, cependant il ne lui rend la vue que graduellement, pour nous montrer combien grand était l'aveuglement de la nature humaine qui ne peut rouvrir les yeux à la lumière qu'avec peine et comme par degrés, et aussi pour nous apprendre la marche de sa grâce qui nous prête son secours pour franchir les différents degrés de perfection. Or, tout homme qui a été si longtemps enseveli dans une si profonde obscurité qu'il ne pouvait plus discerner le bien du mal, aperçoit les hommes qui marchent comme des arbres, parce qu'il voit sans la lumière du discernement les actions de la multitude qui l'entoure.—S. jér. Ou bien encore, il voit les hommes comme des arbres, parce qu'il les considère comme lui étant supérieurs. Jésus lui met de nouveau les mains sur les yeux pour rendre à sa vue toute sa netteté, c'est-à-dire pour lui faire voir les choses invisibles comme à travers les choses visibles, et pour que les yeux de son cœur purifié puissent contempler ce que l'œil de l'homme n'a jamais vu, la clarté brillante d'une âme purifiée de la rouille du péché. Nôtre-Seigneur le renvoie dans sa maison, c'est-à-dire dans son cœur, afin qu'il pût voir en lui ce qu'il n'y avait jamais vu, car l'homme qui désespère de son salut regarde comme absolument impossible ce qui paraît on ne peut plus facile à l'âme que la grâce inonde de ses lumières.

théophyl. Ou bien encore, après l'avoir guéri, le Sauveur le renvoie dans sa maison, c'est-à-dire dans le ciel, car le ciel où il y a plusieurs demeures (Jn 14, 2) est la maison de chacun de nous.

S. jér. " Jésus lui dit : Et si vous entrez dans le bourg, ne parlez de ceci à personne, " c'est-à-dire ne cessez de raconter à ceux avec, qui vous vivez votre aveuglement passé, mais ne parlez jamais de vos vertus.

De là, Jésus se rendit avec ses disciples dans les villages qui entourent Césarée de Philippe, et sur le chemin il leur fit cette question : « Qui dit-on que je suis ? »

Ils lui répondirent : « Jean-Baptiste ; d’autres, Élie ; d’autres, un des prophètes. — »

Mais vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Vous êtes le Christ. »

Et il leur défendit sévèrement de dire cela de lui à personne.

Alors il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffrît beaucoup, qu’il fût rejeté par les Anciens, par les Princes des prêtres et les Scribes, qu’il fût mis à mort et qu’il ressuscitât trois jours après.

Et il leur dit ces choses ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à le reprendre.

Mais Jésus, s’étant retourné et ayant regardé ses disciples, réprimanda Pierre, en disant : « Arrière ! Satan ; car tes sentiments ne sont pas ceux de Dieu, mais ceux des hommes. »

Commentaire (versets 27 à 33) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 27 à 33 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

théophyl. Après avoir conduit ses disciples loin de la foule, Nôtre-Seigneur leur demande ce qu'ils pensent de lui, afin qu'ils puissent répondre la vérité sans aucune crainte des Juifs : " Et Jésus étant entré avec ses disciples dans les villages qui sont aux environs de Césarée de Philippe. "

bède. Ce Philippe fut le frère d'Hérode, et nous en avons parlé plus haut ; c'est lui qui en l'honneur de Tibère César appela Césarée de Philippe, la ville qui porte aujourd'hui le nom de Paneas. " Et en chemin il leur adressa cette question . Qui dit-on que je suis ? "

S. chrys. Il les interroge, bien qu'il sût ce qu'ils pensaient, parce qu'il était juste que ses disciples lui rendissent un plus glorieux témoignage que la foule.

bède. C'est pour cela qu'il leur demande d'abord ce que les hommes pensent de lui pour éprouver leur foi, et afin qu'elle ne repose point sur les fausses opinions du peuple. " Ils répondirent : Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste, les autres Elie, les autres un des prophètes. " —théophyl. Plusieurs croyaient en effet, à l'exemple d'Hérode, que Jean était ressuscité des morts et qu'il avait opéré des miracles après sa résurrection. Mais après qu'il leur a demandé les différentes opinions des hommes à son sujet, il les interroge sur ce qu'ils pensent eux-mêmes de lui : " Alors il leur dit : Pour vous, qui dites-vous que je suis ? " S. chrys. (hom. 55 sur S. Matth.) La manière même dont il les interroge élève leur esprit dans une sphère plus haute et les dispose à se faire de sa personne une idée plus grande et plus juste que celle de la foule. Mais écoutons ce que répond à cette question faite à tous le chef des Apôtres, celui qui était comme leur bouche et leur oracle : " Pierre, prenant la parole, lui dit : Vous êtes le Christ. " théophyl. Il confesse qu'il est le Christ prédit par les prophètes ; mais saint Marc passe sous silence la réponse que lui fit le Sauveur, et comment il le proclama bienheureux ; il craignit peut-être de paraître agir en cela par complaisance pour Pierre qui était son maître, tandis que saint Matthieu, an contraire, raconte cette circonstance dans toute son étendue.

ORIG. (Traité 1 sur S. Matth.) Peut-être encore saint Marc et saint Luc ont-ils passé sous silence la réponse que fit le Sauveur à la confession de saint Pierre, parce qu'à ces paroles : " Vous êtes le Christ " ils n'ont pas ajouté comme saint Matthieu : " Le Fils du Dieu vivant. " " Et il leur défendit avec menace de le dire à personne. "

théophyl. Il voulait pour le moment cacher sa gloire, pour ne pas exposer un grand nombre au scandale de sa passion et à un châtiment plus sévère.

S. chrys. Ou bien encore, il voulait attendre que le scandale de sa croix fût passé pour établir dans leur cœur une foi pure et entière à sa divinité ; aussi n'est-ce qu'après sa passion et immédiatement avant son ascension qu'il leur dit : " Allez, enseignez toutes les nations. "

théophyl. Après avoir reçu la profession de foi de ses disciples, qui le reconnaissent comme vrai Dieu, le Sauveur leur révèle le mystère de sa croix : " En même temps, il commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup, etc. " II leur parle ouvertement des souffrances qu'il doit endurer ; mais les Apôtres ne comprenaient pas encore la suite des desseins de Dieu, l'idée de la résurrection ne pouvait encore entrer dans leur esprit, et ils croyaient que le mieux pour leur divin Maître était d'échapper à toute souffrance.

S. chrys. Et cependant il leur faisait cotte prédiction pour leur apprendre qu'après sa mort sur la croix et sa résurrection, ils devraient lui rendre témoignage par leur prédication. Or, Pierre, toujours bouillant de zèle, est le seul parmi tous les disciples qui ose ici discuter avec son maître : " Et Pierre, le prenant à part, commença à le reprendre : A Dieu ne plaise, Seigneur, cela ne vous arrivera pas. "

bède. Pierre parlait ainsi par un vif sentiment d'affection et le désir d'éviter la souffrance au Sauveur. Non, cela ne peut être, lui dit-il, et mes oreilles ne peuvent admettre que le Fils de Dieu doive être mis à mort. S. chrys (hom. 55 sur S. Matth.) Mais comment se fait-il que Pierre, à qui le Père avait révélé le mystère de la divinité de son Fils, soit descendu si vite de ces hauteurs et qu'il ait fait preuve d'une si grande inconstance ? Rien d'étonnant qu'il ait ignoré le mystère des souffrances du Sauveur, puisqu'il ne lui avait pas été révélé. C'est par révélation qu'il avait appris que le Christ était le Fils du Dieu vivant, mais aucune révélation ne l'avait instruit des mystères de la croix et de la résurrection. Or, Nôtre-Seigneur, pour apprendre à ses disciples que sa passion était une chose nécessaire, adresse à Pierre un vif reproche : " Mais Jésus se retournant et regardant ses disciples, gourmanda Pierre, disant : Retire-toi de moi, Satan, " etc. —théophyl. Le Seigneur voulait que ses disciples fussent convaincus que sa passion était nécessaire au salut des hommes, et comme Satan seul s'opposait à ses souffrances dans la crainte que le genre humain fût sauvé, il appelle Pierre Satan, parce qu'il partageait les idées de Satan, en s'opposant ouvertement à la passion du Christ, car Satan veut dire qui s'oppose.

S. chrys. Jésus n'avait point dit au démon qui le tentait : Retiretoi derrière moi ; mais il le dit à Pierre, c'est-à-dire : Suis-moi, et cesse de l'opposer au dessein d'une mort que je n'endure que parce que je le veux. " Car tu n'as pas le goût des choses de Dieu, mais des choses des hommes. "

théophyl. Jésus reproche à Pierre d'avoir le goût des choses des hommes, c'est-à-dire le goût des affections terrestres, puisqu'il voulait que le Christ préférât une vie tranquille à sa mort sur la croix.

Puis, ayant appelé le peuple avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive.

Car celui qui veut sauver sa vie, la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile, la sauvera.

Que servira-t-il à l’homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme ?

Car que donnera l’homme en échange de son âme ?

Celui qui aura rougi de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi rougira de lui, lorsqu’il viendra dans la gloire de son Père avec les anges saints. »

Il ajouta : « Je vous le dis, en vérité, parmi ceux qui sont ici, quelques-uns ne goûteront point la mort, qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu venir avec puissance. »

Commentaire (versets 34 à 39) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 34 à 39 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

bède. Après que Nôtre-Seigneur a prédit à ses disciples le mystère de sa passion et de sa résurrection, il les exhorte conjointement avec la multitude à imiter les exemples qu'il leur donnera dans sa passion : " Et appelant le peuple avec ses disciples, il leur dit : Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce lui-même. "

S. ghrys. (hom. 56 sur S. Matth.) Jésus semble dire à Pierre : Vous me reprochez d'aller volontairement au-devant des souffrances. Or, je vous déclare qu'en cela vous faites une chose-nuisible, mais que vous-même vous ne pouvez être sauvé que par les souffrances et par la mort. Il leur dit : " Si quelqu'un veut venir après moi, " c'est-à-dire je vous appelle à la possession de biens qui doivent être l'objet des désirs de tous les hommes, et non pas comme vous le pensez, à souffrir des choses pénibles et intolérables. En effet, celui qui cherche à forcer la volonté l'empêche souvent de se déterminer ; mais celui qui laisse à son auditeur toute sa liberté l'attire bien plus sûrement. Or, on se renonce soi-même quand on professe une souveraine indifférence pour son corps, et qu'on est disposé à souffrir avec patience les coups ou tout autre mauvais traitement semblable.

théophyl. Celui qui, par exemple, renonce son frère ou son père, n'éprouve aucun sentiment de pitié au d'indignation, bien qu'il les voie couverts de blessures et mis à mort ; telle est l'indifférence, tel le mépris que nous devons professer pour notre corps ; qu'il soit aussi couvert de plaies et l'objet des plus mauvais traitements ; nous ne devons pas nous en mettre en peine.

S. chrys. Remarquez que le Sauveur ne dit pas que l'homme doit s'épargner luimême, mais ce qui est bien plus considérable, qu'il doit se renoncer comme s'il n'avait rien de commun avec lui-même, qu'il doit s'exposer aux dangers et les supporter, comme si un autre que lui en était la victime. Et c'est vraiment là s'épargner soi-même, de même que les parents font preuve d'indulgence envers leurs enfants lorsqu'on les remettant entre les mains de leurs maîtres, ils leur recommandent de ne point les épargner. Or, jusqu'où doit aller ce renoncement ? Le voici : " Et qu'il porte sa croix, " c'est-à-dire jusqu'à la mort la plus ignominieuse.

théophyl. La croix était alors un supplice honteux et infâme, parce qu'on n'y attachait que d'insignes malfaiteurs. S. jér. Ou bien encore, Notre-Seigneur agit comme un pilote habile qui, prévoyant la tempête lorsque le temps est calme, veut y préparer ses matelots, et c'est dans ce sens qu'il leur dit : " Si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renonce lui-même, " etc.

bède. En effet, nous nous renonçons nous-mêmes lorsque nous évitons toutes les actions qui appartenaient au vieil homme, et que nous nous efforçons de pratiquer cette sainte nouveauté à laquelle nous sommes appelés. Nous portons notre croix, ou lorsque nous mortifions notre corps par la privation des biens sensibles, ou lorsque notre esprit s'attriste en compatissant aux maux du prochain. théophyl. Mais il ne suffit pas de porter sa croix, il faut s'élever à une vertu plus grande : " Et qu'il me suive. "

S. chrys. Ce n'est pas sans raison que Nôtre-Seigneur ajoute cette recommandation, car il peut arriver que tout en portant sa croix, on ne suive pas Jésus-Christ, lorsque, par exemple, ce n'est pas pour Jésus-Christ qu'on souffre. Suivre Jésus-Christ, c'est marcher véritablement à sa suite, c'est se conformer à sa mort, c'est mépriser ces puissances, ces princes dos ténèbres sous l'empire desquels on se livrait au péché avant l'avènement de Jésus-Christ : " Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie pour l'amour de moi et de l'Évangile la sauvera. " Jésus semble leur dire : " C'est dans une pensée toute d'indulgence que je vous fais cette recommandation, car celui qui veut trop ménager son fils devient la cause de sa perte, et celui qui ne le ménage pas le sauve. Il nous faut donc être continuellement préparés à la mort, car si dans les combats où la vie naturelle est enjeu, le plus brave soldat est celui qui a fait le sacrifice de sa vie (bien que personne ne puisse le ressusciter après sa mort), à combien plus forte raison eu doit-il être ainsi dans les combats spirituels, où nous avons l'espérance certaine de la résurrection, et l'assurance ; que qui sacrifie son âme la sauve.

remi. L'âme doit s'entendre ici de la vie présente, et non de la substance même de l'âme.

S. chrys. Comme Nôtre-Seigneur avait dit: " Celui qui voudra sauver son âme la perdra, " et qu'on aurait pu croire qu'il était égal de la sauver ou de la perdre, il ajoute : " Et que sert à l'homme de gagner le monde entier, et de se perdre soi-même ? " C'est-à-dire : ne dites pas qu'un homme a sauvé sa vie, parce qu'il a échappé au supplice de la croix, car quand même à la conservation de son âme, c'est-à-dire de cette vie, il joindrait la conquête du monde entier, quel fruit lui en reviendra-t-il, s'il vient à perdre son âme ? En a-t-il une autre qu'il puisse donner en échange ? On peut recevoir pour une maison une somme d'argent, mais celui qui vient à perdre son âme ne peut donner une autre âme en échange. C'est avec dessein que le Sauveur se sert de cette expression ; " Et que donnera l'homme en échange de soimême ? " Car Dieu a donné en échange pour notre salut le sang précieux de Jésus-Christ.

bède. Ou bien cette recommandation est pour les temps de persécution, où Dieu demande le sacrifice de notre vie. Dans les temps de paix, nous devons mortifier les désirs terrestres, et c'est ce que veulent dire les paroles suivantes : " Que sert à l'homme de gagner tout l'univers ? " Mais souvent une fausse honte nous empêche d'exprimer de vive voix les sentiments que nous avons dans notre âme, et c'est contre ce sentiment coupable que le Sauveur s'élève en disant : " Celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, " etc.

théophyl. Ne regardons pas comme suffisante la foi qui est renfermée dans l'âme ; Dieu demande de plus la confession extérieure, car si l'âme est sanctifiée par la foi, c'est par la profession de foi extérieure que le corps est lui-même sanctifié. S. chrys. Celui qui est pénétré de ces divins enseignements attend avec un vif désir le moment où il pourra sans aucune honte confesser Jésus-Christ. Le Sauveur appelle génération adultère celle qui a osé abandonner Dieu, son véritable époux, qui n'a point suivi la doctrine de Jésus-Christ, mais qui s'est rendue l'esclave des démons, et a reçu d'eux les semences de l'impiété, et c'est pour cela qu'il l'appelle génération criminelle. Celui donc qui, au milieu de cette génération, aura nié le légitime empire de Jésus-Christ et les paroles du Dieu qu'il nous a révélées dans son Évangile, recevra le juste châtiment de son impiété, en entendant lors du second avènement ces paroles terribles : " Je ne vous connais pas. "

théophyl. Celui, au contraire, qui aura confessé que Jésus crucifié est son Dieu, Jésus-Christ aussi le reconnaîtra pour sien, non pas en cette vie où Jésus est regardé comme pauvre et misérable, mais dans sa gloire et au milieu de la multitude des anges.

S. grég. (hom. 32 sur les Evang.) II en est quelques-uns qui confessent sans difficulté Jésus-Christ, parce qu'ils voient que tout le monde est devenu chrétien ; car si le nom de Jésus-Christ n'était pas environné d'une si grande gloire, l'Église ne compterait pas tant de fidèles qui font profession de lui appartenir. La foi légitime et véritable ne doit donc pas consister seulement dans ce témoignage extérieur que l'on peut donner sans rougir au milieu de tout un peuple qui fait profession de christianisme. Mais même dans les temps de paix, nous aurons des occasions du nous faire connaître à nous-mêmes ; nous craignons souvent le mépris du prochain, nous regardons comme une faiblesse de supporter patiemment les outrages ; s'il s'élève un différend avec un de nos frères, nous rougissons défaire les premières avances, car le cœur étant dominé par les affections charnelles ne peut rechercher la gloire qui vient des hommes, sans repousser la vertu d'humilité. théophyl. Notre-Seigneur venait de parler de sa gloire ; il veut montrer à ses disciples que ce ne sont pas là de vaines promesse : " Et il ajouta : En vérité, je vous le dis, parmi ceux qui sont ici quelques-uns ne goûteront point la mort qu'ils n'aient vu le royaume de Dieu venant dans sa puissance. " C'est-à-dire : II en est quelques-uns (Pierre, Jacques et Jean) qui ne mourront pas, avant que je leur ai découvert dans ma transfiguration, une image de la gloire dont je serai environné lors de mon second avènement. En effet, la transfiguration était comme l'annonce du second avènement où Jésus-Christ et les saints paraîtront au milieu d'une gloire éclatante.

bède. C'est par un dessein providentiel plein de bonté que Dieu fait apercevoir cl goûter pour quelques instants aux apôtres une partie des joies de l'éternité, afin de les encourager au milieu des épreuves qui les attendent.

S. chrys. (hom. 57 sur S. Matth.) Le Sauveur ne fait pas connaître le nom de ceux qui devaient l'accompagner sur le Thabor, pour ne pas éveiller dans l'âme des autres disciples un sentiment de jalousie. Mais il ne laisse pas de prédire cet événement pour les rendre plus attentifs à contempler ce mystère.

bède. Ou bien encore le royaume de Dieu, c'est l'Église de la terre. Quelques-uns des Apôtres devaient prolonger leur vie assez longtemps pour voir de leurs yeux l'établissement de l'Église, élevée sur les ruines de la gloire du monde. Il fallait, en effet, donner aux disciples encore grossiers quelques consolations pour la vie présente, afin de les rendre plus forts pour l'avenir.

S. chrys. Dans le sens allégorique, la vie, c'est Jésus-Christ, et la mort, le démon. Celui qui persévère dans le péché, goûte la mort, de même que tout homme qui s'attache à une doctrine bonne ou mauvaise, goûte le pain de la vie ou de la mort, c’est un moindre mal de voir la mort ; c'est un mal plus grand de la goûter, un plus grand encore de la suivre, et le plus grand de tous les malheurs de s'en rendre l'esclave. chapitres 9