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Marc 12
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Jésus se mit donc à leur parler en paraboles. « Un homme planta une vigne ; il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir et y bâtit une tour ; puis il la loua à des vignerons et partit pour un autre pays.
En temps convenable, il envoya un serviteur aux vignerons pour recevoir d’eux une part de la récolte.
Mais s’étant saisis de lui, ils le battirent et le renvoyèrent les mains vides.
Il leur envoya encore un autre serviteur, et ils le blessèrent à la tête, et le chargèrent d’outrages.
Il en envoya un troisième, qu’ils tuèrent ; beaucoup d’autres furent encore, les uns battus, les autres tués par eux.
Il restait au maître un fils unique qui lui était très cher ; il l’envoya aussi vers eux le dernier, se disant : Ils respecteront mon fils.
Mais ces vignerons dirent entre eux : Celui-ci est l’héritier ; venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous.
Et ils se saisirent de lui, le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne.
Maintenant que fera le maître de la vigne ? Il viendra, il exterminera les vignerons et donnera sa vigne à d’autres.
N’avez-vous pas lu cette parole de l’Écriture : La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient, est devenue le sommet de l’angle :
c’est le Seigneur qui a fait cela, et c’est une merveille à nos yeux ? »
Et ils cherchaient à se saisir de lui, sachant qu’ils les avait en vue dans cette parabole ; mais ils craignaient le peuple, et le laissant, ils s’en allèrent.
Alors ils lui envoyèrent quelques-uns des Pharisiens et des Hérodiens pour le surprendre dans ses paroles.
Ceux-ci étant venus, lui dirent : « Maître, nous savons que vous êtes véridique, et n’avez souci de personne ; car vous ne considérez point l’extérieur des hommes, mais vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité. Est-il permis, ou non, de payer le tribut à César ? Devons-nous payer, ou non ? »
Connaissant leur perfidie, il leur dit : « Pourquoi me tentez-vous ? Apportez-moi un denier, que je le voie. »
Ils le lui apportèrent ; et il leur dit : « De qui sont cette image et cette inscription ? — De César », lui dirent-ils.
Alors Jésus leur répondit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Et il les frappa d’étonnement.
Commentaire (versets 13 à 17) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 13 à 17 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
bède. Les princes des prêtres cherchaient à se saisir de Jésus, mais ils craignaient le peuple ; ce qu'ils n'osent donc faire par eux-mêmes, il essaient de le mettre à exécution par l'intermédiaire du pouvoir séculier, pour se décharger de la responsabilité de sa mort. " Et ils lui envoyèrent quelques-uns des pharisiens et des hérodiens. "—théophyl. Nous avons dit ailleurs que les hérodiens formaient une secte nouvelle qui soutenait qu'Hérode était le Christ, parce qu'il n'y avait plus alors de successeurs naturels au sceptre des rois de Juda (Gn 49, 10). D'autres prétendent que les hérodiens étaient des soldats d'Hérode embauchés par les pharisiens, pour être témoins des paroles de Jésus-Christ, s'emparer de sa personne et le leur amener. Voyez quelle est leur malice, et comme ils cherchent à tromper le Sauveur par leurs flatteries : " Et étant venus, ils lui dirent : Maître, nous savons que vous êtes sincère et véritable. "
S. jér. Ils l'interrogent avec des paroles mielleuses, et l'entourent comme des abeilles qui ont le miel à la bouche et l'aiguillon par derrière.
bède. Cette question si flatteuse mais pleine de fourberie, tend à provoquer du Sauveur cette réponse, qu'il craint Dieu plus que César, et à lui faire dire qu'il ne faut point payer le tribut, afin que les hérodiens prennent occasion pour l'accuser de vouloir soulever une révolte contre les Romains, ils ajoutent : " Vous n'avez égard à qui que ce soit et vous ne considérez point la qualité des personnes. "
théophyl. C'est-à-dire, que vous seriez prêt à refuser tout honneur à César, si vous ne le pouviez qu'aux dépens de la vérité : " Mais vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, " etc. Leur question perfide cachait de toute part un précipice, si Jésus répondait qu'il est permis de payer le tribut à César, ils exciteraient contre lui le peuple, en l'accusant de vouloir le réduire en servitude. Si au contraire, il défendait de payer le tribut, ils le présenteraient comme un homme qui soulevait le peuple contre César. Mais celui qui est la source de la sagesse sut échapper à leurs embûches. " Jésus, connaissant leur hypocrisie, leur dit : Pourquoi me tentez-vous ? Apportez-moi un denier. "
bède. Le denier est une pièce de monnaie qui valait dix as et qui portait l'effigie de César. " Et il leur demanda : De qui est cette image et cette inscription ? De César, leur dirent-ils. " Que ceux qui pensent que la question du Sauveur est l'effet de l'ignorance et non d'un dessein particulier, se détrompent ; ils savaient fort bien de qui était cette effigie; si donc il interroge, c'est afin de se ménager l'occasion d'une réponse convenable : " Jésus leur répondit : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. "
théophyl. C'est-à-dire, rendez l'image à celui dont elle reproduit les traits. En d'autres termes, rendez ce denier à César, car vous pouvez très-bien à la fois payer le tribut à César, et rendre à Dieu ce qui lui appartient.
bède. C'est-àdire, les dîmes, les prémices, les oblations, les victimes, à l'exemple de Jésus-Christ, qui a payé le tribut pour Pierre et pour lui, tout en rendant à Dieu ce qui est à Dieu, par l'accomplissement fidèle de la volonté de son l'ère.
S. jer. Ou bien dans un autre sens : Rendez forcément à César la pièce de monnaie qui porte son empreinte, et offrez vous vous-mêmes volontairement à Dieu ; car la lumière de votre visage, Seigneur, et non celle de César, a été gravée sur nous (Ps 4)
théophyl. César peut encore être considéré ici comme l'emblème de toutes les nécessités vie la vie. Le Seigneur nous ordonne donc de donner au corps la nourriture qui lui est propre et le vêtement, et de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c'est-à-dire, les veilles, les prières, etc. " Et ils admirèrent sa réponse. " Une si grande sagesse aurait du ouvrir leur cœur à la foi ; ils se contentent d'admirer que leurs desseins artificieux n'aient pas abouti.
Des Sadducéens, qui nient la résurrection, l’abordèrent ensuite et lui firent cette question :
« Maître, Moïse nous a prescrit que, si un frère meurt, laissant une femme sans enfants, son frère doit prendre sa femme, et susciter des enfants à son frère.
Or, il y avait sept frères ; le premier prit une femme, et mourut sans laisser d’enfants.
Le second la prit ensuite, et mourut aussi sans laisser d’enfants. Il en arriva de même au troisième,
et chacun des sept la prit, et ne laissa pas d’enfants. Après eux tous, mourut aussi la femme.
Eh bien, dans la résurrection, lorsqu’ils seront ressuscités, duquel d’entre eux sera-t-elle la femme ? car les sept l’ont eue pour femme. »
Jésus leur répondit : « N’êtes-vous pas dans l’erreur, parce que vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu ?
Car, une fois ressuscités des morts, les hommes ne prennent point de femmes, ni les femmes de maris ; mais ils sont comme les anges dans le ciel.
Et touchant la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au passage du Buisson, ce que Dieu lui dit : Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob ?
Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes donc grandement dans l’erreur. »
Commentaire (versets 18 à 27) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 18 à 27 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
la glose. Nôtre-Seigneur, par sa réponse pleine de sagesse, vient de déjouer la question artificieuse des pharisiens, il va maintenant confondre les sadducéens, qui viennent le tenter : " Après cela les sadducéens, " etc.
théophyl. Les sadducéens formaient une secte parmi les Juifs ; ils niaient la résurrection, aussi bien que l'existence des anges et des esprits. Ils viennent donc trouver Jésus, et au moyen d'un récit imaginaire et controuvé, ils cherchent à lui prouver que la résurrection n'a point eu lieu et qu'elle est à jamais impossible : " Et ils lui proposèrent cette question : Maître, " etc. Ils donnent sept maris à cette femme, afin de rendre plus impossible toute idée de résurrection.
bède. C'est là une fable qu'ils ont forgée à plaisir, dans le dessein de convaincre de folie ceux qui croient à la résurrection des corps ; cependant il peut se faire qu'un fait semblable se soit passé dans la Judée. S. jér. Dans le sens allégorique, cette femme qui ne laisse aucun enfant de ses sept maris et qui meurt la dernière, est la figure de la synagogue juive ; elle est abandonnée par l'Esprit aux sept dons qui a rempli les patriarches. Cependant ils ne lui ont point laissé de rejeton de la race d'Abraham, qui est Jésus-Christ. Car bien que cet enfant soit né au milieu d'eux (Is 19), cependant c'est à nous, c'est aux nations qu'il a été donné. Cette femme était morte à Jésus-Christ, et ne pourra être unie dans la résurrection à aucun des patriarches ; car le nombre sept exprime l'universalité des choses, comme nous le voyons dans le fait contraire prédit par le prophète Isaïe : " En ce jour sept femmes prendront un seul homme " (Is 4), c'est-à-dire, que les sept Églises que le Seigneur aime, reprend et châtie, s'uniront à lui et l'adoreront dans les sentiments d'une même foi : " Jésus leur répondit : Ne voyez-vous pas que vous êtes dans l'erreur, " etc.
théophyl. C'està-dire, vous ne comprenez pas la résurrection telle que l'enseigne l'Ecriture, vous croyez que les corps ressusciteront dans leur état actuel, il n'en sera pas ainsi. Vous ignorez donc complètement le sens des Ecritures ? Vous ne connaissez pas davantage la puissance divine, vous ne voyez ici que la difficulté et vous dites : Comment les membres disjoints et séparés d'un même corps pourrontils être réunis et rendus à l'âme qui leur donnaient la vie ? Mais cette difficulté n'est rien pour la puissance de Dieu. " Lorsque les morts seront ressuscites, les hommes n'auront point de femmes, ni les femmes de maris, " etc. C'est-à-dire, la vie qui nous sera rendue aura un caractère angélique et divin, nous serons affranchis de la corruption, et nous resterons dans le même état, voilà pourquoi les noces n'auront plus de raison d'être. Elles ne sont établies ici-bas que pour combler les vides de la mortalité et perpétuer la succession du genre humain ; mais alors nous serons comme les anges qui n'ont pas besoin de cette succession, qui est le fruit des noces, parce que leur vie est immortelle.
bède. Il faut remarquer que l'usage de la langue latine ne répond pas à celui de la langue grecque, car le mot nubere ne se dit proprement que des femmes, et on emploie pour les hommes l'expression uxores ducere, prendre une épouse ; cependant nous appliquons simplement le mot nubere aux hommes qui se marient, et le mot nubi aux femmes qu'ils épousent. S. jer. Voilà donc l'erreur où les fait tomber leur ignorance des Ecritures, car après la résurrection, les hommes seront comme les anges de Dieu, c'est-à-dire, il n'y aura plus ni mort, ni naissance, ni enfant, ni vieillard.
théophyl. Dette même ignorance leur fait commettre une autre erreur, car s'ils comprenaient bien les Ecritures, ils y trouveraient des preuves évidentes de la résurrection des morts : " Quant à la résurrection des morts, continue Nôtre-Seigneur, n'avez-vous point lu dans le livre de Moïse ce que Dieu lui dit dans le buisson, " etc.
S. jer. Je dis " dans le buisson, " emblème de ce que vous êtes, car le feu le brûlait, sans consumer ses épines, ainsi vous êtes comme entourés des flammes de ma parole, et elles ne peuvent consumer les épines qui sont le fruit de la malédiction.
théophyl. " Or, je vous le déclare, je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, comme s'il disait : " Je suis le Dieu de ceux qui vivent ; " et il ajoute, en effet ; " mais des vivants ; " et remarquez qu'il ne dit pas : J'ai été, mais, " je suis " le Dieu d'hommes qui existent encore. Dira-t-on que Dieu ne parle ici que de l'âme d'Abraham et non de son corps. Je réponds que la personne d'Abraham comprend ces deux choses, le corps et l'âme ; Dieu est donc aussi le Dieu du corps qui vit en Dieu, c'est-à-dire, en vertu de l'ordre établi de Dieu.
bède. On peut dire encore que Nôtre-Seigneur, en prouvant que les âmes survivent à la mort du corps (car Dieu ne pourrait point être le Dieu de ceux qui n'auraient jamais existé), en vient par une liaison nécessaire à la résurrection des corps qui ont participé aux bonnes et aux mauvaises actions des âmes.
S. jer. Ces paroles : " Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob, " sont une déclaration de la sainte Trinité. En ajoutant : " Dieu n'est pas le Dieu des morts, " Notre-Seigneur nous enseigne l'unité de la nature divine. Or, ceux-là vivent qui se sont rendus maîtres de la part qu'ils avaient choisie ; et ceux-là sont morts qui ont perdu ce qui était en leur possession ; vous êtes donc dans une grossière erreur.
la glose. En effet, ils se mettaient en contradiction avec les Ecritures, et soutenaient des opinions injurieuses à la puissance de Dieu.
Un des Scribes, qui avait entendu cette discussion, voyant que Jésus leur avait bien répondu, s’approcha et lui demanda : « Quel est le premier de tous les commandements ? »
Jésus lui répondit : « Le premier de tous est celui-ci : Écoute Israël : le Seigneur notre Dieu, est seul le Seigneur.
Tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et de toute ta force. C’est là le premier commandement.
Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. »
Le Scribe lui dit : « Bien, Maître, vous avez dit selon la vérité que Dieu est unique, et qu’il n’y en a point d’autre que lui ;
et que l’aimer de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c’est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. »
Jésus, voyant qu’il avait répondu avec sagesse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus lui poser de questions.
Commentaire (versets 28 à 34) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 28 à 34 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
la glose. Nôtre-Seigneur a réduit au silence et les pharisiens et les sadducéens qui étaient venus le tenter, voyons maintenant comment il répond à la question d'un docteur de la loi : " Alors l'un des docteurs de la loi s'approcha de lui et lui demanda : Quel est le premier de tous les commandements ? " etc.
S. jér. Ce doute, commun à tous ceux qui étaient versés dans la connaissance de la loi, venait de ce qu'elle paraissait imposer des commandements différents dans l'Exode (20), le Lévitique (26) et le Deutéronome (4). Nôtre-Seigneur déclare donc qu'il y a non pas un seul commandement, mais deux commandements distincts qui sont comme les deux mamelles placées sur le sein de l'épouse pour nourrir notre enfance (Ct 4, 5 ; 7, 7) : " Le premier commandement est celui-ci : Ecoutez, Israël, le Seigneur votre Dieu est le seul Dieu. " Il appelle le plus grand des commandements le premier de tous, c'est-à-dire celui que nous devons tous placer dans notre cœur comme le fondement unique de la piété, et qui consiste dans la connaissance, dans la confession de l'unité divine jointe à la pratique des bonnes œuvres, qui sont le fruit de l'amour de Dieu et du prochain : " Et vous aimerez le Seigneur votre Dieu, " etc.
théophyl. Voyez comme Notre-Seigneur énumère ici toutes les forces de l'âme. La première est la force vitale qu'il exprime, lorsqu'il dit : " De toute votre âme, " et à laquelle se rattachent la colère et le désir, passions que nous devons consacrer toutes à l'amour de Dieu. Il y a une autre force qu'on appelle naturelle, à laquelle est jointe la faculté de se nourrir et de se développer, et il faut également la donner toute entière à Dieu, elle est caractérisée par ces paroles " De tout votre cœur. " Il y a enfin la force raisonnable, qu'il désigne sous le nom d'esprit, et il faut encore l'offrir à Dieu dans toute son étendue.
la glose. Il ajoute : " De toutes vos forces, " ce qui peut se rapporter aux forces corporelles. " Voici le second qui est semblable au premier : Vous aimerez voir, prochain comme vous-même. " Le second commandement est semblable au premier, dans ce sens que ces deux commandements ont entre eux une parfaite corrélation et une liaison des plus étroites. En effet, celui qui aime Dieu étend nécessairement cet amour à ses œuvres. Or, une des œuvres de Dieu les plus importantes, c'est l'homme. Donc celui qui aime Dieu, doit aimer tous les hommes ; et celui qui aime son prochain, cause si fréquente pour lui de scandales, doit aimer à bien plus forte raison celui de qui il ne reçoit que des bienfaits ; ci c'est à cause du lien étroit qui unit ces deux commandements, que le Sauveur ajoute : " Aucun autre commandement n'est plus grand que celui-ci. " " Le docteur lui répondit : Maître, ce que vous avez dit est très véritable, " etc.
bède. Ce qu'il dit, que l'amour de Dieu vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices, est une preuve qu'entre les scribes et les pharisiens s'agitait cette grave question : Quel était le premier et le plus grand commandement de la loi divine. Les uns mettaient au premier rang les victimes et les sacrifices ; les autres donnaient la préférence aux œuvres de la foi et de la charité , parce qu'avant la loi, la foi, qui opère par la charité (Ga 5, 6), avait suffi par rendre les patriarches agréables à Dieu, n'était, on le voit, le sentiment de ce docteur de la loi. " Jésus, voyant qu'il avait répondu avec, sagesse, lui dit : Vous n'êtes pas loin du royaume de Dieu. "
théophyl. Il atteste par là même qu'il n'est pas encore arrivé à la perfection ; car il ne lui dit pas : Vous êtes dans le royaume du Dieu , mais : " Vous n'êtes pas loin du royaume de Dieu. "
bède. Or, il mérita cet éloge de n'être pas loin du royaume de Dieu, parce qu'il se déclare le partisan d'une vérité qui est propre au Nouveau Testament et à la perfection de l'Évangile.
S. aug. (de l'accord des Evang., 2, 75.) Peu importe que saint Matthieu dise qu'il est venu avec l'intention de tenter Jésus. Ne peut-on pas supposer qu'il est venu avec celte intention, il est vrai, mais que la réponse du Sauveur l'a fait changer de dessein ? Ou bien il est venu pour le tenter, non point dans la mauvaise acception du mot, comme un ennemi qui veut absolument tromper, mais avec la circonspection d'un esprit qui veut éprouver un homme qu'il ne connaît pas entièrement.
S. jer. Ou bien il n'était pas loin, parce qu'il venait avec une espèce de calcul ; car l'ignorance est plus éloignée du royaume de Dieu que la science. Aussi Nôtre-Seigneur fait-il plus haut ce reproche aux sadducéens : " Vous êtes dans l'erreur, parce que vous ne comprenez ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu. " " Et depuis ce temps-là personne n'osait plus lui faire de questions.
bède. Après avoir été ainsi déjoués et confondus dans leurs questions, ils n'osent plus l'interroger, mais ils cherchent à s'emparer de lui pour le livrer ouvertement à la puissance romaine, preuve que l'envie peut être vaincue, mais qu'elle ne peut que difficilement rester en repos.
Jésus, continuant à enseigner dans le temple, dit : « Comment les Scribes disent-ils que le Christ est fils de David ?
Car David lui-même parle ainsi par l’Esprit-Saint : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds. —
David lui-même l’appelle Seigneur, comment donc est-il son fils ? « Et la foule nombreuse prenait plaisir à l’entendre.
Commentaire (versets 35 à 37) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 35 à 37 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
théophyl.. Comme le temps de la passion du Sauveur approchait, il croit devoir redresser la fausse opinion des Juifs qui prétendaient que le Christ était le Fils de David, mais non son Seigneur : " Et Jésus, enseignant dans le temple, leur dit."
S. jér. C'est-à-dire qu'il leur parle ouvertement de luimême, pour leur ôter toute excuse. " Comment les scribes (Mt 12, 35) disent-ils que le Christ est le Fils de David ? "
théophyl. Or, Jésus-Christ prouve ici qu'il est le Seigneur par les paroles même de David : " Car David parle ainsi par l'Esprit saint : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite. " C'est-à-dire vous ne pouvez objecter que David, en parlant de la sorte, n'était point inspiré, car c'est vraiment dans l'Esprit saint qu'il l'a appelé son Seigneur. Il prouve ensuite qu'il l'est véritablement par ces paroles : " Jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied, " car les Juifs étaient eux-mêmes les ennemis dont Dieu le Père faisait le marchepied de son Fils. Que ce soit Dieu le Père qui assujettisse au Fils ses ennemis, c'est une preuve non point de l'impuissance du Fils, mais de l'unité de nature qui les fait agir conjointement l'un dans l'autre. En effet, le Fils assujettit aussi au Père ses ennemis, parce qu'il le glorifie sur la terre (Jn 17, 4) la glose. C'est ainsi que de tout ce qui précède Nôtre-Seigneur donne une conclusion claire à une question qui d'abord pouvait sembler douteuse. Les paroles de David établissent que le Christ est le Seigneur de David ; la réponse des scribes prouve qu'il est son Fils, ce qui amène naturellement le Sauveur à leur demander : " David l'appelle son Seigneur, comment donc est-il son Fils ? "— bede. Cette question que leur fait Jésus est pour nous jusqu'à ce jour un puissant argument contre les Juifs. Ils confessent que le Christ doit venir, mais ils ne veulent voir en lui qu'un homme et qu'un saint personnage de la race de David. Or, instruits que nous sommes par le Seigneur, demandonsleur comment s'il n'est qu'un homme et le Fils de David, David dans son langage inspiré, l'appelle son Seigneur. Nous ne leur reprochons point de dire qu'il est le Fils de David, mais de refuser de croire qu'il est le Fils de Dieu. " Et une foule nombreuse prenait plaisir à l’écouter. "
la glose. Parce qu'ils admiraient la sagesse de ses questions et de ses réponses.
Il leur disait encore dans son enseignement : « Gardez-vous des Scribes qui aiment à se promener en longues robes, à recevoir les salutations dans les places publiques,
les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les festins :
ces gens qui dévorent les maisons des veuves et font par ostentation de longues prières, subiront une plus forte condamnation. »
Commentaire (versets 38 à 40) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 38 à 40 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
S. jer. Après avoir ainsi confondu les scribes et les pharisiens, sa parole, nomme un feu ardent, consume les actions stériles de leur vie : " Et il leur disait en enseignant : Gardez-vous des docteurs de la loi qui aiment à se promener avec de longues robes. "
bède. " Ils aimaient à se promener avec de longues robes, " c'est-à-dire qu'ils aimaient à paraître en public avec des vêtements recherches, et c’est là une des fautes dont s'est rendu coupable ce riche, qui faisait tous les jours de magnifiques repas. (Lc 16)— théophyl. Ils marchaient revêtus de ces vêtements solennels, pour s'attirer de la considération et de l'honneur, et ils recherchaient ainsi tout ce qui pouvait tourner à leur gloire : " Ils aiment aussi à être salués dans les places publiques, à être assis sur les premiers siéges dans les synagogues, et à avoir les premières places dans les festins. "— bède. Remarquez que Nôtre-Seigneur ne défend point de recevoir le salut sur les places publiques ou d'occuper les premières places dans les assemblées ou dans les festins à ceux qui ont droit à ces honneurs en raison de leur dignité ou de leur position ; mais qu'il blâme seulement ici ceux qui exigent outre mesure des fidèles ces marques d'honneur, qu'ils y aient droit ou non, et leur reproche de donner en cela un mauvais exemple qu'il faut éviter. C'est donc la disposition du cœur, et non la place ellemême que le Seigneur condamne ici ; cependant il est difficile d'excuser ceux qui, assis sur la chaire de Moïse, ambitionnent le titre de maîtres de la synagogue, de se mêler aux débats de la place publique. Le Sauveur nous met en garde contre ces hommes avides de vaine gloire, pour deux raisons, pour nous prémunir contre la séduction de leur conduite, que nous serions tentés de regarder comme irréprochable, ou contre une vaine émulation, qui nous porterait à les imiter, en nous réjouissant des louanges données à des actions qui n'ont que les dehors de la vertu.
théophyl. Le Sauveur recommande ici particulièrement aux Apôtres de n'avoir aucun rapport avec les scribes, mais de s'appliquer à imiter le Christ, et en les établissant ainsi les maîtres de tout ce qui tend à rendre la vie vertueuse et sainte, il leur soumet tous les autres hommes. béde. Ce ne sont pas seulement les louanges des hommes, mais l'argent et les richesses qu'ils désirent : " Ils dévorent les maisons des veuves sous le semblant de longues prières. " II en est, en effet, qui, se couvrant des dehors de la justice, viennent s'offrir aux consciences troublées par le souvenir de leurs péchés, pour être leur avocat, leur protecteur au jour du jugement, et qui n'hésitent pas à se faire payer cette prétendue protection ; or comme c'est surtout en priant, que le pauvre qui tend les mains, obtient l'aumône ; ces hommes passent les nuits en prières pour recevoir la pièce de monnaie destinée au pauvre.
théophyl. C'était aux femmes privées de l'appui de leurs maris que les scribes venaient offrir leur protection, et sous le faux semblant de la prière, sous l'attitude du respect et les dehors de l'hypocrisie, ils trompaient les veuves et dévoraient les maisons des riches. " Ils recevront un jugement plus rigoureux " que les autres Juifs coupables.
S’étant assis vis-à-vis du Tronc, Jésus considérait comment le peuple y jetait de la monnaie ; plusieurs riches y mettaient beaucoup.
Une pauvre veuve étant venue, elle y mit deux petites pièces, valant ensemble le quart d’un as.
Alors Jésus, appelant ses disciples, leur dit : « Je vous le dis, en vérité, cette pauvre veuve a donné plus que tous ceux qui ont mis dans le Tronc.
Car tous ont mis de leur superflu, mais cette femme a donné de son nécessaire, tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »
Commentaire (versets 41 à 44) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 41 à 44 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
bède. Notre-Seigneur, qui venait de prémunir ses disciples contre les désirs ambitieux des premières places et de la vaine gloire, fait de même un discernement aussi juste que certain de ceux qui apportent leurs offrandes dans la maison du Seigneur. " Jésus-Christ étant assis vis-à-vis du tronc, il regardait de quelle manière le peuple y jetait de l'argent. ” Le mot grec ??????? veut dire conserver, et le mot persan gaza signifie richesse ; de là le nom de gazophylacium donné à l'endroit où l'on conserve l'argent. Ce nom était également donné au tronc où l'on déposait les dons faits par le peuple pour les usages du temple, et aux portiques où ces troncs étaient placés. Vous avez un exemple de ces portiques dans l'Évangile : " Jésus parla de la sorte dans le parvis du trésor, lorsqu'il enseignait dans le temple. " (Jn 8, 20.) Il est aussi question du tronc des offrandes dans le livre des Rois. " Et le grand-prêtre Joïada prit un coffre et y fit une ouverture par dessus, " etc. (4 R 12, 9.)
théophyl. C'était une coutume louable chez les Juifs que ceux à qui leur fortune le permettaient, déposaient volontairement leur offrande dans le trésor du temple destiné à nourrir les prêtres, les pauvres et les veuves, " Et plusieurs gens riches en mettaient beaucoup. " Or, pendant qu'un grand nombre déposaient ainsi leurs offrandes, vint une pauvre veuve qui fit éclater sa piété par une offrande proportionnée à ses facultés. " II vint aussi une pauvre veuve qui mit seulement deux petites pièces, valant ensemble le quart d'un as. "
bède. Dans le calcul ordinaire on donne le nom de quadrans à la quatrième partie d'une chose, d'un espace quelconque, du temps, de l'argent. Peut-être ce mot exprime ici la quatrième partie du sicle, c'està-dire environ cinq oboles. " Alors Jésus, ayant appelé ses disciples, leur dit : Je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a plus donné que tous ceux qui ont mis dans le tronc. " Car Dieu pèse les intentions bien plus que l'objet même de nos offrandes, il considère moins la matière de notre sacrifice que la disposition généreuse de celui qui l'offre : " Car tous les autres ont donné de leur abondance, mais celle-ci a donné de son indigence même tout ce qu'elle avait, " etc. S. jér. Dans le sens figuré, les riches sont ceux qui tirent du trésor de leurs cœurs des choses anciennes et nouvelles (Mt 13, 52), les secrets mystérieux et cachés de la sagesse divine (Ps 50, 7) dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament. Que figure cette pauvre femme ? moi et tous ceux qui me ressemblent, qui mettons ce que nous pouvons, et qui sommes obligés de nous arrêter aux désirs pour ce qui échappe à nos explications. Dieu ne considère pas le nombre de vérités que vous avez entendues, mais vos dispositions en les écoutant. Or, chacun de vous peut offrir le quadrant qui est une volonté active et prompte, et qui est ainsi appelée, parce qu'elle est composée de trois choses : la pensée, la parole et l'action. Nôtre-Seigneur dit que cette pauvre veuve a donné tout ce qui lui restait pour vivre parce que tous les plaisirs du corps consistent dans la nourriture suivant ces paroles de l'Ecclésiaste : " Tout le travail de l'homme est pour sa nourriture. "
théophyl. Ou bien dans un autre sens cette veuve, c'est l'âme de l'homme qui laisse Satan, à qui elle s'était attachée ; elle jette deux pièces de monnaie dans le trésor du temple, c'est-à-dire le corps et l'esprit, le corps par l'abstinence, l'esprit par l'humilité. Ainsi mérite-t-elle d'entendre qu'elle a donné tout ce qui lui restait pour vivre, et qu'elle en a fait un sacrifice, en ne réservant rien de ce qu'elle possédait. bède. Dans le sens allégorique, les riches qui déposaient leurs offrandes dans le trésor du temple sont la figure des Juifs fiers de la justice de la loi. Cette pauvre veuve représente la simplicité de l'Église ; elle est pauvre, parce qu'elle s'est dépouillée de l'esprit d'orgueil et des concupiscences de la terre ; elle est veuve, parce que son époux a souffert la mort pour elle. Elle met deux petites pièces de monnaie dans le tronc, parce qu'elle vient apporter l'offrande soit de l'amour de Dieu et du prochain, soit de la foi et de la prière. C'est une bien petite offrande, eu égard à notre misère personnelle, mais les pieuses dispositions de notre âme la rendent agréable à Dieu , et elle l'emporte de beaucoup sur toutes les œuvres des Juifs orgueilleux. En effet, ces Juifs, qui présument de leur justice, donnent à Dieu de leur abondance ; l'Église, au contraire, offre tout ce qui sert à sa subsistance, parce qu'elle reconnaît que tout ce qui contribue à entretenir sa vie est dû non pas à ses mérites, mais à la libéralité toute gratuite de Dieu.
Commentaire (versets 1 à 12) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 1 à 12 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
la glose. Après avoir réduit au silence ses contradicteurs par une réponse pleine de prudence, il fait voir toute l'étendue de leur méchanceté sous le voile d'une parabole : " Jésus commença ensuite à leur parler eu paraboles : Un homme, dit-il, planta une vigne, " etc.
S. jer. Le nom d'homme est donné ici à Dieu le Père, par une manière de parler tout humaine ; la vigne est la maison d'Israël ; la haie, les anges qui la gardent ; le pressoir est la loi ; la tour, le temple ; les vignerons, les prêtres.
bède. Ou bien la haie, c'est le mur qui entourait la ville ; le pressoir, l'autel ; ou ces pressoirs dont il est question dans les titres de trois psaumes.
théophyl. Ou bien encore, cette haie c'est la loi qui défendait aux Juifs de se mêler aux étrangers (Nb 18, 4). " Et il s'en alla dans un pays éloigné. "
bède. Il ne change point de lieu, mais il semble s'éloigner de la vigne pour laisser aux vignerons toute liberté d'agir. " Le temps de la vendange étant venu, il envoya un de ses serviteurs aux vignerons pour recevoir ce qu'ils lui devaient du fruit de la vigne. "
S. jer. Les serviteurs qui furent envoyés sont les prophètes ; le fruit de la vigne, c'est l'obéissance : de ces prophètes, les uns furent frappés de verges, les autres couverts de blessures, d'autres mis à mort : " Mais l'ayant pris, ils le battirent et le renvoyèrent les mains vides. "
bède. Le premier serviteur qui fut envoyé, c'est Moïse, qui leur donna la loi ; mais ils le renvoyèrent après l'avoir battu, sans lui rien donner, " car ils aigrirent son esprit dans le désert, " (Ps 105, 33). " II leur envoya encore un autre serviteur, et ils le blessèrent à la tête, et lui firent toute sorte d'outrages. " Cet autre serviteur, c'est David et les autres auteurs des psaumes ; or ils l'ont accablé d'outrages et blessé à la tète, parce qu'ils n'ont fait aucune estime des psaumes, et qu'ils ont rejeté David (2 R 20, 1), en disant : " Quelle part avons-nous avec David ? " (3 R 12, 16.) " II leur en envoya un troisième qu'ils tuèrent, " etc. Ce troisième serviteur représente avec ses compagnons le chœur des prophètes; car quel est celui des prophètes qu'ils n'ont point persécuté ? (Mt 23) Par ces trois serviteurs successifs, Nôtre-Seigneur semble vouloir entendre dans un autre endroit, tous les docteurs de la loi, lorsqu'il dit : " Il faut que tout ce qui a été écrit de moi, dans la loi, dans les prophètes et dans les psaumes, soit accompli. "
théophyl. Ou bien encore, le premier serviteur, ce sont les prophètes qui existaient du temps d'Elie ; nous voyons, en effet, que Miellée fut alors maltraité par lu faux prophète Sédécias (3 R 22). Le second serviteur qu'ils ont Messe à la tête et accablé d'outrages, sont les prophètes contemporains d'Osée et d'Isaïe ; le troisième serviteur, les prophètes qui vécurent du temps de Daniel et d'Ezéchiel. " Enfin, ayant un fils unique qu'il aimait très-tendrement, " etc.
S. jer. Ce Fils chéri qui vient en dernier lieu, c'est le Fils unique de Dieu. C'est par une espèce d'ironie que le Père dit : " Ils auront quelque respect pour mon Fils. "
bède. Ou bien encore, cette forme dubitative : " Peut-être ils auront quelque respect pour mon Fils, " n'a point pour cause l'ignorance, mais le dessein arrêté en Dieu de laisser à l'homme toute sa liberté d'action.
théophyl. On peut dire enfin que si Dieu s'exprime ainsi, ce n'est pas qu'il ignore ce qui doit arriver, mais il veut leur apprendre ce qu'il était juste et convenable de faire. " Ces vignerons dirent entre eux : Voici l'héritier, allons, tuons-le, " etc.
bède. Notre-Seigneur prouve ici jusqu'à l'évidence, que ce n'est point par ignorance, mais par envie que les chefs de la nation juive ont crucifié le Fils de Dieu, car ils savaient fort bien que c'était à lui qu'il avait été dit : " Je vous donnerai les nations pour héritage. " (Ps 2) En le mettant à mort, ces vignerons coupables cherchaient à s'emparer de son héritage, c'est-à-dire, que les Juifs en le crucifiant, se proposaient d'éteindre la foi dont il est l'auteur, d'établir sur ses ruines la justice qui vient de la loi, (Rm 10, 2-3) et de pénétrer les nations de la nécessité de cette justice légale. " Et s'étant saisi de lui, ils le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne. " —théophyl. C'est-à-dire, en dehors de là ville, car ce fut hors des murs de Jérusalem que le Seigneur fut crucifié.
S. jér. Ou bien ils le jetèrent hors de la vigne, c'est-à-dire, ils le rejetèrent du milieu du peuple, lorsqu'ils lui dirent : " Vous êtes un Samaritain et un possédé du démon " (Jn 8). On peut dire encore qu'en le rejetant autant qu'ils le purent hors des frontières de la Judée, ils l'ont remis entre les mains des nations qui l'ont reçu par la foi. " Que fera donc le maître de cette vigne ? Il viendra lui-même, il exterminera ces vignerons, " etc.
S. aug. (De l'acc. des Evang., 2, 10.) D'après le récit de saint Matthieu, ce sont les Juifs euxmêmes qui répondent au Sauveur : " II exterminera ces vignerons. " Saint Marc, au contraire, place cette réponse dans la bouche du Sauveur, après la question qu'il leur a faite. Or, on peut admettre, sans aucune difficulté, que la réponse des Juifs suivit immédiatement la question de NôtreSeigneur, sans que l'Evangéliste ait cru nécessaire de dire : " Ils répondirent, " ce qu'il était facile de sous-entendre, ou bien cette réponse est attribuée à Jésus-Christ, parce qu'étant conforme à la vérité, ils n'ont pu la faire que par l'inspiration de celui qui est la vérité même.
théophyl. Le maître de la vigne est donc le Père du qui a été mis à mort, et Jésus-Christ est lui-même ce Fils qui a été crucifié. " II exterminera les vignerons, " en les livrant aux Romains, "et il donnera sa vigne à d'autres vignerons, " c'est-à-dire aux Apôtres. Lisez les Actes des Apôtres, et vous y trouverez d'aboli trois mille Juifs (Ac 2, 41), et ensuite cinq mille (Ac 4, 4), qui ont embrassé la foi et en ont produit les fruits pour Dieu.
S. jér. Ou bien la vigne est donnée à d'autres qui viendront de l'Orient, de l'Occident du Nord et du Midi, et qui s'asseoiront dans le royaume de Dieu, avec Abraham, Isaac et Jacob. bede. Nôtre-Seigneur prouve aussitôt par un témoignage prophétique, que tout cela se fera par suite d'un dessein tout divin : " N’avez-vous point lu cette parole de l'Ecriture : La pierre qui avait été rejetée par ceux qui bâtissaient est devenue la principale pierre de l'angle ? " etc. C'est comme s'il leur disait : Comment cette prophétie sera-t-elle accomplie ? Parce que le Christ que vous avez rejeté et mis à mort, sera livré par la prédication aux gentils, et que semblable à la pierre de l'angle, il formera en lui-même un seul homme des deux peuples, (Ep 2, 15.20) et ne fera de ces deux peuples qu'une seule cité des fidèles, un seul temple. Nôtre-Seigneur compare maintenant ceux qu'il vient d'appeler vignerons à des architectes, parce que ceux-là même qui cultivaient comme une vigne le peuple qu'ils dirigeaient pour lui faire produire des fruits de vie, avaient aussi pour devoir de faire de ce peuple un temple parfaitement orné et digne du Dieu qui l'habite.
théophyl. Cette pierre donc, que les docteurs ont rejetée, est devenue la pierre de l'angle ; cet angle, c'est l'Église qui réunit les Juifs et les gentils ; cet angle, c'est-à-dire, l'Église a Dieu pour auteur, et c'est un spectacle admirable à nos yeux, aux yeux des fidèles, car les infidèles ne croient point aux miracles. L'Église est vraiment admirable, parce qu'elle est établie sur des miracles que Dieu opère par le ministère des Apôtres, en confirmant leurs paroles par les prodiges dont il l'accompagnait (Mc 16). Tel est le sens de ses paroles : " C'est le Seigneur qui a fait cela, et nos yeux le voient avec admiration. " S. jer. Ou bien encore, cette pierre qui a été rejetée et qui est devenue la pierre de l'angle est la figure de celui qui, dans la Cène, a uni le pain céleste à l'Agneau, a mis fin à l'ancienne alliance pour commencer la nouvelle, et a fait éclater à nos yeux des merveilles aussi brillantes que la topaze. bède. Les princes des prêtres rendirent témoignage à la vérité des paroles du Sauveur, par la résolution qu'ils prirent : " Et ils cherchaient le moyen de l'arrêter, " car il est cet héritier dont il prédisait que la mort injuste serait vengée par son Père. Dans le sens moral, tout fidèle, lorsque l'Église lui donne le sacrement de baptême, reçoit comme une vigne qu'il doit cultiver. Il frappe, accable d'outrages, et chasse dehors le serviteur qui lui est envoyé, lorsque la parole qui lui est annoncée devient l'objet de son mépris, et ce qui est pis encore, de ses blasphèmes. Il met à mort l'héritier autant qu'il est en lui, lorsqu'il foule aux pieds le Fils de Dieu (He 10, 28). Ce vigneron coupable est exterminé, et la vigne donnée à un autre, lorsque le don de la grâce, méprisé par les orgueilleux, vient enrichir l'âme qui est humble. Nous voyons même se renouveler tous les jours dans l'Église la conduite des princes des prêtres qui cherchaient à se saisir de Jésus, mais qui sont retenus par la crainte du peuple, lorsqu'un chrétien qui ne l'est que de nom, rougit ou craint d'attaquer l'unité de la foi et de la paix de l'Église, retenu qu'il est par la multitude d'âmes saintes qui font avec lui partie de cette même Église.