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Daniel 4

Moi Nabuchodonosor étant en paix dans ma maison, et plein de gloire dans mon palais,

J'ai vu un songe qui m'a effrayé ; et étant dans mon lit, mes pensées et les images qui se présentaient à mon imagination m'épouvantèrent.

C'est pourquoi je publiai une ordonnance pour faire venir devant moi tous les sages de Babylone, afin qu'ils me donnassent l'explication de mon songe.

Alors les devins, les mages, les Chaldéens et les augures étant venus devant moi, je leur racontai mon songe. et ils ne purent me l'expliquer ;

Enfin Daniel. notre collègue, parut devant nous, lui à qui j'ai donné le nom de Baltassar, qui est le nom de mon Dieu, et qui a en lui-même l'esprit des dieux saints. Je lui racontai mon songe, et je lui dis :

Baltassar, prince des devins, comme je sais que vous avez en vous l'esprit des dieux saints, et qu'il n'y a point de secret que vous ne puissiez pénétrer, dites-moi ce que j'ai vu en songe, et donnez-m'en l'explication.

Voici ce qui m'a été représenté en vision lorsque j'étais dans mon lit : Il me semblait que je voyais, au milieu de la terre, un arbre qui était excessivement haut.

Commentaire (versets 2 à 7) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 2 à 7 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Les visions de ma tête. Voir Daniel, 2, 28.

C'était un arbre grand et fort, dont la hauteur allait jusqu'au ciel, et qui paraissait s'étendre jusqu'aux extrémités du monde.

Ses feuilles étaient très-belles, et il était chargé de fruits capables de nourrir toutes choses ; les bêtes privées et les bêtes sauvages habitaient dessous, les oiseaux du ciel demeuraient sur ses branches, et tout ce qui avait vie y trouvait de quoi se nourrir.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Toute chair ; expression qui se prend ordinairement dans la Bible, ou pour tous les hommes ou pour tout ce qui a vie en général.

J'eus cette vision étant sur mon lit ; alors celui qui veille, et qui est saint, descendit du ciel,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un veillant et un saint. Chez les Babyloniens, ainsi que chez plusieurs autres peuples de l’antiquité, les anges étaient considérés comme une compagnie d’esprits veillant autour du trône céleste, et servant de messagers divins. On voit par le verset 14 que les veillants jugeaient et décidaient du sort des hommes.

Et cria d’une voix forte : Abattez l'arbre par le pied, coupez-en les branches, faites-en tomber les feuilles, et répandez-en les fruits ; que les bêtes qui étaient dessous s'enfuient, et que les oiseaux s'envolent de dessus ses branches.

Laissez-en néanmoins en terre la tige avec ses racines, qu'elle soit liée avec des chaînes de fer et d'airain parmi les herbes des champs, qu'elle soit mouillée de la rosée du ciel, et qu'elle paisse avec les bêtes sauvages l'herbe de la terre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Laissez, etc. Il y a ici, comme dans bien d’autres songes racontés dans l’Ecriture, des traits dont les uns se rapportent à la figure et les autres à la chose figurée.

Qu'on lui ôte son cœur d'homme, et qu'on lui donne un cœur de bête, et que sept ans se passent sur elle.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sept ; selon quelques-uns signifie simplement plusieurs, la Bible fournissant un certain nombre d’exemples qui autorisent cette interprétation. ― Temps ; c’est-à-dire années, suivant l’opinion la plus commune. ― Sur lui. Le pronom masculin eum, ne peut se rapporter ni à germe, ni à arbre, dont le premier est en latin du genre neutre et le second du féminin ; il représente nécessairement le nom roi ou Nabuchodonosor. Voir la note précédente.

C'est ce qui a été ordonné par ceux qui veillent, c'est la parole et la demande des saints, jusqu'à ce que les vivants connaissent que c'est le Très-Haut qui a la domination sur les royaumes des hommes, qui les donne à qui il lui plaît, et qui établit roi, quand il veut, le dernier d'entre les hommes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il y établira ; c’est-à-dire sur le royaume, suivant le texte chaldéen et la version grecque ; mais dans la Vulgate, le pronom masculin eum ne pouvant se rapporter qu’au relatif à quiconque (cuicumque), le sens est que le Très-Haut, quand il le voudra, établira l’homme le plus humble au-dessus de celui à qui il lui avait plu de donner auparavant le royaume. Cependant nous devons ajouter que dans le passage parallèle (voir Daniel, 5, 21), la même Vulgate lit le neutre illud, lequel se rapporte évidemment au mot royaume.

Voilà le songe que j'ai eu, moi Nabuchodonosor, roi. Hâtez-vous donc, Baltassar, de m'en donner l’explication ; car tous les sages de mon royaume n'ont pu me l'interpréter ; mais pour vous, vous le pouvez, parce que l'esprit des dieux saints est en vous.

Alors Daniel, surnommé Baltassar, commença à penser en lui-même sans rien dire, pendant près d'une heure ; et les pensées qui lui venaient lui jetaient le trouble dans l'esprit. Mais le roi prenant la parole lui dit : Baltassar, que ce songe et l'interprétation que vous avez à lui donner ne vous troublent point. Baltassar lui répondit : Seigneur, que le songe retourne sur ceux qui vous haïssent, et son interprétation sur vos ennemis !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Prenant la parole ; littéralement, répondant (respondens). En chaldéen aussi bien qu’en hébreu, le verbe qu’on traduit généralement par répondre signifie aussi et plus primitivement élever la voix, prendre la parole.

Vous avez vu un arbre qui était très-grand et très-fort, dont la hauteur allait jusqu'au ciel, qui semblait s'étendre sur toute la terre ;

Ses branches étaient très-belles, il était chargé de fruits, et tous y trouvaient de quoi se nourrir ; les bêtes de la campagne habitaient dessous, et les oiseaux du ciel se retiraient sur ses branches.

Cet arbre, ô roi, c'est vous-même qui êtes devenu si grand et si puissant ; car votre grandeur s'est accrue et élevée jusqu'au ciel, votre puissance s'est étendue jusqu'aux extrémités du monde.

Vous avez vu ensuite, ô roi, que celui qui veille et qui est saint est descendu du ciel, et qu'il a dit : Abattez cet arbre, coupez-en les branches, réservez-en néanmoins en terre la tige avec les racines ; qu'il soit lié avec le fer et l'airain parmi les herbes des champs, qu'il soit mouillé par la rosée du ciel, et qu'il paisse avec les bêtes sauvages, jusqu'à ce que sept ans soient passés sur elle.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sept temps, sur lui. Voir le verset 13.

Et voici l'interprétation de la sentence du Très-Haut, qui a été prononcée contre le roi, mon seigneur :

Vous serez chassé de la compagnie des hommes, et vous habiterez avec les animaux et les bêtes sauvages ;vous mangerez du foin comme un bœuf, vous serez trempé de la rosée du ciel ; sept ans se passeront sur vous, jusqu'à ce que vous reconnaissiez que le Très-Haut tient sous sa domination les royaumes des hommes, et qu'il les donne à qui il lui plait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Daniel, 5, 21.

Quant à l'ordre de réserver la tige de l'arbre avec ses racines, cela vous marque que votre royaume vous demeurera, après que vous aurez reconnu que toute puissance vient du ciel.

C'est pourquoi suivez, ô roi, le conseil que je vous donne ; rachetez vos péchés par les aumônes, et vos iniquités par les oeuvres de miséricorde envers les pauvres ; peut-être le Seigneur vous pardonnera-t-il vos offenses.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Ecclésiastique, 3, 33.

Toutes ces choses arrivèrent depuis au roi Nabuchodonosor.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Parmi les opinions différentes sur la métamorphose de Nabuchodonosor, la plus suivie et la plus probable est que ce prince, par un effet de la puissance de Dieu, tomba dans la manie, et dans la lycanthropie, maladie dans laquelle un homme s’imagine qu’il est devenu loup, bœuf, chien ou chat, et prend toutes les inclinations, les manières et les sentiments de ces animaux.

Douze mois après, il se promenait dans le palais de Babylone ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans le palais ; sur la terrasse qui formait le toit du palais, d’où la vue dominait toute la ville.

Et il commença à dire : N'est-ce pas là cette grande Babylone dont j'ai fait le siége de mon royaume, que j'ai bâtie dans la grandeur de ma puissance, et dans l'éclat de ma gloire ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Prit la parole (respondit. Voir le verset 16). ― Que moi j’ai bâtie. Ici comme en plusieurs autres passages, bâtir signifie rebâtir, faire des agrandissements, des embellissements. Babylone bâtie par Nemrod (voir Genèse, 10, 10), fut augmentée et embellie considérablement par Sémiramis ; mais Nabuchodonosor en fit la plus grande et la plus belle ville de l’Orient. ― N’est-ce pas là cette grande Babylone que moi j’ai bâtie ? On peut dire que presque toutes les inscriptions de Nabuchodonosor qui ont été retrouvées depuis quelques années confirment l’exactitude de ces paroles, car elles sont presque exclusivement consacrées à décrire les édifices bâtis ou restaurés par ce monarque dans sa capitale.

A peine le roi avait prononcé cette parole, qu'on entendit cette voix du ciel : Voici ce qui vous est annoncé, ô Nabuchodonosor, roi : Votre royaume passera en d'autres mains ;

Vous serez chassé de la compagnie des hommes, vous habiterez avec les animaux et les bêtes sauvages ; vous mangerez du foin comme un bœuf, et sept ans passeront sur vous, jusqu'à ce que vous reconnaissiez que le Très-Haut a un pouvoir absolu sur les royaumes des hommes, et qu'il les donne à qui il lui plait.

Cette parole fut accomplie à la même heure en la personne de Nabuchodonosor ; il fut chassé de la compagnie des hommes, il mangea du foin comme un bœuf, son corps fut trempé de la rosée du ciel, en sorte que les cheveux lui crûrent comme les plumes d'un aigle, et que ses ongles devinrent comme les griffes des oiseaux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Description des effets de la maladie de Nabuchodonosor, qui consistent en particulier à le rendre hirsute et à faire recourber ses ongles, comme cela arrive quand ils ne sont pas taillés. Il se nourrit d’herbes comme le font les bœufs, parce qu’il croit être devenu bœuf lui-même.

Après que le temps marque de Dieu eut été accompli, moi, Nabuchodonosor, j'élevai les yeux au ciel ; le sens et l'esprit me furent rendus ; je bénis le Très-Haut, je louai et glorifiai celui qui vit éternellement parce que sa puissance est une puissance éternelle, et que son royaume s'étend dans la succession de tous les siècles.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Daniel, 7, 14. ― Des jours ; que Dieu avait déterminées pour le châtiment du roi. ― Toutes les générations. Voir Daniel, 3, 100.

Tous les habitants de la terre sont devant lui comme un néant ; il fait tout ce qu'il lui plaît, soit dans les vertus célestes, soit parmi ceux qui sont sur la terre ; et nul ne peut résister à sa main puissante, ni lui dire : Pourquoi avez-vous fait ainsi ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les armées du ciel. Voir Daniel, 3, 61.

En ce même temps le sens me revint, et je recouvrai tout l'éclat et toute la gloire de la dignité royale ; ma première forme me fut rendue ; les grands de ma cour et mes principaux officiers me vinrent chercher ; je fus rétabli dans mon royaume, et je devins plus grand que jamais.

Maintenant donc, moi, Nabuchodonosor, je loue le Roi du ciel, et je publie sa grandeur et sa gloire, parce que toutes ses oeuvres sont fondées sur la vérité, que toutes ses voies sont pleines de justice. et qu'il peut humilier les superbes quand il lui plaît.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pour suivre l’ordre des temps, il faut passer de ce verset aux chapitres 7 et 8. Les chapitres 5 et 6 qui ont rapport à la fin du règne de Baltassar, et au commencement du règne de Darius le Mède, ont été déplacés.