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Daniel 13

Il y avait un homme qui demeurait dans Babylone, et son nom était Joachim :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Joakim était un des principaux Juifs captifs à Babylone.

Il épousa une femme nommée Susanne, fille d’Helcias, qui était parfaitement belle, et qui craignait Dieu ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Susanne signifie lis.

Car comme son père et sa mère étaient justes, ils avaient instruit leur fille selon la loi de Moise.

Or Joachim était fort riche, et il avait un jardin fruitier près de sa maison ; et les Juifs allaient souvent chez lui, parce qu’il était le plus considérable de tous.

On avait établi pour juges cette année-là deux vieillards d’entre le peuple, dont le Seigneur a parlé lorsqu’il a dit : Que l’iniquité est sortie de Babylone par des vieillards qui étaient juges, et qui semblaient conduire le peuple.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

On établit, etc. On voit par ces paroles que, quoiqu’en captivité, les Juifs n’étaient pas privés du droit de juger des cas qui concernaient leurs lois et les affaires des individus de leur nation entre eux. ― Disant. Voir sur ce mot, Daniel, 12, 7. ― L’iniquité, etc. Cette citation n’est pas écrite dans les Livres saints, elle pouvait se trouver dans la tradition. Quelques-uns prétendent qu’elle se rapporte à Jérémie (voir Jérémie, 23, 14 et chapitre 29), où on voit en effet une pensée analogue à celle qu’exprime ici Daniel.

Ces vieillards allaient d’ordinaire à la maison de Joachim, et tous ceux qui avaient des affaires à juger venaient les y trouver.

Sur le midi, lorsque le peuple s’en était allé, Susanne entrait et se promenait dans le jardin de son mari.

Ces vieillards l’y voyaient entrer et se promener tous les jours ; et ils conçurent une ardente passion pour elle ;

leurs sens en furent pervertis, et ils détournèrent leurs yeux pour ne point voir le ciel, et pour ne se point souvenir des justes jugements.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Des justes jugements de Dieu.

Ils étaient donc tous deux blessés de l’amour de Susanne, et néanmoins ils ne s’entre-dirent point le sujet de leurs peines ;

Car ils rougissaient de se découvrir l’un à l’autre leur passion criminelle, ayant dessein séparément de corrompre cette femme ;

Et ils observaient tous les jours avec grand soin le temps ou ils la pourraient voir. Un jour l’un dit à l’autre :

Allons-nous-en chez nous, parce qu’il est temps de dîner ; et étant sortis, ils se séparèrent l’un de l’autre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’heure du dîner ; l’heure de midi (voir verset 7).

Mais revenant aussitôt, ils se rencontrèrent ; et après s’en être demandé la raison l’un à l’autre, ils s’entr’avouèrent leur passion ; et alors ils convinrent de prendre le temps ou ils pourraient trouver Susanne seule.

Lorsqu’ils observaient un jour propre pour leur dessein, il arriva que Susanne entra dans le jardin selon sa coutume, étant accompagnée de deux filles seulement, et qu’elle voulut se baigner, parce qu’il faisait chaud.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La veille, etc. ; littéralement hier et avant-hier ; hébraïsme, pour auparavant.

Et il n’y avait alors personne que les deux vieillards qui s’étaient cachés, et qui la regardaient.

Alors Susanne dit à ses filles : Apportez—moi de l’huile de parfum, et des pommades, et fermez les portes du jardin, afin que je me baigne.

Ses filles firent ce qu’elle leur avait commandé ; elles fermèrent les portes du jardin , et elles sortirent par une porte de derrière pour apporter ce que Susanne leur avait dit ; et elles ne savaient point que les vieillards fussent cachés au dedans du jardin.

Aussitôt que les filles furent sorties, les deux vieillards accoururent à Susanne, et lui dirent :

Les portes du jardin sont fermées, personne ne nous voit, et nous brûlons de passion pour vous : rendez-vous donc à notre désir, et faites ce que nous voulons.

Que si vous ne le voulez pas, nous porterons témoignage contre vous, et nous dirons qu’il y avait un jeune homme avec vous, et que c'est pour cela que vous avez renvoyé vos filles.

Susanne jeta un profond soupir, et leur dit : Je ne vois que péril et qu’angoisse de toutes parts ; car si je fais ce que vous désirez, je suis morte ; et si je ne le fais point, je n’échapperai pas de vos mains.

Mais il m’est meilleur de tomber entre vos mains, sans avoir commis le mal, que de pécher en la présence du Seigneur.

Susanne aussitot jeta un grand cri ; et les vieillards crièrent aussi contre elle.

Et l’un d’eux courut à la porte du jardin, et l'ouvrit.

Les serviteurs de Ia maison ayant entendu crier dans le jardin, y coururent par la porte de derrière pour voir ce que c’était.

Et les vieillards le leur ayant dit, ces serviteurs en furent extrêmement surpris, parce qu’on n’avait jamais rien dit de semblable de Susanne.

Le lendemain le peuple étant venu en la maison de Joachim son mari, les deux vieillards y vinrent aussi, pleins de la résolution criminelle qu’ils avaient formée contre Susanne pour lui faire perdre la vie.

Et ils dirent devant le peuple : Envoyez quérir Susanne, fille d’Helcias, femme de Joachim.

On y envoya aussitôt ; et elle vint accompagnée de son père et de sa mère, de ses enfants et de toute sa famille.

Susanne avait une délicatesse dans le teint, et une beauté tout extraordinaire.

Et comme elle avait alors le visage couvert d’un voile, ces méchants commandérent qu’on le lui ôtat, afin qu’ils se satisfissent au moins en cette manière par la vue de sa beauté.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Commandèrent, etc. On voit, dans la loi mosaïque, que la femme accusée d’adultère par son mari, avait le visage découvert pendant le jugement (voir Nombres, 5, 18). Les accusateurs de Susanne prirent sans doute prétexte de cet article de la loi, pour lui faire ôter son voile, sans lequel aucune femme en Orient ne peut paraître en public.

Tous ses parents répandaient des larmes, et tous ceux qui l’avaient connue auparavant.

Alors ces deux vieillards se levant au milieu du peuple, mirent leurs mains sur la tête de Susanne,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Mirent leurs mains, etc. ; usage consacré chez les Hébreux, surtout dans les condamnations à mort (voir Lévitique, 24, 14).

qui leva en pleurant les yeux au ciel, parce que son cœur avait une ferme confiance au Seigneur.

Et ces vieillards dirent : Lorsque nous nous promenions seuls dans le jardin, cette femme est venue avec deux filles ; et ayant fait fermer les portes du jardin elle a renvoyé ses filles.

Et un jeune homme qui était caché, est venu, et a commis le crime avec elle.

Nous étions alors dans un coin du jardin ; et voyant cette méchante action, nous sommes courus à eux, et nous les avons vus dans cette infamie.

Nous n’avons pu prendre le jeune homme parce qu’il était plus fort que nous, et qu’ayant ouvert la porte il s’est sauvé,

mais pour elle, l’ayant prise, nous lui avons demandé quel était ce jeune homme, et elle n’a point voulu nous le dire. C’est de quoi nous sommes témoins.

Toute l’assemblée les crut, comme étant anciens et juges du peuple ; et ils condamnèrent Susanne à la mort.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A mort. La lapidation était la peine de l’adultère (voir Lévitique, 20, 10 ; Jean, 8, 5).

Alors Susanne jeta un grand cri, et elle dit : Dieu éternel, qui pénétrez ce qui est le plus caché, et qui connaissez toutes choses avant même qu’elles soient faites,

vous savez qu’ils ont porté contre moi un faux témoignage ; et cependant je meurs sans avoir rien fait de tout ce qu’ils ont inventé si malicieusement contre moi.

Le Seigneur exauça sa prière,

et lorsqu’on la conduisait à la mort, il suscita l’esprit saint d’un jeune enfant nommé Daniel,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’esprit saint ; l’esprit de prophétie, pour découvrir le crime des vieillards et les convaincre par leur propre bouche avant l’instruction de l’affaire. ― D’un jeune homme (pueri junioris). L’épithète junior, littéralement plus jeune, ne change pas la signification de puer, qualification donnée déjà quatre fois (voir Daniel, 1, vv. 4, 13, 15, 17) à Daniel, sans cet adjectif. Au reste, quel que fût l’âge de Daniel, aidé d’une lumière surnaturelle, il n’a nullement été précipité dans son jugement, comme l’ont prétendu certains incrédules.

qui cria a haute voix : Je suis innocent du sang de cette femme.

Tout le peuple se tourna vers lui, et lui dit : Que veut dire cette parole que vous venez de prononcer ?

Daniel se tenant debout au milieu d’eux, leur dit : Êtes-vous si insensés, enfants d’Israël, que d’avoir ainsi, sans juger et sans connaitre la vérité, condamné une fille d’Israël ?

Retournez pour la juger de nouveau, parce qu’ils ont porté un faux témoignage contre elle.

Le peuple retourna donc en grande hâte, et les vieillards dirent à Daniel : Venez, et prenez votre place au milieu de nous, et instruisez-nous, parce que Dieu vous a donné l’honneur de la vieillesse.

Daniel dit au peuple : Séparez-les l’un de l’autre, et je les jugerai.

Ayant donc été séparés l’un de l’autre, Daniel appela l’un d’eux, et lui dit : Homme qui avez vieilli dans le mal, les péchés que vous avez commis autrefois sont retombés maintenant sur vous ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Maintenant, etc. ; c’est maintenant que tous vos crimes sont retombés sur vous, et que vous allez les expier.

vous qui rendiez des jugements injustes, qui opprimiez les innocents, et qui sauviez les coupables, quoique le Seigneur ait dit : Vous ne ferez point mourir l’innocent et le juste ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tu ne feras pas, etc. Voir Exode, 23, 7.

Maintenant donc, si vous avez surpris cette femme, dites sous quel arbre vous les avez vus parler ensemble ? Il lui répondit : Sous un lentisque.

Daniel lui dit : C’est justement que votre mensonge va retomber sur votre tête ; car voilà l’ange qui sera l’exécuteur de l’arrêt que le Seigneur a prononcé contre vous, et qui vous coupera en deux.

Après l’avoir fait retirer, il commanda qu’on fit venir l’autre : et il lui dit : Race de Chanaan, et non de Juda, la beauté vous a surpris, et la passion vous a perverti le cœur.

C’est ainsi que vous traitiez les filles d’Israël ; et elles, ayant peur de vous, vous parlaient ; mais la fille de Juda n’a pu souffrir votre iniquité.

Maintenant donc, dites-moi sous quel arbre vous les avez surpris lorsqu’ils se parlaient ? Il lui répondit : Sous un chêne.

Daniel lui dit : C’est justement que votre mensonge va retomber maintenant sur votre tête ; car l’ange du Seigneur est tout prêt, et tient l’épée pour vous couper par le milieu du corps, et pour vous faire mourir tous deux.

Aussitôt tout le peuple jeta un grand cri ; et ils bénirent Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui ;

Et ils s’élevèrent contre les deux vieillards, parce que Daniel les avait convaincus par leur propre bouche d’avoir porté un faux témoignage ; et ils leur firent souffrir le mal qu’ils avaient voulu faire à leur prochain,

pour exécuter la loi de Moise. Ainsi ils les firent mourir, et le sang innocent fut sauvé en ce jour-là.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Deutéronome, 19, 18-19.

Helcias et sa femme rendirent grâces A Dieu pour Susanne, leur fille, avec Joachim, son mari, et tous ses parents, de ce qu’il ne s’était trouvé rien en elle qui blessât l'honnêteté.

Quant à Daniel, depuis ce jour-là et dans la suite du temps, il devint grand devant le peuple.

Et le roi Astyages ayant été réuni à ses pères par la mort, Cyrus de Perse lui succéda au royaume.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ce verset n’a aucun rapport avec l’histoire de Susanne, arrivée au commencement du règne de Nabuchodonosor ; il appartient plutôt au chapitre suivant, où sont racontés des faits qui datent du commencement du règne de Cyrus. ― Astyage ; est selon plusieurs le fils d’Astyage, Cyaxare II, Darius le Mède, mais voir Daniel, 5, 31.