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Matthieu 28
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Après le sabbat, dès l’aube du premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et l’autre Marie allèrent visiter le sépulcre.
Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre ; car un ange du Seigneur, étant descendu du ciel, vint rouler la pierre, et s’assit dessus.
Son aspect ressemblait à l’éclair, et son vêtement était blanc comme la neige.
À sa vue, les gardes furent frappés d’épouvante, et devinrent comme morts.
Et l’ange, s’adressant aux femmes, dit : « Vous, ne craignez pas ; car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié.
Il n’est point ici ; il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez, et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis ;
et hâtez-vous d’aller dire à ses disciples qu’il est ressuscité des morts. Voici qu’il va se mettre à votre tête en Galilée ; là, vous le verrez ; je vous l’ai dit. »
Aussitôt elles sortirent du sépulcre avec crainte et grande joie, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples.
Et voilà que Jésus se présenta devant elles et leur dit : « Salut ! » Elles s’approchèrent, et embrassèrent ses pieds, se prosternant devant lui.
Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez dire à mes frères de se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »
Commentaire (versets 8 à 10) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 8 à 10 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
S. Hil. (can. 41) L’ange avait à peine cessé de parler aux saintes femmes que Jésus se présenta devant elles, afin qu’en annonçant aux disciples, qui étaient dans l’attente, la nouvelle de la résurrection, elles pussent leur transmettre ses paroles en même temps que celles de l’ange.
S. Aug. (De l’accord des Evang., 13, 24.) L’Evangéliste dit qu’elles sortirent du tombeau, c’est-à-dire de l’enclos en forme de jardin, qui se trouvait devant le sépulcre creusé dans le roc.
S. Jér. Leur âme était partagée entre deux sentiments, la crainte et la joie, produites, l’une par la grandeur du miracle, l’autre par le désir de voir Jésus ressuscité, et ces deux sentiments réunis leur faisaient presser leur marche " Et elles coururent annoncer cette nouvelle aux disciples. " Elles allaient trouver les Apôtres, afin que la semence de la foi fût répandue par leur ministère. Un zèle aussi ardent, un empressement aussi marqué les rendait dignes que le Seigneur ressuscité vînt à leur rencontre : " En même temps, Jésus se présenta devant elles et leur dit : Je vous salue. "
Rab. Il nous apprend ainsi qu’il va, par sa grâce, au-devant de ceux qui commencent à marcher dans la voie des vertus, et leur donne de parvenir au salut éternel.
S. Jér. Les femmes sont les premières qui méritent d’entendre cette parole : " Le salut soit à vous, " et nous sommes ainsi affranchis dans la personne des femmes de la malédiction encourue par Eve la première femme. SÉV. Nous voyons, dans ces femmes, une figure parfaite de l’Église, car, en s’adressant à ses disciples, Jésus-Christ leur reproche leurs doutes et les rassure contre leurs appréhensions, tandis qu’en venant au-devant de ces saintes femmes, il ne les effraye pas par le spectacle de sa puissance, mais les prévient par l’ardeur de sa charité, car c’est à lui-même qu’il souhaite le salut dans la personne de l’Église, avec laquelle il ne fait qu’un seul corps.
S. Aug. (De l’accord des Evang., 3, 24.) Nous concluons de la lecture comparée des Évangélistes que les anges ont adressé deux fois la parole aux saintes femmes dans leur visite au tombeau : la première fois lorsqu’elles virent l’ange dont parle saint Matthieu et saint Marc, et la seconde lorsqu’elles virent les deux dont parlent saint Luc et saint Jean. Le Seigneur leur parla également deux fois, d’abord lorsque Marie le prit pour le jardinier, et, une seconde fois, lorsqu’il vint à leur rencontre, dans le chemin, pour affermir leur courage et dissiper toutes leurs craintes par cette seconde manifestation.
SÉV. Mais, d’un côté, Jésus ne permet pas à Marie de le toucher, ici, au contraire, il accorde aux saintes femmes, non-seulement de le toucher, mais de tenir embrassés ses pieds : " Elles s’approchèrent, et, embrassant ses pieds, elles l’adorèrent. "
RAB. Nous avons dit plus haut qu’il est ressuscité sans ouvrir son tombeau, pour nous apprendre que ce même corps, qui avait été déposé après sa mort dans un tombeau fermé, était revêtu d’immortalité, Il présente maintenant ses pieds aux pieux embrassements des saintes femmes, pour leur prouver qu’il a une véritable chair, qui peut être touchée par les hommes.
SEV. Ces femmes tiennent embrassés les pieds de Jésus-Christ, parce qu’elles sont, dans l’Église, la figure de la prédication évangélique, et qu’elles ont mérité cet honneur par leur pieux empressement ; et elles étreignent ainsi, par la foi, les pieds de leur Sauveur, pour obtenir l’honneur de connaître la divinité toute entière. Celle au contraire qui, sur la terre, pleure le Seigneur, et qui cherche comme mort, dans le sépulcre, celui dont elle ne sait pas qu’il règne dans les cieux avec son Père, entend de sa bouche ces paroles : " Ne me touchez pas. " Il n’y a aucune difficulté que ce soit la même Marie, qui, d’un côté, élevée au sommet de la foi, touche les pieds de Jésus-Christ et l’étreint de toute la force d’un saint amour, et qui, de l’autre, abattue sous le poids de l’infirmité de la chair et de la faiblesse naturelle à son sexe, est agitée par le doute et ne mérite point de toucher son Créateur. D’un côté, sa foi est un symbole ; de l’autre, ses doutes viennent de la faiblesse de son sexe. Ici, il faut voir l’action de la grâce divine ; là, l’infériorité de la nature humaine, car, lorsque nous parvenons à la connaissance des choses divines, nous vivons pour Dieu ; mais, lorsque nous avons des goûts terrestres, notre aveuglement vient de nous-mêmes. Ces saintes femmes embrassèrent les pieds du Seigneur, pour apprendre ainsi que, dans un sens figuré, la tête de Jésus-Christ était l’homme, que, pour elles, elles étaient à ses pieds, et qu’elles devaient suivre et non précéder en Jésus-Christ l’homme qui leur était donné. Le Sauveur leur répète ce que l’ange leur avait dit, pour augmenter en elles la confiance que le discours de l’ange leur avait inspirée. " Alors Jésus leur dit : Ne craignez point. "
S. Jér. Nous pouvons remarquer, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, que toutes les fois que Dieu favorise les hommes d’une vision plus auguste, il commence par bannir la crainte, pour que les hommes puissent entendre dans le calme de leur âme les paroles qu’il veut leur adresser.
S. Hil. Nous voyons reproduit ici, mais dans un sens contraire, la marche suivie dans le grand événement qui a été la cause de notre perte ; c’est par une femme que la mort est entrée dans le monde, ce sont des femmes aussi qui, les premières, méritent de voir et d’annoncer la gloire de la résurrection, et c’est pour cela que le Seigneur ajoute : " Allez, et dites à mes frères qu’ils se rendent en Galilée ; c’est là qu’ils me verront. "
SÉV. Il appelle ses frères ceux qu’il s’est unis par les liens du corps qu’il a pris ; il appelle ses frères ceux que, dans sa bonté, il a fait ses cohéritiers, lui l’héritier de Dieu ; il appelle ses frères ceux qu’il a adoptés pour les enfants de son Père.
S. Aug. (De l’accord des Evang., 3, 24.) Chaque fidèle doit être attentif à rechercher dans quel dessein mystérieux le Seigneur commande, et par l’ange et par lui-même à ses disciples, d’aller pour le voir, non pas dans l’endroit où il devait d’abord se manifester, mais dans la Galilée, où il a été vu plus tard. Le mot Galilée signifie à la fois transmigration et révélation ; or, que nous donne à comprendre la première signification, si ce n’est que la grâce de Jésus-Christ devait passer du peuple d’Israël aux Gentils, auxquels les Apôtres n’auraient jamais confié le dépôt de la prédication évangélique, si le Seigneur lui-même ne leur avait préparé la voie dans le cœur des hommes ? C’est ce que veulent dire ces paroles : " Il vous précédera en Galilée. " Celles qui suivent : " C’est là que vous le verrez, " signifient : C’est là que vous trouverez ses membres ; c’est là que vous reconnaîtrez son corps vivant dans la personne de ceux qui vous recevront. Si l’on donne au mot Galilée le sens de révélation, ce mot signifiera qu’il faut comprendre Jésus-Christ, non plus dans la forme de serviteur, mais dans cette nature qui le rend l’égal de son Père. Cette révélation, comme une véritable Galilée, aura lieu " lorsque nous lui serons semblables, et que nous le verrons tel qu’il est. " Ce sera là aussi la plus heureuse transmigration, celle de cette vie à l’éternité.
Pendant qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes vinrent dans la ville et annoncèrent aux Princes des prêtres tout ce qui était arrivé.
Ceux-ci rassemblèrent les Anciens, et, ayant tenu conseil, ils donnèrent une grosse somme d’argent aux soldats,
en leur disant : « Publiez que ses disciples sont venus de nuit, et l’ont enlevé pendant que vous dormiez.
Et si le gouverneur vient à le savoir, nous l’apaiserons, et nous vous mettrons à couvert. »
Les soldats prirent l’argent, et firent ce qu’on leur avait dit ; et ce bruit qu’ils répandirent se répète encore aujourd’hui parmi les Juifs.
Commentaire (versets 11 à 15) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 11 à 15 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
S. Chrys. (hom. 90.) Parmi les prodiges qui entourèrent la mort et la résurrection de Jésus-Christ, les uns, comme les ténèbres furent communs à tout l’univers, les autres furent particuliers aux soldats qui gardaient le tombeau, comme l’apparition miraculeuse de l’ange et le tremblement de terre que Dieu permit pour 1es remplir d’effroi et les forcer de rendre témoignage à la vérité. Car la vérité brille d’un plus vif éclat lorsqu’elle est répandue par ses propres adversaires, et c’est ce qui est arrivé ici : " Quand elles furent parties, quelques-uns des gardes vinrent dans la ville, et annoncèrent aux princes des prêtres tout ce qui s’était passé. "
Rab. Souvent la simplicité d’une âme sans instruction, et même une ignorance grossière, révèle la vérité sans artifice et telle qu’elle est, tandis que l’astucieuse malignité s’efforce de faire passer le mensonge pour la vérité, en lui donnant les dehors de la vraisemblance.
S. Jér. Ainsi, les princes des prêtres qui auraient dû se convertir, et chercher eux aussi Jésus ressuscité, persévèrent dans leur malice et se servent de l’argent qui devait être consacré à l’usage du temple pour acheter un mensonge, de même qu’ils ont donné précédemment trente pièces d’argent au traître Judas : " Ceux-ci rassemblèrent les anciens, et, ayant tenu conseil, ils donnèrent une grosse somme d’argent aux soldats. "
SÉV. Ce n’est pas assez pour eux d’avoir mis le Maître à mort, ils cherchent encore les moyens de perdre les disciples, et veulent leur faire un crime de la puissance de leur maître. Oui les soldats ont laissé échapper, et les Juifs ont perdu le corps de Jésus ; mais, si les disciples l’ont enlevé, ce n’est point furtivement, mais par la foi ; ce n’est point par fraude, mais par leur vertu ; ce n’est point par un crime, mais par leur sainteté, et ils l’ont enlevé plein de vie, et non comme une victime de la mort.
S. Chrys. (hom. 90.) Car comment des hommes pauvres, sans esprit, et qui n’osaient se montrer, auraient-ils osé enlever le corps de leur maître ? Si, lorsqu’ils vivaient encore, ils se sont tous enfui, comment, après sa mort, n’auraient-ils pas craint cette multitude de gens armés ? Et encore, est-ce qu’ils pouvaient renverser la pierre du sépulcre qui ne pouvait être soulevée que par plusieurs bras ? Est-ce que le sceau public n’y avait pas été apposé ? Pourquoi d’ailleurs ne l’ont-ils pas dérobé la première nuit, lorsqu’il n’y avait aucune garde au tombeau ? car ce n’est que le jour du sabbat qu’ils demandèrent une garde à Pilate. Que signifient encore ces suaires que Pierre vit placés dans le sépulcre ? Si les disciples avaient voulu dérober le corps, ils ne l’eussent pas enlevé dépouillé de son linceul, non-seulement par respect, mais encore pour ne pas être retardés par cette opération et donner aux soldats les moyens de s’emparer d’eux, d’autant plus que la myrrhe était tellement gluante et collée au corps et au linceul qu’il était fort difficile de le détacher du corps. Tout ce qu’on a dit sur ce vol prétendu n’a donc aucune vraisemblance, et tout ce que les Juifs ont amassé pour obscurcir le fait de la résurrection n’a servi qu’à le rendre plus éclatant, car, en publiant que les disciples ont enlevé le corps de Jésus, ils avouent que le corps n’était plus dans le sépulcre. Or, la crainte dont les Apôtres étaient remplis, et le soin avec lequel les soldats gardaient le tombeau démontrent l’impossibilité de cet enlèvement.
Remi. Mais si d’ailleurs les gardes dormaient, comment purent-ils voir qu’on avait enlevé le corps ? et, s’ils n’ont pu le voir, comment ont-ils pu servir de témoins ? Ils n’ont donc pu atteindre le but qu’ils se proposaient.
La Glose. Ils vont même au-devant de la crainte que les soldats auraient pu avoir que le gouverneur punit leur négligence, s’ils répandaient ce mensonge : " Et si cela vient à la connaissance du gouverneur, nous l’apaiserons et nous vous mettrons à couvert. "
S. Chrys. (hom. 90.) Voyez comme la corruption est générale : Pilate s’est laissé gagner, le peuple juif soulever et les soldats corrompre. " Et les soldats ayant reçu l’argent firent ce qu’on leur avait dit. " Puisque l’argent n, une telle force sur l’esprit d’un disciple que de lui faire trahir son divin Maître, ne soyez pas surpris de voir des soldats gagnés eux-mêmes à prix d’argent.
S. Hil. C’est à ce prix qu’on achète le silence sur la résurrection et le mensonge de l’enlèvement du corps, parce qu’en effet la gloire du monde, qui consiste dans l’estime et le désir de l’argent, est une négation de la gloire de Jésus-Christ. RAB. De même que le crime du sang répandu, qu’ils ont appelé sur eux et sur leurs enfants, les accable du poids énorme de leurs péchés, ainsi ce mensonge qu’ils achètent, et qui a pour but de nier la vérité de la résurrection, les tient enchaînés dans les liens d’un crime qui dure à jamais : " Et ce bruit qu’ils répandirent se répète encore aujourd’hui parmi les Juifs. "
SÉV. (comme précéd.) Ce bruit s’est répandu parmi les Juifs, mais non parmi les chrétiens, car ce que les Juifs ont voulu obscurcir dans la Judée, à prix d’argent, la foi l’a fait briller du plus vif éclat dans tout l’univers.
S. Hil. Tous ceux qui font abus de l’argent du temple, ou de tout ce qui doit servir à l’usage de l’Église, pour satisfaire leurs désirs ou leurs passions, sont semblables aux scribes et aux prêtres qui achètent à prix d’argent le mensonge et le sang de Jésus-Christ.
Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée.
En le voyant, ils l’adorèrent, eux qui avaient hésité à croire.
Et Jésus s’approchant, leur parla ainsi : « Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre.
Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit,
leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Commentaire (versets 16 à 20) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 16 à 20 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
BÈDE. (hom. 1.) Après nous avoir rapporté comment l’ange vint annoncer la résurrection du Sauveur, saint Mathieu raconte comment le Seigneur se manifesta à ses disciples : " Or, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre, " car, lorsqu’il se dirigeait vers le lieu de sa mort, il avait dit à ses disciples " Après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. " (Mt 26, Mc 14.) L’ange avait dit aussi aux femmes : " Annoncez à ses disciples qu’il vous précédera en Galilée. " C’est donc à un ordre de leur divin Maître que les disciples obéissent. L’Évangéliste ne compte avec raison que onze disciples qui vont pour adorer Jésus, car un d’eux avait péri, celui qui avait trahi son Seigneur et son Maître. S. Jér. Après sa résurrection, Jésus se manifeste donc sur une montagne de Galilée, et il y est adoré malgré le doute de quelques-uns, doute qui sert à augmenter notre foi. " Et, le voyant, ils l’adorèrent, et quelques-uns néanmoins doutèrent. "
Remi. C’est ce que saint Luc explique plus clairement, car il rapporte que lorsque le Seigneur, après sa résurrection, apparut à ses disciples, ceux-ci, troublés et saisis de frayeur, s’imaginaient voir un esprit.
Rab. Le Sauveur apparaît à ses disciples sur une montagne, pour signifier que ce corps, qu’il avait pris en naissant, de la terre, origine commune de tous les hommes, avait été, par sa résurrection, élevé au-dessus de toutes les choses terrestres, et aussi pour apprendre aux fidèles que, pour contempler les sublimes mystères de sa résurrection, il faut s’efforcer de quitter les voluptés basses et charnelles et s’élever jusqu’aux désirs des choses du ciel. Or, Jésus précède ses disciples en Galilée, parce qu’il est ressuscité comme les premiers de ceux qui dorment (1 Co 16). Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ viennent après lui, et passeront, chacun à son rang, de la mort à la vie, pour contempler la divinité dans sa propre nature ; et le mot Galilée, qui signifie révélation, confirme cette interprétation.
S. Aug. (De l’accord des Evang., 3, 24.) Mais comment le Seigneur a-t-il pu se manifester corporellement dans la Galilée, car il est certain que ce ne fut pas le jour même de sa résurrection, puisque ce jour-là, vers le commencement de la nuit, il se manifesta dans la ville de Jérusalem, comme saint Luc et saint Jean s’accordent à le dire. Ce ne fut pas non plus les huit jours suivants, puisque saint Jean rapporte qu’après ces huit jours, il apparut à Thomas, qui ne l’avait pas vu le jour de sa résurrection, à moins toutefois que l’on ne prétende que les onze dont il parle n’étaient point les onze qui portaient dès lors le nom d’Apôtres, mais que c’étaient onze disciples choisis dans le grand nombre de ceux qui avaient embrassé la doctrine de Jésus-Christ. Mais voici à cela une autre difficulté, lorsque saint Jean raconte que le Seigneur fut vu, non pas sur la montagne par les onze, mais sur les bords de la mer de Tibériade, par sept d’entre eux occupés à la pèche, il s’exprime ainsi : " Ce fut pour la troisième fois que Jésus se manifesta à ses disciples, " ce qu’il faut entendre du nombre, non des jours, mais des manifestations. Or si nous admettons que cette apparition aux onze disciples, quels qu’ils soient, eut lieu dans l’intervalle de ces huit jours, avant qu’il apparut à Thomas, l’apparition sur les bords du lac de Tibériade ne sera plus la troisième, mais la quatrième, et nous serons ainsi forcés d’admettre que ce fut tout à fait en dernier lieu que Jésus apparut aux onze sur la montagne de Galilée. Nous trouvons donc, dans les quatre Évangélistes, que le Seigneur s’est manifesté par dix fois différentes après sa résurrection : une première fois, aux femmes qui visitaient son tombeau ; une seconde fois, à ces mêmes femmes, lorsqu’elles revenaient de visiter le sépulcre ; la troisième fois, à Pierre ; la quatrième, à deux disciples qui allaient au bourg d’Emmaüs ; la cinquième, à plusieurs autres disciples, parmi lesquels ne se trouvait pas Thomas, dans la ville de Jérusalem, la sixième, à Thomas lui-même, au milieu des autres disciples ; la septième, près du lac de Tibériade ; la huitième, sur la montagne de Galilée, d’après saint Matthieu, la neuvième, au rapport de saint Marc, dans le dernier repas qu’il fit avec ses disciples, et après lequel il ne devait plus manger avec eux sur la terre, la dixième fois, non plus sur la terre, mais lorsqu’il s’élevait sur une nuée et montait ainsi au ciel, dernière manifestation que rapportent saint Marc et saint Luc. Mais tout ce qu’a fait Jésus n’a pas été écrit, comme le déclare saint Jean, car Jésus eut de fréquentes relations avec ses disciples, pendant les quarante jours qui précédèrent son ascension. Remi. Les disciples, en voyant le Seigneur, le reconnurent aussitôt, et ils l’adoraient les yeux baissés vers la terre. C’est pourquoi ce bon et tendre Maître, pour faire disparaître toute incertitude de leurs cœurs, s’approcha d’eux et les fortifia dans la foi : " Et Jésus s’approchant, leur parla ainsi : Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. "
S. Jér. Cette puissance a été donnée à celui qui venait d’être crucifié, enseveli dans le tombeau, et qui était ensuite ressuscité.
RAB. Il ne parle pas ici de sa divinité coéternelle au Père, mais de l’humanité qu’il avait prise, et selon laquelle il avait été mis un peu au-dessous des anges.
SEV. (ou S. Chrysolog., serm. 80.) Car le Fils de Dieu a communiqué au fils de la Vierge, Dieu à l’homme, la Divinité à la chair, ce qu’il possédait de toute éternité avec son Père.
S. Jér. Toute puissance lui est donnée dans le ciel et sur la terre, afin qu’il pût régner sur la terre, par la foi que les chrétiens auraient en lui, comme il règne dans le ciel.
Remi. Ce que le Psalmiste a prédit du Seigneur ressuscité : " Vous l’avez établi sur l’œuvre de vos mains, " le Sauveur se l’applique à lui-même dans ces paroles : " Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. " Et il faut se rappeler ici qu’avant que le Seigneur fût ressuscité d’entre les morts, les anges savaient qu’ils étaient soumis au Christ fait homme. Or, Jésus-Christ voulant aussi faire connaître aux hommes que toute puissance lui avait été donnée dans le ciel et sur la terre, il envoya des prédicateurs pour annoncer la parole de vie à tous les peuples : " Allez donc, enseignez toutes les nations. "
BEDE. Lui qui, avant sa passion, leur avait dit : " Vous n’irez point dans la voie des nations, " (Mt 10) leur dit lorsqu’il est ressuscité des morts : " Allez, instruisez tous les peuples. " Que les Juifs soient donc confondus, eux qui prétendent que le Christ ne viendra seulement que pour le salut de leur nation. Que les donatistes rougissent, eux qui voulant renfermer Jésus-Christ dans un espace déterminé, ont osé dire qu’il n’était que dans l’Afrique, à l’exclusion des autres contrées de la terre. S. Jér. Ils commencent par enseigner les nations, et c’est après les avoir enseignées qu’ils les baptisent dans l’eau ; car il est impossible que le corps reçoive le sacrement de baptême avant que l’âme ait reçu la vérité de la foi. " En les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, " afin qu’il n’y ait qu’une seule et même grâce, comme il n’y a entre eux qu’une seule et même divinité, puisque le nom de Trinité ne signifie qu’un seul Dieu. SEV. (ou S. Chrysolog., serm. 80.) C’est donc la même puissance qui répare et sanctifie toutes les nations qu’elle a créées et appelées à la vie. DYDIME. (Du Saint-Esprit, liv. 2.) Il peut exister des hommes assez insensés, pour essayer de baptiser en omettant un de ces trois noms, contrairement à la loi portée par Jésus-Christ ; mais leur baptême sera sans effet, et ils ne pourront délivrer de leurs péchés ceux qu’ils auront cru baptiser de la sorte. Concluons de là combien la substance de la Trinité est indivisible, et que le Père est vraiment le Père du Fils, le Fils vraiment le Fils du Père, et l’Esprit saint réellement l’Esprit du Père et du Fils-Dieu, et aussi de la sagesse et de la vérité, c’est-à-dire du même Fils de Dieu. Voilà la foi qui sauve les fidèles, et l’économie de la discipline ecclésiastique trouve sa perfection dans cette auguste Trinité. S. Hil. Que ne contient pas en effet ce sacrement de notre salut. Tout y est plein, tout y est parfait, comme venant de celui qui possède toute plénitude et toute perfection. Le nom de Père exprime la nature de la première personne ; mais elle est Père seulement, et ne doit pas à un autre, comme les hommes, d’être Père. Le Père n’a pas été engendré, il est éternel ; il a toujours en lui le principe qui le fait exister ; il n’est connu que du Fils, etc. Le Fils est engendré de celui qui ne l’a pas été, un de celui qui est un, vrai de celui qui est vrai, vivant de celui qui est vivant, parfait de celui qui est parfait, vertu de la vertu, sagesse de la sagesse, gloire de la gloire, image du Dieu invisible, figure du Père qui n’a pas été engendré. L’Esprit saint ne peut pas être séparé de la confession que nous faisons du Père et du Fils, et cette consolation de notre espérance ne nous fait défaut en aucune circonstance. C’est lui qui est le gage des promesses futures, par les opérations de ses dons, lui qui est la lumière de l’intelligence, lui qui est la splendeur des esprits. Les hérétiques, qui ne peuvent pas changer ces vérités, essaient de les expliquer d’une manière toute humaine. C’est ainsi que Sabellius étend la paternité jusqu’au Fils, et admet une distinction plutôt dans leurs noms divers que dans leurs personnalités différentes, reconnaissant lui-même à sa manière, un Père et un Fils, puisque, suivant lui, le Fils n’est autre que le Père. C’est ainsi qu’Ebion n’attribue d’autre origine à Jésus-Christ que celle qu’il tire de la Vierge Marie, et qu’il prétend que ce n’est pas l’homme qui vient de Dieu, mais Dieu qui vient de l’homme. C’est ainsi que les Ariens font sortir du néant et du temps l’image substantielle, la sagesse et la vertu de Dieu. Qu’y a-t-il d’étonnant qu’ils enseignent des erreurs multipliées sur l’Esprit saint, eux qui sont assez téméraires pour affirmer que le Fils, de qui il procède, a été soumis à la création et au changement, S. Jér. Considérons ici l’ordre essentiel établi par Jésus-Christ ; il ordonne à ses disciples : premièrement, d’enseigner toutes les nations ; puis de les purifier dans le sacrement de la foi, et ensuite de leur apprendre ce qu’il faut observer après avoir embrassé la foi et reçu le baptême " Et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées. "
Rab. Car, de même qu’un corps sans âme est mort, ainsi la foi sans les oeuvres est morte
S. Chrys Comme il vient de leur faire des commandements d’une haute importance, il relève leur courage en ajoutant : " Et voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles, " paroles dont voici la signification : Ne dites pas que les commandements que je vous fais sont difficiles, car je suis avec vous, moi qui rend toutes choses légères. Et il leur promet d’être, non seulement avec eux, mais encore avec tous ceux qui croiront après eux, car les Apôtres ne devaient pas vivre jusqu’à la fin des siècles, et le Sauveur s’adresse à tous les fidèles comme à un seul corps.
Rab. Nous devons conclure de ces paroles, que, jusqu’à la fin du monde, il y aura toujours des hommes dignes d’être choisis de Dieu pour lui servir de demeure.
S. Chrys. (hom. 90.) Il leur rappelle la fin de toutes choses, pour les attirer plus fortement à lui, et leur faire jeter les yeux, non pas seulement sur les biens du temps, mais sur les biens futurs, qui doivent durer éternellement, et il semble leur dire : Les épreuves que vous aurez à supporter passeront avec cette vie, et le monde tout entier passera lui-même et sera détruit, tandis que les biens dont vous serez comblés dureront éternellement.
Bède. Mais comment le Sauveur a-t-il pu dire : " Voici que je suis avec vous, " alors qu’il dit dans un autre endroit : " Je m’en vais vers celui qui m’a envoyé ? " C’est que les attributs de la nature divine sont différents des propriétés de la nature humaine. Le Sauveur ira vers son Père par son humanité, et il restera avec ses disciples dans cette nature divine qui le rend l’égal de son Père. Dans ces paroles : " Jusqu’à la consommation des siècles, " il emploie le fini pour signifier l’infini, car il est évident que celui qui reste dans le siècle présent avec les élus, pour les protéger, demeurera éternellement avec eux après la fin du monde, pour les récompenser.
S. Jér. En promettant donc d’être avec ses disciples jusqu’à la consommation des siècles, il leur déclare qu’ils vivront toujours, et qu’il n’abandonnera jamais ceux qui croiront en lui. S. Léon. (serm. sur la Pâque.) Celui qui monte dans les cieux n’abandonne pas ceux qu’il a adoptés, et il les fortifie en leur inspirant la patience sur la terre, en même temps qu’il les appelle à la gloire. Que Jésus-Christ lui-même nous rende participants de cette gloire, lui qui est le Dieu béni dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Commentaire (versets 1 à 7) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)
Ce commentaire porte sur les versets 1 à 7 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
S. Aug. (serm. sur la résurrect.). Après les insultes et les coups, après le fiel mêlé de vinaigre, après les douleurs et le supplice de la croix, le corps renouvelé du Sauveur renaît du sein même du trépas, la vie sort du tombeau où elle était cachée, le salut ressuscite au milieu de la mort où il a puisé une splendeur plus éclatante.
S. Aug. (De l’accord des Evang., 3, 24.) Une question qui n’est pas sans importance est de savoir l’heure précise à laquelle les femmes vinrent au sépulcre ; car comment concilier ce que dit saint Matthieu : " Le soir du sabbat, " etc., avec le récit de saint Marc : " Et le premier jour de la semaine, de grand matin, Marie Magdeleine et une autre Marie vinrent voir le sépulcre. " Nous répondons que saint Matthieu, par le soir, qui est la première partie de la nuit, a voulu exprimer toute la nuit vers la fin de laquelle les femmes vinrent au sépulcre. Comme elles ne pouvaient exécuter auparavant leurs pieux desseins à cause du jour de sabbat, saint Matthieu désigne par le mot nuit, la partie de cette nuit où il leur fut permis de les accomplir. Cette expression " Le soir du sabbat, " revient donc à celle-ci : " La nuit du sabbat, " c’est-à-dire la nuit qui suit le jour du sabbat, et ce qui suit le prouve assez : " Lorsque le premier jour de la semaine commençait à luire. " Ce qui ne serait point vrai, si nous ne comprenions parle mot soir, que la première partie, que le commencement de la nuit ; car ce n’est pas au commencement de la nuit qu’on voit luire l’aurore du premier jour de la semaine, c’est dans le cours de la nuit ellemême, alors qu’elle se dispose à faire place à la lumière, et on sait que l’usage de l’Écriture est d’exprimer le tout par la partie. Le mot soir signifie donc ici la nuit, à l’extrémité de laquelle on voit poindre l’aurore, et c’est à l’aurore naissante que les saintes femmes vinrent au sépulcre.
BÈDE. Ou bien dans un autre sens, ce que dit S. Matthieu, que les femmes vinrent au tombeau le soir du sabbat, lorsque le premier jour de la semaine commençait à peine à luire, doit s’entendre eu ce sens qu’elles se disposèrent à partir le soir, mais qu’elles n’arrivèrent au tombeau qu’à l’aurore du premier jour de la semaine ; c’est-à-dire qu’elles préparèrent, le soir, les parfums dont elles voulaient embaumer le corps du Seigneur, mais elles ne portèrent au tombeau, que le matin, ces parfums préparés de la veille. S. Matthieu, voulant abréger, s’est exprimé ici d’une manière plus obscure, mais les autres Évangélistes ont rapporté plus clairement les faits dans l’ordre où ils se sont passés. Lorsque le Seigneur fut enseveli le sixième jour, les saintes femmes quittèrent le tombeau et préparèrent les parfums et les aromates, alors qu’il leur était permis de le faire, elles suspendirent leur travail le jour du sabbat pour obéir aux prescriptions de la loi, comme saint Luc le dit en propres termes. Mais lorsque le jour du sabbat fut passé, et que le retour de la nuit leur permit de reprendre leur travail, pleines d’une tendre charité, elles se hâtèrent d’acheter les parfums qu’elles n’avaient pas eu le temps de préparer entièrement, comme le rapporte saint Marc, pour venir embaumer Jésus, et c’est de grand matin qu’elles arrivent au tombeau.
S. Jér. Ou bien encore, que les Évangélistes racontent que les femmes sont venues à des heures différentes, ce n’est pas un signe qu’ils se contredisent, comme l’objectent les impies, mais une preuve du pieux empressement de ces saintes femmes, qui les porte à visiter souvent le sépulcre, et ne leur permet pas d’être longtemps éloignées du tombeau du Seigneur. Remi. Il faut aussi se rappeler que dans le sens mystique, S. Matthieu a voulu nous apprendre quel honneur le triomphe de Jésus-Christ sur la mort, et sa glorieuse résurrection avaient fait rejaillir sur cette nuit sacrée, et c’est pour cela qu’il dit : " Le soir du sabbat, " etc. Car d’après la marche naturelle du temps, le soir n’aboutit pas immédiatement au jour, mais s’obscurcit, au contraire, jusqu’à la nuit complète ; l’Évangéliste veut donc nous montrer par ces paroles que le Seigneur a fait de toute de cette nuit, parla splendeur de sa résurrection, une nuit de clarté et d’allégresse.
BÈDE. Depuis le commencement du monde jusque là, la marche naturelle du temps était que le jour précédât la nuit, parce que l’homme, ayant perdu par son péché la lumière du paradis, était tombé dans les ténèbres et dans les douleurs de ce monde. Mais maintenant par une raison pleine de sagesse, le jour vient après la nuit ; car, par la foi en la résurrection, nous passons des ténèbres du péché et de l’ombre de la mort à la lumière de la vie par l’effet de la grâce de Jésus-Christ.
SEV. (serm. sur la passion.) Jésus-Christ ne vient pas détruire, mais éclairer le jour du sabbat : " Je ne suis pas venu détruire la loi, a-t-il dit, mais l’accomplir. " Dieu éclaire ce jour pour lui donner la splendeur qui convient au jour du Seigneur, et le faire briller dans toute l’Eglise, alors que dans la synagogue il était couvert des ténèbres que les Juifs répandaient autour de lui.
Suite. " Marie Magdeleine vint, " etc. La femme accourt le soir pour obtenir son pardon, elle qui avait couru le matin vers le crime ; elle avait puisé dans le paradis l’esprit d’incrédulité, elle se hâte de venir puiser la foi au sépulcre du Sauveur, elle s’efforce d’arracher la vie du sein même de la mort, après qu’elle avait trouvé la mort au sein même de la vie. Or, l’Évangéliste ne dit point : Elles vinrent, mais : " Elle vint. " Sous le même nom, elles viennent deux, non par hasard, mais par une raison mystérieuse. Marie Magdeleine vient elle-même, mais elle vient toute autre, un bienheureux changement s’est opéré en elle, non pas dans son nom, mais dans sa vie, non pas dans son sexe, mais dans les dispositions de son âme. Ces femmes, appelées toutes deux Marie, précèdent les Apôtres, et portent pour ainsi dire le symbole des Églises au tombeau du Seigneur. Marie est le nom de la mère de Jésus-Christ, ce même nom est porté simultanément par deux femmes comme figure de l’unité de l’Église qui est composée de deux peuples, c’est-à-dire des Gentils et des Juifs. Or, Marie vint au sépulcre comme au sein qui devait enfanter la résurrection, d’où Jésus-Christ devait naître de nouveau à la foi, comme il était né du sein de sa mère à cette vie mortelle ; de manière que le sépulcre fermé rendit à la vie éternelle celui que le chaste sein d’une vierge avait enfanté à la vie présente. C’est une preuve éclatante de sa divinité d’avoir laissé intacte et ferme le sein de la Vierge qui lui avait donné le jour, comme aussi d’être sorti avec son corps de ce tombeau qu’il laisse également fermé. " Et voici qu’il se fit un grand tremblement de terre, " etc.
S. Jér. Notre-Seigneur, tout à la fois Fils de Dieu, et Fils de l’homme, selon sa double nature divine et humaine, donne tour à tour des signes, tantôt de sa grandeur, tantôt de son humilité ; ainsi dans cet endroit, quoique celui qui a été crucifié et qui a été enseveli soit homme, cependant tous ces prodiges qui éclatent au dehors, proclament qu’il est en même temps Fils de Dieu.
S. Hil. (can. dern. sur S. Matth.) Ce tremblement de terre, c’est la puissance de résurrection que déploie en ressuscitant le Seigneur des vertus célestes, lorsqu’après avoir émoussé l’aiguillon de la mort, et éclairé ses profondes ténèbres, il fait trembler les enfers et les saisit d’épouvante.
S. Chrys. (hom, 89.) Ou bien, ce tremblement de terre eut lieu pour tirer les saintes femmes de leur sommeil ; car elles étaient venues pour embaumer le corps, et comme il était nuit, il est probable que quelques-unes d’entre elles s’étaient endormies.
BÈDE. La terre tremble, lorsque le Seigneur ressuscite du tombeau, comme elle a tremblé lorsqu’il était mort sur la croix, et nous annonce qu’il faut que les cœurs des hommes, pour se convertir, soient pénétrés d’une crainte salutaire par la foi que nous devons avoir d’abord en sa passion, puis en sa résurrection.
S. JER. Si la terre a ainsi tremblé, alors que le Seigneur ressuscitait pour la justification des saints, combien plus tremblera-t-elle lorsqu’il se lèvera pour punir les pécheurs, selon cette parole du prophète : " La terre a tremblé, lorsque le Seigneur se levait pour le jugement. " (Ps 75) Comment pourra-t-elle soutenir la présence de Dieu, elle qui n’a pu soutenir la présence d’un ange ? " Et un ange du Seigneur descendit du ciel. " Du moment que Jésus-Christ ressuscite, et que la mort est détruite, le commerce se rétablit entre le ciel et la terre, et la femme qui avait reçu autrefois du démon un conseil de mort, entend sortir de la bouche d’un ange des paroles de vie.
S. Hil. C’est un effet insigne de la miséricorde de Dieu, d’employer au moment où son Fils ressuscita des enfers le ministère de ses anges, et il devient ainsi lui-même comme le héraut de la première résurrection en la faisant annoncer par un de ceux qui sont les ministres habituels de la volonté de son Père.
BÈDE. Jésus-Christ étant tout à la fois Dieu et homme, jamais le ministère et le service des anges, auquel il avait droit comme Dieu, ne lui a fait défaut dans le cours de sa vie mortelle : " Il s’approcha, et renversa la pierre, " non pas pour ouvrir un passage par où le Seigneur put sortir du tombeau, mais prouver, au contraire, qu’il en était déjà sorti ; car celui qui a pu venir au monde sans ouvrir par sa naissance le sein d’une vierge, a bien pu, en ressuscitant à une vie immortelle, sortir du monde en laissant fermé le tombeau qu’il quittait. Remi. Cette pierre renversée signifie que les mystères de Jésus-Christ qui étaient couverts par la lettre de la loi, sont maintenant dévoilés ; car la loi a été écrite sur la pierre, et cette pierre en est la figure.
SEV. Il ne dit pas : Il roula la pierre, mais : " Il la renversa ; " car la pierre, roulée à l’entrée du tombeau, était une preuve de la mort de Jésus-Christ, tandis qu’étant renversée, elle est une démonstration de sa résurrection. L’ordre naturel des choses est ici renversé ; le tombeau dévore la mort elle-même, et non le cadavre ; la demeure de la mort devient un séjour vivifiant ; nous voyons ici un sein d’un nouveau genre, il reçoit un mort et rend un vivant : " Et il était assis sur la pierre. " Il était assis sans être sujet à aucune fatigue ; mais comme docteur de la foi, pour annoncer la résurrection ; et il était assis sur la pierre pour que la solidité de cette chaire put affermir la foi des croyants. L’ange posait les fondements de la foi sur cette pierre sur laquelle Jésus-Christ devait fonder son Église.
Ou bien cette pierre du tombeau peut être considérée comme une figure de la mort qui pesait sur tous les hommes ; et l’ange assis sur la pierre nous représente Jésus-Christ qui a triomphé de la mort par sa puissance.
BÈDE. (hom. 1.) L’ange qui est venu annoncer au monde l’avènement du Seigneur se tint debout avec raison, déclarant par cette attitude que le Seigneur était venu pour combattre le prince de ce monde, tandis que le héraut de la résurrection nous est représenté assis, pour marquer que le Sauveur était monté sur son trône éternel après avoir triomphé de l’auteur de la mort. Il était assis sur la pierre renversée, qui fermait précédemment l’entrée du sépulcre, pour nous apprendre qu’il avait fait tomber par sa puissance les portes de l’enfer.
S. Aug. (De l’acc. des Evang., 3, 24.) On sera peut-être surpris de ce que, d’après le récit de saint Matthieu, l’ange était assis sur la pierre du sépulcre qu’il avait renversée, tandis que saint Marc nous dit que les femmes étant entrées dans ce sépulcre, virent un jeune homme assis à la droite. Mais on peut répondre que saint Matthieu n’a point parlé de l’ange qu’elles virent en entrant dans le sépulcre, ni saint Marc de celui qui était assis sur la pierre, de manière qu’elles virent deux anges, et entendirent séparément de leur bouche ce qu’ils venaient leur apprendre de Jésus. Ou bien encore, ces paroles : " Elles entrèrent dans le tombeau, " doivent s’expliquer d’un mur de clôture, dont il est probable que le tombeau était entouré, ou d’un endroit particulier qui se trouvait devant la pierre dans laquelle on avait creusé le tombeau, de manière que les saintes femmes aient pu dans ce même endroit, voir assis, à droite, l’ange qui, d’après S. Matthieu était assis sur la pierre. " Son visage brillait comme l’éclair, " etc.
SEV. L’éclat du visage est distinct de la blancheur des vêtements ; son visage est comparé à l’éclair, et ses vêtements à la neige, parce que l’éclair vient du ciel, et que la neige vient de la terre, c’est pour cela que le prophète a dit : " Louez le Seigneur du sein de la terre, feu, grêle, neige, " etc. (Ps 147) L’ange conserve sur son visage l’éclat de sa nature céleste, et ses vêtements figurent la faveur qu’il nous fait d’entrer en communion avec notre nature. L’aspect de cet ange qui s’adresse aux saintes femmes est donc tempéré de manière que des yeux mortels puissent supporter la douce clarté de ses vêtements, et que l’éclat de son visage leur fassent craindre et révérer en lui l’envoyé de celui qui les a créées.
IDEM. Mais pourquoi ces vêtements, là où il n’y a aucune nécessité de se couvrir ? C’est que l’ange figure ici, par avance, la forme et la figure que nous devons avoir dans la résurrection, alors que l’homme sera revêtu d’un corps éclatant.
S. Jér. Par ce vêtement blanc, l’ange nous représente encore la gloire de Jésus-Christ triomphant.
S. Grég. (hom. sur la Pâq.) Ou bien dans un autre sens, la foudre produit le tremblement et la crainte ; la neige frappe par sa blancheur. Or, comme le Dieu tout-puissant est à la fois terrible pour les pécheurs, et plein de douceur pour les justes, l’ange, témoin de sa résurrection, doit apparaître avec un visage éclatant et des vêtements blancs comme la neige, afin que son aspect épouvante à la fois les méchants, et calme les craintes des âmes pieuses : " Les gardes en furent tellement saisis de frayeur, " etc. La crainte et l’anxiété les glacent d’effroi, parce qu’ils n’avaient pas la confiance qu’inspire l’amour, et ils devinrent comme morts, parce qu’ils ne voulurent pas croire la vérité de la résurrection.
SÉV. Car ils gardaient le tombeau par un instinct de cruauté, et non par un sentiment de piété. Or, celui que sa conscience abandonne et que le remord accable, ne peut rester debout : Voilà pourquoi l’ange renverse les impies, tandis qu’il adresse la parole aux âmes justes pour les consoler. " Et l’ange s’adressant aux femmes, " etc.
S. JER. Les gardes, glacés d’effroi, sont là étendus immobiles comme des morts, et cependant ce n’est pas à eux, mais aux saintes femmes, que l’ange adresse des paroles de consolation : " Pour vous, ne craignez pas, " comme s’il leur disait Qu’ils craignent ceux qui persévèrent dans leur incrédulité, mais pour vous qui cherchez Jésus crucifié, apprenez qu’il est ressuscité et qu’il a accompli les prédictions qu’il a faites : " Car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. "
SEV. Elles cherchaient encore celui qui avait été crucifié et qui était mort, car la cruelle tempête de la passion avait troublé leur foi, et le poids de cette épreuve les avait tellement abattues qu’elles cherchaient, dans le tombeau, le Dieu du ciel. " Il n’est point ici. "
Rab. Il n’y est point présent corporellement, lui qui se trouve cependant partout par la présence de sa majesté : " Il est ressuscité comme il l’avait dit. "
S. Chrys. (hom. 89.) L’ange semble leur dire : Si vous ne voulez pas me croire, souvenez-vous de ses paroles. Il leur donne ensuite une autre preuve en ajoutant : " Venez et voyez le lieu où avait été mu le Seigneur. "
S. Jér. Si ne croyez pas à mes paroles, vous en croirez du moins au sépulcre qui est vide.
S. Jér. L’ange rappelle donc d’abord le nom de Jésus-Christ, puis sa croix et sa passion ; mais il ne tarde pas à parler de sa résurrection, et bientôt il proclame qu’il est le Seigneur. Ainsi, après de si grands supplices, après le tombeau, l’ange n’hésite pas à reconnaître Jésus-Christ pour son Dieu, pourquoi donc l’homme prétend-il ou que Dieu s’est amoindri en se faisant homme, ou que sa puissance lui a fait défaut dans sa passion ? L’ange dit : " Qui a été crucifié, " et il montre le lieu où on avait mis le corps du Sauveur, afin qu’on ne pût croire que c’était un autre et non pas lui-même qui était ressuscité d’entre les morts. Or, puisque le Seigneur a voulu ressusciter dans la même chair et donner des preuves si évidentes de sa résurrection, pourquoi l’homme croirait-il qu’il doit ressusciter dans une chair différente de la sienne ? Est-ce que le serviteur aurait du dédain pour sa chair, alors que le Seigneur n’a pas voulu changer celle qu’il a reçue de nous ?
Rab. Mais une aussi grande joie n’est pas destinée à rester cachée dans vos cœurs ; vous devez publier cette heureuse nouvelle à ceux qui partagent votre amour pour Jésus-Christ. " Et hâtez-vous d’aller dire à ses disciples qu’il est ressuscité. "
SÉV. Comme s’il disait : Femme qui est maintenant guérie, reviens trouver cet homme, et persuade-lui la foi, toi qui lui a persuadé autrefois l’incrédulité ; porte à l’homme la preuve de la résurrection, toi qui lui as donné autrefois le conseil qui l’a perdu. " Voici qu’il sera avant vous en Galilée "
S. Chrys. (hom. 89.) L’ange ajoute ces paroles, pour leur ôter toute crainte de danger qui aurait pu être. un obstacle à la foi.
S. Jér. Il vous précédera dans la Galilée, c’est-à-dire au sens mystique, dans le bourbier des nations, là où il n’y avait auparavant qu’erreur ténébreuse et terrain glissant, et où on ne pouvait poser le pied avec sûreté. " C’est là que vous le verrez ; je vous en avertis par avance.
BEDE. C’est avec raison que le Seigneur apparaît à ses disciples dans la Galilée, lui qui avait déjà passé de la mort à la vie, de la corruption à l’incorruptibilité, car le mot Galilée signifie transmigration. Heureuses femmes, qui méritèrent d’annoncer au monde le triomphe de la résurrection. Plus heureuses encore les âmes qui, au jour du jugement, mériteront d’entrer dans la joie de la bienheureuse résurrection, tandis que les méchants seront saisis d’épouvante.