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Ecclésiaste 8
LA sagesse de l’homme luit sur son visage, et le Tout-Puissant le lui change comme il lui plaît.
Pour moi, j’observe la bouche du roi, et les préceptes que Dieu a donnés avec serment.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La bouche ; c’est-à-dire ce qui sort de la bouche, les paroles, les ordres. On a déjà remarqué que cette sorte de métonymie était très usitée dans la Bible. ― Les préceptes, etc., pour les préceptes que Dieu a donnés avec serment.
Ne vous hâtez point de vous retirer de devant sa face, et ne persévérez point dans l’œuvre mauvaise ; parce qu’il fera tout ce qu’il voudra.
Sa parole est pleine de puissance, et nul ne peut lui dire : Pourquoi faites-vous ainsi ?
Celui qui garde le précepte, ne ressentira aucun mal. Le cœur du sage sait ce qu’il doit répondre, et quand il est temps de le faire.
Toutes choses ont leur temps et leurs moments favorables ; et c’est une grande misère à l’homme
de ce qu’il ignore le passé, et qu’il ne peut avoir aucune nouvelle de l’avenir.
Il n’est pas au pouvoir de l’homme d’empêcher que l’âme ne quitte le corps ; il n’a point de puissance sur le jour de la mort ; il ne peut avoir de trêve dans la guerre qui le menace, et l’impiété ne sauvera point l’impie.
J’ai considéré toutes ces choses, et j’ai appliqué mon cœur à discerner tout ce qui se fait sous le soleil. Un homme quelquefois en domine un autre pour son propre malheur.
J’ai vu des impies ensevelis, qui lors même qu’ils vivaient étaient dans le lieu saint, et qui étaient loués dans la cité, comme si leurs œuvres eussent été justes. Mais cela même est une vanité.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comme si leurs œuvres eussent été justes ; littéralement comme de justes œuvres (quasi justorum operum) ; ce génitif est gouverné par le mot hommes (viri) sous-entendu.
Car parce que la sentence ne se prononce pas sitôt contre les méchants, les enfants des hommes commettent le crime sans aucune crainte.
Mais néanmoins cette patience même avec laquelle le pécheur est souffert, après avoir cent fois commis des crimes, m’a fait connaître que ceux qui craignent Dieu et qui respectent sa face, seront heureux.
Que les méchants ne réussissent point, que les jours de leur vie ne soient pas longs, et que ceux qui ne craignent point la face du Seigneur, passent comme l’ombre.
Il se trouve encore une autre vanité sur la terre : Il y a des justes à qui les malheurs arrivent, comme s’ils avaient fait les actions des méchants ; et il y a des méchants qui vivent dans l’assurance, comme s’ils avaient fait les œuvres des justes. Mais je crois que c’est là encore une très-grande vanité.
C’est ce qui m’a porté à louer la joie et le repos. J’ai cru que le bien que l’on pouvait avoir sous le soleil était de manger, de boire et de se réjouir, et que l’homme n’emportait que cela avec lui de tout le travail qu’il avait enduré en sa vie, pendant les jours que Dieu lui a donnés sous le soleil.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le but de l’auteur dans ce verset n’est nullement de recommander une vie molle et voluptueuse. Voir Ecclésiaste, 2, 24.
J’ai appliqué mon cœur pour connaître la sagesse, et pour remarquer cette dissipation de l’esprit des hommes qui sont sur la terre. Tel se trouve parmi eux, qui ne dort et ne repose ni jour ni nuit.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La 4e et dernière section du livre de l’Ecclésiaste commence ici au verset et elle s’étend jusqu’au chapitre 12, verset 7. Elle donne le résumé des recherches et des expériences des trois sections précédentes et la conclusion finale. Il est impossible à la sagesse humaine d’approfondir l’œuvre de Dieu, voir Ecclésiaste, 8, 16-17 ; les bons, comme les méchants, sont soumis à la Providence dont la volonté est inscrutable, voir Ecclésiaste, 9, 1-2 ; ils doivent mourir et être oubliés, voir Ecclésiaste, 9, 3-6 ; nous devons donc jouir de la vie en attendant la mort, voir Ecclésiaste, 9, 7-10 ; le succès ne récompense pas toujours les efforts de l’habile et du sage, voir Ecclésiaste, 9, 11-12 ; la sagesse, quoique avantageuse en bien des cas, est souvent un objet de mépris pour la folie, voir Ecclésiaste, du chapitre 9, verset 13 au chapitre 10, verset 3. Nous devons être patients et obéir à ceux qui gouvernent, même quand ils sont injustes, parce que la résistance ne ferait qu’accroître nos maux, voir Ecclésiaste, 10, 4-11 ; la prudence dans les choses de la vie vaut mieux que la folie, voir Ecclésiaste, 10, 12-26. Il faut être charitable, dussions-nous faire des ingrats, car ceux à qui nous faisons du bien peuvent après tout nous en être reconnaissants, voir Ecclésiaste, 11, 1-2. Nous devons toujours travailler, puisque nous ignorons lesquels de nos efforts seront couronnés de succès, et rendre par ce travail la vie agréable, voir Ecclésiaste, 11, 3-8. Néanmoins, comme tout cela ne satisfait point l’âme, l’Ecclésiaste conclut en définitive que la pensée du jugement dernier doit être la règne de notre vie, voir Ecclésiaste, 11, 9-10, et que nous devons vivre depuis notre jeunesse jusqu’à la vieillesse dans la crainte de Dieu et du jugement final, dans lequel tout sera expliqué, voir Ecclésiaste, 12, 1-7.
Et j’ai reconnu que l’homme ne peut trouver aucune raison de toutes les œuvres de Dieu qui se font sous le soleil ; et que plus il s’efforcera de la découvrir, moins il la trouvera : quand le sage même dirait qu’il a cette connaissance, il ne pourra la trouver.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Ecclésiaste, 2, 14. ― La sagesse luit, se fait remarquer sur le visage du sage, et le Tout-Puissant change son visage, selon les circonstances ; par exemple, il lui donnera un air triste ou joyeux, selon que le sage se trouvera avec des gens qui seront dans la tristesse ou dans la joie.