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Ecclésiaste 3

TOUTES choses ont leur temps, et tout passe sous le ciel, après le terme qui lui a été prescrit.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Avec ce chapitre commence la 2e section, chapitres 3 à 5. Elle établit que l’homme n’est pas le maître de son sort, mais qu’il est tout entier entre les mains de Dieu et sous la dépendance de sa Providence. Tous les événements de la vie sont fixés et réglés. L’homme doit donc s’y soumettre et tâcher de tirer le meilleur parti possible de la vie présente. Quelques que soient les maux et les injustices qui règnent sur la terre, si l’homme a la crainte de Dieu, s’il remplit ses devoirs, s’il se confie en la Providence, s’il estime à leur juste valeur les biens de ce monde, s’il se contente de jouir des biens qui lui sont donnés, il aura agi sagement. Cette 2e section nous montre donc l’impuissance des efforts humains pour atteindre le bonheur, parce que nous ne pouvons lutter contre les événements et contre la Providence. La conclusion est qu’il faut se résigner à supporter les maux qu’on ne peut éviter et à jouir des biens que Dieu nous donne.

Il y a temps de naître, et temps de mourir ; temps de planter, et temps d’arracher ce qui a été planté.

Il y a temps de tuer, et temps de guérir ; temps d’abattre, et temps de bâtir.

Il y a temps de pleurer, et temps de rire ; temps de s’affliger, et temps de sauter de joie.

Il y a temps de jeter les pierres, et temps de les ramasser ; temps d’user du mariage, et temps de s’en abstenir.

Il y a temps d’acquérir, et temps de perdre ; temps de conserver, et temps de rejeter.

Il y a temps de déchirer, et temps de rejoindre ; temps de se taire, et temps de parler.

Il y a temps pour aimer, et temps pour haïr ; temps pour la guerre, et temps pour la paix.

Que retire l’homme de tout son travail ?

J’ai vu l’occupation que Dieu a donnée aux enfants des hommes, qui les travaille pendant leur vie.

Tout ce qu’il a fait est bon en son temps, et il a livré le monde à leurs disputes, sans que l’homme puisse reconnaître les ouvrages que Dieu a faits depuis le commencement du monde jusqu’à la fin.

Et j’ai reconnu qu’il n’y avait rien de meilleur que de se réjouir et de bien faire pendant sa vie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Rien de mieux que de se réjouir ; que d’être joyeux, mais d’une joie sage et modérée, opposée aux soucis immodérés dont il est question dans la note précédente.

Car tout homme qui mange et qui boit, et qui retire du bien de son travail, reçoit cela par un don de Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voit le bien ; hébraïsme, pour éprouver le bien, jouir du bien. C’est encore faussement que quelques incrédules prétendent trouver la morale d’Epicure dans ce verset, dont le sens tout naturel est que celui-là agit sagement qui, après avoir amassé quelques biens par son travail, en jouit modérément, comme d’autant de présents du ciel. Or, il n’y a rien là qui ressemble le moins du monde à l’épicurisme. Comparer à Proverbes, 2, 24.

J’ai appris que tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité ; et que nous ne pouvons ni rien ajouter, ni rien ôter, à tout ce que Dieu a fait, afin qu’on le craigne.

Ce qui a été, est encore ; ce qui doit être, a déjà été ; et Dieu rappelle ce qui est passé.

J’ai vu sous le soleil l’impiété dans le lieu du jugement, et l’iniquité dans le lieu de la justice.

Et j’ai dit en mon cœur : Dieu jugera le juste et l’injuste ; et alors ce sera le temps de toutes choses.

J’ai dit en mon cœur touchant les enfants des hommes, que Dieu les éprouve, et qu’il fait voir qu’ils sont semblables aux bêtes.

C’est pourquoi les hommes meurent comme les bêtes, et leur sort est égal. Comme l’homme meurt, les bêtes meurent aussi. Les uns et les autres respirent de même, et l’homme n’a rien de plus que la bête : tout est soumis à la vanité ;

et tout tend en un même lieu. Ils ont tous été tirés de la terre, et ils retournent tous dans la terre.

Commentaire (versets 18 à 20) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 18 à 20 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

C’est à tort que les incrédules ont prétendu trouver du matérialisme dans ces passages. L’auteur ne veut parler que du corps, qui est matériel, et de la décomposition que la mort fait subir aux parties qui le composent, puisqu’à Ecclésiaste, 12, 7, il déclare formellement que l’âme survit au corps.

Qui connaît si l’âme des enfants des hommes monte en haut, et si l’âme des bêtes descend en bas ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qui sait, etc. Il n’y a pas plus de matérialisme dans ce verset que dans les précédents. Salomon y dit seulement, ce qui est incontestable, que la raison humaine ne saurait voir clairement, par ses seules forces, quel peut être le sort réservé à l’homme après sa mort.

Et j’ai reconnu qu’il n’y a rien de meilleur à l’homme que de se réjouir dans ses œuvres, et que c’est là son partage. Car qui pourra le mettre en état de connaître ce qui doit arriver après lui ?