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Ecclésiaste 12

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Enregistrement réalisé par Jean-Marie Weber, mission-web.com, d'après la Bible Crampon (1923).

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Et souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse, avant que viennent les jours mauvais et qu’approchent les années dont tu diras : « Je n’y ai point de plaisir » ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Avant que vienne, etc. Cette phrase et les suivantes, jusqu’à la fin du verset 4, sont sous la dépendance de la proposition Souviens-toi de ton Créateur, dont elles forment l’apodose. ― Le temps de l’affliction ; c’est-à-dire de la vieillesse.

avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, et la lune et les étoiles, et que les nuages reviennent après la pluie ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le soleil, la lumière et les étoiles ; c’est-à-dire l’entendement, la mémoire, le raisonnement (volonté ?) ; en un mot, les différentes facultés de l’esprit humain. ― Avant que les nuées, etc. ; ces paroles marquent une suite de maux qui se succèdent les uns aux autres.

au jour où tremblent les gardiens de la maison, où se courbent les hommes forts, où celles qui moulent s’arrêtent parce que leur nombre est diminué, où s’obscurcissent celles qui regardent par les fenêtres,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les gardes de la maison, etc. Le corps de l’homme est comparé ici à une maison, de même que dans Job, 4, 19, et dans saint Paul (voir 2 Corinthiens, 5, 1). Or, les gardes sont les bras et les mains. ― Celles qui, etc. ; signifient les dents qui, chez les vieillards, sont ordinairement en petit nombre, et ne peuvent plus mâcher, ni mordre les aliments, et sont, par conséquent, oisives. ― Ceux qui regardaient ; c’est-à-dire les yeux. L’hébreu et les Septante portent celles qui regardaient : ce qui se conçoit d’autant plus aisément que, dans la langue hébraïque, le mot yeux est au féminin. ― Par les trous ; par les orbites, les cavités du crâne où les yeux sont placés.

où les deux battants de la porte se ferment sur la rue, tandis que s’affaiblit le bruit de la meule ; où l’on se lève au chant de l’oiseau, où disparaissent toutes les filles du chant ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et qu’on fermera, etc. Ces portes sont apparemment les lèvres que les vieillards ferment en mangeant, étant obligés de serrer leurs mâchoires et leurs gencives, pour mâcher avec elles, défaut de leurs dents. ― La rue ou la place publique (platea) désigne vraisemblablement ici le creux de la bouche. ― A la faible voix ; littéralement et par hébraïsme, à la faiblesse de la voix. ― Celle qui moud, peut s’entendre de la bouche elle-même, ou d’une des dents molaires. Comparer au verset précédent. ― Qu’on se lèvera, etc. Le sommeil des vieillards est court et souvent interrompu ; le moindre chant d’un petit oiseau les réveille. ― Les filles du chant, sont proprement les organes de la voix, tels que les poumons, l’épiglotte, les dents les lèvres, etc., comme aussi les oreilles, qui, dans la vieillesse, n’entendent plus et, par conséquent, sont entièrement insensibles à toute espèce de chant et d’harmonie. L’Ecriture nous en offre un exemple dans la personne du vieillard octogénaire Berzellaï (voir 2 Rois, 19, 35). Nous ferons observer, à cette occasion, qu’en hébreu l’expression fils ou fille d’une chose se donne à tout ce qui dépend de cette chose, à tout ce qui lui appartient, à tout ce qui a un rapport avec elle. ― L’image tirée de la faible voix de celle qui moud est très naturelle en Palestine. Le bruit de la meule qui écrase le pain caractérise les lieux habités en Orient, comme le bruit des voitures caractérise les grandes villes de l’Occident. On l’entend encore aujourd’hui quand on passe dans les rues des villes et des villages et près des campements arabes. ― Les figures et les métaphores employées dans cette description de la vieillesse peuvent nous paraître bien recherchées, mais sont tout à fait dans le goût des Orientaux. A la fin d’un manuscrit syriaque de la Sainte Ecriture, le copiste a écrit cette prière : « Daigne, Seigneur, ne pas nous priver de la récompense des cinq sœurs jumelles qui se sont fatiguées à travailler, et des (deux oublié ?) autres sœurs qui leur ont prêté le secours du regard pour semer, avec la vertu de l’Esprit-Saint et les ailes d’un oiseau, leur semence dans un champ paisible. » Les cinq sœurs jumelles sont les cinq doigts de la main qui a écrit ; les deux autres sœurs jumelles sont les deux yeux ont lu le manuscrit copié ; les ailes de l’oiseau ont fourni leurs plumes pour écrire, le champ est le papier ou le parchemin et la semence, ce sont les pensées.

où l’on redoute les lieux élevés, où l’on a des terreurs dans le chemin, où l’amandier fleurit, où la sauterelle devient pesante, et où la câpre n’a plus d’effet, car l’homme s’en va vers sa maison d’éternité, et les pleureurs parcourent les rues ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

On craindra aussi, etc. Les vieillards craindront de monter, parce que leurs jambes ne seront plus flexibles, ni leur poitrine et leur respiration libres et dégagées ; et dans le chemin même, ils marcheront avec peine, et toujours dans l’appréhension de trébucher, de rencontrer un sentier raboteux et inégal. ― L’amandier fleurira ; c’est-à-dire que les cheveux des vieillards paraîtront comme la fleur de l’amandier, qui fleurit blanc. ― La sauterelle engraissera ; c’est-à-dire, comme porte l’hébreu, deviendra lourde et pesante ; en sorte qu’elle ne pourra plus ni voler, ni sauter ; autre image de l’homme parvenu à la vieillesse. ― Le câprier se dissipera. Cet arbrisseau, s’entrouvrant, produit une fleur blanche qui tombe bientôt, et qui découvre une espèce de gland oblong. Or, cette fleur représente assez naturellement les cheveux blancs qui tombent de la tête des vieillards, et qui la leur laissent toute pelée et toute chauve. ― La maison de son éternité ; c’est-à-dire le tombeau, où il demeurera jusqu’à la fin du monde.

avant que se rompe le cordon d’argent, que se brise l’ampoule d’or, que la cruche se casse à la fontaine, que la poulie se brise et roule dans la citerne ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Souviens-toi de ton Créateur. Ces mots du 1er verset sont évidemment sous-entendus ; sans eux, le sens des versets 6 et 7 resterait suspendu et serait incomplet. ― Le cordon d’argent et la bandelette d’or figurent probablement les liens qui attachent à la vie. ― La cruche qui se brise sur la fontaine peut signifier le cœur qui se brise à la source de la vie, et la roue qui se rompt sur la citerne, les poumons qui n’aspirent plus l’air.

et que la poussière retourne à la terre, selon ce qu’elle était ; et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ce verset suffit pour venger l’auteur de l’Ecclésiaste du reproche de matérialisme ; il est impossible de s’exprimer d’une manière plus claire sur le dogme de la survivance de l’âme au corps.

Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, tout est vanité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’épilogue, chapitre 12, versets 8 à 14, contient la solution du problème énoncé dans le prologue. Tous les efforts de l’homme pour obtenir la félicité complète sur la terre sont vains, voir Ecclésiaste, 12, 8 ; l’expérience de Salomon, le plus sage des hommes, qui a essayé de tout, en est la preuve, voir Ecclésiaste, 12, 9-10. Les livres sacrés, qui nous apprennent la vraie sagesse, conduisent à la vraie félicité, voir Ecclésiaste, 12, 11-12 ; ils nous apprennent qu’il y a un juge équitable qui, au grand jour du jugement, nous rendra selon nos œuvres. La règle de la vie, c’est donc de le craindre et de garder ses commandements, c’est-à-dire de pratiquer fidèlement la religion, voir Ecclésiaste, 12, 13-14. C’est par conséquent Dieu, la pensée de Dieu, qui résout le problème de la destinée de l’âme que s’est posé l’Ecclésiaste. Si Dieu n’intervient pas personnellement dans ce livre, comme dans celui de Job, avec lequel il a tant de ressemblance par le sujet, c’est lui du moins qui donne la solution comme dans Job. Dieu est toujours présent à Salomon ; il ne nomme pas moins de 37 fois dans douze chapitres ; c’est bien le crains Dieu qui est le devoir de l’homme, voir Ecclésiaste, 5, 6 ; 12, 13, d’où dépend sa félicité, voir Ecclésiaste, 8, 12, et son sort définitif, voir Ecclésiaste, 7, 18 (Vulgate, 7, 19) ; 11, 9 ; 12, 14. Telle est la pensée dominante de l’Ecclésiaste et l’explication du livre.

Outre que l’Ecclésiaste fut un sage, il a encore enseigné la science au peuple ; il a pesé et sondé, et il a disposé un grand nombre de sentences.

L’Ecclésiaste s’est étudié à trouver un langage agréable, et à écrire avec exactitude des paroles de vérité.

Les paroles des sages sont comme des aiguillons, et leurs recueils comme des clous plantés ; elles sont données par un seul Pasteur.

Et quand à plus de paroles que celles-ci, mon fils, sois averti. Multiplier les livres n’aurait pas de fin, et beaucoup d’étude est une fatigue pour la chair.

Fin du discours, le tout entendu : Crains Dieu et observe ses commandements, car c’est là le tout de l’homme.

Car Dieu citera en un jugement portant sur tout ce qui est caché, toute œuvre, soit bonne, soit mauvaise.