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1 Machabées 15
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Le roi Antiochus, fils de Démétrius, envoya des îles de la mer une lettre à Simon, grand prêtre et ethnarque des Juifs, et à toute la nation ;
elle était ainsi conçue : « Le roi Antiochus, à Simon, grand prêtre et ethnarque, et à la nation des Juifs, salut !
Puisque des misérables se sont emparés du royaume de nos pères, que je veux le revendiquer afin de le rétablir tel qu’il était auparavant, et que j’ai rassemblé des troupes nombreuses et équipé beaucoup de vaisseaux de guerre ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
A la vérité, dans la Vulgate est précédé de quoniam. Voir sur ce mot, 1 Machabées, 14, 28. ― Des hommes, etc. ; ces usurpateurs étaient Alexandre Balas, Antiochus Théus, son fils, et particulièrement Tryphon.
ayant l’intention de débarquer dans le pays, pour tirer vengeance de ceux qui ont ruiné notre pays et qui ont dévasté un grand nombre de villes de ce royaume,
je te confirme toutes les remises de tributs que t’ont accordées les rois mes prédécesseurs, et toutes les autres remises qu’ils t’ont concédées.
Je te permets de frapper monnaie à ton empreinte pour ton pays.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
C’est donc de Simon Machabée que datent les plus anciens sicles hébreux, nom des monnaies hébraïques. Voir la note 25 à la fin du volume.
Que Jérusalem et le temple soient libres ; que toutes les armes que tu as fabriquées et les forteresses que tu as bâties et que tu occupes te demeurent.
Que toute chose due ou à devoir au trésor royal te soit remise dès à présent et pour toujours.
Lorsque nous serons rentrés en possession de notre royaume, nous t’honorerons magnifiquement, toi, ta nation et le sanctuaire, de telle sorte que votre gloire brillera dans tout l’univers. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Antiochus VII traite ainsi Simon et les Juifs, parce qu’il a besoin de se ménager des amis et des secours contre Tryphon. Celui-ci, après a captivité de Démétrius II, laquelle était si favorable à son ambition, continuait à combattre contre les généraux du roi prisonnier, contre Dionysios en Mésopotamie, Sarpédon et Palamède en Syrie et Æschion à Séleucie sur la mer. Cette ville était en la possession de la reine Cléopâtre, successivement femme d’Alexandre Balas et de Démétrius II (voir plus haut, 1 Machabées, 10, 57). La crainte qu’inspirait Tryphon était si grande qu’Antiochus VII n’eut pas d’abord le succès qu’il avait espéré en quittant l’île de Rhodes : aucune ville ne voulut le recevoir et il était réduit à vivre errant et fugitif, lorsque Cléopâtre, craignant que le parti de Tryphon ne l’emportât à Séleucie, se résolut, pour conserver son titre de reine, à offrir au frère de son mari de l’épouser et assit ainsi sa fortune. Tryphon fut alors abandonné et le nouveau roi put en triompher.
L’an cent soixante-quatorze, Antiochus se mit en marche vers le pays de ses pères, et toutes les troupes vinrent se ranger auprès de lui, de sorte que peu d’hommes demeurèrent à Tryphon.
Le roi Antiochus se mit à sa poursuite, et Tryphon vint en fuyant à Dora, sur la mer.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
; 15.13 ; 15.25 Dora, ville maritime de la Palestine, au midi du mont Carmel. ― Le long de la mer, littéralement, par la maritime (per maritimam), sous-entendu, rive (ripa) ou côte (ora).
Car il voyait que des maux s’amassaient sur lui et que son armée l’abandonnait.
Antiochus vint camper devant Dora avec cent vingt mille combattants et huit mille cavaliers.
Il investit la ville et, comme des navires s’approchèrent du côté de la mer, il la pressa et par terre et par mer, ne laissant personne y entrer ou en sortir.
Cependant arrivèrent de la ville de Rome Numénius et ceux qui l’avaient accompagné, avec des lettres adressées aux rois et aux pays ; en voici la teneur :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Numénius avait été envoyé à Rome par Simon, pour renouveler l’alliance avec les Romains (voir 1 Machabées, 14, 24).
« Lucius, consul des Romains, au roi Ptolémée, salut !
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Lucius Calpurnius Pison, selon plusieurs interprètes. ― Lucius Calpurnius Pison fut consul avec M. Popillius Lœnas, l’an de Rome 615, c’est-à-dire l’an 139 avant Jésus-Christ. Le second consul, Lœnas, n’est pas nommé dans cette lettre, parce qu’il était alors en Espagne. ― Au roi Ptolémée VII Physcon, qui, après la mort de son frère Ptolémée VI Philométor (voir plus haut, 1 Machabées, 11, 18), régna encore 29 ans.
Les ambassadeurs des Juifs se sont rendus auprès de nous comme nos amis et nos alliés, pour renouveler l’ancienne amitié et alliance, ayant été envoyés par le grand prêtre Simon et par le peuple juif.
Ils ont apporté un bouclier d’or de mille mines.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mille mines. Voir Ezéchiel, 45, 12.
C’est pourquoi il nous a semblé bon d’écrire aux rois et aux pays de ne pas leur causer de dommage, de n’attaquer ni eux, ni leurs villes, ni leur pays, et de ne pas prêter assistance à ceux qui leur feraient la guerre.
Il nous a semblé bon de recevoir d’eux le bouclier.
Si donc des hommes pervers se sont enfuis de leur pays dans le vôtre, livrez-les au grand prêtre Simon pour qu’il les châtie selon leur loi. »
La même lettre fut adressée au roi Démétrius, à Attale, à Ariarathe et à Arsace,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ces mêmes, etc. Cette lettre fut adressée à Démétrius, dot les Romains ignoraient la captivité chez les Parthes, et qui la lui écrivirent, parce qu’ils n’avaient reconnu ni Tryphon ni Antiochus Sidètes. ― Attale II surnommé Philadelphe. ― Ariarathès VI surnommé Philopator. ― Arsacès ou Mithridate Ier. Comparer à 1 Machabées, 14, 2. ― Ariarathès VI (ou plutôt V) Philopator régna en Cappadoce de 162 à 130 avant notre ère. ― Attale II Philadelphe régna jusqu’en 138.
ainsi qu’à tous les pays : à Lampsaque, aux Spartiates, à Délos, à Mynde, à Sicyone, à la Carie, à Samos, à la Pamphylie, à la Lycie, à Halicarnasse, à Rhodes, à Phasélis, à Cos, à Side, à Aradus, à Gortyne, à Cnide, à Chypre et à Cyrène.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Lampsaque, ville célèbre dans la Mysie sur l’Hellespont. ― Délos, île célèbre de la mer Egée. ― Myndos, ville de Carie. ― Sicyone, ville très ancienne dans l’Achaïe. ― Carie, province maritime de l’Asie Mineure. ― Samos, île près des côtes de l’Asie Mineure. ― Pamphylie ; il y a plusieurs villes de ce nom ; celle-ci est probablement celle de Cilicie, au-delà du mont Taurus, et qui a donné son nom à une petite province. ― Lycie ; elle est voisine de la Pamphylie. ― Halicarnasse, ville de Carie, très célèbre dans l’antiquité. ― Coo, île et ville célèbre de la Carie. ― Side ou Sidem, ville de Pamphylie. ― Aradon ou Arade, île près des côtes de Syrie. ― Rhodes, ville et île célèbre par son colosse. ― Phasélis ou Phasélides, ville maritime sur les confins de la Lycie et de la Pamphylie. ― Gortyne, ville fameuse dans l’île de Crète. ― Gnide, île voisine de Rhodes. ― Chypre, île très connue. ― Cyrène, province d’Egypte.
Ils firent une copie de cette lettre pour Simon, le grand prêtre.
Le roi Antiochus attaqua Dora le second jour, faisant approcher ses troupes toujours de plus en plus près, et construisant des machines ; et il enferma Tryphon, de manière qu’on ne pouvait ni entrer ni sortir.
Alors Simon lui envoya un secours de deux mille hommes d’élite, ainsi que de l’argent, de l’or et un appareil considérable.
Le roi ne voulut pas les recevoir, mais il révoqua tous les engagements antérieurs qu’il avait pris vis-à-vis de Simon et il se retira de lui.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Antiochus VII, sûr maintenant du succès contre Tryphon, change de conduite et, contrairement à tout ce qu’il avait écrit, versets 2 à 9, il se montre très exigeant envers les Juifs.
Il lui envoya Athénobius, un de ses amis, pour s’aboucher avec lui et lui dire : « Vous occupez Joppé, Gazara et la citadelle de Jérusalem, qui sont des villes de mon royaume.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Athénobius, l’un de ses amis. Sur ce titre, voir 1 Machabées, 2, 18.
Vous avez dévasté leurs environs, faisant un grand ravage dans le pays, et vous vous êtes rendus maîtres de beaucoup de lieux qui font partie de mes états.
Maintenant donc, livrez-nous les villes dont vous vous êtes emparés et les tributs des localités dont vous vous êtes rendus maîtres, en dehors du territoire de la Judée.
Sinon, donnez à la place cinq cents talents d’argent, et, pour les dévastations que vous avez commises et pour les tributs dus par ces villes, cinq cents autres talents : faute de quoi nous irons vous faire la guerre. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Cinq cent talents d’argent. Voir 1 Machabées, 11, 28.
Athénobius, ami du roi, étant arrivé à Jérusalem, vit la magnificence de Simon, un buffet couvert de vases d’or et d’argent, et la grande pompe dont il était entouré ; il en fut stupéfait et il répéta les paroles du roi.
Simon lui répondit : « Ce n’est point une terre étrangère que nous avons prise, ni des biens d’autrui dont nous nous sommes emparés ; mais c’est l’héritage de nos pères, qui avait été pendant quelque temps injustement possédé par nos ennemis.
Pour nous, trouvant l’occasion favorable, nous revendiquons l’héritage de nos pères.
Quant à Joppé et à Gazara que tu réclames, ces deux villes faisaient beaucoup de mal à notre peuple et dans notre pays ; nous donnerons pour elles cent talents. » Athénobius ne lui répondit pas un mot,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Elles-mêmes ; littéralement, et par hébraïsme, eux-mêmes (ipsi), au masculin, parce que les villes dont il s’agit ici sont mises pour leurs habitants.
mais il s’en retourna irrité vers le roi, et lui rapporta la réponse de Simon, la magnificence de sa cour et tout ce qu’il avait vu ; ce qui jeta le roi dans une grande colère.
Or, Tryphon s’enfuit sur un navire à Orthosias.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Orthosiade, ville de la Phénicie, vis-à-vis de l’île d’Arade (voir verset 23).
Le roi nomma Cendébée commandant du littoral, et lui donna une armée de fantassins et de cavaliers.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
On ne sait de Cendébée que ce qui est raconté ici et dans le chapitre suivant.
Et il lui ordonna d’établir son camp en face de la Judée, de fortifier Gédor, d’en assurer les portes et de guerroyer contre le peuple. Le roi cependant poursuivait Tryphon.
Cendébée, s’étant rendu à Jamnia, commença à irriter le peuple, à envahir la Judée, à faire des prisonniers et à massacrer. Il fortifia Gédor
Commentaire (versets 39 à 40) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 39 à 40 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Gédor, ville de la Palestine, que l’on place aux environs de Jamnia et d’Azot (voir 1 Machabées, 4, 15 et Josué, 15, 58).
et il y mit des cavaliers et des troupes de pied, pour faire des sorties et infester les chemins de la Judée, comme le roi le lui avait commandé.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Antiochus, surnommé plus tard Sidètes, était dans l’île de Rhodes, lorsqu’il apprit la captivité de son frère Démétrius, et ce fut de là qu’il écrivit à Simon. ― Le roi Antiochus VII Sidètes, ainsi surnommé de la ville de Sida, en Pamphylie, où il avait été élevé, fils de Démétrius Ier et frère de Démétrius II, fut roi de Syrie pendant les dix ans que dura la captivité de son frère chez les Parthes, voir plus haut 1 Machabées, 10, 67. Il continua la guerre contre Tryphon, le battit et l’assiégea à Dora, sur le bord de la mer, en Phénicie. Tryphon réussit à s’échapper et à se sauver à Ptolémaïde, puis à Orthosiade et enfin à Apamée, place forte sur l’Oronte. Antiochus VII l’y poursuivit et c’est là que Tryphon perdit la vie, voir plus haut, 1 Machabées, 11, 39. Antiochus VII se trouva ainsi seul maître de la Syrie. Pendant le siège de Dora, Simon, qui en avait reçu beaucoup de privilège, lui avait offert des secours, mais le Séleucide, n’étant plus bien disposé en sa faveur, les avait refusés avec hauteur et avait réclamé à Simon plusieurs villes et même la citadelle de Jérusalem, ce qui fut naturellement refusé. Antiochus VII envoya alors, pendant qu’il poursuivait Tryphon, son général Cendébée contre la Judée. Celui-ci fut battu par les fils de Simon. Le roi lui-même fit plus tard en personne une campagne contre Jean Hyrcan, fils et successeur de Simon. Jérusalem soutint un long siège, qui se termina par une paix assez onéreuse pour les Juifs en 133. En 129, le belliqueux Sidètes entreprit une guerre contre les Parthes. Il y perdit la vie, on ne sait au juste en quelle année (128, 127 ou 126).