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2 Rois 17
LA douzième année d’Achaz, roi de Juda, Osée, fils d’Ela, régna sur Israël à Samarie pendant neuf ans.
Il fit le mal devant le Seigneur, mais non comme les rois d’Israël qui avaient été avant lui.
Salmanasar, roi des Assyriens, marcha contre lui, et Osée fut asservi à Salmanasar, roi des Assyriens, et lui payait tribut.
Mais le roi des Assyriens ayant découvert qu’Osée pensait à se révolter contre lui, et que pour s’affranchir du tribut qu’il lui payait tous les ans, il avait envoyé des ambassadeurs à Sua, roi d’Egypte, il l’assiégea ; et l’ayant pris, il l’envoya lié en prison.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sua ou Schabak, roi éthiopien qui était devenu maître de l’Egypte, en 725. Il appartient à la XXVe dynastie égyptienne. Il alla trop tard au secours des Israélites et fut battu par les Assyriens après la chute de Samarie.
Salmanasar fit d’abord des courses par tout le pays ; et étant venu ensuite à Samarie, il la tint assiégée pendant trois ans.
La neuvième année d’Osée, le roi des Assyriens prit Samarie, et transféra les Israélites au pays des Assyriens, et les fit demeurer dans Hala et dans Habor, villes des Mèdes, près du fleuve de Gozan.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 4 Rois, 18, 10. ― En Hala, etc. Ce passage assez obscur, et que nous avons traduit littéralement de la Vulgate, paraît signifier d’après l’hébreu : En Hala, et sur le Habor, fleuve du pays de Gozan, et dans les villes des Mèdes. L’endroit parallèle, voir 4 Rois, 18, 11, est absolument le même dans le texte original, mais non pas dans la Vulgate. Quant à la différence qui se trouve dans 1 Paralipomènes, 5, 26, nous pensons qu’elle ne peut provenir que d’une faute de copiste. ― Samarie fut prise l’an 721 avant Jésus-Christ. ― Les inscriptions cunéiformes ont fourni sur les pays mentionnés ici des lumières nouvelles, Hala est la Chalcitide entre Anthémuse et le pays de Gozan en Mésopotamie. ― Le Habor est un affluent de l’Euphrate, appelé encore aujourd’hui Khabour. Sa principale source est à l’ouest de Mardin. Il se jette dans l’Euphrate à Kerkésiah. ― Gozan, limitrophe de la Chalcitide, était en Mésopotamie.
Car depuis longtemps les enfants d’Israël avaient péché contre le Seigneur, leur Dieu, qui les avait tirés de l’Egypte, et délivrés de la main de Pharaon, roi d’Egypte, et ils adoraient des dieux étrangers.
Ils vivaient selon les coutumes des nations que le Seigneur avait exterminées à l’entrée des enfants d’Israël, et selon les coutumes des rois d’Israël, qui avaient imité ces nations.
Les enfants d’Israël avaient offensé le Seigneur, leur Dieu, par ces actions criminelles, et s’étaient bâti des hauts lieux dans toutes leurs villes, depuis les tours des gardes jusqu’aux villes fortes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Depuis la Tour des gardes jusqu’à la Cité fortifiée, depuis le plus petit village ou une maison isolée jusqu’aux grandes villes.
Ils avaient aussi dressé des statues et planté des bois sur toutes les hautes collines, et sous tous les arbres chargés de feuillage.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des statues, des cippes de Baal et d’Astaroth. ― Et des bois sacrés. Voir Exode, note 34.13.
Et ils brûlaient de l’encens sur les autels, comme les nations que le Seigneur avait exterminées à leur entrée. Ils commettaient des actions très-criminelles par lesquelles ils irritaient le Seigneur.
Ils adoraient des abominations, contre la défense expresse que le Seigneur leur en avait faite.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les impuretés ; selon l’hébreu : les ordures ; c’est-à-dire les idoles.
Le Seigneur avait fait souvent ces protestations dans Israël et dans Juda par tous ses prophètes, et par ceux qu’on appelait les voyants, et il leur avait dit : Quittez vos voies corrompues, et revenez à moi ; gardez mes préceptes et mes cérémonies selon toutes les lois que j’ai prescrites à vos pères, et selon que je vous l’ai déclaré par les prophètes, mes serviteurs, que je vous ai envoyés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jérémie, 25, 5.
Et ils n’avaient point voulu écouter le Seigneur ; mais leur tête était devenue dure et inflexible comme celle de leurs pères, qui n’avaient point voulu obéir au Seigneur, leur Dieu.
Ils avaient rejeté ses lois, et l’alliance qu’il avait faite avec leurs pères, aussi bien que toutes les remontrances qu’il leur avait fait faire par ses serviteurs. Ils avaient couru après les vanités et le mensonge, et ils avaient agi vainement, en suivant les nations dont ils étaient environnés, quoique le Seigneur leur eût défendu si expressément de faire ce qu’elles faisaient.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les vanités. C’est encore un nom que l’Ecriture donne aux idoles.
Ils avaient abandonné toutes les ordonnances du Seigneur, leur Dieu ; ils s’étaient fait deux veaux de fonte ; ils avaient planté de grands bois, avaient adoré tous les astres du ciel, et avaient servi Baal.
Ils sacrifiaient leurs fils et leurs filles, et les faisaient passer par le feu. Ils s’attachaient aux divinations et aux augures, et s’abandonnaient aux actions criminelles, qu’ils commettaient devant le Seigneur, en sorte qu’ils l’irritaient.
Le Seigneur ayant donc conçu une grande indignation contre les enfants d’Israël, les rejeta de devant sa face, et il ne demeura plus que la seule tribu de Juda.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il les ôta, etc. Il les éloigna de la terre qu’il leur avait donnée, ou du temple où il se rendait en quelque sorte présent à eux. ― La tribu de Juda seulement. Sous le nom de Juda, on comprenait Benjamin et Lévi, tribus qui, s’étant unies à celle de Juda, ne firent avec elle qu’un seul et même corps en s’établissant dans le royaume de Juda.
Et Juda même ne garda point les commandements du Seigneur, son Dieu, mais marcha dans les erreurs et les égarements d’Israël.
Le Seigneur abandonna donc toute la race d’Israël : il les affligea, et les livra en proie à ceux qui étaient venus les piller, jusqu’à ce qu’il les rejetât entièrement de devant sa face.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Toute la race d’Israël ; c’est-à-dire les dix tribus d’Israël qui abandonnèrent le culte du Seigneur.
Ceci commença dès le temps qu’Israël fit schisme, qu’il se sépara de la maison de David, et que les dix tribus établirent Jéroboam, fils de Nabat, pour être leur roi : car Jéroboam sépara Israël d’avec le Seigneur, et les fit tomber dans un grand péché.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 3 Rois, 12, 19.
Les enfants d’Israël marchèrent ensuite dans tous les péchés de Jéroboam, et ils ne s’en retirèrent point,
jusqu’à ce qu’enfin le Seigneur rejetât Israël de devant sa face, comme il l’avait prédit par tous les prophètes, ses serviteurs, et qu’Israël fût transféré de son pays dans l’Assyrie, comme il l’est encore aujourd’hui.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jérémie, 25, 9. ― Devant jusqu’à ce jour, il faut suppléer l’ellipse où il était resté.
Or le roi des Assyriens fit venir des habitants de Babylone, de Cutha, d’Avah, d’Emath et de Sépharvaïm, et les établit dans les villes de Samarie en la place des enfants d’Israël. Ces peuples possédèrent Samarie, et habitèrent dans ses villes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le roi des Assyriens, Sargon, successeur de Salmanasar. ― Babylone, la capitale de la Chaldée sur l’Euphrate. ― Cutha, aujourd’hui Tell Ibrahim, à 16 kilomètres au nord-est de Babylone. ― Ava, inconnue. ― Emath, sur l’Oronte, dans la Cœlésyrie. ― Sépharvaïm ou les deux Sippara, aujourd’hui Tell Abou-Habba, au sud-ouest de Bagdad, un peu à l’est du lit actuel de l’Euphrate, autrefois sur l’Euphrate même. Les ruines couvrent une surface de plus de trois kilomètres de circonférence.
Lorsqu’ils eurent commencé à y demeurer, comme ils ne craignaient point le Seigneur, le Seigneur envoya contre eux des lions qui les tuaient.
On en porta la nouvelle au roi des Assyriens, et on lui fit dire : Les peuples que vous avez transférés en Samarie, et auxquels vous avez commandé de demeurer dans ses villes, ignorent la manière dont le Dieu de ce pays-là veut être adoré ; et ce Dieu a envoyé contre eux des lions qui les tuent, parce qu’ils ne savent pas la manière dont le Dieu de cette terre veut être adoré.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Au roi des Assyriens, Sargon.
Alors le roi des Assyriens leur donna cet ordre, et leur dit : Envoyez en Samarie l’un des prêtres que vous en avez emmenés captifs ; qu’il y retourne, et demeure avec ces peuples, afin qu’il leur apprenne le culte qui doit être rendu au Dieu du pays.
Ainsi l’un des prêtres qui avaient été emmenés captifs de la province de Samarie, y étant revenu, demeura à Béthel, et il leur apprenait la manière dont ils devaient honorer le Seigneur.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Béthel. Voir Genèse, 12, 8.
Chacun de ces peuples ensuite se forgea son dieu, et ils les mirent dans les temples des hauts lieux que les Samaritains avaient bâtis ; chaque nation mit le sien dans la ville où elle habitait :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Chaque nation ; littéralement et par hébraïsme : nation et nation.
Les Babyloniens se firent leur dieu Sochoth-Bénoth ; les Cuthéens, Nergel ; ceux d’Emath, Asima ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sochoth-Bénoth, probablement Zirbanit, la déesse « qui donne une postérité », adorée à Babylone. ― Nergel ou Nergal, le dieu-lion, est appelé dans les documents cunéiformes, « le dieu des hommes de Cutha ». ― Asima, représenté, selon les Talmudistes, sous la forme d’un bouc sans poils, est encore inconnu.
les Hévéens firent Nébahaz et Tharthac ; mais ceux de Sépharvaïm faisaient passer leurs enfants par le feu et les brûlaient pour honorer Adramélech et Anamélech, dieux de Sépharvaïm.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Nébahaz et Tharthac avaient, disent les Rabbins, le premier, la forme d’un chien, le second, celle d’un âne, mais leurs noms n’ont pas été retrouvés par les savants modernes. ― Adramélech et Anamélech sont Adar-Mélek et Anu ou Oannès-mélek, dieux souvent nommés dans les inscriptions assyriennes. Adar est un dieu solaire. Anu était le démiurge. On le représentait moitié homme, moitié poisson.
Tous ces peuples ne laissaient pas d’adorer le Seigneur. Ils choisissaient les derniers du peuple pour les établir prêtres de leurs hauts lieux, et ils offraient leurs sacrifices dans ces temples.
Et quoiqu’ils adorassent le Seigneur, ils servaient en même temps leurs dieux, selon la coutume des nations, du milieu desquelles ils avaient été transférés en Samarie.
Ces peuples suivent encore aujourd’hui leurs anciennes coutumes. Ils ne craignent point le Seigneur, ils ne gardent point ses cérémonies, ni ses ordonnances, ni ses lois, ni les préceptes qu’il donna aux enfants de Jacob, qu’il surnomma Israël,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 32, 28.
avec lesquels il avait contracté son alliance, en leur donnant ce commandement si exprès : Ne révérez point les dieux étrangers, ne les adorez point, ne les servez point, et ne leur sacrifiez point ;
mais rendez tous ces devoirs au Seigneur, votre Dieu, qui vous a tirés de l’Egypte par une grande puissance, et en déployant la force de son bras. Révérez-le, adorez-le, et lui offrez vos sacrifices.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ne craignez que lui, etc. C’est le vrai sens de l’hébreu et de la Vulgate, il est commandé par la construction.
Gardez ses cérémonies, ses ordonnances, ses lois, et les préceptes qu’il vous a donnés par écrit ; observez-les tous les jours de votre vie : n’ayez aucune crainte des dieux étrangers.
N’oubliez jamais l’alliance qu’il a faite avec vous, et n’honorez point les dieux étrangers ;
mais craignez le Seigneur, votre Dieu ; et ce sera lui qui vous délivrera de la puissance de tous vos ennemis.
Cependant ils n’ont point écouté ces préceptes, et ils ont suivi leurs anciennes coutumes.
Ainsi ces peuples ont craint le Seigneur ; mais ils ont servi en même temps les idoles. Car leurs fils et leurs petits-fils font encore aujourd’hui ce qu’ont fait leurs pères.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 4 Rois, 18, 9 ; Tobie, 1, 2. ― Salmanasar, roi des Assyriens, successeur de Téglath-Phalasar et prédécesseur de Sargon, régna de 727 à 723 ou 722 avant Jésus-Christ. Dans les inscriptions assyriennes, Sargon s’attribue la prise de Samarie dont le siège avait été commencé par Salmanasar.