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Genèse 3

OR le serpent était le plus fin de tous les animaux que le Seigneur Dieu avait formés sur la terre. Et il dit à la femme : Pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres qui sont dans le paradis ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Par le serpent, il faut entendre dans tout le récit le démon qui a pris la forme de ce reptile. ― « Osons le dire, tout a ici en apparence un air fabuleux, dit Bossuet. Un serpent parle, une femme écoute ; un homme si parfait et si éclairé se laisse entraîner à une tentation grossière ; tout le genre humain tombe avec lui dans le péché et dans la mort : tout cela paraît insensé. Mais c’est ici que commence la vérité de cette sublime sentence de saint Paul : Ce qui est en Dieu une folie apparente est plus sage que la sagesse des hommes… Ne regardons pas [la finesse du serpent] comme la finesse d’un animal sans raison, mais comme la finesse du diable, qui, par une permission divine, était entré dans le corps de cet animal. Comme Dieu paraissait à l’homme sous une forme sensible, il en était de même des anges… Il était juste, l’homme étant composé de corps et d’âme, que Dieu se fit connaître à lui selon l’un et l’autre, selon le sens comme selon l’esprit. Il en était de même des anges qui conversaient avec l’homme, en telle forme que Dieu permettait et sous la figure des animaux. Eve ne fut donc point surprise d’entendre parler un serpent, comme elle ne le fut pas de voir Dieu même paraître sous une forme sensible. » ― Pourquoi ? « Le tentateur procède par interrogation et tâche d’abord de produire un doute. La première faute d’Eve, c’est de l’avoir écouté et d’être entrée avec lui en raisonnement. La première faute de ceux qui errent, c’est de douter. » (BOSSUET.)

La femme lui répondit : Nous mangeons du fruit de tous les arbres qui sont dans le paradis :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nous mangeons, etc. « Telle fut la réponse d’Eve, où il n’y a rien que de véritable, puisqu’elle ne fait que répéter le commandement du Seigneur. Il ne s’agit donc pas de bien répondre ou de dire de bonnes choses, mais de les dire à propos. Eve eut dû ne point parler du tout au tentateur, qui lui venait demander des raisons d’un commandement où il n’y avait qu’à obéir et non point à raisonner. » (BOSSUET.)

mais pour ce qui est du fruit de l’arbre qui est au milieu du paradis, Dieu nous a commandé de n’en point manger, et de n’y point toucher, de peur que nous ne fussions en danger de mourir.

Le serpent repartit à la femme : Assurément vous ne mourrez point.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 2 Corinthiens, 11, 3. ― Vous ne mourrez pas de mort. Voir note 2.17. ― Le serpent « vit qu’Eve était éblouie de la nouveauté et que déjà elle entrait dans le doute qu’il lui voulait suggérer, il ne garde plus de mesures ; il flatte l’orgueil, il pique et excite la curiosité. L’orgueil entra avec ces paroles : Vous serez comme des dieux. Celles-ci : Vous saurez le bien et le mal, excitèrent la curiosité. » (BOSSUET.)

Mais c’est que Dieu sait, qu’aussitôt que vous aurez mangé de ce fruit, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.

La femme considéra donc que le fruit de cet arbre était bon à manger ; qu’il était beau et agréable à la vue. Et en ayant pris, elle en mangea, et en donna à son mari, qui en mangea aussi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Ecclésiastique, 25, 33 ; 1 Timothée, 2, 14. ― La femme vit… « Eve commence à regarder ce fruit défendu et c’est un commencement de désobéissance. C’est vouloir être réduite que de se rendre attentive à la beauté et au goût qui lui avait été interdit. La voilà donc occupée des beautés de cet objet défendu et comme convaincue que Dieu était trop sévère de leur défendre l’usage d’une chose si belle, sans songer que le péché ne consiste pas à user des choses mauvaises par leur nature, puisque Dieu n’en avait point fait ni n’en pouvait faire de telles, mais à mal user des bonnes. Ces regards attentifs sur l’agrément et sur le bon goût de ce beau fruit firent entrer jusque dans la moelle des os l’amour du plaisir des sens. » ― Et en donna à son mari. « Le serpent ne poussa pas plus loin la tentation du dehors, et content d’avoir bien instruit et persuadé son ambassadeur, il laissa faire le reste à Eve séduite. Il lui avait parlé non seulement pour elle, mais encore pour son mari. Le démon ne se trompa pas en croyant que sa parole portée par Eve à Adam aurait plus d’effet que s’il la lui eût portée lui-même. (Adam) céda plutôt à Eve par complaisance que convaincu par ses raisons. Il ne voulut point contrister cette seule et chère compagne. A la fin il donna dans la séduction. » (BOSSUET.)

En même temps leurs yeux furent ouverts à tous deux : ils reconnurent qu’ils étaient nus ; et ils entrelacèrent des feuilles de figuier, et s’en firent de quoi se couvrir.

Et comme ils eurent entendu la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le paradis après midi, lorsqu’il s’élève un vent doux, ils se retirèrent au milieu des arbres du paradis, pour se cacher de devant sa face.

Alors le Seigneur Dieu appela Adam, et lui dit : Où êtes-vous ?

Adam lui répondit : J’ai entendu votre voix dans le paradis, et j’ai eu peur, parce que j’étais nu : c’est pourquoi je me suis caché.

Le Seigneur lui repartit : Et d’où avez-vous su que vous étiez nu, sinon de ce que vous avez mangé du fruit de l’arbre dont je vous avais défendu de manger ?

Adam lui répondit : La femme que vous m’avez donnée pour compagne, m’a présenté du fruit de cet arbre ; et j’en ai mangé.

Le Seigneur Dieu dit à la femme : Pourquoi avez-vous fait cela ? Elle répondit : Le serpent m’a trompée ; et j’ai mangé de ce fruit.

Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes de la terre : tu ramperas sur le ventre, et tu mangeras la terre tous les jours de ta vie.

Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne. Elle te brisera la tête, et tu tâcheras de la mordre par le talon.

Commentaire (versets 14 à 15) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 14 à 15 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Le serpent est celui des animaux que l’homme a le plus en horreur, et qu’il désire le plus de détruire. Le démon ayant élevé le serpent au-dessus de sa condition naturelle en l’embellissant par ses prestiges, en lui donnant une attitude plus noble, Dieu lui ôte ses qualités, et le réduit à la condition de ramper sur le ventre. ― Le serpent se nourrit de semences et d’insectes qui se trouvent dans la terre. ― La malédiction que Dieu prononce ici regarde tout à la fois et le serpent et le démon. Cette femme qui doit briser la tête du serpent est la très sainte Vierge, qui ruina l’empire du démon en donnant naissance à Jésus-Christ.

Dieu dit aussi à la femme : Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse ; vous enfanterez dans la douleur : vous serez sous la puissance de votre mari, et il vous dominera.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Corinthiens, 14, 34. ― Tes fatigues ; c’est-à-dire les incommodités qu’éprouve une femme enceinte, comme le malaise, les langueurs, les dégoûts, etc. ― Tes grossesses ; ou plutôt, les douleurs, les tourments de la grossesse.

Il dit ensuite à Adam : Parce que vous avez écouté la voix de votre femme, et que vous avez mangé du fruit de l’arbre dont je vous avais défendu de manger, la terre sera maudite à cause de ce que vous avez fait, et vous n’en tirerez de quoi vous nourrir pendant toute votre vie qu’avec beaucoup de travail.

Elle vous produira des épines et des ronces, et vous vous nourrirez de l’herbe de la terre.

Vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, jusqu’à ce que vous retourniez en la terre d’où vous avez été tiré : car vous êtes poudre, et vous retournerez en poudre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le pain est mis souvent dans l’Ecriture pour la nourriture en général. ― « La souffrance infligée comme châtiment à la femme et le travail que doit subir Adam satisfont à la règle de la justice. En elle-même, la loi du travail n’est point une loi de douleur et de souffrance ; c’est le péché, c’est la chute d’Adam qui fait ajouter la peine au travail, la sueur au pain que l’homme doit manger. » (A. PELLISSIER.)

Et Adam donna à sa femme le nom d’Eve, qui signifie la vie, parce qu’elle était la mère de tous les vivants.

Le Seigneur Dieu fit aussi à Adam et à sa femme des habits de peaux dont il les revêtit.

Et il dit : Voilà Adam devenu comme l’un de nous, sachant le bien et le mal. Empêchons donc maintenant qu’il ne porte sa main à l’arbre de vie, qu’il ne prenne aussi de son fruit, et que mangeant de ce fruit il ne vive éternellement.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Comme l’un de nous. Comparer à Genèse, 1, 26.

Le Seigneur Dieu le fit sortir ensuite du jardin de délices, afin qu’il allât travailler à la culture de la terre dont il avait été tiré.

Et l’en ayant chassé, il mit des chérubins devant le jardin de délices, qui faisaient étinceler une épée de feu, pour garder le chemin qui conduisait à l’arbre de vie.