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Ruth 2

OR il y avait un homme puissant et extrêmement riche, appelé Booz, qui était de la famille d’Elimelech.

Et Ruth, Moabite, dit à sa belle-mère : Si vous l’agréez, j’irai dans quelque champ, et je ramasserai les épis qui seront échappés aux moissonneurs partout où je trouverai quelque père de famille qui me témoigne de la bonté. Noémi lui répondit : Allez, ma fille.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans le champ ; voisin du lieu où elles se trouvaient. ― Les épis qui auront échappé des mains des moissonneurs. La récolte du froment commence ordinairement en Palestine vers la fin de mai. Les moissonneurs, prenant les épis de la main gauche, les coupent de la main droite avec une faucille, ou bien les arrachent les avec la main par la racine ; on les lie en gerbes avec un lien fait de la paille même qu’on vient de couper et on les laisse, ainsi liés, sur place. Hommes et femmes travaillent aujourd’hui, comme du temps de Ruth, à cette opération. Ils avancent en diagonale à travers le champ qu’ils moissonnent. Ce ne sont pas les cultivateurs ordinaires qui moissonnent, ce sont des hommes pris à gage pour la journée.

Elle s’en alla donc, et elle recueillait les épis derrière les moissonneurs. Or il se trouva que le champ où elle était appartenait à Booz, le parent d’Elimélech.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Elle recueillait les épis derrière les moissonneurs. Aujourd’hui comme du temps de Ruth, « les plus pauvres parmi le peuple, la veuve et l’orphelin, se voient souvent à la suite des moissonneurs, recueillant les épis qui ont été laissés en arrière. » (VAN LENNEP.)

Et étant venu lui-même de Bethléhem, il dit à ses moissonneurs : Le Seigneur soit avec vous ! Ils lui répondirent : Le Seigneur vous bénisse !

Alors Booz dit au jeune homme qui veillait sur les moissonneurs : A qui est cette fille ?

Il lui répondit : C’est cette Moabite qui est venue avec Noémi du pays de Moab.

Elle nous a priés de trouver bon qu’elle suivît les moissonneurs, pour recueillir les épis qui seraient demeurés : et elle est dans le champ depuis le matin jusqu’à cette heure, sans être retournée un moment chez elle.

Booz dit à Ruth : Ecoutez, ma fille, n’allez point dans un autre champ pour glaner, et ne sortez point de ce lieu ; mais joignez-vous à mes filles,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Mes jeunes filles ; c’est-à-dire les jeunes filles qui me servent.

et suivez partout où on aura fait la moisson : car j’ai commandé à mes gens, que nul ne vous fasse aucune peine ; et quand même vous aurez soif, allez où sont les vaisseaux, et buvez de l’eau dont mes gens boivent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et même si tu as soif, va où sont les vases et bois de l’eau dont mes serviteurs eux-mêmes boivent. Les moissonneurs sont toujours très altérés, aussi vont-ils boire souvent à une cruche d’eau qu’on garde cachée à l’ombre d’un arbre ou dans des broussailles. Les peintures égyptiennes représentant la moisson nous montrent presque toujours des outres d’eau destinées aux ouvriers. Tantôt une femme les leur apporte, tantôt on les voit boire à longs traits.

Ruth se prosternant le visage contre terre adora, et elle dit à Booz : D’où me vient ce bonheur, que j’ai trouvé grâce devant vos yeux, et que vous daigniez me traiter favorablement, moi qui suis une femme étrangère ?

Il lui répondit : On m’a rapporté tout ce que vous avez fait à l’égard de votre belle-mère après la mort de votre mari, et de quelle sorte vous avez quitté vos parents et le pays où vous êtes née, pour venir parmi un peuple qui vous était inconnu auparavant.

Que le Seigneur vous rende le bien que vous avez fait, et puissiez-vous recevoir une pleine récompense du Seigneur, le Dieu d’Israël, vers lequel vous êtes venue, et sous les ailes duquel vous avez cherché votre refuge.

Elle lui répondit : J’ai trouvé grâce devant vos yeux, mon seigneur, de m’avoir ainsi consolée, et d’avoir parlé au cœur de votre servante, qui ne mérite pas d’être l’une des filles qui vous servent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qui ne suis pas semblable ; qui suis au-dessous.

Booz lui dit : Quand l’heure du manger sera venue, venez ici, et mangez du pain, et trempez votre morceau dans le vinaigre. Elle s’assit donc au côté des moissonneurs, et prit de la bouillie pour elle ; elle en mangea, elle en fut rassasiée, et garda le reste.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Chez les anciens, le vinaigre figurait ordinairement dans les repas des gens de la campagne. ― Quand le moment du repas est venu, les moissonneurs se réunissent tous ensemble, à l’ombre d’un arbre, autour d’un plat fourni par le propriétaire du champ. Les mets préférés sont le leben ou le lait aigre, des grains rôtis, la salade ou des mets vinaigrés, nourriture peu substantielle mais rafraîchissante, et par là même très agréable au milieu de la chaleur qui dévore les travailleurs. Sur les épis rôtis, voici ce que dit un voyageur : « Je rencontrai entre Acre et Seyde un berger qui conduisait le lus grand troupeau de chèvres que j’eusse encore vu dans le pays. Il dînait avec des épis de froment à moitié mûrs, qu’il mangeait, après les avoir fait rôtir, d’aussi bon appétit que les Turcs font leur pillaus. Il nous régala du même mets et nous offrit à boire du lait tout chaud. Il est parlé de ces épis ainsi rôtis dans le livre de Ruth, preuve que cette nourriture est fort ancienne dans l’Orient. Elle est pareillement en usage en Egypte, avec cette différence que les pauvres gens substituent aux épis de froment ceux du blé de Turquie et du millet. Les premiers hommes qui usèrent de cette nourriture, ignoraient les raffinements de l’art, et vraisemblablement ceux qui s’en servent les ignorent encore. Cependant je mets beaucoup de différence entre du bon pain de froment et ces épis rôtis. » (FR. HASSELQUIST.)

Elle se leva de là pour continuer à recueillir les épis. Or Booz donna cet ordre à ses gens : Quand elle voudrait couper l’orge avec vous, vous ne l’empêcherez point.

Vous jetterez même exprès des épis de vos javelles, et vous en laisserez sur le champ, afin qu’elle n’ait point de honte de les recueillir, et qu’on ne la reprenne jamais de ce qu’elle aura ramassé.

Elle amassa donc dans le champ jusqu’au soir ; et ayant battu avec une baguette les épis qu’elle avait recueillis, et en ayant tiré le grain, elle trouva environ la mesure d’un éphi d’orge (c’est-à-dire, trois boisseaux).

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’éphi contenait environ trente pintes. ― En litres : 38 litres 88. ― Quand la quantité d’orge ou de froment est petite, on sépare le grain de l’épi en le battant avec un bâton et on le vanne au moyen d’un courant d’air qui emporte le chaume.

S’en étant chargée, elle retourna à la ville, et les montra à sa belle-mère ; elle lui présenta aussi et lui donna les restes de ce qu’elle avait mangé, dont elle avait été rassasiée.

Sa belle-mère lui dit : Où avez-vous glané aujourd’hui, et où avez-vous travaillé ? Béni soit celui qui a eu pitié de vous. Ruth lui marqua celui dans le champ duquel elle avait travaillé, et lui dit que cet homme s’appelait Booz.

Noémi lui répondit : Qu’il soit béni du Seigneur ! car il a gardé pour les morts la même bonne volonté qu’il a eue pour les vivants. Et elle ajouta : Cet homme est notre proche parent.

Ruth lui dit : Il m’a donné ordre encore de me joindre à ses moissonneurs jusqu’à ce qu’il eût recueilli tous ses grains.

Sa belle-mère lui répondit : Il vaut mieux, ma fille, que vous alliez moissonner parmi les filles de cet homme ; de peur que quelqu’un ne vous fasse de la peine dans le champ d’un autre.

Elle se joignit donc aux filles de Booz, et elle alla toujours à la moisson avec elles, jusqu’à ce que les orges et les blés eussent été mis dans les greniers.