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Jean 6

JÉSUS s’en alla ensuite au delà de la mer de Galilée, qui est le lac de Tibériade ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 14, 13 ; Marc, 6, 32 ; Luc, 9, 10. ― Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée. Voir Matthieu, note 14.13. ― Sur Tibériade, voir au verset 23.

et une grande foule de peuple le suivait ; parce qu’ils voyaient les miracles qu’il faisait sur les malades.

Jésus monta donc sur une montagne, et s’y assit avec ses disciples.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sur la montagne ; c’est-à-dire sur la montagne voisine.

Or le jour de Pâque, qui est la grande fête des Juifs, était proche.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La Pâque. Voir Matthieu, 26, 2.

Jésus ayant donc levé les yeux, et voyant qu’une grande foule de peuple venait à lui, dit à Philippe : D’où achèterons-nous des pains pour donner à manger à tout ce monde ?

Mais il disait cela pour le tenter : car il savait bien ce qu’il devait faire.

Philippe lui répondit : Quand on aurait pour deux cents deniers de pain, cela ne suffirait pas pour en donner à chacun tant soit peu.

Un de ses disciples, qui était André, frère de Simon-Pierre, lui dit :

Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ?

Jésus lui dit donc : Faites-les asseoir. Or il y avait beaucoup d’herbe dans ce lieu-là ; et environ cinq mille hommes s’y assirent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. L’herbe pousse abondamment sur certaines montagnes de la Palestine. Le P. de Géramb dit de celle des Béatitudes : « Arrivés au pied de cette montagne, nous fûmes arrêtés par la hauteur de l’herbe. Elle était si élevée qu’elle atteignait presque la tête de nos chevaux, et si épaisse qu’elle obstruait tout le passage. Nos janissaires furent obligés de la faucher avec leurs sabres pour nous ouvrir un chemin. »

Jésus prit donc les pains ; et ayant rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis ; et il leur donna de même des deux poissons autant qu’ils en voulurent.

Après qu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde.

Ils les ramassèrent donc, et emplirent douze paniers des morceaux qui étaient restés des cinq pains d’orge, après que tous en eurent mangé.

Et ces personnes ayant vu le miracle qu’avait fait Jésus, disaient : C’est là vraiment le prophète qui doit venir dans le monde.

Mais Jésus sachant qu’ils devaient venir l’enlever pour le faire roi, s’enfuit encore sur la montagne, lui seul.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 14, 23 ; Marc, 6, 46.

Lorsque le soir fut venu, ses disciples descendirent au bord de la mer,

et étant montés sur une barque, ils s’avancèrent vers Capharnaüm, qui était au delà de la mer. Or il était déjà nuit, et Jésus n’était pas encore venu à eux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Vers Capharnaüm. Voir Matthieu, 4, 13.

Cependant la mer commençait à s’enfler, à cause d’un grand vent qui soufflait.

Et comme ils eurent fait environ vingt-cinq ou trente stades, ils virent Jésus qui marchait sur la mer, et qui était proche de leur barque : ce qui les remplit de frayeur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Vingt-cinq à trente stades équivalent à cinq ou six kilomètres.

Mais il leur dit : C’est moi ; ne craignez point.

Ils voulurent donc le prendre dans leur barque ; et la barque se trouva aussitôt au lieu où ils allaient.

Le lendemain le peuple, qui était demeuré de l’autre côté de la mer, remarqua qu’il n’y avait point eu là d’autre barque, et que Jésus n’y était point entré avec ses disciples, mais que les disciples seuls s’en étaient allés ;

et comme il était depuis arrivé d’autres barques de Tibériade près le lieu où le Seigneur, après avoir rendu grâces, les avait nourris de cinq pains ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tibériade, sur les bords du lac auquel elle a donné son nom, fut bâtie, d’après Josèphe, par Hérode Antipas, et ainsi nommée par son fondateur en l’honneur de l’empereur Tibère. Cette ville fut la capitale de la Galilée depuis sa fondation jusqu’au règne d’Hérode Agrippa II qui rétablit le siège de son gouvernement à Séphoris, ancienne capitale de la province. Plusieurs de ses habitants étaient Grecs et Romains. Dans le voisinage, il y avait des eaux thermales célèbres chez les Latins. Le Sanhédrin s’y fixa vers le milieu du second siècle de notre ère, et des écoles juives très renommées y fleurirent pendant longtemps.

et qu’ils connurent enfin que Jésus n’était point là non plus que ses disciples, ils entrèrent dans ces barques, et vinrent à Capharnaüm chercher Jésus.

Et l’ayant trouvé au delà de la mer, ils lui dirent : Maître ! quand êtes-vous venu ici ?

Jésus leur répondit : En vérité, en vérité je vous le dis : vous me cherchez, non à cause des miracles que vous avez vus, mais parce que je vous ai donné du pain à manger, et que vous avez été rassasiés.

Travaillez pour avoir, non la nourriture qui périt, mais celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; parce que c’est en lui que Dieu le Père a imprimé son sceau et son caractère.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

(?) Voir Matthieu, 3, 17 ; 17, 5 ; Jean, 1, 32.

Ils lui dirent : Que ferons-nous pour faire des œuvres de Dieu ?

Jésus leur répondit : L’œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Jean, 3, 23. (?) ― « La foi à laquelle Notre-Seigneur réduit ici (et souvent ailleurs) tous ses préceptes, ne consiste pas seulement à croire à la parole du Christ ; c’est la foi qui se livre à lui sans réserve, la foi pénétrée de charité, s’unissant à son objet et communiant à tout ce qu’il est. » (CRAMPON)

Ils lui dirent : Quel miracle donc faites-vous, afin qu’en le voyant nous vous croyions ? Que faites-vous d’extraordinaire ?

Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Exode, 16, 14 ; Nombres, 11, 7 ; Psaumes, 77, 24 ; Sagesse, 16, 20. ― Dans le désert du Sinaï.

Jésus leur répondit : En vérité, en vérité je vous le dis : Moïse ne vous a point donné le pain du ciel ; mais c’est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel.

Car le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel, et qui donne la vie au monde.

Ils lui dirent donc : Seigneur ! donnez-nous toujours ce pain.

Jésus leur répondit : Je suis le pain de vie : celui qui vient à moi, n’aura point faim ; et celui qui croit en moi, n’aura jamais soif.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Ecclésiastique, 24, 29.

Mais je vous l’ai déjà dit : vous m’avez vu, et vous ne croyez point.

Tous ceux que mon Père m’a donnés, viendront à moi ; et je ne jetterai point dehors celui qui vient à moi :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tout ce que ; c’est-à-dire tous ceux que. Voir, pour cette énallage, Matthieu, 18, 11 (?).

car je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé.

Or la volonté de mon Père qui m’a envoyé, est que je ne perde aucun de tous ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour.

La volonté de mon Père qui m’a envoyé, est que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ait la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour.

Les Juifs se mirent donc à murmurer contre lui, parce qu’il avait dit : Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel.

Et ils disaient : N’est-ce pas là Jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc dit-il qu’il est descendu du ciel ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 13, 55 ; Marc, 6, 3.

Mais Jésus leur répondit : Ne murmurez point entre vous.

Personne ne peut venir à moi, si mon Père qui m’a envoyé, ne l’attire ; et je le ressusciterai au dernier jour.

Il est écrit dans les Prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Tous ceux donc qui ont entendu la voix du Père, et ont été enseignés de lui, viennent à moi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 54, 13.

Ce n’est pas qu’aucun homme ait vu le Père, si ce n’est celui qui est né de Dieu : car c’est celui-là qui a vu le Père.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 11, 27.

En vérité, en vérité je vous le dis : celui qui croit en moi, a la vie éternelle.

Je suis le pain de vie.

Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Exode, 16, 13.

Mais voici le pain qui est descendu du ciel, afin que celui qui en mange, ne meure point.

Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel.

Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair que je dois donner pour la vie du monde.

Les Juifs disputaient donc entre eux, en disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ?

Et Jésus leur dit : En vérité, en vérité je vous le dis : si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et ne buvez, etc. Voir Matthieu, 26, 27. « “Celui, dit saint Basile, qui est régénéré, qui a la vie par le baptême, doit l’entretenir en lui par la participation aux mystères sacrés.” C’est pour cela que l’Eglise fait un devoir rigoureux de s’approcher, au moins une fois chaque année, de la table du Seigneur. Il ne suit pas, d’ailleurs, de ces paroles, que tous doivent nécessairement recevoir Notre-Seigneur sous les deux espèces du pain et du vin ; car comme il arrive souvent dans le style biblique, la conjonction et est mise ici pour ou ; en outre, on sait que Jésus-Christ est présent tout entier sous chaque espèce. La communion sous les deux espèces n’est de rigueur que pour les prêtres qui offrent le sacrifice de la Messe, où l’immolation du Sauveur et l’effusion de son sang sont représentées par la distinction des espèces sacramentelles. » (CRAMPON)

Celui qui mange ma chair, et boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour :

car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Corinthiens, 11, 27.

Celui qui mange ma chair, et qui boit mon sang, demeure en moi, et je demeure en lui.

Comme mon Père qui m’a envoyé est vivant, et que je vis par mon Père ; de même celui qui me mange, vivra aussi par moi.

C’est ici le pain qui est descendu du ciel. Ce n’est pas comme la manne que vos pères ont mangée, et qui ne les a pas empêchés de mourir. Celui qui mange ce pain, vivra éternellement.

Ce fut en enseignant dans la synagogue de Capharnaüm, que Jésus dit ces choses.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Enseignant dans la synagogue. Voir Matthieu, 4, 23 et Luc, 4, 16.

Plusieurs donc de ses disciples l’ayant entendu, dirent : Ces paroles sont bien dures, et qui peut les écouter ?

Mais Jésus connaissant en lui-même que ses disciples murmuraient sur ce sujet, leur dit : Cela vous scandalise-t-il ?

Que sera-ce donc, si vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant ?

Commentaire (versets 62 à 63) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 62 à 63 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Vous ne croyez pas maintenant que je puisse vous donner ma chair à manger, et mes paroles à cet égard vous scandalisent ; mais en serait-il de même, si vous me voyiez monter au ciel ? Ce miracle ne vous prouverait-il pas la vérité de ce que je vous assure ?

C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien : les paroles que je vous dis sont esprit et vie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La chair seule sans l’esprit ne sert à rien. C’est en vain que l’on reçoit le corps de Jésus-Christ d’une manière sensible et corporelle, si l’on ne le reçoit en esprit et par la foi. ― Les paroles de Jésus-Christ sont en effet esprit et vie, puisqu’elles contiennent la promesse d’un sacrement dans lequel on peut recevoir d’une manière miraculeuse, l’esprit la grâce et la vie dans sa source.

Mais il y en a quelques-uns d’entre vous qui ne croient pas. Car Jésus savait dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient point, et qui serait celui qui le trahirait.

Et il leur disait : C’est pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s’il ne lui est donné par mon Père.

Dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent de sa suite, et ils n’allaient plus avec lui.

Et Jésus sur cela dit aux douze apôtres : Et vous, ne voulez-vous point aussi me quitter ?

Simon-Pierre lui répondit : À qui irions-nous, Seigneur ? Vous avez les paroles de la vie éternelle.

Nous croyons, et nous savons que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 16, 16 ; Marc, 8, 29 ; Luc, 9, 20.

Jésus leur répondit : Ne vous ai-je pas choisis au nombre de douze ? et néanmoins un de vous est un démon.

Ce qu’il disait de Judas Iscariote, fils de Simon : car c’était lui qui devait le trahir, quoiqu’il fût l’un des douze.