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Deutéronome 32

CIEUX, écoutez ce que je vais dire ; que la terre entende les paroles de ma bouche.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

« Nous ne sommes pas ici en présence d’un peuple de pasteurs, ou d’idées de pasteurs sur Dieu et l’ensemble de la vie. Nous avons affaire à un homme né et élevé en Egypte, dont l’Arabie est la seconde patrie, la scène de ses actions, de ses voyages, de ses miracles. L’esprit de sa poésie y prend sa forme et ses images. Le désert de l’Arabie donne partout le ton : Dieu est un rocher, un feu qui brûle et consume ; il aiguise le tranchant de son épée ; il décoche ses flèches altérées de sang ; les messagers de sa colère sont des serpents, etc. La poésie de Moïse est forte, primitive, simple, comme sa vie et son caractère. Son esprit est tout différent de celui de Job, de David et de Salomon ; l’âme énergique et zélée de Moïse se révèle dans ce dernier chant. Les plus riantes et les plus poétiques images des Psaumes et des prophètes dérivent spécialement de ce chant de Moïse, qui est comme la prophétie primitive, le type et la règle de toutes les prophéties. » (HERDER). ― « L’Ecriture surpasse tous (les auteurs Grecs et Romains) infiniment en naïveté, en vivacité, en grandeur. Jamais Homère même n’a approché de la sublimité de Moïse dans ses cantiques, particulièrement le dernier. » (FENELON).

Que les vérités que j’enseigne soient comme la pluie qui s’épaissit dans les nuées ; que mes paroles se répandent comme la rosée, comme la pluie qui se répand sur les plantes, et comme les gouttes de l’eau du ciel qui tombent sur l’herbe qui commence à pousser.

Car je vais célébrer le nom du Seigneur. Rendez l’honneur qui est dû à la grandeur de notre Dieu.

Les œuvres de Dieu sont parfaites, et toutes ses voies sont pleines d’équité : Dieu est fidèle dans ses promesses, il est éloigné de toute iniquité ; et il est rempli de justice et de droiture.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Justes ; littéralement jugements. Le mot hébreu traduit par judicia dans la Vulgate, signifie ce qui est juste, équitable.

Ils ont péché contre lui ; et depuis qu’ils se sont souillés, ils ne sont plus ses enfants ; c’est une race pervertie et corrompue.

Est-ce ainsi, peuple fou et insensé, que vous témoignez votre reconnaissance envers le Seigneur ? N’est-ce pas lui qui est votre père, qui vous a possédé comme son héritage, qui vous a fait, et qui vous a créé ?

Consultez les siècles anciens ; considérez ce qui s’est passé dans la suite de toutes les races : interrogez votre père, et il vous instruira : interrogez vos aïeux, et ils vous diront ce que le Seigneur a fait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Job, 8, 8.

Quand le Très-Haut a divisé les peuples, quand il a séparé les enfants d’Adam, il a marqué les limites des peuples chananéens, selon le nombre des enfants d’Israël qu’il avait en vue.

Et il a choisi son peuple pour être particulièrement à lui, il a pris Jacob pour son partage.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En Egypte, on se servait de cordes pour mesurer les longueurs considérables.

Il l’a trouvé dans une terre déserte, dans un lieu affreux, et dans une vaste solitude ; il l’a conduit par divers chemins ; il l’a instruit ; il l’a conservé comme la prunelle de son œil.

Comme un aigle attire ses petits pour apprendre à voler, et voltige doucement sur eux ; il a de même étendu ses ailes, il a pris son peuple sur lui, et l’a porté sur ses épaules, comme l’aigle porte ses aiglons.

Le Seigneur a été seul son conducteur ; et il n’y avait point avec lui de dieu étranger.

Il l’a établi dans une terre élevée et excellente pour y manger les fruits de la campagne, pour sucer le miel de la pierre, et tirer l’huile des plus durs rochers ;

pour s’y nourrir du beurre des troupeaux, et du lait des brebis, de la graisse des agneaux, des moutons du pays de Basan, et des chevreaux, avec la fleur du froment ; et pour y boire le vin le plus pur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le beurre, etc. ; le beurre ou la crème faite avec du lait de vache. ― Fils de Basan ; c’est-à-dire qui étaient de Basan, pays très abondant en gras pâturages. ― La moelle du forment pour la fleur du froment.

Ce peuple si aimé de Dieu s’étant engraissé de ses dons, s’est révolté contre lui : après avoir été engraissé, rempli d’embonpoint, et mis dans une pleine abondance, il a abandonné Dieu, son Créateur, et s’est éloigné de Dieu, son Sauveur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le mot hébreu que la Vulgate a rendu par bien aimé (dilectus) est un nom propre symbolique qui s’applique au peuple d’Israël, et dont la racine signifie être droit, juste.

Ces rebelles l’ont irrité en adorant des dieux étrangers : ils ont attiré sa colère par les abominations qu’ils ont commises.

Au lieu d’offrir leurs sacrifices à Dieu, ils les ont offerts aux démons, à des dieux qui leur étaient inconnus, à des dieux nouveaux venus, que leurs pères n’avaient jamais révérés.

Peuple ingrat, tu as abandonné le Dieu qui t’a donné la vie ; tu as oublié le Seigneur qui t’a créé.

Le Seigneur l’a vu, et il en a été ému de colère ; parce que ce sont ses propres fils et ses propres filles qui l’ont irrité.

Alors il a dit : Je leur cacherai mon visage, et je considérerai leur fin malheureuse : car ce peuple est une race corrompue, ce sont des enfants infidèles.

Ils m’ont piqué de jalousie, en adorant ceux qui n’étaient point dieux, et ils m’ont irrité par leurs vanités sacriléges. Et moi je les piquerai aussi de jalousie, en aimant ceux qui ne forment point un peuple, et je les irriterai en substituant à leur place une nation insensée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 15, 14 ; Romains, 10, 19. ― Par leurs vanités. C’est le nom que l’Ecriture donne aux faux dieux des païens.

Ma fureur s’est allumée contre eux comme un feu ; elle les brûlera jusques au fond des enfers ; elle dévorera la terre avec ses moindres herbes ; elle embrasera les montagnes jusque dans leurs fondements.

Je les accablerai de maux ; je tirerai contre eux toutes mes flèches.

La famine les consumera, et des oiseaux de carnage les déchireront par leurs morsures cruelles. J’armerai contre eux les dents des bêtes farouches, et la fureur de celles qui se traînent et qui rampent sur la terre.

L’épée les désolera au dehors, et la frayeur au dedans ; les jeunes hommes avec les vierges, les vieillards avec les enfants qui tettent encore.

J’ai dit alors : Où sont-ils maintenant ? Je veux effacer leur mémoire de l'esprit des hommes.

Mais j’ai différé ma vengeance, pour ne satisfaire pas la fureur des ennemis de mon peuple ; de peur que leurs ennemis ne s’élevassent d’orgueil, et ne dissent : Ce n’a point été le Seigneur, mais c’est notre main très-puissante qui a fait toutes ces choses contre Israël.

Ce peuple n’a point de sens ; il n’a aucune sagesse.

Ah ! s’ils avaient de la sagesse ! ah ! s’ils comprenaient ma conduite, et qu’ils prévissent à quoi tout se terminera !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 9, 12.

Comment se peut-il faire qu’un seul ennemi batte mille Hébreux, et que deux en fassent fuir dix mille ? N’est-ce pas à cause que leur Dieu les a vendus, et que le Seigneur les a livrés en proie à leurs ennemis ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les a enfermés, dans les mains de leurs ennemis.

Car notre Dieu n’est point comme les dieux de ces idolâtres ; j’en prends pour juges nos ennemis mêmes.

Leurs vignes sont des vignes de Sodome, des vignes des faubourgs de Gomorrhe ; leurs raisins sont des raisins de fiel, et leurs grappes ne sont qu’amertume.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De Sodome. Voir Genèse, note 13.10.

Leur vin est un flel de dragons, c’est un venin d’aspics qui est incurable.

Toutes ces choses ne sont-elles pas renfermées, dit le Seigneur, dans les secrets de ma connaissance? et ne les tiens-je pas scellées dans mes trésors ?

C’est moi-même qui me vengerai, et je leur rendrai en son temps ce qui leur est dû : leurs pieds ne trouveront que pièges ; le jour de leur perte s’approche, et les moments s’en avancent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Ecclésiastique, 28, 1 ; Romains, 12, 19 ; Hébreux, 10, 30.

Le Seigneur se déclarera le vengeur de son peuple, et il aura pitié de ses serviteurs : lorsqu’il verra que la main de ceux qui les défendaient n’aura plus de force ; que ceux mêmes qui étaient renfermés dans les citadelles seront péris, et que les autres auront été de même consumés ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 2 Machabées, 7, 6. ― Qui étaient renfermés, dans leurs forteresses, selon les uns, dans les prisons, selon les autres, ou bien, selon d’autres encore dans leurs maisons ; c’est-à-dire ceux qui n’avaient pas pris part à la guerre. ― Ceux qui étaient restés ; c’est-à-dire ceux qui avaient pris d’abord la fuite, et qui étaient revenus et s’étaient rendus à l’ennemis. On donne encore à cette expression plusieurs autres sens, mais celle-ci paraît plus conforme à la Vulgate.

il dira : Où sont leurs dieux dans lesquels ils avaient mis leur confiance,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 2, 28.

lorsqu’ils mangeaient de la graisse des victimes qu’on leur offrait, et buvaient du vin de leurs sacrifices profanes ? Qu’ils viennent présentement vous secourir, et qu’ils vous protègent dans l’extrémité où vous êtes.

Considérez que je suis le Dieu unique, qu’il n’y en a point d’autre que moi seul. C’est moi qui fais mourir, et c’est moi qui fais vivre ; c’est moi qui blesse, et c’est moi qui guéris ; et nul ne peut rien soustraire à mon souverain pouvoir.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Rois, 2, 6 ; Tobie, 13, 2 ; Sagesse, 16, 13 ; Job, 10, 7 ; Sagesse, 16, 15. ― Dans la Vulgate, les verbes sont au futur, come ils y sont dans le texte original ; mais en vertu d’un hébraïsme, ils expriment le présent, ou plutôt un temps indéterminé.

Je lèverai ma main au ciel, et je dirai : C’est moi qui vis éternellement.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Je vis, etc. Formule de serment qui n’est propre qu’à Dieu seul. Dieu jure par lui-même, parce que, comme le remarque saint Paul (voir Hébreux, 6, 13), il n’y a aucun être plus grand que lui par lequel il puisse jurer.

Si je rends mon épée aussi pénétrante que les éclairs, et que j’entreprenne d’exercer mon jugement selon ma puissance, je me vengerai de mes ennemis, et je traiterai ceux qui me haïssent comme ils m’ont traité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Si j’aiguise mon glaive comme la foudre ; c’est-à-dire si je le rends pénétrant comme la foudre, si je lui donne le brillant, l’éclat éblouissant de l’éclair.

J’enivrerai mes flèches de leur sang, et mon épée se soûlera de leur chair ; mes armes seront teintes du sang des morts : mes ennemis perdront la liberté avec la vie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ce verset est aussi obscur dans le texte hébreu que dans la Vulgate, l’explication qu’en donne Ménochius nous a paru la plus simple et la plus naturelle : Je punirai les nations, parce qu’elles ont versé le sang des Israélites, en les tuant, parce qu’elles les ont emmenés en captivité, et parce qu’elles ont rasé la tête à ces mêmes Israélites, leurs ennemis, comme on la rase aux esclaves. Dans ces temps anciens, en effet, c’était la coutume de raser la tête aux captifs en signe d’esclavage.

Nations, louez le peuple du Seigneur, parce qu’il vengera le sang de ses serviteurs ; il tirera vengeance de leurs ennemis, et il se rendra favorable à la terre de son peuple.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 2 Machabées, 7, 6.

Moïse prononça donc avec Josué, fils de Nun, toutes les paroles de ce cantique devant le peuple qui l’écoutait.

Et après qu’il eut achevé de le réciter devant tout Israël,

il leur dit : Gravez dans votre cœur toutes les protestations que je vous fais aujourd’hui ; afin de recommander à vos enfants de garder, de pratiquer et d’accomplir tout ce qui est écrit en cette loi :

parce que ce n’est pas en vain que ces ordonnances vous ont été prescrites ; mais c’est afin que chacun de vous y trouve la vie ; et que les gardant vous demeuriez longtemps dans le pays que vous allez posséder, après que vous aurez passé le Jourdain.

Le même jour le Seigneur parla à Moïse, et lui dit :

Montez sur cette montagne d’Abarim, c’est-à-dire, des passages ; sur la montagne de Nébo, qui est au pays de Moab vis-à-vis de Jéricho ; et considérez la terre de Chanaan, que je donnerai en possession aux enfants d’Israël ; et mourez sur cette montagne.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le mot hébreu Abarim est un pluriel ; c’est pourquoi la Vulgate elle-même dit, voir Nombres, 33, 47-48, les montagnes d’Abarim. Nébo était une des montagnes qui formaient la chaîne des monts d’Abarim. ― « On ne distingue pas un sommet, pas la moindre cime » dans cette chaîne, dit Chateaubriand. Cependant d’après la description générale, le mont Nébo devait être situé près de l’embouchure du Jourdain. ― Contre Jéricho. Voir Josué, note 6.1.

Car quand vous y serez monté, vous serez réuni à votre peuple, comme Aaron, votre frère, est mort sur la montagne de Hor, et a été réuni à son peuple :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Nombres, 20, 26 ; 27, 13.

parce que vous avez péché l’un et l’autre contre moi, au milieu des enfants d’Israël, aux eaux de contradiction à Cadès, au désert de Sin ; et que vous n’avez pas rendu gloire à ma sainteté devant les enfants d’Israël.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Nombres, 27, 14. ― Vous ne m’avez pas sanctifié. Voir Nombres, 20, 12. ― A Cadès du désert de Sin. Voir Nombres, 20, 1.

Vous verrez devant vous le pays que je donnerai aux enfants d’Israël, et vous n’y entrerez point.