Aller au contenu
Quaestio
Confort de lecture
Taille
Espacement
Présentation
Police

Ces réglages restent sur cet appareil et valent pour toutes les pages de lecture du site.

← Matthieu 23 Matthieu 24 sur 28 chapitres Matthieu 25 →

Matthieu 24

LORSQUE Jésus sortit du temple pour s’en aller, ses disciples s’approchèrent de lui, pour lui faire remarquer la structure et la grandeur de cet édifice.

Mais il leur dit : Voyez-vous tous ces bâtiments ? Je vous le dis en vérité, ils seront tellement détruits qu’il n’y demeurera pas pierre sur pierre.

Commentaire (versets 1 à 2) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 1 à 2 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Orig. (traité 27 sur S. Matth.) Après que Notre-Seigneur Jésus-Christ eut prédit tous les maux qui devaient tomber, sur la ville de Jérusalem, il sortit du temple qu’il avait préservé de sa destruction tant qu’il y était resté : « Jésus étant sorti du temple s’en allait. » Chacun de nous aussi devient le temple de Dieu, à cause de l’esprit de Dieu qui habite en lui (1 Co 3, 16 ; 6, 19 ; 2 Co 6, 16), et c’est à lui seul qu’il doit imputer l’abandon où Jésus-Christ le laisse en sortant de son cœur. « Et ses disciples s’approchèrent de lui, » etc. On se demande naturellement pourquoi ils lui montrent les constructions du temple comme s’il ne les avait jamais vues. La raison en est que Notre-Seigneur ayant prédit plus haut la ruine du temple, les disciples qui l’entendirent, s’étonnèrent qu’un édifice de cette grandeur et de cette magnificence dût être entièrement détruit, et ils lui en firent voir la beauté, pour le fléchir en faveur de cet édifice, et l’engager à ne point accomplir les menaces qu’il avait faites. Or, la nature humaine nous offre elle-même une admirable structure, puisqu’elle est devenue le temple de Dieu, et encore aujourd’hui les disciples de Jésus-Christ et les autres saints, proclamant les prodiges que Dieu a opérés en faveur de cette pauvre nature humaine, intercèdent auprès de Jésus-Christ pour qu’il n’abandonne point le genre humain en punition de ses péchés. « Mais il leur dit : Vous voyez tous ces bâtiments ? je vous le dis en vérité, ils seront tellement détruits, qu’il n’y restera pas pierre sur pierre.

RAB. L’histoire nous donne le véritable sens de cette prédiction : quarante-deux ans après la passion du Sauveur, la ville fut détruite avec le temple, sous Vespasien et Tite, empereurs romains.

Remi. C’est par un dessein providentiel que le temple disparut avec les cérémonies de la loi aussitôt la révélation de la loi de grâce ; car autrement, ceux qui étaient encore faibles dans la foi, voyant que les institutions qui avaient Dieu pour auteur, et que les prophètes avaient consacrées, continuaient à subsister, se seraient éloignés insensiblement de la pureté de la foi pour embrasser un judaïsme tout charnel.

S. Chrys. (Hom. 75.) Mais comment s’est vérifiée cette prédiction qu’il ne resterait pas pierre sur pierre ? Ou bien, le Sauveur a voulu parler d’une destruction complète, ou de la destruction des parties du temple qu’ils avaient sous les yeux ; car il est des parties qui ont été détruites jusque dans les fondements. J’ajouterai que ce qui s’est accompli de cette prédiction est pour nous un motif de croire que les autres parties seront elles-mêmes entièrement détruites. S. Jér. Dans le sens mystique, aussitôt que le Seigneur fut sorti du temple, tout l’édifice de la loi et la disposition des commandements ont été entièrement détruits, de manière que les Juifs ne peuvent plus en observer la moindre partie, et que tous les membres privés de leur chef sont dans une lutte continuelle les uns avec les autres.

ORIG. Tout homme qui reçoit dans son âme la parole de Dieu, devient le temple de Dieu. Si après avoir péché, il conserve encore quelque vestige de foi et de religion, ce temple est en partie renversé et en partie debout. Mais, au contraire, si après son péché, il ne prend plus aucun souci de son salut, il tombe en ruines de jour eu jour jusqu’à ce qu’il se sépare tout à fait du Dieu vivant, et alors il ne reste plus en lui pierre sur pierre des commandements de Dieu, et la destruction est complète.

Et lorsqu’il était assis sur la montagne des Oliviers, ses disciples s’approchèrent de lui en particulier, et lui dirent : Dites-nous quand ces choses arriveront, et quel signe il y aura de votre avènement et de la consommation du siècle.

Et Jésus leur répondit : Prenez garde que quelqu’un ne vous séduise ;

parce que plusieurs viendront sous mon nom, disant : Je suis le Christ. Et ils en séduiront plusieurs.

Commentaire (versets 3 à 5) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 3 à 5 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Remi. Le Seigneur, continuant son chemin, parvint jusqu’au mont des Oliviers. Or, comme il avait prédit clairement la destruction complète du temple dont quelques-uns de ses disciples lui avaient fait admirer chemin faisant la magnifique structure, lorsqu’il fut arrivé sur Le mont des Oliviers, ils s’approchèrent de lui pour l’interroger, comme le remarque l’Évangéliste : « Lorsqu’il se fut assis sur la montagne des Oliviers. »

S. Chrys. (hom. 75.) Ils s’approchèrent de lui secrètement, parce qu’ils avaient à lui faire d’importantes questions ; car ils désiraient connaître le jour de son avènement par le désir ardent qu’ils avaient d’être témoins de sa gloire.

S. JER. ils lui demandent trois choses : premièrement à quelle époque doit avoir lieu la destruction de Jérusalem : « Dites- nous quand toutes ces choses arriveront ; » secondement, à quel temps le Christ doit venir : « Et quel sera le signe de votre avènement ? » troisièmement, quand doit arriver la fin du monde : « Et quel signe il y aura de la consommation du siècle. »

S. Chrys. (hom. 75.) Saint Luc rapporte que les disciples n’adressèrent au Sauveur qu’une seule question sur la ville de Jérusalem, parce qu’ils pensaient que l’avènement du Christ et la fin du monde suivraient immédiatement la ruine de Jérusalem. D’après saint Marc, ce ne furent pas tous les disciples qui l’interrogèrent sur la ruine de Jérusalem, mais seulement Pierre, Jacques Jean et André qui parlaient à Jésus plus librement et sans crainte. Orig. La montagne des Oliviers est la figure de l’Église, formée de toutes les nations.

REMI. Cette montagne ne porte pas d’arbres stériles, mais des oliviers, dont l’huile entretient la lumière qui dissipe les ténèbres, repose les membres fatigués par le travail, et rend la santé aux malades. Or, Notre-Seigneur, assis sur la montagne des Oliviers, en face du temple, s’entretient de la ruine de ce temple et de la destruction de la nation juive, pour montrer par la position même qu’il occupe, que tout en restant calme et tranquille au milieu de son Église, il ne laisse pas de condamner 1’orgueil des impies.

ORIG. Le laboureur qui est assis sur la montagne des Oliviers, c’est le Verbe de Dieu établi dans 1’Église, c’est-à-dire Jésus-Christ qui ne cesse de greffer les branches de l’olivier sauvage sur l’olivier franc des patriarches. Or, ceux qui mettent leur confiance en Jésus-Christ, désirent connaître quel sera le signe de son avènement et de la consommation du siècle. Il y a deux avènements du Verbe dans l’âme : le premier a lieu par cette prédication du Christ qui paraît une folie, et qui annonce que Jésus-Christ est né, et qu’il a été crucifié ; le second avènement se fait dans les hommes parfaits dont saint Paul a dit « Nous parlons le langage de la sagesse au milieu des hommes parfaits, » et ace second avènement vient se joindre la consommation du siècle dans l’homme parfait, pour qui le monde a été crucifié » (Ga 6). S. Hil. (can 25) Comme les disciples font a Jésus-Christ trois questions différentes, elles sont divisées en autant de propositions distinctes pour le temps où ces événements doivent arriver Notre Seigneur répond d’abord à la question qui a pour objet la destruction de la ville, et il confirme sa réponse par la vérité de sa doctrine, afin que ses disciples ne tombent point dans les pièges que les hommes du mensonge pourraient tendre à leur ignorance : « Et Jésus leur répondit : Prenez garde que nul ne vous séduise, car plusieurs viendront en mon nom, disant Je suis le Christ »

S. Chrys (hom. 75) Il ne leur parle pas immédiatement dans sa réponse de la ruine de Jérusalem, ni de son second avènement, mais il leur signale les dangers contre lesquels il~ fallait tout d’abord les prémunir.

S. Jér. Un des séducteurs, dont il leur parle ici, fut Simon le Samaritain dont il est question dans les Actes des Apôtres (chap. 8), qui se proclamait la grande vertu, et qui avait écrit entre autres choses dans ses ouvrages : « Je suis la parole de Dieu ; je suis le toutpuissant ; je suis tout ce que Dieu possède. » Mais saint Jean l’Évangéliste ne dit-il pas dans une de ses épîtres : « Vous avez entendu dire que l’antéchrist doit venir ; or, il y a maintenant plusieurs antéchrists ? » Pour moi, je pense que tous les hérésiarques sont des antéchrists, qui enseignent, sous le nom du Christ, une doctrine contraire à la sienne, et il n’est pas étonnant que nous en voyions plusieurs qui se laissent séduire par eux, puisque le Seigneur a dit : « Et ils en séduiront un grand nombre. »

Orig. Ils en séduisent un grand nombre, parce que la porte qui conduit à la perdition est large, et qu’il en est beaucoup qui entrent par cette. porte. (Mt 7.) Ce signe est suffisant pour reconnaître la séduction des antéchrists qui viennent dire : « Je suis le Christ, » ce que nous ne voyons pas que Jésus-Christ ait jamais dit ; car les oeuvres toute divines qu’il opérait, la doctrine qu’il enseignait et sa vertu étaient des témoignages plus que suffisants pour établir qu’il était le Christ. Or, tout discours qui fait profession d’expliquer les Écritures selon la règle de la foi, et qui ne contient pas la vérité, est un antéchrist ; car Jésus-Christ est la vérité, tandis que antéchrist n’a que l’apparence de la vérité. Nous trouvons également que Jésus-Christ est la réunion de toutes les vertus, et que l’antéchrist n’a que les dehors trompeurs de ces mêmes vertus ; car toutes les différentes espèces de bien que Jésus-Christ a réellement en lui pour l’édification des hommes, l’antéchrist les a toutes en apparence pour séduire les saints. Nous avons donc besoin du secours de Dieu, pour qu’aucune parole, aucune influence ne puisse nous nuire ; car s’il est dangereux de rencontrer quelqu’un dont la conduite soit contraire à la règle des moeurs, il est bien plus dangereux encore de rencontrer un homme qui est en opposition avec la véritable règle d’interprétation des Écritures.

Vous entendrez aussi parler de guerres, et de bruits de guerres : mais gardez-vous bien de vous troubler ; car il faut que ces choses arrivent : mais ce ne sera pas encore la fin.

Car on verra se soulever peuple contre peuple, et royaume contre royaume ; et il y aura des pestes, des famines et des tremblements de terre en divers lieux.

Et toutes ces choses ne seront que le commencement des douleurs.

Commentaire (versets 6 à 8) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 6 à 8 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. Aug. (Lettre à Hésych.). Notre-Seigneur répond aux questions de ses disciples en leur faisant connaître les différentes circonstances des événements qui doivent suivre, c’est-à-dire soit de la ruine de Jérusalem à l’occasion de laquelle ils l’avaient interrogé, soit de son avènement par l’Église, dans laquelle il ne cesse de se manifester jusqu’à la fin des siècles, et de se révéler dans les nouveaux membres auxquels il donne naissance tous les jours, soit enfin de la consommation des siècles où il viendra pour juger les vivants et les morts. Or, comme il énumère les signes particuliers à ces trois événements, il nous faut examiner attentivement les signes qui sont propres à chacun d’eux, pour ne point appliquer à l’un ce qui se rapporte à l’autre.

S. Chrys. (hom. 75.) Il leur parle d’abord des combats qui devaient se livrer sous les murs et dans l’enceinte de Jérusalem « Vous entendrez des combats et des bruits de guerre. »

Orig. (Traité 28 sur S. Matth.) Celui qui entend les cris que poussent les combattants, entend les combats ; celui qui entend le récit des combats qui ont lieu dans des pays éloignés, entend des bruits ou des rumeurs de combats. S. Chrys. (hom. 75.) Mais comme cette prédiction pouvait jeter le trouble dans l’âme de ses disciples, il les rassure en leur disant « Gardez-vous bien de vous troubler ; » et il les dissuade de la fausse idée où ils étaient que la fin du monde suivrait immédiatement la guerre qui devait détruire Jérusalem en ajoutant : « Il faut que toutes ces choses arrivent, mais ce ne sera pas encore la fin. »

S. Jér. C’est-à-dire gardons-nous de croire que le jour du jugement est proche, car Dieu le tient en réserve pour un autre temps, et le Seigneur en trace clairement les signes avant-coureurs dans les paroles suivantes : « Car on verra se soulever peuple contre peuple, et royaume contre royaume, » etc.

Rab. Ou bien, il prévient ses Apôtres de ne pas se laisser effrayer lorsque ces choses arriveront, au point de s’enfuir de Jérusalem et de la Judée, car ce ne sera pas encore la fin, mais ce ne sera que dans quarante ans qu’aura lieu la dévastation de toute la contrée qui sera suivie de la destruction sans retour de la ville et du temple, événements auxquels il fait allusion en disant : « On verra se soulever peuple contre peuple et royaume contre royaume. » Or, il est certain que ces calamités épouvantables désolèrent littéralement cette malheureuse contrée.

S. Chrys. (hom. 75.) Il va plus loin, et pour leur montrer qu’il combattra lui-même contre les Juifs, non-seulement il prédit des guerres, mais les fléaux dont la main de Dieu les frappera.

Rab. Remarquons que ces paroles : « Une nation s’élèvera contre une nation, » expriment surtout la division qui régnera entre les hommes ; ces autres : « Il y aura des pestes, » les diverses maladies du corps ; ces autres : « Et des famines, » la stérilité de la terre, et ces dernières : « Et des tremblements de terre en divers lieux, » les effets de la vengeance divine.

S. CHRYS. (hom. 75.) Et toutes ces calamités n’arriveront pas selon le cours ordinaire des choses humaines, mais par l’effet de la colère de Dieu ; aussi ne les prédit-il pas simplement comme des événements qui doivent arriver en même temps, mais il insiste avec dessein sur cette circonstance : « Et toutes ces choses ne seront que le commencement des douleurs, » c’est-à-dire des maux qui doivent fondre sur la nation juive. Orig. Ou bien dans un autre sens, de même que les corps sont travaillés par la maladie avant de mourir, ainsi est-il nécessaire que la terre, tombant pour ainsi dire en langueur, soit ébranlée avant sa dissolution par des tremblements multipliés, que l’air, infecté de vapeurs pestilentielles, exerce partout une influence mortelle, et que la vertu vivifiante de la terre venant à s’éteindre, les fruits soient étouffés dans leur germe, Or, la disette des vivres fera nécessairement tomber les hommes dans l’avarice, et les mettra aux prises les uns avec les autres. Mais comme les révoltes et les guerres ont tantôt pour cause l’avarice, tantôt l’ambition et l’amour de la vaine gloire, on peut donner une raison plus profonde encore de celles qui éclateront à la fin du monde. De même que l’avènement de Jésus-Christ fut une source de paix toute divine pour un grand nombre de nations, de même le débordement de l’iniquité, refroidissant la charité d’un grand nombre, sera cause que Dieu et son Christ les abandonneront ; et l’on verra renaître les guerres, parce que la vertu des saints ne s’opposera plus au développement des causes qui sont comme une semence de dissensions. Les puissances ennemies, de leur côté, ne trouvant plus d’obstacles dans les saints et dans Jésus-Christ, exerceront librement leur puissance sur les cœurs des hommes, et soulèveront les nations contre les nations, et les royaumes contre les royaumes. S’il est vrai, comme le pensent quelques-uns, que les famines et les pestes soient l’oeuvre des anges de Satan, ces fléaux ne feront que s’accroître sous l’action de ces puissances hostiles ; car elle ne sera plus combattue par. les disciples de Jésus-Christ qui sont le sel de la terre et la lumière du monde, et qui étouffaient les germes semés par la malice du démon, comme autrefois les prières saintes (1 R 12 ; Jr 14 et 15 ; 3 R 17 et 18 ; 4 R 2, 3, 4, 7, 8) obtenaient la cessation des famines et des pestes que les péchés du peuple juif attiraient sur lui. Le Sauveur prédit avec raison que ces calamités arriveront en divers lieux ; car Dieu ne veut pas perdre tout d’un coup le genre humain, mais il ne lui fait éprouver que successivement les effets de sa justice, pour lui laisser le temps de se repentir. Or, si lorsque ces calamités se feront sentir les hommes n’en deviennent point meilleurs, elles iront toujours en augmentant : « Et toutes ces choses ne seront que le commencement des maux qui doivent suivre, » et qui feront souffrir aux impies les douleurs les plus aiguës.

S. Jér. Dans le sens mystique, ce royaume qui se soulève, cette peste produite par ceux dont les discours sont comme une gangrène (2 Tm 2) qui répand insensiblement sa corruption, et la faim de la parole de Dieu, et l’agitation de toute la terre, et la séparation de la vraie foi, paraissent devoir s’entendre surtout des hérétiques qui, en combattant les uns contre les autres, assurent la victoire de l’Église.

Orig. Or, il faut que tous ces événements s’accomplissent avant que nous voyions la perfection de la sagesse qui est en Jésus-Christ, mais ils ne seront pas suivis immédiatement de cette fin que nous cherchons ; car cette fin toute pacifique sera bien loin de devenir le partage de tels hommes.

S. JER. Ces paroles : « Toutes ces choses ne seront que le commencement des douleurs, » seraient mieux traduites par « Le commencement des enfantements, » de sorte que l’arrivée de l’antéchrist devrait être considérée comme le moment de la conception plutôt que de l’enfantement.

Alors on vous livrera aux magistrats pour être tourmentés, et on vous fera mourir ; et vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom.

En ce même temps plusieurs trouveront des occasions de scandale et de chute ; ils se trahiront, et se haïront les uns les autres.

Il s’élèvera plusieurs faux prophètes, qui séduiront beaucoup de personnes.

Et parce que l’iniquité abondera, la charité de plusieurs se refroidira.

Mais celui-là sera sauvé, qui persévérera jusqu’à la fin.

Et cet Évangile du royaume sera prêché dans toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations : et c’est alors que la fin arrivera.

Commentaire (versets 9 à 14) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 9 à 14 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Rab. Le Seigneur découvre ici la justice de ce déluge de maux qui viendront fondre sur Jérusalem et sur toute la Judée : « Alors ils vous livreront, » etc.

S. Chrys. (hom. 75.) Ou bien dans un autre sens, les disciples, en entendant les prédictions qui avaient pour objet la ruine de Jérusalem, se croyaient en dehors de ces calamités, qu’ils regardaient comme un châtiment qui leur était étranger, et ils espéraient et désiraient vivement pour eux dans l’avenir un sort plus prospère, or le Sauveur leur annonce de graves épreuves pour leur inspirer une certaine sollicitude. Il les avait prémunis plus haut contre les artifices des séducteurs, il leur prédit maintenant la violence des tyrans : « Alors ils vous livreront pour être. tourmentés, et ils vous feront mourir. » Il entremêle les maux qui leur sont propres au récit des malheurs communs à tous les hommes, pour adoucir ces maux par ce rapprochement, et il ajoute à ce motif de consolation, en leur découvrant la cause de ces tribulations, c’est qu’ils souffriront à cause de son nom : « Et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom. »

Orig. Mais comment les chrétiens ont-ils été l’objet de la haine même des peuples qui habitent les extrémités de la terre ? On peut répondre que le mot « tous, » est mis ici par amplification pour « plusieurs. » Ces autres paroles : « Alors ils vous livreront, » offrent une nouvelle difficulté ; car avant l’accomplissement de ces prédictions, les chrétiens ont eu à souffrir bien des tribulations. Nous répondons que les chrétiens seront alors livrés à des tribulations comme jamais ils n’en ont enduré. En effet, ceux qui sont dans le malheur aiment à en rechercher les causes, et à en trouver une raison qu’ils puissent mettre en avant pour se justifier. Il était donc naturel aux idolâtres de dire que ces guerres, ces famines, ces pestes étaient l’effet de la désertion du culte des dieux par cette multitude d’hommes qui se faisaient chrétiens, que les chrétiens étaient même cause des tremblements de terre, et c’est pour cela que l’Église fut en butte aux persécutions. S. CHRYS. (hom. 75.) A ce double combat, que leur livreront et les séducteurs et leurs ennemis, il en ajoute un troisième, c’est celui qu’ils auront à soutenir contre les faux frères. « Et alors plusieurs seront scandalisés, » etc. Ecoutez l’Apôtre gémissant sur cet état de lutte continuelle : « Nous avons souffert des combats au dehors, des frayeurs au dedans. » (2 Co 7). Et ailleurs : « Nous avons été en péril parmi les faux frères, » (2 Co 11) et c’est d’eux qu’il dit dans le même endroit : « Tels sont les faux apôtres, ouvriers trompeurs, » et c’est d’eux aussi que Notre-Seigneur parle en ces termes : « Et il s’élèvera un grand nombre de faux prophètes, » etc. Quelque temps avant la ruine de Jérusalem, on vit paraître plusieurs faux prophètes, qui se disaient chrétiens, et qui en séduisirent un grand nombre ; ce sont ceux que saint Paul appelle de faux frères et saint Jean des antéchrist (1 Jn 2)

S. Hil. (can. 26.) Tel fut Nicolas, l’un des sept diacres, qui en pervertit beaucoup par une apparence hypocrite de vérité, et Simon le magicien, qui, versé dans les opérations diaboliques, corrompit un grand nombre de chrétiens par ses faux miracles. S. CHRYS. (hom. 75.) Et ce qui rendra cette épreuve plus pénible encore, c’est qu’ils n’auront point les consolations de la charité. « Et parce que l’iniquité sera venue à son comble, la charité de plusieurs se refroidira. »

Remi. C’est-à-dire l’amour véritable de Dieu et du prochain ; car, plus un homme se livre à l’iniquité, plus aussi le feu de la charité s’éteint dans son cœur.

S. Jér. Remarquons que le Sauveur ne dit pas que la foi ou la charité seront éteintes dans tous les cœurs, mais dans le cœur d’un grand nombre, car la charité devait persévérer dans les Apôtres et dans leurs semblables, selon cette parole de saint Paul : « Qui nous séparera de la charité de JésusChrist. » Et c’est pour cela que Notre-Seigneur ajoute : « Celui qui persévéra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. »

Remi. Jusqu’à la fin, c’est-à-dire jusqu’à la fin de sa vie, car celui qui aura persévéré jusqu’à la fin de sa vie dans la charité, et dans la confession du nom de Jésus-Christ, celui-là sera sauvé. S. Chrys. (hom. 75.) Il prévient ensuite cette objection de ses disciples : « Comment donc pourronsnous vivre au milieu de tant de maux ? » Et il leur promet bien davantage, non-seulement ils vivront, mais ils enseigneront partout l’univers : « Et cet Évangile du royaume sera prêché par toute la terre. »

Remi. Le Seigneur savait que ses disciples seraient attristés de la destruction de Jérusalem et de la ruine de leur nation ; il les console donc en leur apprenant que le nombre de ceux qui embrasseraient la foi parmi les nations serait beaucoup plus grand que celui des Juifs qui périraient.

S. CHRYS. (hom. 75.) Voulez-vous être certains que l’Évangile a été annoncé en tous lieux avant la ruine de Jérusalem ? écoutez saint Paul proclamer : « Leur voix a retenti par toute la terre » (Rm 10) ; et voyez-le voler lui-même de Jérusalem en Espagne (Rm 15). Or, si un seul apôtre a pris pour son partage une si grande partie de la terre, jugez de ce qu’ont dû faire tous les autres. Aussi, le même Apôtre, écrivant aux Colossiens les progrès de l’Évangile, leur dit : « Qui croît et fructifie dans toute créature qui est sous le ciel » (Col 1, 6, 23). C’est là une des plus grandes preuves de la puissance de Jésus-Christ, qu’en trente ans environ l’Évangile ait rempli toutes les parties du monde habitable. Mais, quoique l’Évangile ait été prêché en tous lieux, tous cependant n’y ont pas cru ; c’est pour cela que le Sauveur ajoute : « Pour servir de témoignage à toutes les nations, » c’est-à-dire pour être comme une accusation contre ceux qui n’auront pas voulu croire ; car ceux qui auront embrassé la foi déposeront contre ceux qui l’auront rejetée et les condamneront. C’est avec justice que la ruine de Jérusalem est arrivée après que 1’Évangile eût été prêché par toute la terre : « Et alors la fin arrivera, » c’est-à-dire la destruction de Jérusalem. En effet, après avoir vu la puissance de Jésus-Christ briller partout d’un si vif éclat, et parcourir tout l’univers en si peu de temps, quelle excuse pouvaient-ils apporter pour persévérer dans leur ingratitude ? Remi. On peut aussi rapporter tout ce passage à la fin du monde : « Car alors plusieurs trouveront des occasions de scandale » et abandonneront la foi, en voyant le grand nombre des méchants, leur prospérité et les miracles de l’antéchrist ; « et ils persécuteront leurs frères ; » et l’antéchrist enverra « de faux prophètes qui en séduiront un grand nombre ; et l’iniquité sera à son comble, » parce que le nombre des méchants s’augmentera, « et la charité se refroidira » parce que le nombre des bons diminuera.

S. Jér. Le signe de l’avènement du Sauveur sera la prédication de l’Évangile dans tout l’univers, de manière que personne ne puisse apporter d’excuse. Quant à ces paroles : « Vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom, » on peut les expliquer en disant que, dès maintenant, toutes les nations se sont réunies contre les chrétiens ; mais lorsque les prédictions du Sauveur s’accompliront, les persécutions, de partielles qu’elles étaient, deviendront générales et s’étendront partout à tout le peuple de Dieu.

S. Aug. (Lettre 80 à Hesych.) Il en est qui pensent que cette prédiction : « L’Évangile du royaume sera prêché dans tout l’univers, » a été accomplie par les Apôtres eux-mêmes ; mais cette assertion ne repose pas sur des documents assez certains, car il est encore dans l’Afrique un grand nombre de peuplades barbares, parmi lesquelles, au rapport des captifs qui viennent de ces contrées, 1’Évangile n’a pas encore été prêché. Cependant, on ne peut dire en aucune manière que la promesse de Dieu leur est étrangère, car ce ne sont pas seulement les Romains, mais toutes les nations, que Dieu a promises par serment à celui qui devait naître d’Abraham (Gn 12, 3 ; 18, 18 ; 22, 18 ; 26, 4 ; 28, 14). Il faut donc que l’Église s’établisse dans toutes les nations où elle n’existe pas encore, non pas dans ce sens que tous ceux qui les composent embrasseront la foi, car alors comment s’accompliraient ces autres paroles : « Vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom, » s’il ne se trouvait parmi les nations des hommes pour haïr, et d’autres pour être l’objet de cette haine ? Les apôtres n’ont donc point prêché l’Évangile par toute la terre, puisqu’il est encore des nations où il n’a pas encore pénétré. Quant à ces paroles citées par l’Apôtre : « Le son de leur voix a retenti par toute la terre, » bien qu’elles paraissent se rapporter au passé, elles ont cependant l’avenir pour objet dans la pensée de saint Paul, comme dans celle du roi prophète. Le même Apôtre dit ailleurs que l’Évangile croit et fructifie dans tout l’univers, pour nous montrer jusqu’où il devait s’étendre dans ses développements. Si donc nous ignorons à quel temps l’Evangile doit remplir le monde entier, nous ne savons pas davantage quand doit arriver la fin du monde, car elle n’arrivera certainement pas auparavant.

Orig. Lors donc que toutes les nations auront entendu la prédication de l’Évangile, alors arrivera la fin du monde : « Et alors, dit le Sauveur, la fin arrivera, » car il est encore aujourd’hui, non-seulement des nations barbares, mais des peuples habitant nos contrées, qui n’ont pas entendu prêcher les vérités chrétiennes.

La Glose. On peut admettre toutefois l’une et l’autre de ces deux explications, pourvu que l’on entende cette diffusion de l’Évangile dans deux sens différents. Si, par exemple, on l’entend du fruit de la prédication, qui est d’établir dans toutes les nations l’Église composée de ceux qui croient en Jésus-Christ, comme l’explique saint Augustin, c’est un signe qui doit précéder la fin du monde, mais qui n’a point précédé la ruine de Jérusalem. Mais si on ne l’entend que de la renommée de l’Évangile, cette prédiction s’est accomplie avant la ruine de Jérusalem, car les disciples de Jésus-Christ étaient alors répandus dans les quatre parties du monde, ce qui a fait dire à saint Jérôme « Je ne pense pas qu’il soit resté une seule nation qui ne connaisse point le nom de Jésus-Christ, » et, quand même elle n’aurait pas entendu les prédicateurs de l’Evangile, elle a dû recevoir nécessairement une idée de la foi chrétienne. ORIG. Dans le sens moral, celui qui doit recevoir dans son âme ce glorieux avènement qu’y produit la parole de Dieu, doit s’attendre que les puissances ennemies lui dresseront des embûches selon l’étendue de ses progrès, et se préparer comme un vigoureux athlète. Jésus-Christ, qui demeure en lui, sera un objet de haine pour tous, et moins encore pour les nations de la terre que pour les esprits de malice répandus dans les airs. Dans les discussions, il y en aura très-peu qui parviendront à la plénitude de la vérité ; le plus grand nombre se scandalisera ; on verra se séparer de la vérité, et ceux qui la trahiront, et ceux qui s’accuseront les uns les autres parce qu’ils seront divisés sur le point de la vraie doctrine, et que, par là même, ils se haïront mutuellement. Il s’en trouvera beaucoup encore qui n’expliqueront pas les choses futures et n’interpréteront pas les prophètes d’une manière conforme aux principes de la foi ; ce sont ceux qu’il appelle des prophètes qui en séduiront un grand nombre et refroidiront la charité, qui était auparavant le fruit de la simplicité de la foi. Mais celui qui aura eu le courage de persévérer dans la doctrine de la tradition apostolique sera sauvé ; et c’est ainsi que l’Evangile, répandu dans toutes les âmes, sera en témoignage à toutes les nations, c’est-à-dire à toutes les pensées pleines d’incrédulité.

Quand donc vous verrez que l’abomination de la désolation, qui a été prédite par le prophète Daniel, sera dans le lieu saint (que celui qui lit entende bien ce qu’il lit) :

alors, que ceux qui seront dans la Judée, s’enfuient sur les montagnes ;

que celui qui sera au haut du toit, n’en descende point pour emporter quelque chose de sa maison ;

et que celui qui sera dans le champ, ne retourne point pour prendre ses vêtements.

Mais malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices en ces jours-là !

Priez donc Dieu que votre fuite n’arrive point durant l’hiver, ni au jour du sabbat.

Car l’affliction de ce temps-là sera si grande qu’il n’y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu’à présent, et qu’il n’y en aura jamais.

Et si ces jours n’avaient été abrégés, nul homme n’aurait été sauvé ; mais ces jours seront abrégés en faveur des élus.

Commentaire (versets 15 à 22) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 15 à 22 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. Chrys. (hom. 75.) Notre-Seigneur avait parlé précédemment de la ruine de Jérusalem en termes obscurs ; il l’annonce ici ouvertement et cite à l’appui une prophétie qui sera pour eux un motif de croire à la destruction du peuple juif. « Lors donc que vous verrez l’abomination de la désolation, » etc.

S. Jér. Ces paroles : « Que celui qui lit comprenne, » etc., sont dites pour nous inviter à pénétrer le sens caché de ce passage. Or, voici ce que nous lisons dans le prophète Daniel : « Et, au milieu de la semaine, l’oblation et le sacrifice cesseront ; l’abomination de la désolation sera dans le temple, et, jusqu’à la fin du temps, la consommation persévérera sur la solitude. » S. Aug. (Lettre 80 à Hesych.) Saint Luc voulant préciser le temps où cette abomination de la désolation aurait lieu, c’est-à-dire lors du siège de Jérusalem, rapporte ici ces paroles du Seigneur : « Lorsque vous verrez Jérusalem entourée par une armée, sachez que sa désolation est proche. »

S. Chrys. (sur S. Matth.) C’est ce qui me fait croire que, dans la pensée du Sauveur, cette abomination c’est l’armée elle-même qui désola Jérusalem la ville sainte.

S. Jér. On peut l’entendre aussi de l’image de César que Pilate fit placer dans le temple, ou de la statue équestre d’Adrien, qui, jusqu’à ce jour, est restée dans le lieu appelé le Saint des Saints. Car, dans le style de l’Ancien Testament, abomination veut dire idole, et le mot de désolation lui est ajouté, parce que l’idole avait été placée dans le temple désert et désolé.

S. Chrys. (hom. 75.) Ou bien, dans cette abomination, on peut voir encore la statue de celui qui désola la cité et le temple, statue qui fut placée dans l’intérieur du temple. Or, pour qu’ils sachent que toutes ces choses arriveront de leur vivant, le Sauveur ajoute : « Lorsque vous verrez, » etc. Admirez ici la puissance de Jésus-Christ et le courage des Apôtres, qui ne craignaient pas de prêcher l’Evangile dans un temps où les Juifs étaient attaqués de toutes parts. Les Apôtres, qui avaient été choisis parmi les Juifs, établirent des lois nouvelles, en face de la puissance des Romains, qui dominaient alors sur la Judée ; les Romains réduisirent en captivité un nombre infini de Juifs, et ils ne purent vaincre douze hommes sans armes et sans défense. Or, comme bien des fois les Juifs s’étaient relevés après de grands désastres, par exemple au temps de Sennachérib (4 R 19, 20 ; 2 Paral., 32 ; Is 27), d’Antiochus (1 M 1, 13 ; 2 M 5, 9, 10), le Sauveur ne veut point que l’on conçoive une semblable espérance, et il commande à ses disciples de s’enfuir : « Alors que ceux qui sont dans la Judée, » etc.

Remi. Il est certain que tous ces événements s’accomplirent aux approches de la ruine de Jérusalem. Lorsque les armées romaines s’avancèrent, tous les chrétiens qui étaient dans la Judée, avertis par un signe miraculeux, comme le rapporte l’histoire ecclésiastique, s’enfuirent au loin, et, traversant le Jourdain, ils vinrent dans la ville de Pella, où ils demeurèrent quelque temps sous la protection du roi Agrippa dont il est parlé dans les Actes des Apôtres. Cet Agrippa était soumis à l’empire romain avec la partie du peuple juif qu’il gouvernait. S. Chrys. (hom. 76.) Notre-Seigneur fait voir ensuite que les calamités qu’il vient de prédire, sont inévitables pour les Juifs, et l’extrémité des malheurs qui les attendait : « Que celui qui sera sur le toit ne descende pas, » etc. Il valait beaucoup mieux se sauver sans son manteau que d’être tué en rentrant pour le prendre ; c’est pour cela que le Sauveur ajoute, en parlant de celui qui sera dans les champs : « Et que celui qui sera dans les champs, ne revienne pas, » etc. Si ceux qui se trouvent dans la ville doivent s’enfuir, à plus forte raison ceux qui sont au dehors doivent se garder d’y chercher un refuge. Il est facile encore de faire le sacrifice de ses richesses, et ou peut remplacer ses vêtements, mais comment échapper aux incommodités inséparables de la nature ? Comment une femme enceinte pourra-t-elle facilement prendre la fuite ? Comment celle qui allaite pourra-t- elle abandonner son nouveau-né ? « Malheur aux femmes qui seront grosses ou nourrices, » etc. Malheur aux premières, parce que le poids de leur grossesse ralentit leur marche et les empêche de fuir ; malheur aux autres, parce qu’elles sont retenues par l’amour qu’elles ont pour leurs enfants, et qu’elles ne pourront sauver ceux qu’elles allaitent.

Orig. (Traité 29 sur S. Matth.) Ou bien encore, malheur à elles, parce qu’il ne sera plus temps de s’apitoyer ni sur le sort des femmes enceintes, ni sur celles qui nourrissent, ni sur leurs enfants. Et comme Notre-Seigneur parlait ici pour les Juifs qui croyaient ne pouvoir s’éloigner le jour du sabbat qu’à la distance d’un mille, il ajoute donc : « Priez que votre fuite n’arrive pas pendant l’hiver, ni au jour du sabbat. »

S. Jér. Car, pendant l’hiver, la rigueur du froid empêche de s’enfuir dans les lieux solitaires, et de se cacher dans les montagnes du désert ; et le jour du sabbat il y a pour eux transgression de la loi s’ils veulent prendre la fuite, et danger de mort s’ils se déterminent à rester. S. Chrys. (hom. 76.) Vous pouvez remarquer ici que c’est aux Juifs que s’adresse ce discours ; car les Apôtres ne devaient ni observer le sabbat, ni se trouver dans la Judée lorsque Vespasien vint faire le siége de Jérusalem. D’ailleurs plusieurs d’entre eux étaient déjà morts, et si quelques-uns vivaient encore, ils se trouvaient alors dans d’autres parties du monde. Mais pour quelle raison veut-il que l’on ait recours à la prière ? La voici : « Car l’affliction de ce temps-là sera si grande, » etc.

S. Aug. (lettre 80 à Hésych.) Nous lisons dans saint Luc : « Ce pays sera accablé de maux, et la colère du ciel tombera sur ce peuple ; ils passeront par le fil de l’épée, et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations. » Or, au rapport de Josèphe qui a écrit l’histoire des Juifs, ce peuple vit fondre sur lui de si grandes calamités, qu’on peut à peine les croire ; aussi est-ce avec raison que Notre-Seigneur assure qu’il n’y a point eu de tribulation pareille depuis le commencement du monde, et qu’il n’y en aura jamais. Car, en supposant qu’au temps de antéchrist, l’affliction doive être aussi grande ou même plus grande, il faut entendre ici qu’il n’y en aura point de semblable pour le peuple juif. En effet, si ce peuple doit être le premier à recevoir alors antéchrist, il sera bien plutôt l’auteur que la victime de la tribulation. S. Chrys. (hom. 76.) Je demanderai aux Juifs quelle est donc la cause de ces maux accablants que la colère divine a fait tomber sur eux, et qui surpassent tous ceux qui ont précédé ? Il est évident que c’est le crime audacieux de la croix, et la condamnation prononcée contre Jésus-Christ par le peuple. Mais le Sauveur va plus loin, et leur déclare qu’ils méritaient encore un plus terrible châtiment : « Et si ces jours n’avaient été abrégés, nul homme n’aurait été sauvé. » C’est-à-dire si la guerre des Romains contre Jérusalem avait duré plus longtemps, elle eût fait périr tous les Juifs sans exception. Il parle ici de tous les Juifs, de ceux qui habitaient la Judée, et de ceux qui se trouvaient au dehors ; car les Romains ne faisaient pas seulement la guerre à ceux qui étaient dans la Judée, mais ils poursuivaient encore tous ceux qui étaient dispersés dans les différentes contrées de l’empire.

S. Aug. (lettre 80 à Hésych.) Quelques interprètes me paraissent avoir donné l’explication véritable des jours dont il est ici question, et qui signifieraient les calamités ellesmêmes, de même qu’en d’autres endroits de la sainte Écriture, nous voyons cette expression : « Les jours mauvais. » (Gn 47 ; Ps 93 ; Ep 5) Car ce ne sont pas les jours qui sont mauvais, mais les événements qui arrivent durant ces jours. Or, le Sauveur dit que ces maux seront abrégés, parce que par une grâce de Dieu qui donnera la force de les supporter, ils seront moins sentis, et pour ainsi dire diminués, comme si on abrégeait leur durée. S. Chrys. (hom. 76.) Les Juifs auraient pu dire que c’était la prédication de l’Évangile et les disciples de Jésus-Christ qui étaient cause de tous ces malheurs ; le Sauveur leur déclare donc que s’ils n’avaient pas au milieu d’eux ses disciples, ils auraient été entièrement exterminés : « Mais en faveur des élus, ces jours seront abrégés. »

S. Aug. (lettre à Hésych.) Nous ne devons pas douter qu’au temps de la ruine de Jérusalem, il n’y eut parmi le peuple juif des élus de Dieu qui avaient passé de la circoncision à la foi chrétienne, ou qui devaient croire dans la suite et que Dieu avait choisis pour ses élus avant la création du monde ; c’est en leur faveur que ces jours seront abrégés ; afin qu’on puisse en supporter plus facilement les épreuves. Il en est qui prétendent que ces jours seront abrégés par une marche plus rapide du soleil, de la même manière que le jour fut autrefois prolongé à la prière de Josué, fils de Navé (Jos 10)

S. Jér. Mais ils oublient cette parole des livres saints : « Par votre ordre, le jour subsiste tel qu’il est. » Il nous faut donc admettre que ces jours ont été abrégés selon leur nature, c’est-à-dire que ce n’est pas leur étendue, mais leur nombre qui a été abrégé, de peur que des épreuves trop prolongées ne vinssent à ébranler la foi des chrétiens.

S. Aug. (lettre à Hésych.) Il ne nous faut pas croire cependant que la succession des semaines de Daniel ait été dérangée, parce que ces jours ont été abrégés ; ou bien qu’elles n’ont pas eu alors leur accomplissement, qui n’aurait lieu qu’à la fin des temps, car saint Luc déclare expressément (Lc 21, 20) que la prophétie de Daniel a reçu son accomplissement à l’époque de la destruction de Jérusalem.

S. Chrys. (hom. 76.) Remarquez ici l’admirable économie de l’Esprit saint ; l’Évangéliste saint Jean n’a rien écrit sur ces événements, pour qu’on ne pût dire qu’il avait écrit après les faits accomplis, puisqu’il vécut encore longtemps après la ruine de Jérusalem. Mais les autres Évangélistes qui sont morts auparavant, et qui n’ont pu voir aucun de ces événements, les ont écrits pour faire éclater de toutes parts, la puissance divine de la prophétie. S. Hil. (can. 25.) Nous pouvons encore, dans un autre sens, Voir tous les signes précurseurs de l’avènement du Seigneur dans ces paroles : « Lorsque vous verrez, » etc. Car le prophète Daniel a eu ici en vue les temps de l’antéchrist. L’antéchrist est appelé abomination, parce qu’il est venu contre Dieu, pour usurper l’honneur qui n’est dû qu’à Dieu ; c’est l’abomination de la désolation, car il doit désoler la terre par les guerres et les flots de sang qu’il répandra. C’est pour cela même que les Juifs le recevront, qu’il s’assiéra dans le lieu le plus sacré du temple, et que les infidèles lui rendront les honneurs divins dans l’endroit même où les saints adressaient à Dieu leur prière. Et comme le caractère particulier de l’erreur des Juifs sera d’embrasser le mensonge après avoir rejeté la vérité, le Sauveur ordonne à ses disciples d’abandonner la Judée, et de fuir dans les montagnes, pour éviter la persécution ou la corruption auxquelles ils seraient exposés en restant au milieu d’un peuple qui doit croire à l’antéchrist. Quant à ces paroles : « Que celui qui est sur le toit ne descende pas, » etc., on peut les entendre dans ce sens : Le toit est le faîte de la maison, le complément est comme la perfection de tout l’édifice. Celui donc qui est en haut de la maison, c’est-à-dire dans la perfection de son cœur, renouvelé par la régénération, élevé par les sentiments de son âme, ne devra pas céder à la convoitise et descendre aux basses jouissances de la terre. De même : « Celui qui sera dans le champ, » etc., c’est-à-dire celui qui s’applique à l’accomplissement des préceptes, ne devra pas retourner aux occupations de sa vie passée, qui le recouvrirait de nouveau du vêtement de ses anciens péchés.

S. Aug. (lettre à Hésych.) Car il faut prendre garde de se laisser vaincre par les tribulations, et de descendre des hauteurs de la vie spirituelle aux bassesses d’une vie toute charnelle, ou bien de se relâcher et de regarder en arrière, après qu’on a fait des progrès en s’avançant vers ce qui était devant soi. (Ph 3)

S. Hil. Ces paroles : « Malheur aux femmes qui seront grosses, ou nourrices en ce temps-là, » ne doivent pas s’entendre des femmes grosses dans le sens naturel, mais des âmes appesanties sous le poids de leurs péchés, et qui, ne se trouvant ni sur les toits, ni dans les champs, ne pourront éviter la tempête de la colère qui les attend. Malheur aussi à ceux qui sont nourris, cette menace s’adresse à ces âmes faibles qui sont formées à la connaissance de Dieu comme les enfants qui ne se nourrissent encore que de lait ; malheur à elles, parce que ne pouvant fuir devant l’antéchrist, et étant d’ailleurs incapables de souffrir, elles ne pourront ni éviter le péché, ni recevoir la nourriture du pain véritable.

S. AUG. (serm. 2 sur les par. du Seig.) Ou bien, la femme grosse est celui qui désire le bien d’autrui, et la femme qui nourrit, celui qui s’est emparé de l’objet de sa convoitise. Malheur à l’un et à l’autre au jour du jugement ! Notre-Seigneur ajoute : « Priez pour que votre fuite n’arrive point durant l’hiver, ni au jour du sabbat, » etc.

S. Aug. (Quest. évang., 1, 37.) C’est-à-dire que personne ne soit surpris en ce jour, ou dans la tristesse, ou dans la joie que causent les choses de la terre.

S. Hil. Ou bien encore, dans le froid de la mort, que produisent les péchés, ou dans l’oisiveté des bonnes oeuvres ; car le châtiment sera bien sévère, heureusement Dieu abrégera ces jours en faveur des élus, de manière que leur courte durée puisse faire triompher de la violence du mal. ORIG. Dans le sens mystique, l’antéchrist, qui est toute parole de mensonge, se tient fréquemment dans le sanctuaire des Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ceux qui le voient doivent fuir de la Judée, qui est la lettre, sur les montagnes sublimes de la vérité. Or, celui qui se trouvera sur le toit de la parole, et qui se tiendra sur ce sommet, ne doit pas en descendre sous le prétexte d’emporter quelque chose de sa maison ; s’il est dans les champs, dans ce champ où se trouve caché un trésor, et qu’il retourne en arrière, il s’exposera à la séduction de la parole de mensonge, surtout s’il s’est dépouillé de ses vêtements anciens, c’est-à-dire du vieil homme, et qu’il ait retourné sur ses pas pour le reprendre. C’est alors que l’âme qui porte encore dans son sein, et n’a pas encore enfanté les fruits de la parole, encourt la malédiction ; car elle laisse mourir le fruit qu’elle avait conçu, et. elle perd l’espérance qui est fondée sur les actes de la vérité. Il en sera de même de l’âme qui aura enfanté le fruit de la parole, mais qui ne l’aura pas nourri suffisamment. Or, que ceux qui s’enfuient vers les montagnes prient que leur fuite n’ait lieu ni en hiver ni au jour du sabbat. Car les âmes qui sont établies dans le calme et la tranquillité peuvent obtenir de marcher dans la voie du salut ; mais si l’hiver les surprend, elles tomberont au pouvoir de ceux qu’elles veulent éviter. Qu’elles prient donc pour que leur fuite n’arrive ni durant l’hiver, ni au jour du sabbat. Il en est qui observent le repos du sabbat en s’abstenant d’œuvres mauvaises, mais sans en faire de bonnes ; que votre fuite n’ait pas lieu dans ce jour de sabbat, complètement vide de bonnes oeuvres ; car on ne sera pas facilement victime de l’erreur, à moins qu’on ne soit entièrement dépouillé de bonnes oeuvres. Mais quelle tribulation plus grande pour nous que de voir nos frères victimes de la séduction, que de nous voir nous-mêmes plongés dans l’agitation et le trouble ? Les jours, ce sont les préceptes et les dogmes de la vérité ; et toutes les explications que cherche à en donner une fausse science viennent ajouter aux épreuves de ces jours que Dieu abrége par les moyens qu’il choisit dans sa sagesse.

Alors si quelqu’un vous dit, Le Christ est ici ; ou Il est là ? ne le croyez point.

Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes, qui feront de grands prodiges et des choses étonnantes, jusqu’à séduire, s’il était possible, les élus mêmes.

J’ai voulu vous en avertir auparavant.

Si donc on vous dit, Le voici dans le désert ; ne sortez point pour y aller. Si on vous dit, Le voici dans le lieu le plus retiré de la maison ; ne le croyez point.

Car comme un éclair qui sort de l’orient, paraît tout d’un coup jusqu’à l’occident, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme.

Partout où le corps se trouvera, là les aigles s’assembleront.

Commentaire (versets 23 à 28) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 23 à 28 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. Chrys. (hom. 76.) Après que Notre-Seigneur a terminé les prédictions qui avaient rapport à Jérusalem, il arrive à ce qui concerne son avènement, et il en fait connaître les signes précurseurs ; connaissance utile, non-seulement pour eux, mais encore pour nous, et pour tous ceux qui viendront après nous : « Alors si quelqu’un vous dit, » etc. Or, de même que lorsque l’Évangéliste dit dans un autre endroit : « En ces jours-là vint Jean-Baptiste, » il n’a point voulu parler du temps qui suivit immédiatement les événements qu’il vient de raconter, puisqu’il y eut trente ans d’intervalle, de même en employant ici cette expression : « Alors, » il passe sous silence tout le temps intermédiaire qui devait s’écouler depuis la ruine de Jérusalem jusqu’aux signes avant- coureurs de la fin du monde. En révélant à ses disciples les signes de son second avènement, le Sauveur leur en lait connaître d’une manière certaine le lieu, en même temps que les artifices des séducteurs. Cet avènement ne se fera plus comme la première fois à Bethléem, dans un petit coin de la terre, et sans que personne en soit prévenu ; mais le Seigneur viendra dans tout son éclat, et il ne sera nullement nécessaire d’annoncer son arrivée ; c’est pour cela qu’il ajoute : « Si quelqu’un vous dit : Voici que le Christ est ici, ou là, ne le croyez point. »

S. Jér. Il nous apprend par là que le second avènement n’aura pas lieu comme le premier dans l’humilité, mais dans toute la manifestation de sa gloire. C’est donc une folie de chercher dans un endroit limité ou réservé celui qui est la lumière du monde. (Jn 8, 9, 12.) S. Hil. (can. 25.) Et cependant comme les hommes seront livrés à de violentes angoisses, les faux prophètes, affectant de vouloir faire connaître le secours que les fidèles peuvent tirer de la présence du Christ, soutiendront faussement qu’il se trouve réellement dans une multitude d’endroits, pour soumettre au culte de l’antéchrist les hommes accablés et abattus par les tribulations. « Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes, » etc.

S. Chrys. (hom. 76.) Le Sauveur veut parler ici de l’antéchrist et de quelques-uns de ses agents, qu’il appelle de faux christs et de faux prophètes, tels qu’on en vit un grand nombre au temps de la prédication des Apôtres. Mais avant le second avènement, ils seront mille fois plus dangereux que les premiers : « Car ils feront de grands prodiges et des choses étonnantes. » S. Aug (Liv. des 83 Quest., quest. 78.) Notre-Seigneur nous avertit ici que même les hommes livrés à toute sorte de crimes peuvent opérer certains miracles que les saints ne peuvent faire, sans qu’ils jouissent pour cela d’un plus grand crédit aux yeux de Dieu. En effet, les magiciens d’Egypte n’étaient pas plus agréables à Dieu que le peuple d’Israël, qui ne pouvait faire les prodiges qu’ils opéraient, bien que Moïse en ait opéré de plus éclatants par la puissance de Dieu. Or, Dieu n’a pas donné à tous les saints ce privilège, pour ne pas exposer les âmes faibles à tomber dans cette erreur que le don de faire des miracles est supérieur aux oeuvres de justice, qui seules nous obtiennent la vie éternelle. Lors donc que les magiciens opèrent des prodiges semblables à ceux que font quelquefois les saints, c’est à des titres et par des motifs différents ; les uns n’y cherchent que leur propre gloire, les autres que la gloire de Dieu ; les premiers agissent alors en vertu d’un certain pouvoir que Dieu a laissé aux esprits de malice, conformément à leur nature, et par certains commerces qu’ils entretiennent avec ces esprits, ou en reconnaissance des services qu’ils leur rendent (Ep 6, 12 ; Col 2, 15) ; les saints, au contraire, n’opèrent ces prodiges qu’au nom de cette puissance souveraine aux ordres de laquelle toute créature est soumise. Qu’un propriétaire soit obligé d’abandonner son cheval à un soldat, qu’il le livre au contraire à celui qui le lui achète, qu’il le donne ou qu’il le prête à qui bon lui semble, ce sont choses toutes différentes. Il arrive encore quelquefois que de mauvais soldats, par une violence que réprouve la discipline militaire, effraient certaines gens en se couvrant de l’autorité de leur chef pour leur extorquer ce que la loi ne les oblige pas de donner ; de même il peut arriver souvent que de mauvais chrétiens, ou des schismatiques, ou des hérétiques, aient recours au nom de Jésus-Christ, aux paroles sacrées, ou aux sacrements de la religion chrétienne pour exiger certaines concessions des puissances infernales. Et lorsque ces puissances cèdent ainsi à l’ordre des méchants, elles ne le font que pour séduire les hommes, dont les égarements font toute leur joies C’est donc par des procédés tout différents que les magiciens, les bons chrétiens et les mauvais opèrent des prodiges. Les magiciens les opèrent au moyen de pactes particuliers ; les bons chrétiens, au nom de la justice divine ; et les mauvais, au moyen des signes extérieurs de cette justice. Et il ne faut pas s’en étonner, car on peut croire sans absurdité que tous les phénomènes extérieurs dont nous sommes témoins sont l’oeuvre des puissances infernales qui sont répandues dans les airs.

S. Aug. (de la Trinité, 3, 8 et 9.) Gardons-nous cependant de croire que tous les éléments visibles obéissent aveuglément à ces anges prévaricateurs ; ils obéissent bien plutôt à Dieu, qui a donné ce pouvoir aux mauvais anges. Nous ne devons pas non plus donner le nom de créateurs à ces mauvais anges ; car d’où vient leur puissance ? De ce que la pénétration inhérente à leur nature leur fait connaître les causes productrices cachées des faits naturels, qu’ils les répandent sous l’influence convenable des éléments, et offrent ainsi l’occasion de les produire ou de leur donner de plus grands développements. Car même parmi les hommes, il en est qui savent quelles herbes, quelles chairs, quels sucs ou quels liquides mélangés ensemble donnent naissance à certains animaux ; mais les hommes ne peuvent que difficilement obtenir ce résultat, parce qu’ils manquent de cette intelligence pénétrante et de cette agilité de mouvements que leur refusent leurs membres tout matériels et privés de l’énergie nécessaire. S. Grég. (Moral., 15, 39.) Lorsque l’antéchrist aura opéré ces prodiges étonnants en présence des hommes charnels, il les entraînera tous à sa suite ; car tous ceux qui placent leurs jouissances dans les biens de ce monde, se soumettront sans restriction à son empire. Voilà pourquoi le Sauveur ajoute : « Jusqu’à séduire, s’il était possible, les élus eux-mêmes. »

Orig. Cette expression : « S’il est possible, » est hyperbolique, car Notre-Seigneur n’a point dit positivement : « De telle sorte que les élus eux-mêmes seraient séduits ; » mais il a voulu nous montrer que les discours des hérétiques sont insinuants et persuasifs, et capables d’ébranler même ceux qui n’obéissent qu’aux inspirations de la sagesse.

S. GREG. (Moral., 23, 27.) Ou bien, comme le cœur des élus peut être agité par un sentiment de crainte, sans que toutefois leur constance en soit ébranlée, le Sauveur renferme ces deux effets dans une même pensée, et il ajoute : « S’il était possible ; » car il ne peut se faire que les élus tombent dans les piéges que leur tend l’erreur.

Rab. Ou bien, ces paroles ne signifient pas que l’élection divine sera sans effet, mais que ceux qui paraissaient être du nombre des élus au jugement des hommes, seront entraînés dans l’erreur. S. Grég. (hom. 35 sur les Evang.) Les traits qui sont prévus font des blessures moins profondes ; aussi le Sauveur dit à ses disciples : « Voici que je vous l’ai prédit. » Notre-Seigneur nous déclare quels seront les maux avant-coureurs de la fin du monde, afin que lorsqu’ils arriveront, ils nous causent d’autant moins de trouble, qu’ils ont été prévus ; c’est pour la même raison qu’il ajoute : « Si donc quelqu’un vous dit : Voici qu’il est dans le désert, » etc.

S. Hil. En effet, les faux prophètes, dont il a parlé plus haut, affirmeront tantôt que le Christ est dans le désert, pour corrompre les hommes par le poison de l’erreur ; tantôt qu’il est dans des endroits retirés pour les asservir plus sûrement au joug tyrannique de l’antéchrist. Mais le Seigneur nous déclare ici qu’il ne se cachera dans aucune retraite, qu’il ne se découvrira point en particulier à un petit nombre de témoins, mais qu’il manifestera sa présence en tous lieux et aux yeux de tous les hommes, comme l’indiquent les paroles suivantes : « De même que l’éclair part de l’Orient, et apparaît jusqu’à l’Occident, » etc. S. Chrys. (hom. 76.) Le Sauveur, qui a décrit précédemment les circonstances de la venue de l’antéchrist, nous retrace ici les signes de son, propre avènement. De même que l’éclair n’a besoin ni de précurseur ni de héraut, mais brille en un moment dans tout l’univers, même aux yeux de ceux qui sont dans l’intérieur de leurs demeures, ainsi le glorieux éclat qui entourera l’avènement du Christ apparaîtra dans tout l’univers à la fois. Il nous donne encore un autre signe de son avènement en ajoutant : « Partout ou sera le corps, là les aigles s’assembleront, » c’est-à-dire la multitude des anges, des martyrs et de tous les saints.

S. Jér. Le mystère de l’avènement de Jésus-Christ nous est rendu sensible dans un fait naturel dont nous sommes tous les jours témoins. On rapporte que les aigles et les vautours sentent l’odeur des cadavres situés même au delà des mers, et se rassemblent à cette distance autour de cette pâture. Si donc des oiseaux privés de raison, et par le seul instinct naturel, sentent l’endroit où gît un cadavre peu considérable, malgré la distance qui les en sépare, avec combien plus d’ardeur la multitude des fidèles s’empressera-telle de se réunir autour du Christ, dont l’éclair part de l’Orient et brille en même temps jusque dans l’Occident ? Par le corps (en grec ???? ou ?????, et que le latin rend d’une manière plus expressive par le mot cadaver, parce que le corps tombe sous les coups de la mort), nous pouvons entendre la passion du Christ.

S. Hil. Pour ne pas nous laisser ignorer le lieu où il apparaîtra, il ajoute : « Partout où sera le corps, là les aigles s’assembleront. » Il appelle les saints des aigles à cause du vol rapide de leur corps tout spirituel, et il nous les montre se réunissant sous la conduite des anges, dans le lieu même de sa passion ; car il est juste que le Sauveur révèle la gloire de son avènement dans l’endroit même où il nous a mérité par ses humiliations et ses souffrances la glorieuse éternité.

Orig. (traité 30 sur S. Matth.) Et remarquez qu’il ne dit pas : Partout où sera le corps, là se rassembleront les vautours et les corbeaux, mais : « Les aigles s’assembleront, » pour exprimer ainsi la magnificence et la royauté de tous ceux qui ont cru à la passion du Sauveur.

S. Jér. On donne le nom d’aigles à ceux dont la jeunesse s’est renouvelée comme celle de l’aigle (Ps 52), et qui s’élèvent sur des ailes comme l’aigle, pour se rendre à la passion du Sauveur.

S. GREG. (Moral., 31, 22.) Ces paroles : « Partout où sera le corps, là s’assembleront les aigles, » peuvent encore s’entendre dans ce sens : Comme je suis assis sur le trône des cieux avec le corps que j’ai revêtu dans mon incarnation, je délivrerai les âmes des élus avec leur corps, et je les élèverai jusqu’au ciel. S. JER. Ou bien encore on peut entendre ce passage des faux prophètes, car au temps de la captivité de la nation juive, on vit s’élever des chefs qui affirmaient qu’ils étaient le Christ, à ce point que pendant le siége de Jérusalem par les Romains, le peuple fut divisé en trois factions. Mais il est plus naturel d’entendre ces paroles, comme nous l’avons fait, de la fin du monde. On peut, en troisième lieu, l’entendre des combats des hérétiques contre l’Église, et de ces antéchrists qui s’élèvent contre le Christ, sous le prétexte d’une fausse science.

Orig. Traité 29 sur S. Matth.) En principe, il n’y a qu’un seul antéchrist, mais il se divise eu plusieurs espèces, comme si nous disions : Un mensonge ne diffère pas d’un autre mensonge. Or, de même que le véritable Christ n’avait que de saints prophètes, ainsi chaque faux christ a sous lui une multitude de faux prophètes qui donnent pour la vérité, dans leurs prédications, la fausse doctrine de l’antéchrist auquel ils appartiennent. Lors donc qu’on entendra dire : « Le Christ est ici ou il est là, il ne faudra point porter ses regards au dehors, ailleurs que dans 1’Écriture, car c’est dans la loi, dans les prophètes et dans les écrits des Apôtres qu’ils puisent leurs prétendues raisons à l’appui de leurs erreurs. Ou bien ces paroles : « Voici que le Christ est ici, ou il est là, » s’appliquent dans leur intention, non pas au Christ, mais à quelque imposteur qui se couvrira de son nom, comme serait, par exemple, un sectateur de la doctrine de Marcion, ou de Basilide ou de Valentin.

S. Jér. Si quelqu’un donc vous a donné l’espérance que vous trouveriez Jésus-Christ dans le désert de l’idolâtrie ou dans la doctrine des philosophes, ou dans les réduits ténébreux des hérétiques qui promettent de vous révéler les secrets de Dieu, ne le croyez pas ; mais croyez que la foi catholique brille dans l’Église de l’Orient à l’Occident.

S. Aug. (Quest. évang., 11, 38.) Par l’Orient et par l’Occident, NotreSeigneur a voulu nous faire comprendre l’univers entier, dans lequel l’Église devait s’étendre. C’est dans le sens de ces paroles : « Vous verrez le Fils de l’homme venant sur les nuées, » que NotreSeigneur se sert ici du mot éclair, parce que c’est du sein des nuées que jaillissent les éclairs. Après avoir établi d’une manière claire et évidente l’autorité de l’Église dans tout l’univers, c’est avec raison qu’il recommande à ses disciples et à tous les fidèles de ne point ajouter foi aux schismatiques et aux hérétiques. Tout schisme, en effet, et toute hérésie s’établit sur un point de la terre et y occupe une place, ou se glisse dans des réunions secrètes et ténébreuses pour tromper la curiosité de l’esprit humain, et c’est ce que signifient ces paroles : « Si quelqu’un vous dit : Le Christ est ici ou là » (ce qui indique une partie ou une contrée de la terre), « ou dans le lieu le plus retiré de la maison, » ce qui signifie les conventicules secrets et ténébreux des hérétiques.

S. Jér. Ou bien ces expressions : « Dans le désert » et « dans les endroits cachés, » signifient que les faux prophètes trouveront moyen de tromper les hommes dans les temps de persécution et d’épreuves. Orig. (traité 29 sur S. Matth.) Ou bien, toutes les fois que les hérétiques citent à l’appui de leurs erreurs des écritures apocryphes et qui ne sont pas reçues dans l’Église, ils semblent dire : « Voici que la parole de vérité est dans la solitude, » tandis que lorsqu’ils s’appuient sur les Écritures canoniques, admises par tous les chrétiens, ils paraissent dire : « Voici que la parole de vérité est dans vos demeures, » Mais ces promesses ne doivent pas nous faire sortir des premières traditions reçues dans l’Église. Peut-être encore le Seigneur veut-il nous prémunir contre ceux dont la doctrine est tout à fait étrangère à l’Écriture par ces paroles : « Si l’on vous dit : Le voici dans la solitude, » ne sortez pas de la règle de la foi ; contre ceux qui se couvrent en apparence de l’autorité des Écritures par ces autres : « Si l’on vous dit : Le voici dans le lieu le plus retiré, ne le croyez pas. » Car la vérité est semblable à l’éclair qui part de l’Orient et paraît jusque dans l’Occident. Ou bien le Sauveur s’exprime de la sorte parce que l’éclair de la vérité est soutenu par tous les passages de l’Écriture. L’éclair de la vérité sort donc de l’Orient, c’est-à-dire des commencements de la vie de Jésus-Christ, et se prolonge jusqu’à sa passion, qui est comme son couchant ; ou bien depuis l’origine du monde jusqu’aux derniers écrits des Apôtres. Ou bien encore, l’Orient est la loi, et l’Occident, la fin de la loi et de la prophétie de Jean-Baptiste. Or, l’Église seule n’ôte rien soit à l’expression, soit au sens de cette vérité qui brille comme un éclair, elle n’ajoute rien non plus sous prétexte de prophétie. Ou bien enfin le Seigneur veut nous mettre en garde contre ceux qui nous disent : « Voici le Christ, » sans nous le montrer dans l’Église, qui seule a vu s’accomplir en elle l’avènement tout entier du Fils de l’homme, dont voici la promesse : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles. » S. Jér. Ces paroles nous invitent à méditer la passion de Jésus-Christ, et à nous réunir dans tous les endroits de l’Écriture où il en est question (cf. Ps 21, 18 ; Is 53, 7), afin qu’elle puisse nous conduire jusqu’au Verbe de Dieu.

Aussitôt après ces jours d’affliction, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées.

Alors le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel, et tous les peuples de la terre seront dans les pleurs et dans les gémissements ; et ils verront le Fils de l’homme qui viendra sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté.

Commentaire (versets 29 à 30) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 29 à 30 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

LA Glose. Après avoir prémuni les fidèles contre les séductions de l’antéchrist et de ses sectateurs, en déclarant que son avènement sera environné du plus grand éclat, Notre-Seigneur nous en fait connaître l’ordre et les circonstances, « Or, aussitôt après ces jours d’affliction, le soleil s’obscurcira, » etc.

S. Chrys. (Hom. 76.) Il veut parler ici de la tribulation des jours de l’antéchrist et des faux prophètes ; cette tribulation sera grande et proportionnée au grand nombre des séducteurs, mais sa durée ne sera pas longue, car si la guerre contre les Juifs a été abrégée à cause des élus, à plus forte raison Dieu abrégera cette tribulation en leur faveur. Aussi, ne dit-il pas simplement : Après ces jours d’affliction, mais « Aussitôt après, » car il, ne tardera pas à venir.

S. Hil. (can. 20.) Il nous fait comprendre la gloire de son avènement par le soleil qui s’obscurcit, par la lune qui refuse sa lumière, et par les étoiles qui tombent : « Et la lune ne donnera plus sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel. » Orig. Lorsqu’un grand incendie commence à éclater, le jour est comme obscurci par les nuages d’une épaisse fumée ; ainsi, on peut dire qu’à la fin du monde, les grands flambeaux du jour seront obscurcis par le feu que la justice de Dieu doit allumer ; et la clarté des étoiles venant à pâlir, la matière dont leur corps est composé ne pourra plus s’élever comme autrefois, lorsque la lumière elle-même semblait les porter dans les vastes plaines de l’air, et elles tomberont du ciel. Lorsque ces événements s’accompliront, les intelligences célestes, dans la stupeur et l’agitation, seront comme bouleversées de se voir privées de leurs anciennes fonctions « Et les vertus des cieux seront ébranlées, et alors le signe du Fils de l’homme paraîtra dans les cieux, » c’est-à-dire le signe qui a fait les choses célestes, en d’autres termes la puissance que le Fils de l’homme a fait éclater lorsqu’il était attaché à la croix. C’est dans le ciel surtout que paraîtra ce signe, afin que les hommes de toute tribu, qui n’ont pas voulu croire à la religion chrétienne, qui leur était annoncée, la reconnaissent dans cette croix qui en est le signe évident,, et qu’ils pleurent et gémissent sur leurs péchés et sur leur ignorance. « Et, à cette vue, tous les peuples de la terre s’abandonneront aux pleurs et aux gémissements. » On donne cette autre explication de ce passage : de même que la lumière d’une lampe s’affaiblit insensiblement, le soleil et la lune s’obscurciront, et les étoiles perdront leur lumière, parce que les corps célestes ne seront plus alimentés, et ce qui en restera tombera du ciel comme une matière toute terrestre. Mais comment peut-on dire du soleil que sa lumière s’obscurcira, alors que le prophète Isaïe prédit qu’à la fin du monde cette lumière deviendra beaucoup plus vive.(chap. 30), et que la lumière de la lune deviendra comme la lumière, du soleil. Quant aux étoiles, il en est qui affirment que toutes ou un grand nombre d’entre elles sont plus grandes que la terre ; comment donc pourront-elles tomber du ciel, puisque la terre ne pourrait suffire à leur étendue.

S. Jér. Ces phénomènes ne seront donc point produits par une diminution réelle de la lumière qui nous éclaire, puisque nous lisons que le soleil aura sept fois plus d’éclat ; mais, en présence de la vraie lumière, tous les objets paraîtront aux yeux couverts de ténèbres.

Rab. Rien cependant ne s’oppose à ce qu’on dise que le soleil, la lune et les autres astres seront alors réellement privés de leur lumière, comme il arriva pour le soleil, à la passion du Sauveur, et c’est ce que prédit Joël en ces termes : « Le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang, avant que vienne le grand et terrible jour du Seigneur. »(Jl 2, 31). Du reste, après le jugement, et lorsque la gloire de la vie future répandra ses clartés, et que Dieu aura créé un ciel nouveau et une terre nouvelle (Is 65, 17 ; Ap 21, 1), on verra s’accomplir cette prédiction du prophète Isaïe : « La lumière de la lune sera comme celle du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus grande. » Quant aux étoiles, au lieu de ces expressions : « Et les étoiles tomberont du ciel, » on lit dans saint Marc : « Et l’on verra les étoiles se détacher du ciel, c’est-à-dire privées de leur lumière » (Mc 13). S. JÉR. Par les vertus des cieux, nous entendons la multitude des anges.

S. Chrys. (hom. 76.) C’est à juste titre pie les vertus des cieux seront ébranlées et troublées à la vue d’un si grand bouleverse-nient, du châtiment de leurs compagnons, et de l’univers tout entier comparaissant devant le tribunal redoutable. Orig. De même qu’au moment où s’accomplissait le mystère de la croix, le soleil s’éclipsa, et l’on vit les ténèbres couvrir toute la face de la terre ; ainsi, lorsque le signe du Fils de l’homme apparaîtra dans les cieux, la lumière du soleil, de la lune et des étoiles disparaîtra comme absorbée par la puissance divine de ce signe sacré. « Et alors le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel. » Ce signe, c’est le signe de la croix, afin que les Juifs, selon le prophète Zacharie (chap. 12) et l’évangéliste saint Jean (chap. 19), puissent voir celui qu’ils ont percé et le signe de sa victoire. S. Chrys. (hom. 76.) Le soleil s’étant obscurci, la croix ne pourrait paraître qu’autant qu’elle serait beaucoup plus brillante que les rayons du soleil. Le Sauveur ne veut pas que ses disciples aient à rougir ou à s’attrister de la croix, et c’est pour cela qu’il la leur annonce comme un signe entouré de gloire. Or, ce signe de la croix apparaîtra pour confondre l’insolence des Juifs, car Jésus-Christ, venant pour juger le monde, ne leur montrera pas seulement ses blessures, mais encore la mort ignominieuse qu’ils lui ont fait souffrir : « Et alors toutes les tribus de la terre s’abandonneront aux pleurs et à la vue de la croix, elles comprendront que la mort du Sauveur ne leur a servi de rien, et qu’elles ont crucifié celui qu’elles auraient dû adorer.

S. Jér. L’expression « Toutes les tribus de la terre, » est des plus justes, car ceux-là seuls seront dans les pleurs et dans les gémissements qui n’ont pas acquis le droit de cité dans les cieux, et dont les noms ne sont écrits que sur les livres de la terre. Orig. Dans le sens moral, on peut dire que ce soleil qui doit s’obscurcir, c’est le démon qui doit être jugé et condamné à la fin du monde, car, bien qu’il ne soit que ténèbres, il affecte de briller comme le soleil ; la lune, qui emprunte sa lumière à ce soleil d’une nouvelle espèce, c’est toute réunion des méchants qui se vante souvent d’avoir et de donner la lumière. Mais alors Dieu la condamnera avec ses dogmes pervers, et elle perdra toute sa clarté. Tous ceux qui promettaient aux hommes la vérité, soit par leurs opinions, soit par de fausses vertus, et ne faisaient que les séduire par leurs mensonges, sont comme les étoiles qui tombent pour ainsi dire de leur ciel dans les hauteurs duquel elles s’étaient établies, en s’élevant coutre la science de Dieu. A l’appui de cette interprétation, nous pouvons citer ces paroles du livre des Proverbes : « La lumière des justes demeure toujours brillante, mais la lumière des impies s’éteindra bientôt » (Pr 4, 18). Mais on verra briller la gloire de Dieu dans tout homme qui a porté l’image de l’homme céleste, et tous ceux qui faisaient ici-bas partie du Ciel, seront dans la joie, tandis que tous ceux qui appartiennent à la terre s’abandonneront aux pleurs et aux gémissements. Ou bien encore, l’Église est tout à la fois le soleil, la lune et les étoiles, elle à qui s’adressent ces paroles : « Vous êtes belle comme la lune, éclatante comme le soleil » (Cant. 4).

S. Aug. (Lettre à Hésych.) Or, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa lumière, parce que l’Église, anéantie pour ainsi dire sous les efforts redoublés des persécuteurs et des impies, ne paraîtra plus. Les étoiles tomberont du ciel et les vertus des cieux seront ébranlées, parce qu’un grand nombre de ceux en qui la grâce de Dieu semblait jeter un vif éclat fléchiront sous le poids de la persécution et feront des chutes honteuses ; quelques-uns même des fidèles les plus affermis seront ébranlés. Notre-Seigneur annonce que ces événements auront lieu après ces jours d’affliction, non pas qu’il veuille dire que les persécutions auront entièrement cessé, mais parce que la tribulation aura précédé et sera suivie de la défection d’un grand nombre ; et comme cette défection se continuera pendant toute la durée de ces jours, il dit qu’elle aura lieu après ces jours d’affliction.

Et il enverra ses anges, qui feront entendre la voix éclatante de leurs trompettes, et qui rassembleront ses élus des quatre coins du monde, depuis une extrémité du ciel jusqu’à l’autre.

Commentaire — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

S. Chrys. (hom. 76.) En entendant parler de la croix, les disciples auraient pu croire qu’il s’agissait encore d’un supplice ignominieux, il se hâte donc d’ajouter : « Et ils verront le Fils de l’homme, » etc.

S. AUG. (Lettre à Hésych.) Le sens le plus naturel qui s’offre à l’esprit de celui qui entend ou lit ces paroles est que cet avènement sera celui où Jésus-Christ viendra juger les vivants et les morts, revêtu du même corps qu’il a fait asseoir dans le ciel, à la droite du Père, et dans lequel il a voulu mourir, ressusciter et monter aux cieux, alois qu’une nuée le déroba aux yeux de ses disciples, comme nous le lisons dans les Actes des Apôtres (chap. 1). Les Anges dirent alors : « Il viendra de la même manière que vous l'avez vu monter au ciel. » Il faut donc croire qu'il viendra, non-seulement revêtu du même corps, mais porté sur les nuées du ciel. Orig. (traité sur S. Matth.) Ils verront donc des yeux du corps le Fils de l'homme, revêtu de la nature humaine, et venant sur les nuées du ciel, c'est-à-dire sur les nuées les plus élevées. Lorsqu'il fut transfiguré sur la montagne, une voix sortit de la nuée; ainsi, lors de son second avènement, il sera transfiguré et paraîtra sous une forme glorieuse, et il sera porté, non pas sur une seule nuée, mais sur plusieurs nuées, comme sur un char. Voyez, en effet, lorsque le Fils de l'homme se rendait à Jérusalem, ceux qui l'aimaient étendirent leurs vêtements sur le chemin, pour qu'il ne fut point obligé de fouler la terre aux pieds (Mt 21), et ne voulurent même pas que l'âne qui le portait touchât la terre ; qu'y a-t-il donc d'étonnant que le Père et le Dieu de tout ce qui existe étende les nuées du ciel sous le corps de son Fils qui descend pour la consommation de toutes choses ? On peut dire encore que, lorsque Dieu créa l'homme, il prit du limon de la terre pour en former son corps ; ainsi, pour faire éclater la gloire de son Fils, il emprunta au ciel et à une matière céleste, pour lui donner, dans sa transfiguration, comme un second corps, qui avait l'apparence d'une nuée brillante, et qui apparaîtra à la fin du monde sous la forme de nuées éclatantes. C'est pour cela que ces nuées sont appelées les nuées du ciel, de même que le limon a été désigné par ces mots : le limon de la terre. Il était de toute justice, en effet, que le Père relevât par de tels prodiges les humiliations volontaires de son Fils. Il l'a donc exalté (Ph 2, 9), non-seulement dans son esprit, mais dans son corps, en le faisant descendre sur ces nuées glorieuses; peut-être même ces nuées sont-elles des nuées intelligentes, afin que le char du Fils de l'homme glorifié ne soit point privé de raison. Jésus est venu en premier lieu avec cette puissance qui se traduisait par les prodiges et les miracles qu'il opérait au milieu du peuple (Ac 6) ; mais toute cette puissance était peu de chose auprès de cette puissance extraordinaire qu'il déploiera à la fin du monde. En effet, lors de son premier avènement, c'était la puissance de celui qui s'anéantissait lui-même, il faut donc qu'il paraisse entouré aune gloire plus éclatante que celle qui l'environna dans sa transfiguration sur la montagne, car, alors, il n'eut que trois témoins de sa transfiguration, tandis qu'à la fin du monde, il paraîtra entouré d'une gloire éclatante, afin que tous les hommes en soient témoins. S. Aug. (Lettre à Hesych.) Or, comme nous devons approfondir les Écritures, et ne pas nous contenter d'en avoir une connaissance superficielle, il nous faut examiner avec soin les paroles qui suivent presque immédiatement : « Lorsque vous verrez arriver toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme est proche, et qu'il est à la porte. » Nous saurons donc qu'il est proche, non pas lorsque nous verrons seulement quelques-uns des signes qui précèdent, mais lorsque nous verrons réunis tous ces signes parmi lesquels se trouve aussi l'avènement du Fils de l'homme, a Et il enverra ses anges qui rassembleront ses élus des quatre coins du monde. » C'est ce qu'il fait pendant toute la durée de la dernière heure, lors qu'il vient dans ses membres comme sur les nuées (cf. Jn 2, 10). Ou bien, il veut parler de cet avènement continuel qu'il ne cesse de renouveler dans toute son Église, comme sur une immense nuée, et il vient avec une grande puissance et une grande majesté, parce que cette puissance et cette majesté se manifesteront avec plus d’éclat aux yeux des saints, qui eu recevront une force toute divine, pour ne pas être vaincus par une si grande persécution.

Orig. (traité sur S. Matth.) Ou bien encore, Jésus vient tous les jours avec une grande puissance dans l’âme du fidèle, porté sur les nuées prophétiques, c’est-à-dire sur les écrits des prophètes et des Apôtres, qui comprennent et déclarent que le Verbe de Dieu est au-dessus de la nature humaine. C’est ainsi que nous disons nous-mêmes qu’une grande gloire se révèle à ceux qui ont cette intelligence, et cette gloire se manifeste dans le second avènement du Verbe, qui est l’avènement des hommes parfaits. Et c’est ainsi que, si l’on comparait et si l’on discutait avec soin tout ce que les trois Évangélistes ont dit de l’avènement du Christ, on trouverait que tout se rapporte à l’avènement que Jésus-Christ renouvelle tous les jours dans son corps, c’est-à-dire dans son Église, avènement dont il a parlé lui-même ailleurs en ces termes : « Vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. » Il faut excepter toutefois les passages où il annonce lui-même le dernier avènement qu’il doit faire en personne. Orig. (traité sur S. Matth.) Le Sauveur venait de parler de ces pleurs et de ces gémissements, qui seront comme une sentence et comme une condamnation que les méchants prononceront contre eux-mêmes ; mais de peur qu’on ne crut que là devaient se terminer leurs maux, il ajoute : « Et il enverra ses anges, qui feront entendre la voix éclatante de leurs trompettes, » etc.

Remi. Il ne faut pas prendre cette trompette dans un sens matériel, mais pour la voix des archanges, qui retentira si fort qu’elle fera lever tous les morts du sein de la terre. S. Chrys. (hom. 76.) Le son de la trompette est destiné à donner le signal de la résurrection et à caractériser la joie des uns, l’étonnement et la douleur des autres, qui seront laissés et ne seront pas enlevés dans les cieux sur les nuées.

Orig. Nous lisons dans le livre des Nombres (chap. 10), que les prêtres rassemblaient au son de la trompette, des quatre points cardinaux, tous ceux qui composaient le camp d’Israël, et c’est par allusion à cet usage qu’il est dit ici des anges : « Et ils rassembleront ses élus des quatre coins du monde. »

REMI. C’est-à-dire des quatre parties du monde : de l’orient, de l’occident, du nord et du midi. ORIG. Certains esprits, par trop simples, s’imaginent que les anges ne rassembleront que ceux qu’ils trouveront revêtus de leur corps ; mais il est bien plus rationnel de dire qu’ils rassembleront, non-seulement tous ceux qui ont été appelés et élus depuis l’avènement de Jésus-Christ jusqu’à la fin du monde, mais tous ceux qui l’ont été depuis la création du monde, et qui ont vu le jour du Christ, comme Abraham (Jn 8), et en ont tressailli de joie. La preuve que les élus du Christ, rassemblés par les anges, ne seront pas seulement ceux dont la résurrection trouvera l’âme unie à leurs corps, mais ceux qui en seront séparés depuis longtemps, c’est ce que Notre-Seigneur ajoute : « Depuis une extrémité du ciel jusqu’à l’autre, » paroles qui ne peuvent s’appliquer, à ce que je sache, à aucune personne vivant sur la terre. On peut dire aussi que les cieux désignent ici les saintes Écritures et leurs témoignages divins, dans lesquels Dieu a comme fixé son habitation. Le sommet des Ecritures, c’est le commencement de l’Écriture ; ses extrémités en sont la consommation. Les anges rassembleront donc les saints, depuis le sommet des cieux, c’est-à-dire depuis ceux qui se nourrissent des premiers éléments de l’Écriture jusqu’à leurs extrémités, c’est-àdire jusqu’à ceux qui vivent dans les profondeurs des saintes Lettres. Ils seront rassemblés au son de la trompette, et d’une voix éclatante, afin que ceux qui l’entendront et y seront attentifs, se préparent à prendre la voix de la perfection qui conduit jusqu’au Fils de Dieu. Remi. Ou bien dans un autre sens, afin que personne ne fut tenté de croire que les élus ne seraient rassemblés que des quatre extrémités du monde, et non pas des contrées qui en occupent le centre, il ajoute : « Et depuis le sommet des cieux, » etc. Le sommet des cieux désigne ici le centre du globe, parce que le sommet du ciel correspond au milieu de la terre ; les extrémités du ciel désignent les parties extrêmes de la terre, car les dernières extrémités de la voûte des cieux paraissent reposer sur la terre.

S. Chrys. (hom. 76.) C’est par honneur pour les élus que Dieu les appelle par le ministère de ses anges. Saint Paul ajoute qu’ils seront enlevés sur les nuées, parce qu’en effet, les anges rassembleront d’abord ceux qui ressusciteront, et les nuées enlèveront ensuite ceux que les anges auront réunis.

Apprenez une comparaison prise du figuier : Quand ses branches sont déjà tendres, et qu’il pousse des feuilles, vous savez que l’été est proche :

de même lorsque vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, et qu’il est comme à la porte.

Je vous dis en vérité, que cette race ne passera point, que toutes ces choses ne soient accomplies.

Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point.

Commentaire (versets 32 à 35) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 32 à 35 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. Chrys. (hom. 77.) Comme le Seigneur avait fixé l’accomplissement des événements qu’il avait prédits au temps qui suivrait immédiatement ces jours d’affliction, les disciples pouvaient lui demander de préciser ce temps, il prévient donc cette question en leur disant : « Comprenez ceci par une comparaison prise du figuier »

S. Jér. C’est-à-dire : Lorsque le figuier pousse de nouvelles branches que les bourgeons s’ouvrent pour laisser passage à sa fleur, et que l’arbre se couvre de feuilles, vous comprenez que l’été est proche et que c’est l’époque du printemps et du zéphyr ; ainsi, lorsque vous verrez tous ces événements s’accomplir, ne pensez pas que ce soit absolument la fin du monde, mais considérez-les comme les précurseurs de ce grand jour qui approche, et qui est comme à la porte. « Ainsi, lorsque vous verrez toutes ces choses, » etc. S. Chrys. (hom. 77.) Le Sauveur nous apprend par là qu’il y aura peu d’intervalle, et que l’avènement de Jésus-Christ aura lieu presque aussitôt. Il nous apprend encore qu’après les rigueurs de l’hiver, les justes jouiront des douceurs d’un été spirituel et d’une grande tranquillité, tandis que les pécheurs auront à supporter les rigueurs de l’hiver après les douceurs de l’été.

ORIG. Pendant l’hiver, le figuier renferme en lui-même la force de vie qu’il contient ; mais, lorsque l’hiver est passé, il manifeste cette puissance de vie qu’il tenait caché, en produisant de tendres branches et des feuilles nouvelles. C’est ainsi que le monde et chacun des élus qu’il contient, avant l’avènement de Jésus-Christ, renfermaient en eux-mêmes la vie qui les animait, soumis qu’ils étaient à l’influence de l’hiver ; mais le souffle vivifiant du Christ attendrira les rameaux de leur cœur, et la vertu qu’ils tenaient cachée en eux produira des feuilles et des fruits. Pour ces élus, l’été et l’avènement glorieux du Verbe de Dieu sont proches.

S. Chrys. (hom. 77.) Il se sert encore de cette comparaison pour bien établir la certitude des prédictions qu’il a faites, car toutes les fois qu’il annonce un événement dont l’accomplissement est certain, il apporte pour exemple ce qui arrive nécessairement dans la nature.

S. Aug. (Lettre à Hesych.) Qui pourrait nier, alors que nous sommes témoins des signes prédits dans l’Évangile et dans les prophètes, que nous avons droit d’espérer que l’avènement du Seigneur est proche ? Il approche en effet de jour en jour, mais quel intervalle nous en sépare encore ? Il a répondu lui-même à cette question : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps ou les moments. » Considérez à quelle époque l’Apôtre disait : « Notre salut est plus près que lorsque nous avons cru, » que d’années se sont écoulées depuis ! et cependant on ne peut l’accuser de fausseté ; mais combien plus sommes-nous fondés à dire maintenant que l’avènement du Seigneur est proche, alors que tant de siècles écoulés nous approchent de la fin de toutes choses. S. Hil. (can. 26.) Dans le sens mystique, le figuier est la figure de la synagogue. Les rameaux du figuier sont l’antéchrist, le fils du démon, le partage du péché, le prétendu vengeur de la loi. Or, lorsqu’il commencera à verdir et à se couvrir avec orgueil de ses péchés, comme de feuilles verdoyantes, alors l’été est proche, c’est-à-dire le jour du jugement fera sentir ses premières atteintes.

Remi. Ou bien ce sera lorsque ce figuier se couvrira de nouveau de verdure, c’est-àdire lorsque la synagogue recevra l’Évangile par la prédication d’Hénoch et d’Elie, que nous devrons comprendre que la fin est proche.

S. Aug. (Quest. Evang., 1, 39.) Ou bien encore, par ce figuier, on peut entendre le genre humain, à cause des vifs désirs qu’excitent les passions de la chair. Lorsque ses branches sont tendres, c’est-à-dire lorsque les enfants des hommes commenceront à produire les fruits de l’esprit par la foi en Jésus-Christ, et qu’on verra briller en eux l’honneur de l’adoption des enfants de Dieu. S. Hil. (can. 36). Pour rendre plus certaine la foi aux événements qu’il vient de prédire, il ajoute : « Je vous le dis en vérité, » car cette expression « en vérité » est un témoignage infaillible des choses qu’il affirme.

Remi. Il en est qui, sans trop de réflexion, appliquent ces paroles à la destruction de Jérusalem, et qui pensent que le Sauveur a voulu parler de cette génération qui a été témoin de sa passion, et dont il affirme qu’elle ne passera pas avant que la destruction de cette cité ne s’accomplisse. Mais je doute qu’ils puissent expliquer littéralement ce passage tout entier dans ce sens, depuis ces paroles : « Il ne restera pas pierre sur pierre, » jusqu’à ces autres : « Il est déjà à la porte. » Ils le pourront pour certains endroits ; mais, pour d’autres, cette explication est tout à fait impossible.

S. Chrys. (hom. 77.) Toutes ces prédictions ont donc pour objet la ruine de Jérusalem, ainsi que ce qu’il a dit des faux prophètes, des faux christs et de tous les événements qui doivent précéder l’avènement de Jésus-Christ. Or en ajoutant : « Cette génération, » il ne veut point parler de la génération contemporaine, mais de la génération composée des fidèles. car c’est la coutume des Écritures de prendre le mot génération comme une expression qui détermine, nonseulement le temps, mais encore le lieu, la religion et la manière de vivre. C’est ainsi que le Roiprophète dit : « Telle est la génération de ceux qui craignent Dieu. » (Ps 23). Or, dans ce passage, Notre-Seigneur nous apprend que Jérusalem périra, et que la plus grande partie du peuple sera détruite avec elle ; mais qu’aucune épreuve ne pourra triompher de la génération des fidèles.

ORIG. Cependant la génération de l’Eglise traversera tout ce siècle, pour arriver à l’héritage du siècle futur ; mais elle ne passera pas avant que toutes ces choses aient été accomplies. Toutefois, après leur accomplissement, non-seulement la terre mais le ciel lui-même passera. « Le ciel et la terre passeront, » etc., c’est-à-dire, non-seulement les hommes dont la vie est toute terrestre, et qui, pour cela, sont appelés terre, mais encore ceux dont la vie est dans le ciel, et qui portent le nom de ciel. Or, ils passeront aux choses qui doivent arriver, pour parvenir à un sort meilleur ; mais les paroles du Sauveur ne passeront pas, parce qu’elles opèrent et ne cesseront d’opérer selon l’efficacité qui leur est propre. Mais pour les parfaits, qui ne trouvent plus sur la terre de nouveaux moyens de perfection, ils passeront de l’état où ils sont, à un nouvel état qu’ils ne connaissaient pas, et c’est là le sens que le Seigneur ajoute : « Mais mes paroles ne passeront pas. » Peut-être aussi peut-on dire que les paroles de Moïse et celles des prophètes passent, car ce qu’ils ont prophétisé est accompli, tandis que les paroles du Christ conservent toute leur plénitude, et ne cessent de s’accomplir tous les jours et s’accompliront encore dans les saints. Cependant, nous ne pouvons petit-être pas affirmer que les paroles de Moïse et des prophètes ont eu leur entier accomplissement, car ce sont véritablement les paroles du Fils de Dieu, et elles s’accomplissent tous les jours.

S. Jér. Ou bien encore, par cette génération, il faut entendre tout le genre humain, ou la nation juive en particulier. Or, le Sauveur fortifie la foi de ses disciples aux choses qu’il vient de leur dire, en ajoutant : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas ; » c’est-à-dire, il est plus facile de détruire les choses les plus fermes et les plus inébranlables que d’ôter son efficacité à une seule de mes paroles.

S. Hil. Le ciel et la terre, par la nature de leur création, n’ont aucune nécessité d’exister, tandis que les paroles de Jésus-Christ, sorties de l’éternité, contiennent en elles-mêmes la puissance qui leur assure une éternelle durée. S. Jér. Le ciel et la terre passeront, c’est-à-dire qu’ils seront transformés, mais non pas détruits ; car comment le soleil pourrait-il s’obscurcir et la lune refuser sa lumière, si le ciel qui les contient et la terre n’existaient plus ?

Rab. Le ciel qui passera n’est pas le ciel où brillent les astres, mais le ciel atmosphérique qui périt une première fois par le déluge (cf. 2 P 3, 5-7.10.11.15).

S. Chrys. (hom. 77.) Le Sauveur prend pour exemples les éléments de ce monde visible, pour montrer que l’Église lui est plus précieuse que le ciel et la terre, et aussi pour établir qu’il est le Créateur des hommes.

Quant à ce jour et à cette heure-là, personne n’en a connaissance, non pas même les anges du ciel, mais seulement mon Père.

Et il arrivera à l’avènement du Fils de l’homme, ce qui arriva au temps de Noé.

Car comme dans les derniers jours avant le déluge les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient, et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ;

et qu’ils ne connurent le moment du déluge que lorsqu’il survint et emporta tout le monde : il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme.

Alors de deux hommes qui seront dans un champ, l’un sera pris et l’autre laissé.

De deux femmes qui moudront à un moulin, l’une sera prise et l’autre laissée.

Commentaire (versets 36 à 41) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 36 à 41 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. Chrys. (hom. 77.) Notre-Seigneur ayant fait connaître tous les signes précurseurs de son avènement, et conduit pour ainsi dire son récit jusqu’aux portes, ne voulut pas cependant déterminer le jour où ces choses arriveraient : « Personne ne sait ni ce jour, ni cette heure, » etc. S. Jér. Dans quelques manuscrits latins on trouve cette addition : « Ni le Fils ; » mais elle n’existe ni dans les exemplaires grecs, ni dans ceux d’Origène et de Pierius. Comme cependant elle se trouve dans quelques exemplaires, il nous faut l’examiner et l’expliquer.

Remi. L’Evangéliste saint Marc (13, 32) dit que non-seulement les anges ne connaissent pas ce jour, mais que le Fils de l’homme l’ignore.

S. Hil. Ces paroles sont un triomphe pour Arius et pour Eunomius ; car, disent-ils : Celui qui ignore, peut-il être l’égal de celui qui sait ? Nous leur répondrons par ce peu de mots : Jésus, c’est-à-dire le Verbe de Dieu, a fait tous les temps ; (car toutes choses ont été faites par lui, et rien n’a été fait sans lui. (Jn 1). Or, le jour du jugement est contenu dans l’étendue des temps, comment donc le Fils de Dieu, qui connaît l’ensemble, peut-il en ignorer une partie ? On peut encore leur dire : Qu’y a-t-il, de plus grand de connaître le père ou de connaître le jour du jugement ? Or, si le Sauveur connaît ce qu’il y a de plus grand, comment peut-il ignorer ce qu’il y a de moindre ?

S. Hil. Est-ce que Dieu le Père a refusé la connaissance de ce jour à son Fils, puisque le Fils dit expressément : « Toutes choses m’ont été données par mon Père ; » car il ne lui a pas donné toutes choses, s’il lui en a refusé une seule. S. Jér. Nous avons donc prouvé que le Fils de l’homme connaît le jour de la fin du monde, il nous reste à expliquer pourquoi il déclare qu’il ne le sait pas. Lorsque après sa résurrection, ses Apôtres lui demandent quand viendra ce jour, il leur répond clairement (Ac 1) : « Ce n’est pas à vous de connaître les temps et les moments que le Père a disposés dans sa puissance, » preuve évidente qu’il connaît ce jour, mais qu’il n’est pas utile pour les Apôtres d’avoir cette connaissance.

S. Aug. (de la Trinité, 1, 12.) Cette expression : « il ne sait pas, » signifie donc : il ne veut pas faire savoir ; c’est ainsi que l’ange dit à Abraham., ; « Je sais maintenant que. tu crains le Seigneur (Gn 22), c’est-à-dire je te fais savoir ; car cette épreuve lui fit connaître à lui-même ce qu’il était.

S. Aug. (serm. 21 sur les par. du Seig.) Il dit que le Père connaît ce jour, c’est-à-dire en même temps que le Fils le connaît dans le Père ; car que peut-il y avoir dans ce jour qui n’ait été fait dans le Verbe par qui ce jour a été fait ?

S. Aug. (Livre des 83 Quest., quest. 60.) Le sens véritable de ces paroles : « Le Père seul connaît ce jour, » est donc celui que nous avons indiqué, c’est-à-dire qu’il fait connaître ce jour au Fils ; et s’il est dit du Fils qu’il ne sait pas, c’est parce qu’il ne communique point cette connaissance aux hommes.

Orig. Ou bien encore, tant que l’Église, qui est le corps de Jésus-Christ, ignore ce jour et cette heure, il est dit du Fils qu’il les ignore lui-même. Le sens propre du mot savoir est ici le sens que lui donnent ordinairement les auteurs sacrés ; ainsi l’Apôtre dit que le Sauveur n’a point connu le péché, pour dire qu’il n’a point péché. (2 Co 5) Or, le Fils de l’homme ménage la connaissance de ce jour et de cette heure aux cohéritiers de ses promesses, de manière qu’ils sachent tous, c’est-à-dire qu’ils apprennent par leur propre expérience, en ce jour et à cette heure, ce que Dieu a réservé à ceux qu’il aime.

S. BAS. J’ai lu dans un certain auteur que le Fils dont il est ici question n’est point le Fils unique de Dieu, mais le Fils par adoption ; car le Sauveur n’aurait point placé comme il le fait les anges avant le Fils unique : « Ni les anges des cieux, ni le Fils. »

S. Aug. (lettre à Hésych.) L’Évangile déclare que personne ne connaît ni ce jour ni cette heure, et vous, vous ajoutez : On ne peut môme savoir ni le mois, ni l’année. Mais ces paroles paraissent signifier que si l’on ne peut connaître l’année, on peut savoir toutefois dans quelle semaine, ou dans quelle décade d’années ce jour doit arriver, comme si l’on pouvait dire que ce sera dans sept, dans dix ou dans cent ans, ou après un intervalle de temps plus ou moins long. Si vous ne croyez pas avoir atteint le véritable sens de ce passage, nous sommes tous deux au même point. S. Chrys. (hom. 77.) Mais pour vous prouver que ce n’est point par ignorance qu’il garde le silence sur le jour et l’heure du jugement, le Sauveur donne un autre signe avant-coureur de ce jour en disant : « Et il arrivera à l’avènement du Fils de l’homme, ce qui arriva au temps de Noé, » c’est-àdire que ce jour viendra tout d’un coup et à l’improviste, surprendre les hommes au milieu de leurs désordres. C’est cette même vérité qu’exprime saint Paul, écrivant aux Thessaloniciens : « Lorsqu’ils diront : Paix et sécurité, alors une ruine soudaine les surprendra. » (1 Th 5) C’est pour cela que le Sauveur ajoute : « Car comme durant les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, » etc.

RAB. Jésus-Christ ne condamne ici ni le mariage, ni les aliments, comme le prétendent faussement Marcion et les manichéens, puisque le mariage est nécessaire à la propagation du genre humain, et les aliments au soutien de la vie ; mais il condamne l’usage immodéré que les hommes eu font. S. Jér. On peut se demander comment Notre-Seigneur dit plus haut : « On verra se soulever peuple contre peuple, et royaume contre royaume, et il y aura des pestes, des famines et des tremblements de terre en divers lieux, » tandis qu’ici il semble nous donner tous les signes d’une paix profonde ; c’est qu’après ces guerres et ces fléaux qui désolent le genre humain, succédera une paix de courte durée qui rétablira partout le calme et la tranquillité, et donnera un nouvel appui à la foi des chrétiens.

S. Chrys. (hom. 77.) Ou bien, cette paix et ces divertissements criminels seront le partage de ceux qui ont perdu tout sentiment. Aussi l’Apôtre ne dit pas : Lorsque la paix existera réellement, mais lorsqu’ils diront : « Paix et sécurité, » voulant ainsi nous peindre l’insensibilité de ces hommes de plaisir, trop semblables à ceux qui existaient du temps de Noé ; alors aussi les méchants se livraient à la débauche, tandis que les justes étaient dans la tristesse et l’affliction. Nous apprenons par là que lorsque l’antéchrist viendra, les méchants seront surpris au milieu des plus honteux plaisirs, dans lesquels ils se seront jetés en désespérant de leur salut. Cet exemple est donc choisi fort à propos par le Sauveur. Car lorsque Noé construisait l’arche, les méchants la voyaient sous leurs yeux, leur annonçant les malheurs (2 P 2, 5) qui devaient arriver, mais ils ne voulaient pas y croire, et se livraient à leurs plaisirs coupables comme s’ils n’étaient menacés d’aucun fléau ; c’est donc parce qu’il en est beaucoup qui refusent de croire aux événements futurs qu’il appuie ses prédictions sur les exemples passés. Il donne encore une autre preuve que ce jour viendra à l’improviste, et qu’il ne lui est pas inconnu : « Alors de deux hommes qui seront dans un champ, l’un sera pris, et l’autre laissé ; » ce qui nous prouve qu’il y en aura de pris et de laissés parmi les serviteurs comme parmi les maîtres, parmi ceux qui se reposeront, comme parmi ceux qui se livreront au travail.

S. HIL. Ou bien, ces deux hommes qui sont dans un champ, représentent les deux peuples des fidèles et des infidèles dans ce monde, et que le jour du Seigneur surprendra au milieu des occupations de cette vie. Ils seront séparés, puisque l’un sera laissé et l’autre sera pris, ce qui nous prouve le discernement qui sera fait des fidèles d’avec les infidèles. Car les saints seront protégés coutre les effets redoutables de la colère de Dieu, et renfermés dans les magasins du père de famille ; mais les impies seront abandonnés et deviendront la proie des feux vengeurs. Il en sera de même de ceux qui tournent la meule. « De deux femmes qui moudront, » etc. La meule c’est l’oeuvre de la loi. Or, comme une partie des Juifs doit croire à la prédication d’Elie, comme ils ont cru à la prédication des Apôtres, et recevoir la justification qui vient de la foi, une partie d’entre eux sera choisie en vertu de cette foi vivifiée par les bonnes oeuvres, tandis que l’autre partie sera laissée au milieu des oeuvres infructueuses de la loi, tournant inutilement la meule sans pouvoir se préparer le pain céleste de la vie éternelle.

S. Jér. Ou bien deux hommes seront trouvés dans un champ se livrant au même travail, et répandant la même semence, mais ils ne recevront pas le même fruit de leur travail. Dans ces deux femmes qui tournent ensemble la meule, on peut voir encore l’Église et la synagogue qui, toutes les deux, paraissent tourner la même meule dans la loi, et moudre avec les mêmes Écritures la farine des commandements de Dieu ; ou bien enfin, les autres hérésies qui semblent moudre tantôt avec les deux Testaments, tantôt avec un seul la farine de leurs doctrines. « Deux seront dans le même lit, l’un sera pris, l’autre sera laissé (Lc 17, 34). »

S. Hil. Ces deux qui sont dans le même lit sont ceux qui prêchent le même repos de la passion du Sauveur (cf. Ps 15. 9 ; Ac 2, 25) ; car les hérétiques et les catholiques ont la même foi sur ce point. Mais la foi catholique proclamera que le Père et le Fils ont une même nature, une même divinité, tandis que la fausse doctrine des hérétiques attaquera cette vérité. Ces deux professions de foi subiront donc l’épreuve du jugement de Dieu, qui prendra l’une et rejettera l’autre.

Remi. Ou bien ces paroles désignent les trois ordres de l’Église : les deux qui sont dans un champ figurent l’ordre des prédicateurs, à qui Dieu a confié la culture du champ de l’Église ; les deux qui tournent la meule, la condition des époux qui, entraînés tour à tour par mille soucis divers, semblent tourner incessamment la meule ; enfin les deux qui sont dans le même lit, l’état de ceux qui ont gardé la continence, dont le repos nous est figuré par le lit. Or, dans ces trois classes différentes, il y a des bons et des mauvais, des justes et des injustes, et c’est pour cela que les uns sont pris, tandis que les autres sont laissés.

Orig. Ou bien dans un autre sens, le corps est étendu comme un malade sur le lit des passions charnelles, tandis que l’âme tourne la lourde meule de la vie, et que les sens du corps travaillent dans le champ du monde.

Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur doit venir.

Car sachez que si le père de famille savait à quelle heure de la nuit le voleur doit venir, il est sans doute qu’il veillerait, et qu’il ne laisserait pas percer sa maison.

Tenez-vous donc aussi, vous autres, toujours prêts ; parce que le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne pensez pas.

Commentaire (versets 42 à 44) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 42 à 44 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. Jér. Notre-Seigneur explique ici clairement ce qu’il a dit plus haut : « Personne ne sait rien de ce jour, si ce n’est le Père, » car il n’était point utile aux Apôtres de connaître ce jour ; étant toujours au contraire dans l’incertitude, et comme en suspens, ils s’attendaient continuellement à le voir venir, puisqu’ils ignoraient le moment de son arrivée. Ces paroles sont donc la conclusion de celles qui précèdent : « Veillez donc, puisque vous ignorez, » etc. Il ne dit pas : parce que nous ignorons, mais : « Parce que vous ignorez, » pour montrer que quant à lui, il connaît le jour du jugement.

S. CHRYS. (hom. 77.) Il veut qu’ils soient toujours dans une attente pleine de sollicitude : « Veillez » leur dit-il.

S. Grég. (hom. 13 sur les Evang.) Celui-là veille qui tient les yeux ouverts à la véritable lumière ; celui-là Veille, qui traduit sa foi dans ses oeuvres ; celui-là veille qui repousse loin de lui les ténèbres de la langueur et de la négligence.

ORIG. (Traité 31 sur S. Matth.) Un certain interprète assure avec plus de simplicité que de raison, que le Sauveur veut parler ici d’un second avènement, et un autre affirme qu’il est ici question de l’avènement spirituel du Verbe dans l’intelligence de ses disciples, où il n’était pas encore venu, comme il devait le faire Plus tard (cf. Lc 24, 45). S. Aug. (Lettre à Hésych.) Ce n’est pas seulement à ceux qui l’écoutaient alors, que Notre-Seigneur adresse ces paroles : « Veillez, » mais encore à tous Ceux qui sont venus après eux jusqu’à nous, et il nous les adresse à nous-mêmes, ainsi qu’à tous ceux qui viendront après nous, jusqu’au jour de son dernier avènement qui intéresse tous les hommes en bn certain sens. Car cet avènement viendra pour chacun de nous aven le jour où il nous faudra sortir de cette vie tels que nous serons jugés dans ce dernier jour. Tout chrétien doit donc veiller pour que l’avènement du Seigneur ne le surprenne pas au. dépourvu ; car ce jour surprendra, sans y être préparé, celui qui ne le sera pas au dernier jour de sa vie. LA GLOSE. C’est donc sans aucun fondement quelques uns prétendent savoir l’époque de la fin du monde, et que les autres se vantent de connaître la fin de leur vie, ce que personne ne peut connaître sans une révélation particulière de l’Esprit saint. S. Jér. Le Sauveur nous apprend d’une manière plus claire encore, par l’exemple du père de famille, pourquoi il se réserve la connaissance de ce dernier jour : « Car sachez que si le père de famille connaissait, » etc.

Orig. Le père de famille de cette maison, c’est l’intelligence de l’homme ; cette maison, c’est son âme ; le voleur, c’est le démon, il faut regarder comme contraire à la vérité toute doctrine qui n’entre point par la porte dans l’âme inattentive et négligente, mais qui, comme un voleur, perce la maison, en détruisant les murs naturels de l’âme, c’est-à-dire les premières vérités que la nature y a imprimées, et y entre par cette brèche pour la dépouiller. Quelquefois l’homme surprend le voleur au moment où il fait cette percée, il le saisit et le met à mort en tournant contre lui le glaive de la vérité. Or, le voleur ne vient pas dans le jour, lorsque l’âme vigilante et attentive est éclairée par le soleil de justice, mais il vient dans la nuit, c’est-à-dire alors que le mal séjourne encore dans cette âme. Cependant, même au sein de cette nuit, et tout en étant privé des puissants rayons du soleil, cet homme peut encore recevoir quelque clarté du Verbe, qui sera pour lui comme une lampe. Il reste encore dans le mal, il est vrai, mais il a, toutefois, le désir d’une meilleure vie, et il veille pour ne pas laisser détruire ce désir. Ou bien, c’est dans le temps des tentations et des tribulations de toute espèce que le voleur a coutume de venir pour percer la maison de l’âme.

S. Grég. (hom. 13.) C’est à l’insu du père de famille que le voleur perce les murs de la maison ; car tandis que l’âme s’endort et néglige de veiller sur elle-même, la mort vient tomber à l’improviste sur la maison de notre corps, tue le maître qu’elle surprend dans le sommeil, et entraîne comme à son insu au supplice cette âme qui n’a pas su prévoir les maux qui devaient l’assaillir. Si elle avait été vigilante, elle aurait résisté au voleur, car elle se serait mise en garde contre l’arrivée du juge qui enlève secrètement les âmes, et elle l’aurait prévenu par le repentir pour ne point périr dans l’impénitence. Or, le Seigneur a voulu que la dernière heure nous demeurât cachée, afin qu’elle fût toujours devant nos yeux, et que dans l’impossibilité où nous sommes de la prévoir, nous nous y préparions sans relâche, c’est pour cela qu’il ajoute : « Tenezvous donc toujours prêts, parce que vous ne savez pas, » etc.

S. Chrys. (hom. 77.) En s’exprimant de la sorte, le Sauveur semble condamner les chrétiens qui ont beaucoup moins de soin de leur âme que n’en prennent de leur argent ceux qui craignent les voleurs.

Qui est le serviteur fidèle et prudent, que son maître a établi sur tous ses serviteurs, pour leur distribuer dans le temps leur nourriture ?

Heureux ce serviteur, si son maître à son arrivée le trouve agissant de la sorte.

Je vous dis en vérité, qu’il l’établira sur tous ses biens.

Mais si ce serviteur est méchant, et que disant en son cœur, Mon maître n’est pas près de venir ;

il se mette à battre ses compagnons, et à manger et à boire avec des ivrognes ;

le maître de ce serviteur viendra au jour qu’il ne s’y attend pas, et à l’heure qu’il ne sait pas :

il le séparera, et lui donnera pour partage d’être puni avec les hypocrites : c’est là qu’il y aura des pleurs, et des grincements de dents.

Commentaire (versets 45 à 51) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 45 à 51 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. Hil. (can. 27 sur S. Matth.) Bien que le Seigneur nous ait recommandé à tous en général une vigilance continuelle sur nous-mêmes, il ordonne aux princes du peuple (Ps 46, 18), c’est-à-dire aux évêques, une sollicitude toute particulière dans l’attente de son avènement. C’est ce qu’il veut signifier par ce serviteur prudent et fidèle, placé à la tête de la famille et chargé de pourvoir aux intérêts et aux besoins du peuple qui lui est confié : « Quel est, à votre avis, le serviteur fidèle et prudent ? » etc.

S. Chrys. (hom. 77.) Ce n’est point par ignorance que le Sauveur fait cette question ; car Dieu le Père se sert aussi de l’interrogation en parlant à Adam : « Adam où es-tu ? » (Gn 3.)

Remi. Cette question prouve, non pas qu’il soit impossible, mais simplement difficile d’arriver à la perfection de la vertu.

La Glose. Car il est rare de rencontrer un serviteur fidèle qui serve le Seigneur pour le Seigneur lui-même, qui paisse les brebis de Jésus-Christ, non pour l’appât du gain, mais par amour pour Jésus-Christ lui-même ; un serviteur prudent qui étudie les moeurs et la capacité de ceux qu’il est chargé de diriger ; un serviteur que le Seigneur lui-même a établi, c’est-à-dire qui est appelé de Dieu, et qui ne s’est point ingéré lui-même dans ces hautes fonctions (He 5, 4).

S. Chrys. (hom. 77.) Il exige deux choses de ce serviteur : la prudence et la fidélité ; il est fidèle, parce qu’il ne s’approprie rien des biens de son maître, et ne les emploie à aucune dépense inutile ou superflue ; il est prudent, parce qu’il connaît l’usage qu’il doit faire des choses qui lui ont été confiées. Orig. Ou bien, on appelle ordinairement fidèle, celui qui a fait des progrès dans la foi, bien qu’il n’ait pas encore atteint la perfection ; et prudent, celui qui a reçu de la nature la subtilité et la pénétration d’esprit.

Or, en considérant attentivement, on trouvera un grand nombre d’hommes fidèles, qui sont animés dans leurs actions du zèle de la foi ; mais il en est peu qui soient prudents : « Car Dieu a choisi ce qu’il y a d’insensé selon le monde. » (1 Co 1) Réciproquement, on rencontrera des hommes d’un esprit subtil et prudent, et d’une foi médiocre ; mais il est très-rare de trouver réunies dans une même personne la prudence et la fidélité. Cependant la prudence est nécessaire pour distribuer la nourriture en temps convenable, et la fidélité pour ne point dérober aux indigents leur subsistance. Il n’est point inutile d’avertir, que dans le sens le plus naturel, nous devons être tout à la fois fidèles et prudents pour administrer les revenus de l’Église. Nous devons être fidèles pour ne point dévorer les richesses des veuves, nous souvenir des besoins des pauvres, ne pas nous autoriser de ces paroles de l’Apôtre : « Le Seigneur a établi que ceux qui prêchent l’Evangile doivent vivre de l’Évangile, » pour prendre autre chose que la simple nourriture où les vêtements qui nous sont nécessaires ; et ne pas retenir pour nous plus que l’on ne donne à ceux qui sont dans le besoin. Nous devons être prudents pour examiner et comprendre les causes de l’indigence d’un chacun, pour tenir compte de sa position, de son éducation et de ses besoins ; car il faut une grande sagesse pour administrer avec soin les revenus de l’Église. Le serviteur doit encore être fidèle et prudent en ne prodiguant point par le désir de faire paraître la sagacité de son esprit la nourriture raisonnable et spirituelle à ceux qui n’en sont point capables, c’est-à-dire à ceux qui ont bien plus besoin d’instructions, qui leur apprennent à régler leurs moeurs et à rendre leur vie meilleure, que des lumières spéculatives de la science. Cette prudence est encore nécessaire pour ne pas négliger d’expliquer les hautes vérités de la religion aux esprits plus pénétrants, car en se bornant aux vérités élémentaires, on s’exposerait aux mépris de ceux qui ont naturellement une intelligence plus ouverte, ou qui l’ont exercée par l’étude de la philosophie profane. S. Chrys. (hom. 77.) Cette parabole s’applique également aux princes de la terre, car ils doivent employer tout ce que Dieu leur a donné, sagesse, puissance, et tous les autres dons, pour l’utilité générale, et non pour nuire à ceux qui leur sont soumis, ou pour leur propre perte. Rab. Le maître, c’est Jésus-Christ ; la famille à laquelle il prépose ses serviteurs pour en prendre soin, c’est l’Église catholique. Or. il est difficile de rencontrer un homme qui soit à la fois prudent et fidèle, mais cela n’est pas impossible, car autrement le Sauveur n’aurait pas déclaré bienheureux celui qui ne peut exister : « Bienheureux ce serviteur, si son maître, à son arrivée, le trouve agissant de la sorte. »

S. Hil. C’est-à-dire, obéissant aux ordres de son maître, et distribuant à sa famille, en son temps, le pain de vie qui doit la nourrir pour la vie éternelle. Remi. Remarquons que de même qu’il y a une grande différence entre les bons prédicateurs et les bons auditeurs, il y a aussi une grande différence dans les récompenses qu’ils méritent. Si le Seigneur trouve les bons auditeurs, vigilants et attentifs, il les fera asseoir à sa table, comme nous le voyons dans saint Luc (12, 37) ; mais pour les bons prédicateurs, il les établira sur tous ses biens : « Je vous le dis en vérité, qu’il l’établira sur tous ses biens. »

Orig. C’est-à-dire afin qu’il règne avec Jésus-Christ, à qui son Père a remis toutes choses. Jésus-Christ, établi comme le fils d’un bon père sur tous ses biens, fait entrer en participation de sa dignité et de sa gloire, ses intendants fidèles et prudents, et les établit eux-mêmes au-dessus de tous les hommes.

Rab. Ils ne seront pas les seuls pour obtenir la récompense éternelle, mais ils en recevront une supérieure à toutes les autres, tant pour les vertus qu’ils ont pratiquées, que pour le soin qu’ils ont pris de leur troupeau.

S. Hil. Ou encore, il sera établi sur tous les biens du Seigneur, c’est-à-dire qu’il sera placé dans la gloire de Dieu, ce qui est le comble du bonheur et de la félicité. S. Chrys. (hom. 77.) Non content d’instruire ceux qui l’écoutent par la perspective de la gloire réservée aux justes, le Sauveur ajoute la menace du châtiment qui attend les méchants. « Mais si ce serviteur est méchant, et qu’il dise, » etc.

S. Aug. (lettre à Hesych.) La manière d’agir de ce serviteur nous fait connaître les sentiments qui l’animaient. Le bon Maître a pris soin de nous tracer en peu de mots sa conduite, d’abord son orgueil. « S’il se met à battre les autres serviteurs, » puis sa vie dissolue : « Et à manger et à boire avec des ivrognes, » et ces traits nous font comprendre que si le mauvais serviteur dit : « Mon maître tarde à venir, » ce n’est pas qu’il désire son arrivée, comme le désirait ardemment le Roi-prophète, lorsqu’il disait : « Mon âme a soif du Dieu vivant, quand viendrai-je devant lui ? » (Ps 41.) Ces paroles : « Quand viendrai-je ? » nous montrent combien ce retard lui était pénible. Car l’ardeur de ses désirs lui faisait paraître trop lent le temps qui s’écoule avec rapidité.

Orig. Tout évêque se rend coupable d’offense envers Dieu, lorsqu’il n’administre pas comme étant lui-même serviteur, mais comme maître, lorsqu’il veut dominer par la violence comme un tyran insupportable, lorsqu’il repousse ceux qui ont faim, et fait bonne chair avec des ivrognes, lorsqu’il se repaît de ce rêve que le Seigneur ne viendra que longtemps après.

Rab. Au sens figuratif, frapper ses compagnons, c’est blesser la conscience des faibles par ses discours et par ses exemples (1 Co 8, 12). S. JER. Il dit « Le maître de ce serviteur viendra, » etc., pour leur faire comprendre que le Seigneur viendra au moment qu’ils n’y penseront pas, et pour exciter ainsi la vigilance et la sollicitude de ses intendants. Il ajoute : « Il le séparera, » non pas qu’il le partagera en deux avec le glaive, mais il le séparera de la société des saints.

Orig. Ou bien, il le séparera, lorsque l’esprit (c’est-à-dire le don spirituel), retournera à Dieu qui l’avait donné, tandis que son âme ira dans l’enfer avec son corps. Le juste, au contraire, n’a pas à craindre cette séparation, et son âme se dirige vers le royaume du ciel avec l’esprit, c’est-à-dire avec le don de l’esprit qui l’animait. Quant à ceux qui sont divisés, ils ne conservent plus cette partie du don spirituel qu’ils avaient reçu de Dieu, mais ils en sont réduits à la partie qui leur appartient, c’est-à-dire à leur âme qui sera punie avec le corps. « Et il lui donnera son partage avec les hypocrites. »

S. JER. C’est-à-dire avec ceux qui étaient ou dans les champs, ou occupés à tourner la meule, et qui n’en ont pas moins été laissés ; car nous disons souvent qu’un hypocrite est autre qu’il ne paraît ; c’est ainsi que eaux qui étaient dans les champs ou occupés à tourner la meule, paraissaient faire les mêmes actions, mais on a vu la différence d’intention qui les faisait agir.

Rab. Ou bien, il recevra le châtiment des hypocrites, c’est-à-dire la double peine du feu et celle du froid (cf. Jb 24, 19). « Là il y aura des pleurs et des grincements de dents ; » car les pleurs seront la suite de la peine du feu, et le grincement de dents, l’effet du froid qu’ils endureront.

Orig. Ou bien, les pleurs seront la punition de ceux qui sont livrés aux joies insensées du monde, et le grincement de dents, le châtiment de ceux qui se sont abandonnés au repos outre mesure. Dans les efforts qu’ils font pour résister aux douleurs sensibles qu’ils éprouvent, ils grincent des dents sous l’action Itt châtiment ; tel sera le sort de ceux qui se sont nourris de ce que la malice a de plus acerbe. Apprenez delà que ce ne sont pas seulement ceux qui sont fidèles et prudents que le Seigneur établit pour gouverner sa famille, mais encore les méchants, et que ce qui les sauve, ce n’est pas d’avoir la direction de la maison de Dieu, mais de lui distribuer la nourriture en son temps, et de s’abstenir de mauvais traitements et de débauches. S. Aug. (lettre à Hésych.) Détournons nos regards de ce mauvais serviteur qui redoute l’arrivée de son maître, et arrêtons-les sur ces trois bons serviteurs qui désirent le retour de leur maître. L’un d’eux attend son maître plus tôt, le second, plus tard, le troisième avoue son ignorance sur ce point ; voyons quel est celui dont la conduite se rapproche le plus des préceptes de l’Évangile, Le premier dit : Veillons et prions, car le maître va bientôt venir ; le second : Veillons et prions, car cette vie est courte et incertaine, bien que le maître doive tarder à venir ; le troisième : Veillons et prions, parce que cette vie est courte et incertaine, et nous ne savons pas quand le maître doit venir. Or, ce dernier ne dit autre chose que ce que dit l’Évangile : « Veillez, car vous ne savez à quelle heure le Seigneur doit venir. » Tous voudraient, par suite du désir qu’ils éprouvent de voir le royaume de Dieu, que ce que pense le premier fût vrai, et si les choses arrivaient ainsi, le second et le troisième partageraient sa joie. Si au contraire, l’événement ne justifie pas la croyance du premier, il est à craindre que ce retard n’ébranle ceux qui l’avaient partagée, et qu’ils n’en viennent à croire, non pas que l’avènement du Seigneur doit tarder, mais qu’il n’aura jamais lieu. Ceux qui pensent comme le second, que le Seigneur doit différer son avènement, supposé que Cette croyance ne soit pas fondée, ne seront point troublés dans leur foi, mais ils seront comblés d’une joie inespérée. Celui enfin qui confesse son ignorance sur toutes ces choses, désire l’arrivée de son maître, en supporte le retard, et ne se trompe dans aucune conjecture, parce qu’il n’en affirme et n’en nie aucune.