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Malachie 1

REPROCHES du Seigneur adressés à Israël par Malachie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Malheur accablant. Voir Isaïe, 13, 1. ― Par l’entremise (per manum), voir Aggée, 1, 1.

Je vous ai aimés, dit le Seigneur, et vous avez dit : Quelles marques nous avez-vous données de cet amour ? Esaü n’était-il pas frère de Jacob ? dit le Seigneur ; et cependant j’ai aimé Jacob,

et j’ai haï Ésaü. J’ai réduit ses montagnes en une solitude, et j’ai abandonné son héritage aux dragons des déserts.

Commentaire (versets 2 à 3) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 2 à 3 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

J’ai aimé Jacob, mais j’ai haï Esaü, en prévision des bonnes dispositions de l’un et des mauvaises inclinations de l’autre. Saint Paul (voir Romains, 9, vv. 11, 13), et après lui saint Augustin et la plupart des écrivains ecclésiastiques ont enseigné que ces deux frères étaient la figure des élus et des réprouvés. Une solitude. Outre que l’Idumée était stérile d’elle-même, elle avait été ravagée par l’armée de Nabuchodonosor, cinq ans après la prise de Jérusalem (voir Isaïe, chapitre 21 et suivants (?) ; Jérémie, 49, verset 7 et suivants ; Ezéchiel, 25, 13 ; 35, 3 ; Amos, 1, 11-12). ― A l’époque où prophétisait Malachie, les Nabatéens s’étaient emparés de l’Idumée et en avaient chassé pour toujours les anciens habitants. ― Aux dragons du désert ; d’après l’original, aux chacals.

Si l’Idumée dit, Nous avons été détruits ; mais nous reviendrons, et nous rebâtirons ce qui a été détruit : voici ce que dit le Seigneur des armées : Ils bâtiront, et moi je détruirai ; et on les appellera une terre d’impiété, et un peuple contre qui le Seigneur a conçu une colère qui durera éternellement.

Vous verrez ceci de vos propres yeux, et vous direz alors : Que le Seigneur soit glorifié dans la terre d’Israël.

Le fils honore son père, et le serviteur révère son seigneur. Si donc je suis votre Père, où est l’honneur que vous me rendez ? et si je suis votre Seigneur, où est la crainte respectueuse que vous me devez ? dit le Seigneur des armées. Je m’adresse à vous, ô prêtres ! qui méprisez mon nom, et qui dites : Quel est le mépris que nous avons fait de votre nom ?

Vous offrez sur mon autel un pain impur, et vous dites : En quoi vous avons-nous déshonoré ? En ce que vous avez dit : La table du Seigneur est dans le mépris.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pain. Par ce mot, les Hébreux entendaient toutes sortes d’aliments.

Si vous présentez une hostie aveugle pour être immolée, n’est-ce pas un mal que vous faites ? si vous en offrez une qui soit boiteuse ou malade, n’est-ce pas encore un mal ? Offrez ces bêtes à celui qui vous gouverne, pourvoir si elles lui plairont, ou s’il vous recevra favorablement, dit le Seigneur des armées.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Si vous offrez, etc. Dieu voulait que toutes les victimes qu’on lui offrait fussent sans défaut (voir Lévitique, 22, 21-22 ; Deutéronome, 15, 21). ― S’il accueillera ta face ; hébraïsme, pour, s’il te recevra favorablement.

Étant donc coupables de toutes ces choses, offrez maintenant vos prières devant Dieu, afin qu’il vous fasse miséricorde, et qu’il vous reçoive enfin d’une manière plus favorable, dit le Seigneur des armées.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Cela, c’est-à-dire, les abus, les désordres, signalés dans les versets précédents. ― Il accueillera vos faces. Voir le verset 8.

Qui est celui d’entre vous qui ferme les portes de mon temple, et qui allume le feu sur mon autel gratuitement ? Mon affection n’est point en vous, dit le Seigneur des armées, et je ne recevrai point de présents de votre main.

Car depuis le lever du soleil jusqu’au couchant, mon nom est grand parmi les nations ; et l’on me sacrifie en tout lieu, et l’on offre à mon nom une oblation toute pure ; parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées.

Commentaire (versets 10 à 11) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 10 à 11 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Il y a dans ces versets deux points qui ne sauraient être exprimés d’une manière plus précise et plus explicite : le premier, l’abolition des sacrifices et des cérémonies de l’ancienne loi ; le second, un sacrifice entièrement pur, offert au Seigneur en tout lieu, et au milieu des nations. On a prétendu que les paroles du Prophète devaient s’entendre du temps où il les prononça, puisque les verbes sont au présent et non au futur. Mais d’abord il y a un verbe au futur et au verset 10, savoir, je recevrai (suscipiam). En second lieu, saint Jérôme, lui-même, tout en traduisant par le présent, a vu dans ce passage, avec les autres Pères de l’Eglise, une vraie prophétie, annonçant des choses futures : ubi manifestissima prophetia de futuris texitur. Troisièmement, dans le texte hébreu, il n’y a pas un seul verbe à un temps défini ; il n’y a que des participes qui supposent le verbe être sous-entendu. Or les participes en hébreu ne renferment en eux-mêmes aucune idée des temps : ce sont plutôt des noms verbaux qui ne peuvent être déterminés à un temps particulier que par le contexte. Quatrièmement enfin, comme nous l’avons remarqué plus haut (page 2 (?)), il arrive souvent aux prophètes de représenter comme déjà accomplis des faits qui ne doivent l’être que dans un temps à venir. Voir Psaumes, 112, 3.

Et cependant vous avez déshonoré mon nom, en ce que vous dites : La table du Seigneur est devenue impure, et ce que l’on offre dessus est méprisable aussi bien que le feu qui le dévore.

Vous me dites, Ce que nous vous sacrifions est le fruit de notre travail ; et cependant vous le rendez digne de mépris, dit le Seigneur des armées. Vous m’avez amené des hosties boiteuses et malades, qui étaient le fruit de vos rapines, et vous me les avez offertes en présent : pensez-vous que je reçoive un tel présent de votre main ? dit le Seigneur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voilà de notre travail (Ecce de labore). Après ecce, est évidemment sous-entendu un mot du genre neutre, tel que aliquid, negotium, oblatum, avec lequel puisse s’accorder le pronom neutre suivant : illud. Ainsi le sens paraît être : Ce que nous vous offrons est le fruit le plus excellent de notre travail, et cependant vous avez soufflé dessus ; c’est-à-dire, vous le méprisez au fond, puisque c’est un animal, etc. Voir le verset 8.

Malheur à l’homme trompeur, qui après avoir fait un vœu, ayant dans son troupeau un mâle sans défaut, offre en sacrifice au Seigneur une bête malade ! car c’est moi qui suis le grand Roi, dit le Seigneur des armées, et mon nom sera révéré avec une sainte frayeur parmi les nations.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un mâle sans défaut était la victime désignée par la loi pour les vœux faits au Seigneur (voir Lévitique, 22, verset 18 et suivants).