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Habacuc 3

PRIÈRE du prophète Habacuc, pour les ignorances.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pour les ignorances ; c’est-à-dire pour les péchés commis par ignorance. C’est ainsi que l’ont compris le chaldéen, saint Jérôme, Aquila, Symmaque, l’auteur de la cinquième édition grecque, et il faut avouer que le texte hébreu lui-même est susceptible de ce sens, quoique la plupart des hébraïsants modernes l’entendent d’un instrument de musique ou d’un cantique, sur l’air duquel la prière du Prophète devait être chantée. Quant aux Septante, ils ont traduit avec un cantique. Le Prophète, selon plusieurs, a voulu, dans la prière qui suit, demander pardon à Dieu d’avoir par ignorance osé disputer avec lui sur sa providence, et, selon d’autres, il demande que les ignorances, c’est-à-dire les péchés du peuple soient effacés et pardonnés, afin que sa délivrance ne soit pas différée.

Seigneur ! j’ai entendu votre parole, et j’ai été saisi de crainte. Seigneur ! accomplissez au milieu des temps votre grand ouvrage : vous le ferez connaître au milieu des temps : lorsque vous serez en colère, vous vous souviendrez de votre miséricorde.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Au milieu des années, bientôt, sans attendre trop longtemps.

Dieu viendra du côté du Midi, et le Saint de la montagne de Pharan : sa gloire a couvert les cieux ; et la terre est pleine de ses louanges.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dieu viendra, etc. ; allusion à ce que dit Moïse. Voir Deutéronome, 33, 2. ― Le midi et Pharan désignent ici l’Arabie Pétrée, où Dieu fit éclater sa gloire sur le mont Sinaï, lorsqu’il y proclama sa loi (voir Exode, 19, verset 16 et suivants). Habacuc rappelle cet événement, comme un gage de la future délivrance d’Israël par la toute-puissance de Dieu.

Son éclat sera comme celui de la lumière : sa force est dans ses mains : c’est là que sa puissance est cachée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ses cornes ; hébraïsme, pour sa force.

La mort paraîtra devant sa face ; et le diable marchera devant lui.

Il s’est arrêté, et il a mesuré la terre : il a jeté les yeux sur les nations, et il les a fait fondre comme la cire. Les montagnes du siècle ont été réduites en poudre : les collines du monde ont été abaissées sous les pas du Dieu éternel.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Du siècle, du monde ; c’est-à-dire, aussi anciennes que les siècles, que le monde ; les mots du texte orignal signifient éternité. Les Hébreux donnent souvent cette épithète aux montagnes, parce que dans la nature rien n’est moins sujet au changement que ces lourdes masses, ces énormes amas de terre et de rochers qui subsistent depuis le commencement des siècles. ― Par les marches, etc. ; sous les pas éternels, sous les pas de ce Dieu éternel.

J’ai vu les tentes des Éthiopiens dressées contre l’iniquité d’Israël, et j’ai vu les pavillons de la terre de Madian dans le trouble et dans l’épouvante.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les pavillons ou tentes ; littéralement, les peaux, parce que cette sorte d’habitation était anciennement faite avec des peaux. Comparer à Cantique des cantiques, 1, 4.

Est-ce donc, Seigneur ! que vous êtes en colère contre les fleuves ? est-ce que votre fureur s’exercera sur les fleuves ? est-ce que votre indignation éclatera contre la mer ? vous qui montez sur vos chevaux, et qui donnez le salut par vos chariots de guerre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Est-ce que, etc. ; allusion au passage de la mer Rouge (voir Exode, chapitre 14), et du Jourdain (voir Josué, chapitre 3).

Vous préparerez et vous banderez votre arc ; vous accomplirez les promesses que vous avez faites avec serment aux tribus : vous diviserez les fleuves de la terre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Préparant, vous préparerez ; c’est-à-dire, vous préparerez avec le plus grand soin. Voir sur cet hébraïsme, Psaumes, 39, 2. ― Selon les serments. Le mot juramenta, en vertu d’un hébraïsme très fréquent, est un accusatif employé d’une manière adverbiale.

Les montagnes vous ont vu, et elles ont été saisies de douleur : les grandes eaux se sont écoulées : l’abîme a fait retentir sa voix, et a élevé ses mains vers vous.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il a levé. C’est le mot précédent l’abîme, qui est le sujet de ce verbe. ― En haut. Tel est le sens de l’hébreu, véritable accusatif adverbial, que la Vulgate a rendu par le nominatif hauteur (altitudo). ― Ses mains ; c’est-à-dire ses flots.

Le soleil et la lune se sont arrêtés dans le lieu de leur demeure ; ils ont poursuivi leur course à la lueur de vos flèches, à l’éclat foudroyant de votre lance.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le soleil, etc. ; allusion au miracle dont il est question dans Josué, 10, 12-13.

Vous avez foulé aux pieds la terre dans votre colère : vous avez épouvanté les nations dans votre fureur.

Vous êtes sorti pour sauver votre peuple, pour sauver votre peuple par votre Christ : vous avez frappé le chef de la famille de l’impie ; vous avez ruiné sa maison de fond en comble.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Christ, ou oint, c’est-à-dire, consacré, constitué ; ce qui convient à Moïse, que Dieu constitua pour sauver son peuple. Isaïe, comme on l’a vu, appelle (voir Isaïe, 45, 1) Cyrus le christ de Dieu. Mais Moïse, comme Cyrus, n’a été que la figure du Christ par excellence, de Jésus-Christ. ― Vous l’avez mis, etc. ; littéralement : Vous avez mis à nu ses fondements jusqu’au cou.

Vous avez maudit son sceptre, et le chef de ses guerriers, qui venaient comme une tempête pour me mettre en poudre, qui venaient avec une joie semblable à celle d’un homme qui dévore le pauvre en secret.

Vous avez fait un chemin à vos chevaux au travers de la mer, au travers de la fange des grandes eaux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Allusion au passage de la mer Rouge et du Jourdain par les Israélites.

J’ai entendu ce que vous m’avez révélé, et mes entrailles ont été émues : mes lèvres ont tremblé au son de votre voix. Que la pourriture entre jusqu’au fond de mes os, et qu’elle me consume au dedans de moi : afin que je sois en repos au jour de mon affliction, et que je me joigne à notre peuple pour marcher avec lui.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ceint (accintum) ; c’est-à-dire, préparé, prêt à partir. Ceindre ses reins, se disait chez les anciens Hébreux d’un homme qui entreprenait un voyage ou allait au combat. Comparer à 3 Rois, 18, 46 ; Job, 38, 3.

Car le figuier ne fleurira plus, et les vignes ne pousseront plus : l’olivier trompera l’attente, et ne donnera plus d’olives, et les campagnes ne porteront plus de grain pour la nourriture de l’homme : les brebis seront enlevées des bergeries ; et il n’y aura plus de bœufs dans les étables.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ne fleurira pas. Quelques incrédules ont prétendu que cette menace était ridicule, puisque le figuier ne fleurit jamais en quelque contrée que ce soit ; mais il faut interpréter la Vulgate d’après l’hébreu qui signifie proprement sortir avec violence, s’élancer, faire irruption ; de là pousser, germer et fleurir. C’est ainsi que ce même verbe hébreu s’emploie pour marquer l’éruption de la lèpre (voir Lévitique, 13, 39), et s’applique aux plantes qui poussent leur germe. ― Le produit ou le fruit, littéralement, le travail, l’œuvre (opus). ― De grain ; littéralement, de nourriture.

Mais pour moi, je me réjouirai dans le Seigneur : je tressaillirai de joie en Dieu, mon Sauveur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Jésus ; mot hébreu qui veut dire sauveur.

Le Seigneur Dieu est ma force ; et il rendra mes pieds légers comme ceux des cerfs : et après avoir vaincu nos ennemis, il me ramènera sur nos montagnes au son des cantiques que je chanterai à sa louange.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Hauteurs ; c’est-à-dire, montagnes et collines.