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Ruth 3
RUTH étant revenue trouver sa belle-mère, Noémi lui dit : Ma fille, je pense à vous mettre en repos, et je vous pourvoirai d’une telle sorte que vous serez bien.
Booz, aux filles duquel vous vous êtes jointe dans le champ, est notre proche parent, et il vannera cette nuit son orge dans son aire.
Lavez-vous donc, parfumez-vous d’huile de senteur, et prenez vos plus beaux habits, et allez à son aire. Que Booz ne vous voie point, jusqu’à ce qu’il ait achevé de boire et de manger.
Quand il s’en ira pour dormir, remarquez le lieu où il dormira ; et y étant venue, vous découvrirez la couverture dont il sera couvert du côté des pieds, et vous vous jetterez là, et y dormirez. Après cela il vous dira lui-même ce que vous devez faire.
Ruth lui répondit : Je ferai tout ce que vous me commanderez.
Elle alla donc à l’aire de Booz, et elle fit tout ce que sa belle-mère lui avait commandé.
Et lorsque Booz, après avoir bu et mangé, étant devenu plus gai, s’en alla dormir près d’un tas de gerbes, elle vint tout doucement, et ayant découvert sa couverture du côté des pieds, elle se coucha là.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et qu’il fut allé dormir près du tas de gerbes. Depuis le moment où le blé commence à être transporté sur l’aire jusqu’au jour où il en est enlevé, après avoir été battu et vanné, le propriétaire dort la nuit à côté de ses gerbes, dont quelques-unes lui servent de couche et le garantissent de la rosée de la nuit. Il est nécessaire de garder ainsi la récolte pour la garantir contre les voleurs, si l’aire n’est pas éloignée du village, ou pour la mettre à l’abri des ravages des sangliers, quand on est loin des lieux habités. Dans les parties montagneuses de la Palestine, les cerfs et les ours sont aussi à redouter pour les monceaux de blé. Sur les bords du Jourdain, les cultivateurs sont souvent obligés de couper les récoltes avant qu’elles soient entièrement mûres, pour les dérober aux Bédouins qui viennent du désert, s’emparent des grains, les chargent sur leurs chameaux ou leurs chevaux et les emportent.
Sur le minuit Booz fut effrayé et se troubla, voyant une femme couchée à ses pieds,
et il lui dit : Qui êtes-vous ? Elle lui répondit : Je suis Ruth, votre servante : étendez votre couverture sur votre servante, parce que vous êtes mon proche parent.
Booz lui dit : Ma fille, que le Seigneur vous bénisse ! cette dernière bonté que vous témoignez passe encore la première ; parce que vous n’avez point été chercher de jeunes gens, ou pauvres, ou riches.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La première miséricorde ; la bonté, la charité que tu as eue pour ton mari et ta belle-mère. ― La dernière ; le zèle que tu mets à faire revivre la mémoire et le nom de ton premier mari, en épousant un parent âgé préférablement à un jeune homme, que tu devrais naturellement rechercher étant jeune toi-même.
Ne craignez donc point ; je ferai tout ce que vous m'avez dit : car tout le peuple de cette ville sait que vous êtes une femme de probité.
Pour moi je ne désavoue pas que je sois parent ; mais il y en a un autre plus proche que moi.
Reposez-vous cette nuit ; et aussitôt que le matin sera venu, s’il veut vous retenir par son droit de parenté, à la bonne heure : s’il ne le veut pas, je vous jure par le Seigneur, qu’indubitablement je vous prendrai. Dormez là jusqu’au matin.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le Seigneur vit ! Voir Juges, 8, 19.
Elle dormit donc à ses pieds jusqu’à ce que la nuit fût passée ; et elle se leva le matin avant que les hommes se pussent entre-connaître. Booz lui dit encore : Prenez bien garde que personne ne sache que vous soyez venue ici.
Et il ajouta : Etendez le manteau que vous avez sur vous, et tenez-le bien des deux mains. Ruth l’ayant étendu et le tenant, il lui mesura six boisseaux d’orge et les chargea sur elle, et elle les emportant retourna à la ville,
et vint trouver sa belle-mère, qui lui dit : Ma fille, qu’avez-vous fait ? Elle lui raconta tout ce que Booz avait fait pour elle,
et lui dit : Voilà six boisseaux d’orge qu’il m’a donnés, en me disant : Je ne veux pas que vous retourniez les mains vides vers votre belle-mère.
Noémi lui dit : Attendez, ma fille, jusqu’à ce que nous voyions à quoi se terminera cette affaire. Car cet homme n’aura point de repos, qu’il n’ait accompli tout ce qu’il a dit.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il vanne l’aire de l’orge ; pour il vanne l’orge de l’aire, ou dans l’aire. ― Quand on se reporte à la simplicité des mœurs de ces anciens temps, et que l’on examine sans prévention l’ensemble de ce récit, on est loin de le trouver scandaleux comme l’ont trouvé quelques incrédules, affectant une chasteté, qu’ils n’avaient peut-être pas dans le cœur.