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Juges 15

PEU de temps après, lorsque les jours de la moisson des blés étaient proches, Samson voulant aller voir sa femme, vint lui apporter un chevreau ; et lorsqu’il voulait entrer en sa chambre selon sa coutume, son père l’en empêcha, en disant :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il lui apporta un chevreau. Voir 1 Rois, note 16.20.

J’ai cru que vous aviez de l’aversion pour elle ; c’est pourquoi je l’ai donnée à un de vos amis. Mais elle a une sœur qui est plus jeune et plus belle qu’elle, prenez-la pour votre femme au lieu d’elle.

Samson lui répondit : Désormais les Philistins n’auront plus sujet de se plaindre de moi, si je leur rends le mal qu’ils m’ont fait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il n’y aura plus, etc. ; c’est-à-dire je ne serai point coupable envers les Philistins.

Après cela il alla prendre trois cents renards qu’il lia l’un à l’autre par la queue, et y attacha des flambeaux ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les renards dont il est ici question sont les schacals, espèce d’animaux qui tiennent le milieu entre le renard ordinaire, le chien et le loup. On les rencontre par troupes dans la Palestine ; ils cherchent la société des hommes, et se laissent prendre facilement.

et les ayant allumés, il chassa les renards, afin qu’ils courussent de tous côtés. Les renards aussitôt allèrent courir au travers des blés des Philistins, et y ayant mis le feu, les blés qui étaient déjà en gerbe, et ceux qui étaient encore sur pied, furent brûlés ; et le feu même se mettant dans les vignes, et dans les plants d’oliviers, consuma tout.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans les moissons des Philistins. Les cinq villes des Philistins étaient situées dans une vaste plaine que le texte hébreu appelle Séphéla ou le pays bas. Sur le rivage de la mer Méditerranée s’étend une large bande de sable stérile, mais tout le reste de la plaine n’est qu’un immense champ de blé, d’un rapport merveilleux, parsemé çà et là de légers mamelons, couverts de jardins verdoyants et de riches vergers.

Alors les Philistins dirent : Qui a fait ce désordre ? On leur répondit : C’est Samson, gendre d’un homme de Thamnatha, qui a fait tout ce mal, parce que son beau-père lui a ôté sa femme, et l’a donnée à un autre. Et les Philistins étant venus chez cet homme, brûlèrent la femme de Samson avec son père.

Alors Samson leur dit : Quoique vous en ayez usé ainsi, je veux néanmoins me venger encore de vous ; et après cela je me tiendrai en repos.

Il les battit ensuite, et en fit un si grand carnage, que mettant la jambe sur la cuisse ils demeuraient tout interdits. Après cela Samson demeura dans la caverne du rocher d’Etam.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

On met souvent la jambe sur la cuisse, quand on est pensif, inquiet, interdit. L’hébreu porte : Et il les frappa jambe sur cuisse ; ce qui peut être une expression proverbiale désignant une défaite entière. ― Dans la caverne du rocher d’Etam. Cette caverne était probablement une des nombreuses excavations qu’on trouve à l’extrémité orientale de la plaine de la Séphéla, dans les derniers contreforts des montagnes de Juda, vers Lekiéh et Deir-Dubban.

Les Philistins étant donc venus dans le pays de Juda, se campèrent au lieu qui depuis fut appelé Léchi, c’est-à-dire, la mâchoire, où leur armée fut mise en fuite.

Ceux de la tribu de Juda leur dirent : Pourquoi êtes-vous venus contre nous ? Les Philistins leur répondirent : Nous sommes venus pour lier Samson, afin de lui rendre le mal qu’il nous a fait.

Alors trois mille hommes de la tribu de Juda vinrent à la caverne du rocher d’Etam, et dirent à Samson : Ne savez-vous pas que nous sommes assujettis aux Philistins ? pourquoi les avez-vous traités de la sorte ? Il leur répondit : Je leur ai rendu le mal qu’ils m’ont fait.

Nous sommes venus, lui dirent-ils, pour vous lier, et pour vous livrer entre les mains des Philistins. Jurez-moi, leur dit Samson, et promettez-moi que vous ne me tuerez point.

Ils lui répondirent : Nous ne vous tuerons point ; mais après vous avoir lié, nous vous livrerons aux Philistins. Ils le lièrent donc de deux grosses cordes neuves, et ils l’enlevèrent du rocher d’Etam.

Étant arrivé au lieu appelé la Mâchoire, les Philistins vinrent à sa rencontre avec de grands cris : alors l’Esprit du Seigneur se saisit tout d’un coup de Samson, il rompit en même temps et brisa les cordes dont il était lié, comme le lin se consume lorsqu’il sent le feu ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A l’odeur du feu ; aux approches, au moindre contact du feu.

et ayant trouvé là une mâchoire d’âne qui était à terre, il la prit, et en tua mille hommes ;

et il dit : Je les ai défaits avec une mâchoire d’âne, avec la mâchoire d’un poulain d’ânesse ; et j’ai tué mille hommes.

Et après qu’il eut dit ces paroles en chantant, il jeta de sa main la mâchoire, et appela ce lieu-là Ramath-léchi, c’est-à-dire, l’élévation de la mâchoire.

Il fut ensuite pressé d’une grande soif, et criant au Seigneur, il dit : C’est vous qui avez sauvé votre serviteur, et qui lui avez donné cette grande victoire ; et maintenant je meurs de soif, et je tomberai entre les mains de ces incirconcis.

Le Seigneur ouvrit donc une des grosses dents de cette mâchoire d’âne, et il en sortit de l’eau ; Samson en ayant bu, revint de sa défaillance, et reprit ses forces. C’est pourquoi ce lieu a été appelé jusqu’aujourd’hui, la Fontaine sortie de la machoire par l’invocation de Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Fontaine de l’invoquant Elle ne devait pas être éloignée d’Etam.

Et Samson jugea pendant vingt ans le peuple d’Israël, lorsqu’il était dominé par les Philistins.