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Romains 9
JÉSUS-CHRIST m’est témoin que je dis la vérité ; je ne mens point, ma conscience me rendant ce témoignage par le Saint-Esprit,
que je suis saisi d’une tristesse profonde, et que mon cœur est pressé sans cesse d’une vive douleur ;
jusque-là que j’eusse désiré que Jésus-Christ m’eût fait servir moi-même de victime soumise à l’anathème pour mes frères, qui sont d’un même sang que moi selon la chair ;
qui sont les Israélites, à qui appartient l’adoption des enfants de Dieu, sa gloire, son alliance, sa loi, son culte et ses promesses ;
de qui les patriarches sont les pères, et desquels est sorti selon la chair Jésus-Christ même, qui est Dieu au-dessus de tout, et béni dans tous les siècles. Amen !
Ce n’est pas néanmoins que la parole de Dieu soit demeurée sans effet. Car tous ceux qui descendent d’Israël, ne sont pas pour cela Israélites ;
et tous ceux qui sont de la race d’Abraham, ne sont pas pour cela ses enfants ; mais Dieu lui dit : C’est d’Isaac que sortira la race qui doit porter votre nom.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 21, 12. ― Littéralement : En Isaac sera appelée ta postérité, pour En Isaac sera ta postérité. Comparer à Romains, 7, 3.
C’est-à-dire, que ceux qui sont enfants d’Abraham selon la chair, ne sont pas pour cela enfants de Dieu ; mais que ce sont les enfants de la promesse, qui sont réputés être les enfants d’Abraham.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Galates, 4, 28.
Car voici les termes de la promesse : Je viendrai dans un an en ce même temps, et Sara aura un fils.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 18, 10.
Et cela ne se voit pas seulement dans Sara, mais aussi dans Rebecca, qui conçut en même temps deux enfants d’Isaac, notre père.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 25, 24. ― Qui eut deux fils Jacob et Esaü.
Car avant qu’ils fussent nés, et avant qu’ils eussent fait aucun bien ni aucun mal, afin que le décret de Dieu demeurât ferme selon son élection,
non à cause de leurs œuvres, mais à cause de l’appel et du choix de Dieu, il lui fut dit,
L’aîné sera assujetti au plus jeune ; selon qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob, et j’ai haï Esaü.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 25, 23 ; Malachie, 1, 2. ― Dans l’Ecriture, le mot haïr signifie souvent aimer moins. Ainsi l’Apôtre veut dire que Jacob a été préféré à Esaü, mais il veut montrer en même temps contre les Juifs, que par cette préférence donnée au plus jeune sur l’aîné, Dieu n’est lié envers aucune nation particulière dans la distribution de ses grâces. Car comme, en effet, il ne voit aucun mérite antérieur à sa grâce, mais qu’il trouve tout enveloppé dans le péché, dans la même masse de condamnation, il n’y a personne qu’il ne puisse justement laisser dans cette masse ; de sorte que quiconque en est délivré, l’est par sa miséricorde, et quiconque y est laissé, l’est avec justice. Comme lorsque, de deux hommes également criminels, un roi veut bien, par pure grâce, pardonner à l’un, tandis qu’il laisse la justice suivre son cours à l’égard de l’autre.
Que dirons-nous donc ? Est-ce qu’il y a en Dieu de l’injustice ? Dieu nous garde de cette pensée !
Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde à qui il me plaira de faire miséricorde ; et j’aurai pitié de qui il me plaira d’avoir pitié.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 33, 19.
Cela ne dépend donc ni de celui qui veut, ni de celui qui court ; mais de Dieu qui fait miséricorde.
Car dans l’Écriture, il dit à Pharaon : C’est pour cela même que je vous ai établi, pour faire éclater en vous ma puissance, et pour rendre mon nom célèbre dans toute la terre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 9, 16.
Il est donc vrai qu’il fait miséricorde à qui il lui plaît, et qu’il endurcit qui il lui plaît.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dieu endurcit le cœur, non pas en lui inspirant le mal, mais en ne lui accordant pas la grâce, qui est purement gratuite de sa part.
Vous me direz peut-être : Après cela pourquoi Dieu se plaint-il ? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté ?
Mais, ô homme ! qui êtes-vous pour contester avec Dieu ? Un vase d’argile dit-il à celui qui l’a fait ? Pourquoi m’avez-vous fait ainsi ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Sagesse, 15, 7 ; Isaïe, 45, 9 ; Jérémie, 18, 6.
Le potier n’a-t-il pas le pouvoir de faire de la même masse d’argile un vase destiné a des usages honorables, et un autre destiné à des usages vils et honteux ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Si la comparaison du potier et de l’argile n’est pas juste sous tous les rapports, puisque l’argile ne concourt pas à la forme qu’on lui donne, tandis que l’homme concourt à la sainteté que Dieu lui communique, elle l’est au moins sous ceux pour lesquels l’Apôtre en fait usage ici.
Que dirons-nous donc, si Dieu voulant montrer sa juste colère, et faire connaître sa puissance, souffre avec une patience extrême les vases de colère préparés pour la perdition ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Que si Dieu, etc. Le raisonnement qui commence ici, et qui se poursuit à travers diverses phrases incidentes, l’Apôtre le conclut au verset 30.
afin de faire paraître les richesses de sa gloire sur les vases de miséricorde qu’il a préparés pour la gloire,
sur nous, qu’il a appelés non-seulement d’entre les Juifs, mais aussi d’entre les gentils ?
selon ce qu’il dit dans Osée : J’appellerai mon peuple, ceux qui n’étaient point mon peuple ; ma bien-aimée, celle que je n’avais point aimée ; et l’objet de ma miséricorde, celle à qui je n’avais point fait miséricorde ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Osée, 2, 24 ; 1 Pierre, 2, 10.
et il arrivera que dans le même lieu où je leur avais dit autrefois, Vous n’êtes point mon peuple ; ils seront appelés les enfants du Dieu vivant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Autre citation d’Osée (voir Osée, 1, 10), parlant encore des dix tribus. La vocation des gentils entre donc dans le plan divin de la rédemption ; il en est de même de l’incrédulité d’une partie des Juifs, et par suite de leur exclusion du salut messianique (voir versets 27 et 28).
Et pour ce qui est d’Israël, Isaïe s’écrie : Quand le nombre des enfants d’Israël serait égal à celui du sable de la mer, il n’y en aura qu’un petit reste de sauvés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 10, 22.
Car Dieu dans sa justice consumera et retranchera son peuple ; le Seigneur fera un grand retranchement sur la terre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Cette parole ; cette prophétie d’Isaïe. ― L’abrégera ; c’est-à-dire il réglera le temps de son accomplissement ; il l’accomplira promptement.
Et comme le même Isaïe avait dit auparavant : Si le Seigneur des armées ne nous avait réservé quelques-uns de notre race, nous serions devenus semblables à Sodome et à Gomorrhe.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 1, 9. ― Sabaoth, mot hébreu, que l’on traduit ordinairement par armées ; mais dont le sens primitif est : ce que le ciel et la terre renferment. Comparer à Genèse, 2, 1.
Que dirons-nous donc à cela ? sinon que les gentils qui ne cherchaient point la justice, ont embrassé la justice, et la justice qui vient de la foi ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Saint Paul reprend ici le raisonnement qu’il a commencé au verset 22.
et que les Israélites au contraire, qui recherchaient la loi de la justice, ne sont point parvenus à la loi de la justice.
Et pourquoi ? Parce qu’ils ne l’ont point recherchée par la foi, mais comme par les œuvres de la loi. Car ils se sont heurtés contre la pierre d’achoppement,
selon qu’il est écrit : Je vais mettre dans Sion celui qui est une pierre d’achoppement, une pierre de scandale ; et tous ceux qui croiront en lui, ne seront point confondus.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 1 Pierre, 2, 7. ― Ecrit : l’Apôtre fond ensemble deux versets d’Isaïe (voir Isaïe, 8, 14 et 28, 16) qui, dans le sens littéral, se rapportent à Yahweh et à la théocratie de l’ancienne Alliance, et, dans le sens typique, au Messie. Comparer à 1 Corinthiens, 1, 23 ; Matthieu, 11, 6. ― En lui ; c’est-à-dire en celui qui est représenté par la pierre d’achoppement et de scandale.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Actes des Apôtres, 9, 2 ; 1 Corinthiens, 15, 9. ― Bossuet remarque avec raison que l’Apôtre ne porte pas ses vœux vers l’état des damnés, quant aux peines, et quant au péché qui en est la cause, mais qu’il se borne à souhaiter d’être privé de la gloire dont Dieu couronne les élus. D’ailleurs ce souhait n’est pas absolu, puisque, outre qu’il procède d’une condition impossible, saint Paul désire partout posséder Dieu. Ainsi on peut ne voir dans ces paroles qu’une hyperbole dictée par un zèle qu’on admire, mais qui ne doit pas être poussé à la rigueur.