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Actes des Apôtres 23

PAUL regardant fixement le conseil, dit : Mes frères, jusqu’à cette heure je me suis conduit devant Dieu avec toute la droiture d’une bonne conscience.

À cette parole, Ananie, grand prêtre, ordonna à ceux qui étaient près de lui, de le frapper sur le visage.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ananie, fils de Nébédée, avait reçu le souverain pontificat d'Hérode, roi de Chalcis, l'an 48 de notre ère, à la place de Joseph, fils de Camithas. Le procurateur romain Cumanus l'envoya à Rome en 52 pour répondre aux accusations portées contre lui par les Samaritains. Ananie fut acquitté et conserva sa dignité jusqu'en 59 où il dut la céder à Ismaël, fils de Phabi. Il périt de la main des sicaires qui lui firent expier ainsi ses liaisons avec les Romains, en 66 ou 67.

Alors Paul lui dit : Dieu vous frappera vous-même, muraille blanchie ! Quoi ! vous êtes assis ici pour me juger selon la loi, et cependant contre la loi vous commandez qu’on me frappe !

Ceux qui étaient présents, dirent à Paul : Osez-vous bien maudire le grand prêtre de Dieu ?

Paul leur répondit : Je ne savais pas, mes frères, que ce fût le grand prêtre : car il est écrit : Vous ne maudirez point le prince de votre peuple.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Exode, 22, 28. ― Saint Paul a pu aisément ne pas connaître le grand prêtre, attendu qu'alors le pontificat était une dignité variable selon le caprice ou la politique des Romains. Josèphe dit qu'il y eut trois grands prêtres la même année, et que l'un d'eux ne conserva sa dignité qu'un seul jour. Ainsi saint Paul a pu facilement être dans l'ignorance sur ce point. Ajoutons que le grand prêtre n'avait pas alors ses vêtements de pontife ; ils étaient renfermés dans la tour Antonia, d'où on ne les tirait qu'aux jours solennels. Enfin, en supposant que dans le lieu où se tenait le Sanhédrin, il y avait une place affectée pour le grand-prêtre, il ne s'en trouva assurément point de telle chez le tribun où se tint le conseil devant lequel comparut saint Paul.

Or Paul sachant qu’une partie de ceux qui étaient là étaient saducéens, et l’autre pharisiens, il s’écria dans l’assemblée : Mes frères, je suis pharisien, et fils de pharisien ; et c’est à cause de l’espérance d’une autre vie, et de la résurrection des morts, que l’on veut me condamner.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Philippiens, 3, 5. ― Sadducéens, pharisiens. Voir Matthieu, note 3.7.

Paul ayant parlé de la sorte, il s’émut une dissension entre les pharisiens et les saducéens, et l’assemblée fut divisée.

Car les saducéens disent qu’il n’y a ni résurrection, ni ange, ni esprit ; au lieu que les pharisiens reconnaissent l’un et l’autre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 22, 23.

Il s’éleva ensuite un grand bruit ; et quelques-uns des pharisiens contestaient, en disant : Nous ne trouvons point de mal en cet homme. Que savons-nous si un esprit, ou un ange, ne lui aurait point parlé ?

Le tumulte s’augmentant, et le tribun ayant peur que Paul ne fût mis en pièces par ces gens-là, il commanda qu’on fît venir des soldats, qui l’enlevassent d’entre leurs mains, et le menassent dans la forteresse.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De descendre de la forteresse Antonia.

La nuit suivante le Seigneur se présenta à lui, et lui dit : Paul, ayez bon courage : car comme vous m’avez rendu témoignage dans Jérusalem, il faut aussi que vous me rendiez témoignage dans Rome.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Rome étant la capitale du monde païen, l'Apôtre des gentils doit y prêcher le christianisme.

Le jour étant venu, quelques Juifs s’étant ligués, firent vœu avec serment et imprécation, de ne manger, ni boire, qu’ils n’eussent tué Paul.

Ils étaient plus de quarante qui avaient fait cette conjuration ;

et ils vinrent se présenter aux princes des prêtres et aux sénateurs, et leur dirent : Nous avons fait vœu, avec de grandes imprécations, de ne point manger que nous n’ayons tué Paul.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les princes des prêtres, voit Matthieu, 2, 4. ― Les anciens, les membres du Sanhédrin.

Vous n’avez donc qu’à faire savoir, de la part du conseil, au tribun, que vous le priez de faire amener demain Paul devant vous, comme pour connaître plus particulièrement de son affaire ; et nous serons prêts pour le tuer avant qu’il arrive.

Mais le fils de la sœur de Paul, ayant appris cette conspiration, vint et entra dans la forteresse, et en avertit Paul.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La sœur de Paul. « En supposant qu'elle se soit mariée de bonne heure à Jérusalem, on s'explique que Paul ait été envoyé fort jeune dans cette ville, pour s'y consacrer aux études rabbiniques. Mais peut-être ce neveu de l'Apôtre y était-il venu, comme autrefois l'oncle, pour y faire ses études. » (CRAMPON)

Paul ayant appelé un des centeniers, lui dit : Je vous prie de mener ce jeune homme au tribun : car il a quelque chose a lui dire.

Le centenier prit le jeune homme avec lui, et le mena au tribun, auquel il dit : Le prisonnier Paul m’a prié de vous amener ce jeune homme, qui a quelque avis à vous donner.

Le tribun le prenant par la main, et l’ayant tiré à part, lui demanda ce qu’il avait à lui dire.

Ce jeune homme lui dit : Les Juifs ont résolu ensemble de vous prier que demain vous envoyiez Paul dans leur assemblée, comme s’ils voulaient connaître plus exactement de son affaire :

mais ne consentez pas à leur demande ; car plus de quarante hommes d’entre eux doivent lui dresser des embûches, ayant fait vœu avec de grands serments de ne manger, ni boire, qu’ils ne l’aient tué ; et ils sont déjà tout préparés, attendant seulement que vous leur promettiez ce qu’ils désirent.

Le tribun ayant entendu cela, renvoya le jeune homme, et lui défendit de découvrir à personne qu’il lui eût donné cet avis ;

et ayant appelé deux centeniers, il leur dit : Tenez prêts, dès la troisième heure de la nuit, deux cents soldats, soixante et dix cavaliers, et deux cents archers, pour aller jusqu’à Césarée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La troisième heure de la nuit ; c'est-à-dire le milieu de l'intervalle entre le coucher du soleil et minuit. ― A Césarée, résidence ordinaire du gouverneur romain. Voir Actes des Apôtres, 9, 30.

Il leur ordonna aussi d’avoir des chevaux pour monter Paul, et le mener sûrement au gouverneur Félix.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Félix. « L'historien profane le mentionne, comme ayant gouverné la Judée (52-59), sous le règne de Néron, pendant le pontificat d'Ananie, immédiatement avant Festus. Tacite, Suétone et Josèphe nous apprennent quelques particularités de sa vie. Il était frère de Pallade, et comme lui, un affranchi de la maison de Claude. Suivant Tacite, il gardait dans sa fortune les sentiments de sa première condition. Josèphe ajoute qu'il vivait en adultère, et qu'il s'était rendu fameux par ses concussions. Une fois déjà, les plaintes causées par sa rapacité l'avaient fait mander à Rome, et c'est grâce au crédit de son frère qu'il avait été absous. Les Actes confirment ce que l'histoire profane nous apprend de son avarice et de sa vie licencieuse. Cet esclave débauché eut successivement pour femmes trois filles de rois. La dernière était Drusille, fille d'Hérode Agrippa I, sœur de Bérénice et d'Agrippa II. Félix l'avait enlevée à Azize, roi d'Emèse, grâce aux artifices d'un magicien juif, nommé Simon. Elle lui donna un fils, qui périt avec sa mère, dans l'éruption du Vésuve, sous le règne de Titus, en 79. Il fallait l'intrépidité de l'Apôtre pour oser parler de chasteté et de justice (voir Actes des Apôtres, 24, 25) devant un pareil juge, qui pouvait l'envoyer à la mort. Saint Paul fit plus. Il lui annonça hautement le jugement dernier où les vertus auront leur récompense et les vices leur châtiment. Si Félix ne se rendit pas, il ne put du moins se défendre d'un sentiment de terreur. »

Car il eut peur que les Juifs ne l’enlevassent, et ne le tuassent ; et qu’après cela on ne l’accusât d’avoir reçu d’eux de l’argent pour le leur livrer.

Il écrivit en même temps à Félix, en ces termes : Claude Lysias : au très-excellent gouverneur Félix : Salut !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Claude Lysias était probablement grec de naissance, comme semble l'indiquer son nom et c'est pour cela qu'il avait été obligé d'acheter le titre de citoyen romain. Voir Actes des Apôtres, 22, 28.

Les Juifs s’étant saisis de cet homme, et étant sur le point de le tuer, j’y arrivai avec des soldats, et le tirai de leurs mains, ayant su qu’il était citoyen romain.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lysias altère ici la vérité à son profit et dissimule habilement ses torts envers saint Paul : voir Actes des Apôtres, 22, 29.

Et voulant savoir de quel crime ils l’accusaient, je le menai en leur conseil ;

mais j’ai trouvé qu’il n’était accusé que de certaines choses qui regardent leur loi, sans qu’il y eût en lui aucun crime qui fût digne de mort ou de prison.

Et sur l’avis qu’on m’a donné d’une entreprise que les Juifs avaient formée pour le tuer, je vous l’ai envoyé ; ayant aussi commandé à ses accusateurs, d’aller proposer devant vous ce qu’ils ont à dire contre lui. Adieu.

Les soldats donc, pour exécuter l’ordre qu’ils avaient reçu, prirent Paul avec eux, et le menèrent la nuit à Antipatride.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Antipatride, autrefois Kapharsaba, aujourd'hui Kefr Saba, dans une plaine fertile et bien arrosée, entre Jérusalem et Césarée, à quarante-deux milles romains de Jérusalem et vingt-six de Césarée. Hérode le Grand, qui restaura Kapharsaba, lui donna le nom d'Antipatride en l'honneur de son père Antipater.

Et le lendemain ils s’en retournèrent à la forteresse, l’ayant laissé entre les mains des cavaliers ;

qui étant arrivés à Césarée, rendirent la lettre au gouverneur, et lui présentèrent Paul.

Le gouverneur l’ayant lue, s’enquit de quelle province était Paul ; et ayant appris qu’il était de Cilicie,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De Cilicie. Voir Actes des Apôtres, 6, 9.

il lui dit : Je vous entendrai quand vos accusateurs seront venus. Et il commanda qu’on le gardât au palais d’Hérode.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le prétoire d'Hérode. Palais construit par Hérode le Grand et habité par le gouverneur romain.