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Jean 21
JÉSUS se fit voir encore depuis à ses disciples, sur le bord de la mer de Tibériade ; et il s’y fit voir de cette sorte :
Simon-Pierre, et Thomas, appelé Didyme ; Nathanaël, qui était de Cana en Galilée ; les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples, étaient ensemble.
Simon-Pierre leur dit : Je vais pêcher. Ils lui dirent : Nous allons aussi avec vous. Ils s’en allèrent donc, et entrèrent dans une barque ; mais cette nuit-là ils ne prirent rien.
Le matin étant venu, Jésus parut sur le rivage, sans que ses disciples connussent que c’était Jésus.
Jésus leur dit donc : Enfants, n’avez-vous rien à manger ? Ils lui répondirent : Non.
Il leur dit : Jetez le filet au côté droit de la barque, et vous en trouverez. Ils le jetèrent aussitôt, et ils ne pouvaient plus le tirer, tant il était chargé de poissons.
Alors le disciple que Jésus aimait, dit à Pierre : C’est le Seigneur. Et Simon-Pierre ayant appris que c’était le Seigneur, mit son habit (car il était nu), et il se jeta dans la mer.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Nu ; c’est-à-dire, sans son vêtement de dessus.
Les autres disciples vinrent avec la barque ; et comme ils n’étaient loin de la terre que d’environ deux cents coudées, ils y tirèrent leur filet plein de poissons.
Lors donc qu’ils furent descendus à terre, ils trouvèrent des charbons allumés, et du poisson mis dessus, et du pain.
Jésus leur dit : Apportez quelques-uns de ces poissons que vous venez de prendre.
Alors Simon-Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet, qui était plein de cent cinquante-trois grands poissons. Et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se rompit point.
Jésus leur dit : Venez, dînez. Et nul de ceux qui se mirent là pour manger, n’osait lui demander, Qui êtes-vous ? car ils savaient que c’était le Seigneur.
Jésus vint donc, prit le pain, et leur en donna, et du poisson de même.
Ce fut là la troisième fois que Jésus apparut à ses disciples, depuis qu’il fut ressuscité d’entre les morts.
Après donc qu’ils eurent dîné, Jésus dit à Simon-Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimez-vous plus que ne font ceux-ci ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur ! vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Paissez mes agneaux.
Il lui demanda de nouveau : Simon, fils de Jean, m’aimez-vous ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur ! vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Paissez mes agneaux.
Il lui demanda pour la troisième fois : Simon, fils de Jean, m’aimez-vous ? Pierre fut touché de ce qu’il lui demandait pour la troisième fois, M’aimez-vous ? et il lui dit : Seigneur ! vous savez toutes choses ; vous connaissez que je vous aime. Jésus lui dit : Paissez mes brebis.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pais mes brebis. Pierre a réparé son triple reniement par une triple protestation d’amour. Le Sauveur avait promis à saint Pierre la suprématie spirituelle (voir Matthieu, 16, 19) : et il remplit ici sa promesse, en le chargeant de paître toutes ses brebis sans exception, par conséquent tout son troupeau, c’est-à-dire toute son Eglise.
En vérité, en vérité je vous le dis : lorsque vous étiez plus jeune, vous vous ceigniez vous-même, et vous alliez où vous vouliez ; mais lorsque vous serez vieux, vous étendrez vos mains, et un autre vous ceindra, et vous mènera où vous ne voudrez pas.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 2 Pierre, 1, 14.
Or il dit cela pour marquer par quelle mort il devait glorifier Dieu. Et après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suivez-moi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Saint Pierre mourut sur une croix, à Rome, la tête en bas, l’an 67 de notre ère. Ce n’est que plusieurs années après le martyre du prince des apôtres que saint Jean rappelait dans son Evangile cette prophétie du Sauveur.
Pierre s’étant retourné, vit venir après lui le disciple que Jésus aimait, et qui pendant la cène s’était reposé sur son sein, et lui avait dit : Seigneur ! qui est celui qui vous trahira ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 13, 23. ― Le disciple que Jésus aimait, saint Jean l’Evangéliste.
Pierre donc l’ayant vu, dit à Jésus : Et celui-ci, Seigneur ! que deviendra-t-il ?
Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que vous importe ? Pour vous, suivez-moi.
Il courut sur cela un bruit parmi les frères, que ce disciple ne mourrait point. Jésus néanmoins n’avait pas dit, Il ne mourra point ; mais, Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que vous importe ?
Commentaire (versets 22 à 23) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 22 à 23 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Je veux qu’il demeure ainsi… Le texte grec porte : Si je veux, et laisse ainsi la chose dans le doute.
C’est ce même disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui a écrit ceci ; et nous savons que son témoignage est véritable.
Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses ; et si on les rapportait en détail, je ne crois pas que le monde même pût contenir les livres qu’on en écrirait.
Commentaire (versets 24 à 25) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 24 à 25 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
« Ces versets sont un nouvel épilogue de l’Evangile de saint Jean (comparer à Jean, 20, 30), devenu nécessaire après l’addition du chapitre 21. ― A cause la formule plurielle, nous savons, quelques-uns pensent que ces versets ne sont pas de saint Jean, mais qu’ils ont été ajoutés soit par des disciples de Notre-Seigneur, entre autres saint André, soit par les prêtres de l’Eglise d’Ephèse. Mais rien n’oblige à admettre cette conclusion. Saint Jean, dans sa première épître, emploie aussi le pluriel : ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons ; cette forme que les rhéteurs appellent communicative, était familière aux grecs dans le style épistolaire. Or, la première Epître, comme nous l’avons dit plus haut, est la préface et la lettre d’envoi de l’Evangile : pourquoi donc saint Jean n’aurait-il pu terminer par une conclusion qui rappelât la préface, et dont le style, par conséquent, prit le caractère épistolaire ? » (CRAMPON, 1885) Voir Jean, 20, 30. ― Le monde entier : « Locution hyperbolique presque réalisée par les faits, dit Corn. de Lapierre : les discours et les livres composés sur la vie du Sauveur ne sont-ils pas vraiment innombrables ? On trouve des hyperboles non moins fortes dans les livres rabbiniques, et même dans Cicéron, par exemple, II Philipp. XXVII. » (CRAMPON)
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Nathanaël, l’apôtre saint Barthélémy. Voir Jean, 1, 45. ― Les fils de Zébédée, saint Jacques le Majeur et saint Jean l’Evangéliste.