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Jean 2

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Enregistrement réalisé par Jean-Marie Weber, mission-web.com, d'après la Bible Crampon (1923).

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Et le troisième jour, il se fit des noces à Cana en Galilée ; et la mère de Jésus y était.

Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples.

Le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont point de vin. »

Jésus lui répondit : « Femme, qu’est-ce que cela pour moi et vous ? Mon heure n’est pas encore venue. »

Commentaire (versets 1 à 4) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 1 à 4 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

S. CHRYS. (hom. 21 sur S. Jean.) Jésus est invité à ces noces, parce qu'il était très-connu dans la Galilée : « Et trois jours après il se fit des noces à Cana, en Galilée. »— ALCUIN. La Galilée est une province de la Palestine, dans laquelle se trouve le bourg de Cana.

S. CHRYS. (hom. précéd.) Le Sauveur est invité à ces noces, non pas comme un personnage considérable, mais simplement comme une connaissance ordinaire. C'est ce que semble indiquer l'Evangéliste en ajoutant : « Et la mère de Jésus y était, » c'est-à-dire qu'ils invitèrent le fils, parce qu'ils avaient invité la mère : « Et Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples. » En se rendant à cette invitation, il ne considère pas les intérêts de sa dignité, mais le bien qui peut en résulter pour nous ; il n'a pas dédaigné de prendre la forme d'esclave, il ne dédaigne pas davantage de se rendre aux noces de ses serviteurs.

S. AUG. (serm. 41 sur les par. du Seig.) Que l'homme rougisse donc de son orgueil, en voyant comment un Dieu pratique l'humilité. Entre autres raisons, le Fils de Dieu assiste à ces noces pour montrer que c'était lui qui, avant son incarnation et lorsqu'il était dans le sein de Dieu le Père, avait institué le mariage. BEDE. (hom pour le 1° dim. après l'Epiphan.) La démarche pleine de condescendance de Jésus, en assistant à ces noces, confirme la foi des chrétiens, et démontre combien est condamnable l'erreur de Tatien et de Marcion, qui déclarent le mariage illicite. Si le lit nuptial, orné de la pureté requise, et le mariage, contracté avec la chasteté voulue, étaient illicites, le Seigneur n'eût jamais voulu assister à ces noces. La chasteté est bonne, la continence des veuves est meilleure, la perfection virginale est bien supérieure ; Nôtre-Seigneur donc pour approuver le choix de ces divers états de vie, et discerner cependant le mérite de chacun, a daigné naître du sein immaculé de la Vierge Marie ; aussitôt sa naissance, il a voulu recevoir les bénédictions de la prophétesse Anne qui était veuve, et, dans sa jeunesse, il honore de la présence de sa haute vertu les noces auxquelles il est invité. S. AUG. (Traité 8 sur S. Jean.) Qu'y a-t-il d'étonnant que le Fils de Dieu se soit rendu à ces noces, lui qui est venu dans le monde pour célébrer des noces toutes divines ? Il a, en effet, une épouse qu'il a rachetée de son sang, à laquelle il a donné l'Esprit saint pour gage, et qu'il s'est unie dans le sein de la Vierge Marie. Le Verbe est lui-même époux, et la nature humaine est sou épouse, et l'un et l'autre forment un seul Fils de Dieu, comme un seul Fils de l'homme. Le sein de la Vierge Marie a été le lit nuptial, d'où il s'avance comme un époux qui sort de sa chambre nuptiale. BEDE. Ces noces ont lieu trois jours après l'arrivée de Jésus en Galilée ; et cette circonstance n'est pas sans mystère. Le premier âge ou le premier jour du monde, avant la loi, a été éclairé par les exemples éclatants des patriarches ; le second sous la loi, par les oracles des prophètes ; le troisième sous la grâce, par les écrits des Evangélistes, et c'est dans ce troisième jour, que NôtreSeigneur a voulu naître dans une chair mortelle. Ces noces ont lieu à Cana, en Galilée, c'est-à-dire (d'après la signification de ces deux mots), dans le zèle de la transmigration, et cette circonstance apprend à ceux qui veulent se rendre dignes de la grâce de Jésus-Christ, qu'ils doivent être enflammés du zèle d'une religion véritable, et passer des vices à la pratique des vertus et des choses de la terre à l'amour des biens célestes. Pendant que le Seigneur prend part au repas des noces , le vin vient à manquer, et il le permet pour faire éclater, par la création d'un vin plus exquis, la gloire qui est comme cachée dans l'Homme-Dieu : « Et le vin, venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont plus de vin. » S. CHRYS. (hom. 21 sur S. Jean.) Il est important d'examiner d'où venait à la mère de Jésus, cette haute idée qu'elle avait de son Fils, alors qu'il n'avait encore fait aucun miracle, puisque l'Evangéliste fait plus loin cette remarque : « Ainsi Jésus fit à Cana, en Galilée, le premier de ses miracles, » etc. Nous répondons que sa gloire et sa puissance commençaient à se révéler par le témoignage de Jean, et par ce que Jésus lui-même avait dit à ses disciples. D'ailleurs, et bien auparavant, sa conception toute divine, et les prodiges qui entourèrent son berceau, avaient donné à Marie la plus haute idée de l'enfant dont elle était mère. Saint Luc confirme cette explication, lorsqu'il dit : « Et sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur. » Pourquoi donc Marie ne l'a-t-elle pressé plus tôt de faire des miracles ? C'est qu'il commençait seulement alors sa vie publique ; jusque-là sa vie extérieure avait été celle d'un homme ordinaire, et sa mère n'avait osé lui faire une demande semblable. Mais dès qu'elle eut appris le témoignage que Jean lui avait rendu, et qu'elle l'eut vu entouré déjà de disciples, elle lui fait cette prière avec confiance.

ALCUIN. Marie représente ici la synagogue qui presse Jésus-Christ de faire un miracle ; car les Juifs avaient coutume de faire de semblables demandes. « Jésus lui répondit : Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? »

S. AUG. (Traité précéd.) Il en est qui osent contredire l'Evangile, affirmer que Jésus n'est point né de la Vierge Marie, et ils cherchent à appuyer leur erreur sur ces paroles de Jésus à Marie. Comment, objectent-ils, regarder comme sa mère celle à qui Jésus ne craint pas de dire : « Qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? » Mais quel est donc celui qui présente ces dernières paroles du Seigneur à notre foi ? c'est Jean l'Evangéliste ; mais n'est-ce pas lui aussi qui vient de nous dire : « Et la mère de Jésus était là ? » Pourquoi s'exprime-t-il de la sorte ? c'est que les deux choses sont vraies. Mais Jésus s'est-il donc rendu à ces noces pour enseigner aux enfants à mépriser leurs mères ?

S. CHRYS. (hom. 21.) Voulez-vous savoir le respect profond que Jésus avait pour sa mère ? écoutez saint Luc qui vous dit que « le Sauveur était soumis à ses parents. » Tant que les parents, en effet, ne s'opposent pas à l'accomplissement de ce que Dieu demande de nous, c'est un devoir de leur être soumis. Mais quand leurs exigences sont inopportunes, et tendent à nous arracher à nos devoirs religieux, il n'est plus sûr de leur obéir. S. AUG. (du symbole, 2, 5) Jésus, en tant qu'homme, était inférieur à Marie, et il lui était soumis ; mais en tant que Dieu, il était au-dessus de toutes les créatures. C'est donc pour bien distinguer entre l'homme et Dieu, qu'il dît à Marie : « Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? »

S. CHRYS. (hom. 21.) Le Sauveur fait encore cette réponse pour une autre raison, il ne veut pas que ses miracles soient l'objet du moindre soupçon. En effet, c'étaient à ceux qui manquaient du vin, et non à sa mère, de lui faire cette demande. Il veut donc montrer qu'il fait toutes ses actions en temps convenable, avec discernement et sans aucune confusion. C'est pour cela qu'il ajoute : « Mon heure n'est pas encore venue, » c'est-à-dire, je ne suis pas encore connu de ceux qui sont ici ; ils ne savent pas encore que le vin manque, laissez-les donc s'en apercevoir tout d'abord. Celui qui n'a pas éprouvé la nécessité d'un bienfait, n'en comprendra pas non plus l'importance. xxx S. AUG. (du symbole, 2, 5.) Ou bien encore, Nôtre-Seigneur répond de la sorte, parce qu'en tant qu'il était Dieu, il n'avait point de mère ; il en avait une en tant qu'homme, mais le miracle qu'il devait opérer était l'œuvre de la divinité, et non de la faible nature humaine. Cependant la mère de Jésus le pressait de faire ce miracle. Mais Jésus, alors qu'il allait accomplir les oeuvres divines, semble méconnaître le sein où il a été conçu, et il dit à sa mère : « Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? » paroles dont voici le sens : Vous n'avez pas engendré la puissance qui doit en moi opérer ce miracle, c'est-à-dire ma divinité. (Il l'appelle femme, pour désigner son sexe, et non pour l'assimiler aux femmes ordinaires.) Mais comme c'est vous qui avez engendré ce qu'il y a de faible en moi, je vous reconnaîtrai lorsque cette faible nature humaine sera suspendue à la croix. Voilà pourquoi il ajoute : « Mon heure n'est pas encore venue, » c'est-à-dire, je vous reconnaîtrai lorsque cette humanité, dont vous êtes la mère, sera attachée à la croix. C'est alors, en effet, qu'il recommande sa mère à son disciple, parce qu'il allait mourir avant elle, et qu'il devait ressusciter avant sa mort. Remarquez qu'à l'exemple des manichéens qui cherchent un appui à leurs pernicieuses erreurs dans ces paroles : « Qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? » les astrologues veulent autoriser leur système erroné sur ces autres paroles du Sauveur : « Mon heure n'est pas encore venue. » Vous voyez, disent-ils, que Jésus-Christ était assujetti au destin, puisqu'il déclare lui-même que son heure n'est pas encore venue. Qu'ils se rendent donc à ces paroles du Fils de Dieu, lorsqu'il dit : « J'ai le pouvoir de quitter la vie, et de la reprendre ensuite ; » qu'ils cherchent le véritable sens de ces paroles : « Mon heure n'est pas encore venue ; » qu'ils cessent d'asservir au destin le Créateur du ciel, car en supposant même l'influence des astres sur la destinée de l'homme, le Créateur des astres devait être nécessairement affranchi de cette influence. Ajoutez que non-seulement Jésus-Christ ne fut point soumis à cette destinée fatale, ni vous, ni un autre, ni aucun homme que ce soit. Que signifient donc ces paroles : « Mon heure n'est pas encore venue ? » C'est qu'il avait le pouvoir de mourir quand il le voudrait, et que le temps ne lui paraissait pas encore venu d'user de ce pouvoir. Il voulait auparavant appeler ses disciples autour de lui, annoncer le royaume des deux, opérer les prodiges et les miracles qui devaient faire reconnaître sa divinité, et aussi manifester son humilité en se soumettant à toutes les infirmités de notre nature mortelle. Lorsqu'il eut accompli suffisamment ces divers desseins, l'heure vint pour lui, non l'heure de la nécessité, mais celle de sa volonté, non l'heure imposée par la fatalité, mais déterminée par sa puissance.

Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. »

Or, il y avait là six urnes de pierre destinées aux ablutions des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures.

Jésus leur dit : « Remplissez d’eau ces urnes. » Et ils les remplirent jusqu’au haut.

Et il leur dit : « Puisez maintenant, et portez-en au maître du festin ; » et ils en portèrent.

Dès que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin (il ne savait pas d’où venait ce vin, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient), il interpella l’époux,

et lui dit : « Tout homme sert d’abord le bon vin, et, après qu’on a bu abondamment, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon jusqu’à ce moment. » —

Tel fut, à Cana de Galilée, le premier des miracles que fit Jésus, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n’y demeurèrent que peu de jours.

Or la Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem.

Il trouva dans le temple les marchands de bœufs, de brebis, et de colombes, et les changeurs assis.

Et ayant fait un petit fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, avec les brebis et les bœufs ; il jeta par terre l’argent des changeurs, et renversa leurs tables.

Et il dit aux vendeurs de colombes : « Enlevez cela d’ici ; ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »

Les disciples se ressouvinrent alors qu’il est écrit : « Le zèle de votre maison me dévore. »

Commentaire (versets 13 à 17) — Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (1868)

Ce commentaire porte sur les versets 13 à 17 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

BEDE. Aussitôt son arrivée à Jérusalem, Nôtre-Seigneur se rend immédiatement au temple pour prier, et nous donne ainsi l'exemple, quelque part que nous allions, de nous rendre aussitôt dans la maison du Seigneur pour lui offrir nos prières : « Et il trouva, dit l'Evangéliste, des hommes qui vendaient des bœufs, des brebis et des colombes.» —S. AUG. (Traité 10 sur S. Jean.) Ces sacrifices que Dieu avait imposés à ce peuple étaient en rapport avec ses inclinations charnelles, et avaient pour but de le détourner du culte des idoles ; ils immolaient donc des bœufs, des brebis et des colombes. BEDE. Mais comme ceux qui venaient de loin ne pouvaient porter avec eux les victimes qu'ils devaient immoler, ils en apportaient le prix. C'est ce qui donna lieu à l'usage établi par les scribes et les pharisiens de vendre les animaux destinés aux sacrifices ; les pèlerins achetaient ces animaux et les offraient à Dieu, et les scribes et les pharisiens les revendaient à d'autres après qu'ils avaient été offerts, et augmentaient ainsi leurs bénéfices. Des changeurs se tenaient à leurs comptoirs pour faciliter les transactions entre les acheteurs et les vendeurs, c'est pour cela que l'Evangéliste ajoute : « Et les changeurs assis à leurs tables. » Le Seigneur ne veut pas souffrir dans sa maison le moindre trafic terrestre, n'eut-il rien que de légitime, et il chasse dehors, sans distinction, tous les trafiquants.

S. AUG. Il flagelle le premier ceux qui devaient un jour le flageller : « Et ayant fait comme un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, » etc.

THEOPHYL. Il jette dehors non-seulement les acheteurs et les vendeurs, mais tout ce qui leur appartenait : « Les brebis, les bœufs , et il jeta par terre l'argent des changeurs, et renversa leurs tables, » c'est-à-dire les comptoirs qui contenaient leur argent. ORIG. Examinons sérieusement cette action qui peut nous paraître excessive, puisque nous y voyons le Fils de Dieu se faire un fouet avec des cordes pour chasser ces vendeurs hors du temple. A toutes les difficultés qu'on pourrait objecter, nous aurons toujours pour réponse la puissance divine de Jésus, qui pouvait, lorsqu'il le voulait, réprimer la fureur de ses ennemis, malgré leur nombre, et apaiser l'agitation tumultueuse de leurs esprits ; « car le Seigneur dissipe les desseins des nations, il rend vaines les pensées des peuples, et il renverse les conseils des princes. » (Ps 32, 10.) Ce fait ne le cède en rien aux miracles les plus éclatants de la vie du Sauveur, on peut même assurer qu'il y déploie une puissance plus grande que lorsqu'il changea l'eau en vin ; car dans ce dernier miracle, il agit sur une matière inanimée, tandis que dans le premier, c'est sur des milliers d'hommes qu'il exerce sa domination. S. AUG. (de l'acc. des Evang., 2, 67.) Il est évident que le fait dont il s'agit s'est répété deux fois, saint Jean raconte ici le premier, et les trois autres Evangélistes le second.

ORIG. D'après saint Jean, le Sauveur ne chassa que les vendeurs, tandis que saint Matthieu y joint les acheteurs. Or, le nombre des acheteurs était beaucoup plus considérable que celui des vendeurs, et il fallait pour les chasser hors du temple, une puissance supérieure à celle du fils d'un charpentier, comme on l'appelait ; aussi était-ce par un effet de la puissance divine, qu'il commanda, comme nous l'avons dit, à toute cette multitude. BEDE. Nous voyons ici clairement les deux natures en Jésus-Christ, la nature humaine, parce qu'il est accompagné de sa mère ; et la nature divine, parce qu'il se déclare le vrai Fils de Dieu. En effet, écoutons la suite : « Et il dit à ceux qui vendaient des colombes : Emportez cela d'ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »

S. CHRYS. (hom. 22 sur S. Jean.) Il appelle Dieu son Père, et ils ne s'irritent point contre lui, parce qu'ils prennent cette appellation dans le sens le moins rigoureux. Mais lorsque plus tard, il s'exprimera plus clairement, de manière à leur faire comprendre qu'il est égal et consubstantiel à son Père, ils donneront un libre cours à leur fureur. Saint Matthieu ajoute qu'en les chassant, il disait : « Cessez de faire de cette maison une caverne de voleurs. » Il parlait ainsi aux approches de sa passion, et son langage était plus sévère. Au contraire, le fait raconté par saint Jean avait lieu au début de sa vie publique et pleine de miracles ; aussi ses expressions sont moins dures, et ses reproches plus modérés. S. AUG. (Traité 10 sur S. Jean.) Ce temple n'était encore qu'un temple figuratif, et le Seigneur en chasse tous ceux qui venaient y faire le trafic. Et qu'y vendaient-ils ? Les victimes nécessaires aux sacrifices alors en usage. Qu'aurait fait Jésus-Christ s'il y avait trouvé des hommes plongés dans l'ivresse ? Si la maison de Dieu ne doit pas être une maison de commerce , doit-on en faire une maison de buveurs? S. CHRYS. (hom. précéd.) Mais pourquoi Nôtre-Seigneur manifeste-t-il un si grand courroux ? Il devait opérer des guérisons le jour du sabbat, et faire un grand nombre d'œuvres qui paraissaient aux Juifs une véritable transgression de la loi de Dieu. C'est donc pour leur prouver qu'il n'est point en opposition avec Dieu, qu'il chasse, au péril de sa vie, les marchands hors du temple, et il donne à comprendre que celui qui s'expose ainsi au danger pour défendre l'honneur de la maison, ne peut être accusé de mépriser le maître de la maison ; aussi pour montrer la parfaite harmonie qui règne entre Dieu et lui, il ne dit pas : La maison sainte, mais : « La maison de mon Père. » C'est pour la même raison que l'Evangéliste ajoute : « Ses disciples se ressouvinrent alors qu'il est écrit : Le zèle de votre maison me dévore. »

BEDE. En effet, les disciples, témoins de ce zèle si ardent, se ressouvinrent que c'était le zèle pour la maison de son Père, qui lui faisait chasser les impies hors du temple.

ALCUIN. Le zèle, pris en bonne part, est une certaine ardeur de l'âme qui l'enflamme du désir de défendre la vérité en méprisant toute crainte des hommes.

S. AUG. Celui qui est dévoré du zèle de la maison de Dieu s'efforce d'en bannir tout ce qui pourrait la déshonorer, et si cela lui est impossible, il gémit en souffrant un mal qu'il ne peut empêcher ; vous prenez soin qu'aucune action mauvaise ne se fasse dans votre maison, devez-vous donc la souffrir, si vous pouvez l'empêcher dans la maison de Dieu, où le salut éternel vous est annoncé ? Est-ce votre ami qui lui manque de respect ? avertissez-le avec douceur; est-ce votre épouse ? mettez un frein sévère à sa légèreté ; est-ce votre servante ? employez même les châtiments extérieurs pour la maintenir ; en un mot, faites tout ce que vous pouvez, eu égard à la position que vous occupez. ALCUIN. Dans le sens allégorique, Dieu entre tous les jours dans sa maison pour y considérer la manière dont chacun s'y conduit. Gardons-nous donc de nous laisser aller dans l'Eglise de Dieu à des futilités, à des rires, à des haines, à des désirs passionnés, si nous ne voulons qu'il ne vienne à l'improviste nous chasser à coups de fouet hors de sa maison.

ORIG. Il peut arriver, en effet, que même un habitant de Jérusalem tombe dans cette faute, et que les plus intelligents comme les plus instruits s'écartent du droit chemin, et s'ils ne reviennent au plutôt de leurs erreurs, ils perdent la force et la pénétration de leur esprit. Jésus trouve donc quelquefois dans le temple (c'est-à-dire, au milieu des fonctions saintes et dans l'exercice de la prédication de la parole divine), des hommes qui font de la maison de son Père une maison de commerce. Ils mettent en vente les bœufs qu'ils auraient dû réserver pour la charrue et empêcher de retourner en arrière pour les rendre propres au royaume de Dieu. Il en est aussi qui préfèrent les richesses d'iniquité aux brebis qui auraient pu suffire à leur entretien et à leur ornement. Il en est enfin qui dédaignent la simplicité et l'innocence, et leur préfèrent l'amertume du cœur et les emportements de la colère, et pour un vil motif d'intérêt, ils sacrifient la fidélité de ceux qui sont figurés par les colombes. Lorsque le Sauveur trouve ces hommes dans la maison sainte, il fait un fouet avec des cordes et les chasse dehors avec leurs brebis ; il jette à terre leur argent, renverse les comptoirs dressés dans l'âme des avares, et défend de vendre désormais des colombes dans la maison de Dieu. Ce fait renferme encore, si je ne me trompe, un enseignement mystérieux et caché. Jésus veut nous faire comprendre que les sacrifices que Dieu exigeait des prêtres ne devaient plus être conformes aux sacrifices extérieurs de la loi, et que la loi elle-même ne serait plus observée comme le voulaient les Juifs encore charnels. En chassant les bœufs et les brebis, en commandant d'emporter les colombes, qui étaient les victimes ordinaires des Juifs ; en renversant les tables couvertes de cette monnaie matérielle qui était la figure indirecte de la loi divine, c'est-à-dire, de ce qui était honnête et licite, à ne consulter que la lettre de l'Ecriture ; enfin en prenant un fouet pour chasser le peuple du temple, Nôtre-Seigneur nous apprenait que tout ce qui faisait partie de l'ancienne loi devait être détruit et dispersé, et que le royaume ou le sacerdoce des Juifs devait être transféré à ceux qui, parmi les nations, ont embrassé la foi. S. AUG. Ou bien encore, ces vendeurs dans l'Eglise sont ceux qui cherchent leurs intérêts, et non les intérêts de Jésus-Christ. (Ph 2) Tout est vénal chez eux parce qu'ils veulent être payés de tout. Pourquoi Simon voulait-il acheter l'Esprit saint ? Parce qu'il voulait le vendre. Il était du nombre de ceux qui vendent les colombes, car c'est sous la forme d'une colombe que l'Esprit saint a voulu apparaître, cette colombe ne se vend pas, elle se donne gratuitement, parce qu'elle s'appelle grâce.

BEDE. Ceux-là donc vendent les colombes, qui ne donnent pas gratuitement, comme Dieu l'ordonne, la grâce de l'Esprit saint, mais qui la vendent à prix d'argent ; ou bien si ce n'est point à prix d'argent, c'est pour un vain désir de popularité qu'ils accordent l'imposition des mains qui appelle le Saint-Esprit dans les âmes, et ils confèrent les saints ordres, non d'après le mérite de la vie, mais en sacrifiant à la faveur ou à la complaisance.

S. AUG. Les bœufs représentent les Apôtres et les prophètes, par le moyen desquels Dieu nous a transmis les saintes Ecritures. Ceux donc qui se servent des Ecritures pour tromper la multitude, afin d'en recevoir des honneurs, vendent les bœufs, les brebis, c'est-à-dire, les peuples eux-mêmes ; et à qui les vendent-ils ? au démon, car tout ce qui est détaché de l'Eglise qui est une, est emporté par le démon qui, comme un lion rugissant, tourne autour de nous, cherchant quelqu'un à dévorer. (1 P 5, 8.)

BEDE. Ou bien, les brebis sont les œuvres d'innocence et de piété. Vendre les brebis, c'est donc pratiquer la piété en vue des louanges des hommes ; les changeurs d'argent dans le temple sont ceux qui se livrent publiquement dans l'Eglise aux intérêts de la terre. On fait encore de la maison du Seigneur une maison de commerce, non-seulement quand on confère les saints ordres pour recevoir en échange de l'argent, des louanges, des honneurs, mais encore quand on exerce le ministère tout spirituel qu'on tient de Dieu, avec une intention qui n'est pas droite, et en vue d'une récompense toute humaine. S. AUG. L'action de Nôtre-Seigneur, faisant un fouet avec des cordes pour chasser les vendeurs hors du temple, renferme un sens mystérieux et caché. Tout homme qui ne cesse d'ajouter de nouveaux péchés à ceux qu'il a commis, se fait comme une corde de ses iniquités. Lors donc que les hommes souffrent parce qu'ils sont coupables, qu'ils reconnaissent que Dieu se fait comme un fouet avec des cordes, et les avertit de changer de conduite, sinon ils entendront à la fin de leur vie cette parole terrible : « Liez-lui les mains et les pieds. » (Mt 22)

BEDE. Après avoir fait un fouet avec des cordes, il chasse les vendeurs hors du temple, c'est-à-dire, qu'il exclut du sort et de l'héritage des saints ceux qui se trouvant mêlés parmi les saints pratiquent la vertu par hypocrisie ou commettent ouvertement le mal. Il chasse également les brebis et les bœufs pour montrer que leur vie comme leur doctrine sont également dignes de condamnation. Il jette à terre l'argent des changeurs, et renverse leurs tables, parce que les réprouvés à la fin du monde se verront enlever jusqu'à la figure de ce qu'ils avaient aimé. Il commande de faire disparaître du temple la vente des colombes, pour nous apprendre que la grâce de l'Esprit saint que nous recevons gratuitement, doit aussi être donnée gratuitement. ORIG. Le temple peut encore être considéré comme la figure de l'âme attentive à son salut, parce que la parole de Dieu habite en elle, et qui avant d'avoir reçu les divins enseignements de JésusChrist, servait d'habitation aux passions terrestres et aux instincts des animaux sans raison. Le bœuf qui sert à la culture des champs, est le symbole des passions de la terre, la brebis, le plus stupide des animaux, est la figure des mouvements contraires à la raison ; la colombe est l'image des âmes légères et inconstantes, et les pièces d'argent, la figure de ceux qui portent l'apparence de la vertu, et que Jésus-Christ chasse par sa divine doctrine en défendant que la maison de son Père soit plus longtemps une place publique.

Les Juifs prenant la parole lui dirent : « Quel signe nous montrez-vous, pour agir de la sorte ? »

Jésus leur répondit : « Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours. »

Les Juifs repartirent : « C’est en quarante-six ans que ce temple a été bâti, et vous, en trois jours vous le relèverez ! »

Mais lui, il parlait du temple de son corps.

Lors donc qu’il fut ressuscité d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Pendant que Jésus était à Jérusalem, à la fête de Pâque, beaucoup voyant les miracles qu’il faisait, crurent en son nom.

Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous,

et qu’il n’avait pas besoin qu’on lui rendit témoignage d’aucun homme ; car il savait, lui, ce qu’il y avait dans l’homme.