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Luc 2
VERS ce même temps on publia un édit de César Auguste, pour faire un dénombrement des habitants de toute la terre.
Ce fut le premier dénombrement qui se fit par Cyrinus, gouverneur de Syrie.
Et comme tous allaient se faire enregistrer, chacun dans sa ville,
Joseph partit aussi de la ville de Nazareth, qui est en Galilée, et vint en Judée à la ville de David, appelée Bethléhem ; parce qu’il était de la maison et de la famille de David ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Michée, 5, 2 ; Matthieu, 2, 6 ; 1 Rois, 20, 6. ― L’édit d’Auguste amenant la mère de Jésus à Bethléem, patrie indiquée par les prophètes, sert aux fins du Sauveur (saint Chrysostome).
pour se faire enregistrer, avec Marie, son épouse, qui était grosse.
Pendant qu’ils étaient là, il arriva que le temps auquel elle devait accoucher, s’accomplit :
et elle enfanta son Fils premier-né ; et l’ayant emmaillotté, elle le coucha dans une crèche ; parce qu’il n’y avait point de place pour eux dans l’hôtellerie.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Son fils premier-né. Cela ne veut pas dire que plus tard la sainte Vierge ait eu d’autres enfants. Les Hébreux appelaient premiers-nés les enfants uniques aussi bien que ceux qui avaient des frères ou des sœurs. Voir le verset 23. ― Dans l’hôtellerie. Ce mot ne doit pas être entendu dans le sens moderne. « L’hôtellerie, l’auberge n’existait pas en Orient. Par la loi de l’hospitalité, l’étranger était reçu dans chaque maison où il se présentait. A défaut de cette hospitalité, ou s’il ne voulait pas y recourir, il pouvait se retirer dans une hôtellerie commune, appelée aujourd’hui khan, où hommes et bêtes trouvent un abri. Quand l’hôtellerie commune était occupée, force était à l’étranger de chercher ailleurs un abri. En général, la chose est facile en Palestine, où le terrain montagneux et calcaire offre partout des grottes [naturelles ou] taillées de main d’homme, soit pour servir d’habitation, soit comme chambres sépulcrales. La plupart de ces excavations remontent à des époques très reculées. » (J.-H. MICHON.)
Or il y avait aux environs, des bergers qui passaient les nuits dans les champs, veillant tour à tour à la garde de leur troupeau ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir la note 27 à la fin du volume.
et tout d’un coup un ange du Seigneur se présenta à eux, et une lumière divine les environna : ce qui les remplit d’une extrême crainte.
Alors l’ange leur dit : Ne craignez point : car je viens vous apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie :
c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur ;
et voici la marque à laquelle vous le reconnaîtrez : Vous trouverez un enfant emmaillotté, couché dans une crèche.
Au même instant il se joignit à l’ange une grande troupe de l’armée céleste, louant Dieu, et disant :
Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! et paix sur la terre aux hommes chéris de Dieu !
Après que les anges se furent retirés dans le ciel, les bergers se dirent l’un à l’autre : Passons jusqu’à Bethléhem, et voyons ce qui est arrivé, et ce que le Seigneur nous a fait connaître.
S’étant donc hâtés d’y aller, ils trouvèrent Marie et Joseph, et l’enfant couché dans une crèche.
Et l’ayant vu, ils reconnurent la vérité de ce qui leur avait été dit touchant cet enfant.
Et tous ceux qui l’entendirent, admirèrent ce qui leur avait été rapporté par les bergers.
Or Marie conservait toutes ces choses en elle-même, les repassant dans son cœur.
Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de toutes les choses qu’ils avaient entendues et vues, selon qu’il leur avait été dit.
Le huitième jour, auquel l’enfant devait être circoncis, étant arrivé, il fut nommé Jésus, qui était le nom que l’ange avait annoncé avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 17, 12 ; Lévitique, 12, 3 ; Matthieu, 1, 21 ; Luc, 1, 31. ― Pour circoncire l’enfant. La circoncision fut sans doute faite par saint Joseph, dans la grotte de Bethléem. Dans le chœur de la basilique de la Nativité à Bethléem, dans le bras de la croix au sud du maître-autel qui est placé à peu près au-dessus de la grotte où est né Notre-Seigneur se trouve l’autel de la circoncision, à l’endroit où la tradition, mentionnée déjà par saint Epiphane, localise cette cérémonie.
Et le temps de la purification de Marie étant accompli, selon la loi de Moïse, ils le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Lévitique, 12, 6.
selon qu’il est écrit dans la loi du Seigneur : Tout enfant mâle premier-né sera consacré au Seigneur ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 13, 2 ; Nombres, 8, 16. ― Ouvrant un sein ; ouvrant un sein maternel ; c’est-à-dire : un fils dont la mère n’a pas eu d’autre enfant auparavant ; un premier-né, soit que sa mère engendre encore après lui, soit qu’il reste fils unique. Comparer au verset 7. ― Sera appelé consacré, hébraïsme, pour sera consacré. Comparer à Luc, 1, 32.
et pour donner ce qui devait être offert en sacrifice, selon qu’il est écrit dans la loi du Seigneur, deux tourterelles, ou deux petits de colombe.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Lévitique, 12, 8.
Or il y avait dans Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, qui vivait dans l’attente de la consolation d’Israël, et le Saint-Esprit était en lui.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Siméon. On a conjecturé, mais sans preuve, qu’il était le fils du fameux docteur juif Hillel et le père du Gamaliel dont il parlé dans les Actes des Apôtres, 22, 3.
Il lui avait été révélé par le Saint-Esprit, qu’il ne mourrait point, qu’auparavant il n’eût vu le Christ du Seigneur.
Il vint donc au temple par un mouvement de l’Esprit de Dieu. Et comme le père et la mère de l’enfant Jésus l’y portaient, afin d’accomplir pour lui ce que la loi avait ordonné,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans le temple, hiéron.
il le prit entre ses bras, et bénit Dieu, en disant :
C’est maintenant, Seigneur ! que vous laisserez mourir en paix votre serviteur, selon votre parole,
puisque mes yeux ont vu le Sauveur que vous nous donnez,
et que vous destinez pour être exposé à la vue de tous les peuples,
comme la lumière qui éclairera les nations, et la gloire d’Israël, votre peuple.
Le père et la mère de Jésus étaient dans l’admiration des choses que l’on disait de lui.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’Evangéliste nomme toujours Joseph père de Jésus, parce qu’il était l’époux de Marie et le père nourricier de Jésus, et qu’il passait pour son père dans le monde.
Et Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère : Cet enfant est pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs dans Israël, et pour être en butte à la contradiction des hommes ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 8, 14 ; Romains, 9, 33 ; 1 Pierre, 2, 7. ― Dieu n’a pas envoyé son Fils pour la perte d’aucun homme ; mais plusieurs, par leur propre perversité, et par leur refus obstiné de ne pas le recevoir, devaient y trouver l’occasion de se perdre.
(jusque-là que votre âme même sera percée comme par une épée ; ) afin que les pensées cachées dans le cœur de plusieurs soient découvertes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Un glaive, en grec romphaia, un grand glaive qu’on avait coutume de porter sur l’épaule droite, marque ici une grande douleur qui transpercera l’âme de Marie.
Il y avait aussi une prophétesse, nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser, qui était fort avancée en âge, et qui n’avait vécu que sept ans avec son mari, depuis qu’elle l’avait épousé étant vierge.
Elle était alors veuve, âgée de quatre-vingt-quatre ans ; et elle demeurait sans cesse dans le temple, servant Dieu jour et nuit dans les jeûnes et dans les prières.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Elle ne quitta pas le temple. Il y avait dans le temple, hiéron, une cour avec ses dépendances réservée aux femmes. Voir Matthieu, 21, 12.
Étant donc survenue en ce même instant, elle se mit aussi à louer le Seigneur, et à parler de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël.
Après que Joseph et Marie eurent accompli tout ce qui était ordonné par la loi du Seigneur, ils s’en retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
A Nazareth. Voir note 30 à la fin du volume.
Cependant l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la grâce de Dieu était en lui.
Son père et sa mère allaient tous les ans à Jérusalem, à la fête de Pâque.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 23, 15 ; 34, 18 ; Deutéronome, 16, 1. ― Pâque. Voir Matthieu, 26, 2.
Et lorsqu’il fut âgé de douze ans, ils y allèrent, selon qu’ils avaient accoutumé, au temps de la fête.
Quand les jours de la fête furent passés, lorsqu’ils s’en retournèrent, l’enfant Jésus demeura dans Jérusalem, sans que son père, ni sa mère, s’en aperçussent.
Et pensant qu’il était avec quelqu’un de ceux de leur compagnie, ils marchèrent durant un jour ; et ils le cherchaient parmi leurs parents et parmi ceux de leur connaissance.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pour ces fêtes, les hommes allaient ensemble et les femmes aussi de leur côté, les enfants s’unissaient aux uns ou aux autres. C’est ainsi que Marie crut Jésus avec Joseph qui le croyait avec Marie (saint Bède). « La tradition chrétienne rapporte à la localité moderne d’El-Biréh (la Bééroth biblique), le lieu où Marie et Joseph s’aperçurent que l’enfant Jésus n’était pas avec leur parenté. Une église chrétienne [fut bâtie en cet endroit en souvenir de cet événement]. Une portion notable du mur septentrional et de l’abside subsiste encore. El-Biréh est aujourd’hui un village encore important. On y voit une magnifique piscine recevant les eaux d’une fontaine abondante. » (J.-H. MICHON.)
Mais ne l’ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem pour l’y chercher.
Trois jours après, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans le temple, hiéron (voir Matthieu, 21, 12), dans une des salles qui faisaient partie du hiéron, vraisemblablement dans la synagogue placée dans le parvis des gentils et où avaient lieu les leçons et les discussions des rabbins.
Et tous ceux qui l’entendaient, étaient ravis en admiration de sa sagesse et de ses réponses.
Lors donc qu’ils le virent, ils furent remplis d’étonnement ; et sa mère lui dit : Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voilà votre père et moi qui vous cherchions, étant tout affligés.
Il leur répondit : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois occupé à ce qui regarde le service de mon Père ?
Mais ils ne comprirent point ce qu’il leur disait.
Il s’en alla ensuite avec eux, et vint à Nazareth ; et il leur était soumis. Or sa mère conservait dans son cœur toutes ces choses.
Commentaire (versets 49 à 51) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 49 à 51 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Jésus ne les reprend pas de l’avoir cherché, mais il déclare qu’il a, comme Fils de l’Eternel, des devoirs supérieurs à remplir (saint Bède). ― Jésus obéit pour nous apprendre que l’obéissance est la voie de la perfection (saint Grégoire de Nysse).
Et Jésus croissait en sagesse, en âge, et en grâce devant Dieu et devant les hommes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
« Comment faut-il entendre ce verset de saint Luc : Jésus avançait en sagesse, en âge et en grâce ? Pour ce qui est de l’intelligence, nous entendons saint Luc en ce sens qu’ayant, comme homme, les mêmes facultés que nous et se trouvant ici-bas dans des conditions analogues aux nôtres, le Sauveur éprouvait des impressions de même genre, voyait les mêmes objets, se formait les mêmes idées, acquérait la même science ; et que laissant paraître cette science au dehors selon qu’il l’acquérait et n’en faisant pas paraître d’autre, il donnait de jour en jour à ceux qui l’observaient de nouvelles preuves de ses connaissances et de sa sagesse. Les Docteurs donnent à cette science le nom d’expérimentale, à cause de la manière dont on l’acquiert pour l’ordinaire. Elle était pour Notre Seigneur la conséquence naturelle de la condition où il s’était mis, et elle rend compte de ce qu’ont dit l’Ecriture et les Pères sur son enfance et sur le développement graduel de son intelligence. Puisqu’il acquérait réellement cette sorte de science, il devait aussi en donner des marques, y faire des progrès, apprendre certaines choses, y appliquer son esprit, interroger, admirer, s’étonner, etc. Cela n’empêche pas de reconnaître en son âme dès le premier moment de l’Incarnation une science surhumaine et des lumières d’un ordre supérieur. Les principaux Docteurs et tous les théologiens enseignent qu’il avait reçu par infusion, à la manière des prophètes et des saints, mais dans un degré incomparablement plus élevé, un degré de science proportionné à sa dignité et à sa mission. De plus, ils s’accordent à dire que son âme jouissait de la vision intuitive de l’essence divine, d’une manière plus parfaite et plus pleine que tous les esprits du ciel. Ils regardent ces privilèges comme une conséquence naturelle de l’union hypostatique, et par conséquent ils ne sauraient admettre qu’il ait dû les mériter par ses œuvres, ni qu’il en ait été un seul instant privé. A plus forte raison n’admettraient-ils pas que son esprit partageât à son entrée dans le monde l’ignorance commune à tous les enfants d’Adam. Dans l’Apocalypse, on entend les élus du ciel célébrer sa sagesse et ses lumières en même temps que sa divinité. Quant à la grâce dont l’âme de Notre Seigneur a été ornée, nous distinguons de même, avec les théologiens, les habitudes et les actes surnaturels, les principes et les effets. Les œuvres de grâce ou les actes de vertus croissaient et se multipliaient sans cesse ; mais les habitudes infuses, les dispositions vertueuses, la grâce sanctifiante, tout ce qu’exigeait en son âme sa dignité d’Homme-Dieu, ne pouvait croître. Le Sauveur a toujours possédé ces dons au degré le plus élevé. » (L. BACUEZ.)
Commentaire (versets 1 à 2) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 1 à 2 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Le recensement de Cyrinus ou Quirinus. « On a trouvé à Ancyre, en Galatie, sur les murs d’un temple consacré à Auguste, un résumé de l’histoire de son règne, écrit par lui pour être placé dans son mausolée. Or, dans ce résumé il mentionne un recensement qu’il a fait des citoyens romains, recensement qui semble supposer un dénombrement général de l’empire. Il indique la date de cette opération, et cette date coïncide avec celle du Sauveur. Nous avons de plus le témoignage de plusieurs auteurs. Suétone († 140), dans son Histoire des douze Césars, rapporte qu’Auguste a fait trois fois le recensement de l’empire et qu’il en a laissé un cadastre : breviarium. Tacite († 130) dit à peu près la même chose. Saint Justin, né à Sichem, à 12 lieues de Jérusalem, écrivait vers 138, dans son apologie à l’empereur Antonin : Jésus-Christ est né à Bethléem. Vous pouvez vous en assurer, en consultant le recensement de Quirinus, votre premier gouverneur en Judée. Tertullien écrivait de même, 150 ans après la mort d’Auguste : Les pièces originales du dénombrement d’Auguste sont conservées dans les archives de Rome. Leur déposition fournit un témoignage authentique relativement à la naissance du Sauveur. D’après cet auteur, ce serait sous le gouvernement de Saturninus que le dénombrement aurait eu lieu ; mais cela n’empêche pas qu’il ait pu être exécuté par les soins de Quirinus, associé ou subordonné pour cet effet au gouverneur. » (L. BACUEZ.)