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Luc 19
JÉSUS étant entré dans Jéricho, passait par la ville ;
et il y avait un homme, nommé Zachée, chef des publicains, et fort riche,
qui ayant envie de voir Jésus pour le connaître, ne le pouvait à cause de la foule, parce qu’il était fort petit.
C’est pourquoi il courut devant, et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là.
Jésus étant venu en cet endroit, leva les yeux en haut ; et l’ayant vu, il lui dit : Zachée, hâtez-vous de descendre, parce qu’il faut que je loge aujourd’hui dans votre maison.
Zachée descendit aussitôt, et le reçut avec joie.
Tous voyant cela, en murmuraient, disant : Il est allé loger chez un homme de mauvaise vie.
Cependant Zachée se présentant devant le Seigneur, lui dit : Seigneur ! je vais donner la moitié de mon bien aux pauvres ; et si j’ai fait tort à quelqu’un en quoi que ce soit, je lui en rendrai quatre fois autant.
Sur quoi Jésus dit : Cette maison a reçu aujourd’hui le salut, parce que celui-ci est aussi enfant d’Abraham :
car le Fils de l’homme est venu pour chercher et pour sauver ce qui était perdu.
Commentaire (versets 8 à 10) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 8 à 10 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Une antique tradition fait venir Zachée dans les Gaules, où il se serait fixé dans le lieu sauvage et pittoresque appelé aujourd’hui Rocamadour. Voir Matthieu, 18, 11.
Comme ces gens-là étaient attentifs à ce qu’il disait, il ajouta encore une parabole, sur ce qu’il était près de Jérusalem, et qu’ils s’imaginaient que le règne de Dieu paraîtrait bientôt.
Il leur dit donc : Il y avait un homme de grande naissance qui s’en allait dans un pays fort éloigné pour y recevoir la puissance royale, et s’en revenir ensuite ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 25, 14.
et appelant dix de ses serviteurs, il leur donna dix mines d’argent, et leur dit : Faites profiter cet argent jusqu’à ce que je revienne.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La mine d’argent valait environ 88 francs 29 centimes et la mine d’or, 630 francs 60 centimes (en 1900).
Mais comme ceux de son pays le haïssaient, ils envoyèrent après lui des députés pour faire cette protestation : Nous ne voulons point que celui-ci soit notre roi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ces concitoyens sont les Juifs, haïssant Jésus et criant à Pilate : « Nous n’avons pas d’autre roi que César. » (saint Cyrille)
Étant donc revenu, après avoir reçu la puissance royale, il commanda qu’on lui fît venir ses serviteurs, auxquels il avait donné son argent, pour savoir combien chacun l’avait fait profiter.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Après avoir parlé de la première venue, humble et bienfaisante, le Christ-Roi parle du second avènement dans la gloire et le triomphe (Eusèbe).
Le premier étant venu, lui dit : Seigneur, votre mine d’argent en a acquis dix autres.
Il lui répondit : Ô bon serviteur ! parce que vous avez été fidèle en ce peu que je vous avais commis, vous commanderez sur dix villes.
Le second étant venu, lui dit : Seigneur, votre mine en a acquis cinq autres.
Son maître lui dit : Je veux aussi que vous commandiez à cinq villes.
Il en vint un troisième, qui lui dit : Seigneur, voici votre mine, que j’ai tenue enveloppée dans un mouchoir ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans un linge, littéralement un morceau d’étoffe qui sert à essuyer la sueur ou mouchoir.
parce que je vous ai craint, sachant que vous êtes un homme sévère, qui redemandez ce que vous n’avez point donné, et qui recueillez ce que vous n’avez point semé.
Son maître lui répondit : Méchant serviteur ! je vous condamne par votre propre bouche : vous saviez que je suis un homme sévère, qui redemande ce que je n’ai point donné, et qui recueille ce que je n’ai point semé ;
pourquoi donc n’avez-vous pas mis mon argent à la banque, afin qu’à mon retour je le retirasse avec les intérêts ?
Alors il dit à ceux qui étaient présents : Ôtez-lui la mine qu’il a, et la donnez à celui qui en a dix.
Mais, Seigneur, répondirent-ils, il en a déjà dix.
Je vous déclare, leur dit-il, qu’on donnera à celui qui a déjà, et qu’il sera comblé de biens ; et que pour celui qui n’a point, on lui ôtera même ce qu’il a.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 13, 12 ; 25, 29 ; Marc, 4, 25 ; Luc, 8, 18.
Quant à mes ennemis qui n’ont pas voulu m’avoir pour roi, qu’on les amène ici, et qu’on les tue en ma présence.
Lorsqu’il eut parlé de la sorte, il se mit à marcher avant tous les autres, pour arriver à Jérusalem.
Et étant arrivé près de Bethphagé et de Béthanie, à la montagne qu’on appelle des Oliviers, il envoya deux de ses disciples,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 21, 1 ; Marc, 11, 1. ― Près du mont nommé des Oliviers. Voir Matthieu, note 21.1
et leur dit : Allez-vous-en à ce village qui est devant vous : en y entrant vous trouverez un ânon lié, sur lequel nul homme n’a jamais monté ; déliez-le, et me l’amenez.
Si quelqu’un vous demande pourquoi vous le déliez, vous lui répondrez ainsi : C’est que le Seigneur en a besoin.
Ceux qu’il envoyait, partirent donc, et trouvèrent l’ânon comme il le leur avait dit.
Et comme ils le déliaient, ceux à qui il appartenait leur dirent : Pourquoi déliez-vous cet ânon ?
Ils leur répondirent : C’est que le Seigneur en a besoin.
Ils l’amenèrent donc à Jésus ; et mettant leurs vêtements sur l’ânon, ils le firent monter dessus.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 12, 14.
Et partout où il passait, les peuples étendaient leurs vêtements le long du chemin.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le peuple étendait ses vêtements sur le chemin en guise de tapis.
Mais lorsqu’il approcha de la descente de la montagne des Oliviers, tous les disciples en foule étant transportés de joie, commencèrent à louer Dieu à haute voix pour toutes les merveilles qu’ils avaient vues,
en disant : Béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur ! Que la paix soit dans le ciel, et la gloire au plus haut des cieux !
Alors quelques-uns des pharisiens qui étaient parmi le peuple, lui dirent : Maître ! faites taire vos disciples.
Il leur répondit : Je vous déclare que si ceux-ci se taisent, les pierres mêmes crieront.
Étant ensuite arrivé proche de Jérusalem, et regardant la ville, il pleura sur elle, en disant :
Ah ! si tu reconnaissais, au moins en ce jour qui t’est encore donné, ce qui peut te procurer la paix ! Mais maintenant tout cela est caché à tes yeux.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ce qui importe à ta paix ; c’est-à-dire à ton bonheur parfait, à ton salut. Les Hébreux entendaient par paix un bonheur complet, toute sorte de prospérités.
Aussi viendra-t-il un temps malheureux pour toi, où tes ennemis t’environneront de tranchées ; ils t’enfermeront, et te serreront de toutes parts ;
ils te renverseront par terre, toi et tes enfants qui sont au milieu de toi, et ils ne te laisseront pas pierre sur pierre : parce que tu n’as pas connu le temps auquel Dieu t’a visitée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 24, 2 ; Marc, 13, 2 ; Luc, 21, 6. ― Visitée par le Messie. Cette célèbre prophétie est comme un résumé fidèle de l’histoire du siège et de la ruine de Jérusalem par les Romains, telle que Josèphe la rapporte dans son livre La guerre des Juifs. Voir Luc, 21, 24.
Et étant entré dans le temple, il commença à chasser ceux qui y vendaient et y achetaient,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 21, 12 ; Marc, 11, 15. ― Etant entré dans le temple. Voir Matthieu, note 21.12.
leur disant : Il est écrit, que ma maison est une maison de prière ; et néanmoins vous en avez fait une caverne de voleurs.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 56, 7 ; Jérémie, 7, 11.
Et il enseignait tous les jours dans le temple. Cependant les princes des prêtres, les scribes et les principaux du peuple cherchaient occasion de le perdre ;
mais ils ne trouvaient aucun moyen de rien faire contre lui ; parce que tout le peuple était comme suspendu en admiration en l’écoutant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sur un sycomore. Il ne faut pas entendre par ce nom le sycomore de nos pays, dont le nom vulgaire est érable blanc ou faux platane, dont les feuilles larges et dentées, à cinq lobes pointus, sont blanches en dessous, d’un vert foncé en dessus ; les fleurs, petites et verdâtres, pendant en grappes allongées. Le sycomore de l’Evangile est le sycomore à figues, Ficus sycomorus. Il ne pousse que dans les pays très chauds ; à Jaffa, dans la vallée brûlante du Jourdain, dans la basse Galilée et en Egypte, où on en voit encore aujourd’hui formant allée dans les villes, d’où le nom de figuier d’Egypte par lequel on le désigne également. Il s’élève à une hauteur de douze à quinze mètres. Ses grandes et fortes branches se déploient horizontalement de manière à former un pavillon touffu qui peut avoir jusqu’à une quarantaine de pas de diamètre. Les figues qu’il produit ne poussent pas sur les rameaux couverts de feuilles mais s’étalent en grappes soit sur le tronc soit sur les grosses branches. Elles mûrissent au commencement de juin et depuis cette époque jusqu’à l’hiver, l’arbre porte constamment des fleurs, des fruits verts et des fruits mûrs. Le bois de sycomore servait en Egypte à faire des boîtes de momie et on l’employait en Palestine comme bois de construction. Le nom de sycomore qui signifie figuier-mûrier provient de ce que cet arbre a les fruits du figuier et le feuillage du mûrier.