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Luc 16
JÉSUS dit aussi, en s’adressant à ses disciples : Un homme riche avait un économe, qui fut accusé devant lui d’avoir dissipé son bien.
Et l’ayant fait venir, il lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de vous ? Rendez-moi compte de votre administration : car vous ne pourrez plus désormais gouverner mon bien.
Alors cet économe dit en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître m’ôte l’administration de son bien ? Je ne saurais travailler à la terre, et j’aurais honte de mendier.
Je sais bien ce que je ferai, afin que lorsqu’on m’aura ôté la charge que j’ai, je trouve des personnes qui me reçoivent chez eux.
Ayant donc fait venir chacun de ceux qui devaient à son maître, il dit au premier : Combien devez-vous à mon maître ?
Il lui répondit : Cent barils d’huile. L’économe lui dit : Reprenez votre obligation, asseyez-vous là, et faites-en vitement une autre de cinquante.
Il dit ensuite à un autre : Et vous, combien devez-vous ? Il répondit : Cent mesures de froment. Reprenez, dit-il, votre obligation, et faites-en une de quatre-vingts.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Cent mesures de froment. Dans le texte original : cent kors, c’est-à-dire environ 33 800 litres.
Et le maître loua cet économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment : car les enfants du siècle sont plus sages dans la conduite de leurs affaires, que ne le sont les enfants de lumière.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les fils du siècle, les fils de la lumière, sont des locutions purement hébraïques, qui signifient les amateurs du siècle, ceux qui aiment les choses de la terre, les mondains et les hommes éclairés des lumières de la foi. ― Entre eux, à l’égard les uns des autres ; ou bien dans leur manière d’agir, dans leur conduite ; mais la première interprétation est plus rapprochée du texte sacré. ― Le maître loue, non l’injustice de son économe, mais son activité et son adresse ; il n’avait donné à celui-ci ni le droit ni la permission de disposer de son bien ; tandis que Dieu a donné non seulement une permission, mais un ordre formel à tous ceux qui tiennent de lui les biens temporels ou spirituels, de les distribuer libéralement. ― « Par la conduite de l’économe infidèle, le Seigneur a voulu, selon saint Augustin, nous faire comprendre que si un maître de la terre a pu faire l’éloge de son serviteur qui, pour un intérêt temporel, avait tenu une conduite frauduleuse, à plus forte raison nous serons agréables au maître du ciel, si, conformément à ses divines lois et en vue de la vie éternelle, nous accomplissons envers le prochain des œuvres soit de justice, soit de miséricorde. Du reste le Seigneur n’a pas loué ce serviteur pour la nouvelle fraude commise envers son maître, mais pour la pénétration et l’esprit de prévoyance et de calcul dont il a fait preuve à son propre avantage. » (Mgr PICHENOT.)
Et moi, je vous dis : Employez les richesses d’iniquité à vous faire des amis ; afin que lorsque vous viendrez à manquer, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les richesses injustes sont ainsi appelées, parce qu’elles sont souvent mal acquises ou mal employées. Mais, comme en hébreu le même mot signifie vanité et iniquité, d’autres croient qu’il s’agit ici de richesses vaines, opposées aux biens véritables, dont il est parlé au verset 11.
Celui qui est fidèle dans les petites choses, sera fidèle aussi dans les grandes ; et celui qui est injuste dans les petites choses, sera injuste aussi dans les grandes.
Si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui voudra vous confier les véritables ?
Et si vous n’avez pas été fidèles dans un bien étranger, qui vous donnera le vôtre propre ?
Nul serviteur ne peut servir deux maîtres : car ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir tout ensemble Dieu et l’argent.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 6, 24. ― L’argent, dans l’original, mammôna, mot araméen qui signifie richesses et peut-être aussi le dieu des richesses.
Les pharisiens, qui étaient avares, lui entendaient dire toutes ces choses, et ils se moquaient de lui.
Et il leur dit : Pour vous, vous avez grand soin de paraître justes devant les hommes ; mais Dieu connaît le fond de vos cœurs : car ce qui est grand aux yeux des hommes, est en abomination devant Dieu.
La loi et les prophètes ont duré jusqu’à Jean ; depuis ce temps-là le royaume de Dieu est annoncé aux hommes, et chacun fait effort pour y entrer.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 11, 12.
Or il est plus aisé que le ciel et la terre passent, que non pas qu’un seul petit trait de la loi manque d’avoir son effet.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 5, 18.
Quiconque renvoie sa femme, et en prend une autre, commet un adultère ; et quiconque épouse celle que son mari aura quittée, commet un adultère.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 5, 32 ; Marc, 10, 11 ; 1 Corinthiens, 7, 10-11.
Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de lin, et qui se traitait magnifiquement tous les jours.
Il y avait aussi un pauvre, appelé Lazare, étendu à sa porte, tout couvert d’ulcères,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Lazare, personnage fictif, selon l’opinion commune. ― Couché à sa porte. Le mot grec pylôn désigne la grande porte d’entrée, comme il y en a dans les maisons les plus importantes.
qui eut bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; mais personne ne lui en donnait ; et les chiens venaient lui lécher ses plaies.
Or il arriva que ce pauvre mourut, et fut emporté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi, et eut l’enfer pour sépulcre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le sein d’Abraham ; c’est-à-dire le lieu de repos des âmes des saints, jusqu’à ce que le Sauveur eût ouvert le ciel par sa mort. ― Le riche mourut aussi et fut enseveli dans l’enfer. « Le mauvais riche, dit saint Jean Chrysostome, n’est pas damné parce qu’il fut riche, mais qu’il ne fut pas miséricordieux. Le mauvais riche, dit saint Grégoire, n’est pas damné pour avoir dérobé le bien d’autrui, mais pour n’avoir pas fait de son propre bien un légitime usage. Le mauvais riche, dit saint Ambroise, n’est pas damné pour avoir frappé le pauvre, mais pour avoir été réellement homicide envers lui, en le laissant mourir sans secours. » (Mgr PICHENOT.)
Et lorsqu’il était dans les tourments, il leva les yeux en haut, et vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans les tourments de l’enfer. Voir plus bas, verset 28.
et s’écriant, il dit ces paroles : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez-moi Lazare, afin qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, parce que je souffre d’extrêmes tourments dans cette flamme.
Mais Abraham lui répondit : Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu vos biens dans votre vie, et que Lazare n’y a eu que des maux ; c’est pourquoi il est maintenant dans la consolation, et vous dans les tourments.
De plus, il y a pour jamais un grand abîme entre nous et vous ; de sorte que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le peuvent, comme on ne peut passer ici du lieu où vous êtes.
Le riche lui dit : Je vous supplie donc, père Abraham, de l’envoyer dans la maison de mon père,
où j’ai cinq frères ; afin qu’il leur atteste ces choses, de peur qu’ils ne viennent aussi eux-mêmes dans ce lieu de tourments.
Abraham lui repartit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent.
Non, dit-il, père Abraham ; mais si quelqu’un des morts va les trouver, ils feront pénitence.
Abraham lui répondit : S’ils n’écoutent ni Moïse, ni les prophètes, ils ne croiront pas non plus, quand même quelqu’un des morts ressusciterait.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Cent barils d’huile. Dans le texte original : cent baths, c’est-à-dire environ 3800 litres.