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Matthieu 8
JÉSUS étant descendu de la montagne, une grande foule de peuple le suivit ;
et en même temps un lépreux vint à lui, et l’adora, en lui disant : Seigneur ! si vous voulez, vous pouvez me guérir.
Jésus étendant la main le toucha, et lui dit : Je le veux ; soyez guéri. Et à l’instant la lèpre fut guérie.
Alors Jésus lui dit : Gardez-vous bien de parler de ceci à personne ; mais allez vous montrer au prêtre, et offrez le don prescrit par Moïse, afin que cela leur serve de témoignage.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Lévitique, 14, 2. ― En témoignage pour eux ; c’est-à-dire afin que ce soit pour eux un témoignage et une preuve incontestable de ma puissance et de ma fidélité à faire observer la loi. ― Le mot eux peut signifier par hébraïsme : à chacun des prêtres, ou bien : à la foule du peuple dont il est parlé au premier verset.
Jésus étant entré dans Capharnaüm, un centenier vint le trouver, et lui fit cette prière :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Luc, 7, 1. ― Capharnaüm. Voir Matthieu, 4, 13. ― Un centurion. Le centurion était le chef d’une centurie légionnaire, c’est-à-dire de cent hommes. Il était chargé de la discipline de sa centurie, en présidait les exercices et les travaux, et marchait à sa tête quand on allait au combat. Il avait comme insigne de son autorité un casque à cimier et une branche de vigne qui lui servait à châtier ceux de ses hommes qui enfreignaient les règles de la discipline. Sa paie était double de celle des soldats.
Seigneur ! mon serviteur est couché et malade de paralysie dans ma maison, et il souffre extrêmement.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il y a une paralysie imparfaite qui consiste dans la privation ou du mouvement seul, ou du sentiment seul. C’est ce qu’ont reconnu tous les médecins tant anciens que modernes. Ainsi le paralytique, dont il est ici question, a pu souffrir extrêmement, même dans les parties paralysées, puisqu’il suffisait que les nerfs moteurs furent seuls affectés, tandis que les nerfs sensitifs étaient entièrement libres et pouvaient, par là même, servir d’instruments à la douleur.
Jésus lui dit : J’irai, et je le guérirai.
Mais le centenier lui répondit : Seigneur ! je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ; mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Luc, 7, 6.
Car quoique je ne sois moi-même qu’un homme soumis à la puissance d’un autre, ayant néanmoins des soldats sous moi, je dis à l’un, Allez là, et il y va ; et à l’autre, Venez ici, et il y vient ; et à mon serviteur, Faites cela, et il le fait.
Jésus entendant ces paroles, en fut dans l’admiration, et dit à ceux qui le suivaient : Je vous le dis en vérité, je n’ai point trouvé une si grande foi dans Israël même.
Aussi je vous déclare, que plusieurs viendront d’Orient et d’Occident, et auront place au festin dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Malachie, 1, 11.
mais que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : c’est là qu’il y aura des pleurs, et des grincements de dents.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les ténèbres extérieures désignent l’enfer. Jésus-Christ continue l’allégorie d’un festin. Or dans les festins, la salle était toujours bien éclairée ; de sorte que ceux qui en étaient expulsés se trouvaient dans les ténèbres, pleurant et grinçant des dents de dépit et de rage.
Alors Jésus dit au centenier : Allez, et qu’il vous soit fait selon que vous aurez cru. Et son serviteur fut guéri à la même heure.
Jésus étant venu en la maison de Pierre, vit sa belle-mère qui était au lit, et qui avait la fièvre ;
et lui ayant touché la main, la fièvre la quitta : elle se leva aussitôt, et elle les servait.
Sur le soir on lui présenta plusieurs possédés, et il en chassa les malins esprits par sa parole, et guérit tous ceux qui étaient malades :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 1, 32. ― On a voulu expliquer les possessions dont il est parlé dans les évangélistes par de simples maladies ou par un dérèglement de l’imagination, ou par des possessions purement spirituelles, ou enfin par le seul emportement des passions. Mais les termes dont se sont servis les écrivains sacrés et Jésus-Christ lui-même sont trop clairs et trop explicites pour qu’on puisse les entendre autrement que l’Eglise les a toujours entendus, c’est-à-dire des possessions dans les lesquelles le démon agit sur les corps.
afin que cette parole du prophète Isaïe fût accomplie : Il a pris lui-même nos infirmités, et il s’est charge de nos maladies.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 53, 4 ; 1 Pierre, 2, 24.
Or, Jésus se voyant environné d’une grande foule de peuple, ordonna à ses disciples de le passer à l’autre bord du lac.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De la mer de Galilée.
Alors un scribe, ou docteur de la loi, s’approchant, lui dit : Maître ! je vous suivrai en quelque lieu que vous alliez.
Et Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Luc, 9, 58.
Un autre de ses disciples lui dit : Seigneur ! permettez-moi d’aller ensevelir mon père avant que je vous suive.
Mais Jésus lui dit : Suivez-moi, et laissez aux morts le soin d’ensevelir leurs morts.
Il entra ensuite dans la barque, accompagné de ses disciples :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 4, 36 ; Luc, 8, 22.
et aussitôt il s’éleva sur la mer une si grande tempête, que la barque était couverte de flots ; et lui cependant dormait.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
« Il n’y a de tempête sur la mer de Tibériade que par les vents d’ouest. Venant de la côte de Capharnaüm, ils devaient chasser la barque avec violence et l’empêcher d’aborder. » (J.-H. MICHON.)
Alors ses disciples s’approchèrent de lui, et l’éveillèrent, en lui disant ; Seigneur ! sauvez-nous, nous périssons.
Jésus leur répondit : Pourquoi êtes-vous timides, hommes de peu de foi ? Et se levant en même temps, il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme.
Alors ceux qui étaient présents furent dans l’admiration, et ils disaient : Quel est celui-ci, à qui les vents et la mer obéissent ?
Jésus étant arrivé à l’autre bord au pays des Géraséniens, deux possédés qui étaient si furieux que personne n’osait passer par ce chemin-là, sortirent des sépulcres, et vinrent au-devant de lui ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 5, 1 ; Luc, 8, 26. ― Voir Matthieu, note 8.16 sur les possessions. ― Gérasa (le texte grec porte : Gergésa) était situé, d’après l’opinion commune, à l’endroit où sont aujourd’hui les ruines informes de Khersa sur la rive gauche de l’ouadi es-Semak, qui se jette dans le lac de Génésareth à l’est. Là entre l’ouadi es-Semak et l’ouadi Fik, vis-à-vis de la ville de Tibériade, cessent les collines et commence la plaine qui s’étend au nord sur la rive orientale du lac. Les ruines de Khersa sont entourées d’un mur. Un peu au sud, en un seul endroit, sont des rochers très escarpés qui s’avancent en pointe dans la mer de Galilée et c’est de là que les porcs poussés par les démons durent se précipiter dans les flots. Partout ailleurs il y a une bande de terre cultivable entre les montagnes et le lac. ― Sortant des sépulcres. Les tombeaux chez les Juifs pouvaient servir d’habitation. C’étaient des cavernes ou des excavations artificielles au milieu des jardins ou des champs ou dans les flancs des montagnes. Ils étaient souvent assez vastes, renfermant des cours avec des chambres souterraines, disposées le long de corridors et remplies de niches où l’on plaçait des cadavres ; on fermait ensuite la niche avec une pierre. Sur plusieurs de ces tombeaux on élevait des édicules. Les démoniaques dont parle saint Matthieu pouvaient habiter dans l’un de ces édicules ou dans les corridors du tombeau.
ils se mirent en même temps à crier, et à lui dire : Jésus, fils de Dieu ! qu’y a-t-il entre vous et nous ? Etes-vous venu ici pour nous tourmenter avant le temps ?
Or il y avait en un lieu peu éloigné d’eux un grand troupeau de pourceaux qui paissaient ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 5, 11 ; Luc, 8, 32.
et les démons le priaient, en lui disant : Si vous nous chassez d’ici, envoyez-nous dans ce troupeau de pourceaux.
Il leur répondit : Allez. Et étant sortis ils entrèrent dans ces pourceaux : en même temps tout ce troupeau courut avec impétuosité se précipiter dans la mer, et ils moururent dans les eaux.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le troupeau tout entier se précipita dans la mer. Voir Matthieu, note 21.19.
Alors ceux qui les gardaient s’enfuirent ; et étant venus à la ville, ils racontèrent tout ceci, et ce qui était arrivé aux possédés.
Aussitôt toute la ville sortit pour aller au-devant de Jésus ; et l’ayant vu, ils le supplièrent de se retirer de leur pays.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 5, 17 ; Luc, 8, 37.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 1, 40 ; Luc, 5, 12. ― Un lépreux. La lèpre, maladie de la peau qui peut être très grave et faire tomber tout le corps en pourriture, était commune en Palestine. Elle rendait impur aux yeux de la loi celui qui en était atteint.