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Matthieu 6

PRENEZ, garde de ne faire pas vos bonnes œuvres devant les hommes pour en être regardés : autrement vous n’en recevrez point la récompense de votre Père qui est dans les cieux.

Lors donc que vous donnerez l’aumône, ne faites point sonner la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, pour être honorés des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense.

Mais lorsque vous faites l’aumône, que votre main gauche ne sache point ce que fait votre main droite ;

afin que votre aumône soit dans le secret : et votre Père qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense.

De même lorsque vous priez, ne ressemblez pas aux hypocrites, qui affectent de prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les Juifs priaient ordinairement debout ; mais cet usage n’était point général, tantôt ils se tenaient à genoux, et tantôt ils se prosternaient le visage contre terre.

Mais vous, lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre, et la porte en étant fermée, priez votre Père dans le secret ; et votre Père qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Jésus-Christ ne défend point ici les prières publiques qui se font dans les assemblées des fidèles, puisqu’il nous dit lui-même qu’il se trouve au milieu de deux ou trois personnes rassemblées pour prier en son nom ; mais il veut que dans les prières particulières et de simple dévotion chacun se retire dans le secret pour prier avec plus de recueillement et pour éviter l’ostentation. Il ne condamne pas non plus d’une manière absolue les longues prières, puisque lui-même a passé quelquefois les nuits à prier ; il s’élève seulement contre l’abus qu’en faisaient les Juifs à l’imitation des païens, qui croyaient se rendre plus aisément leurs dieux propices lorsqu’ils parlaient beaucoup en priant.

N’affectez pas de parler beaucoup dans vos prières, comme font les païens qui s’imaginent que c’est par la multitude des paroles qu’ils méritent d’être exaucés.

Ne vous rendez donc pas semblables à eux ; parce que votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez.

Vous prierez donc de cette manière : Notre Père, qui êtes dans les cieux ! que votre nom soit sanctifié !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 11, 2. ― « Notre Père. Dès ce premier mot de l’oraison dominicale le cœur se fond en amour. Dieu veut être notre Père par une adoption particulière. Il a un Fils unique qui lui est égal, en qui il a mis sa complaisance ; il adopte les pécheurs. Les hommes n’adoptent des enfants que lorsqu’ils n’en ont point ; Dieu qui avait un tel Fils, nous adopte encore. L’adoption est un effet de l’amour ; car on choisit celui qu’on adopte ; la nature donne les autres enfants, l’amour seul fait les adoptifs. Dieu qui aime son Fils unique de tout son amour, et jusqu’à l’infini, étend sur nous l’amour qu’il a pour lui. ― Notre Père qui êtes dans les cieux. Vous êtes partout, mais vous êtes dans les cieux comme dans le lieu où vous rassemblez vos enfants, où vous vous montrez à eux, où vous leur manifestez votre gloire, où vous leur avez assigné leur héritage. » (BOSSUET.)

Que votre règne arrive ! Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel !

Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

« Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour. C’est ici le vrai discours d’un enfant qui demande en confiance à son père tous ses besoins jusqu’aux moindres. O notre Père, vous nous avez donné un corps mortel ; vous ne l’avez pas fait tel d’abord ; mais nous vous avons désobéi, et la mort est devenue notre partage. Le corps infirme et mortel a besoin tous les jours de nourriture ; ou il tombe en défaillance, ou il périt. Donnez-la nous simple, donnez-la nous autant qu’elle est nécessaire. Que nous apprenions en la demandant que c’est vous qui la donnez, de jour à jour. Vous donnez à vos enfants, à vos serviteurs, à vos soldats, si on veut qu’ils combattent sous vos étendards, vous leur donnez chaque jour leur pain. Que nous le demandions avec confiance ; que nous le recevions comme de votre main avec action de grâce ! » (BOSSUET.)

Et remettez-nous nos dettes, comme nous remettons nous-mêmes à ceux qui nous doivent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

« Pardonnez-nous comme nous pardonnons. C’est une chose admirable comment Dieu fait dépendre le pardon que nous attendons de lui, de celui qu’il nous ordonne d’accorder à ceux qui nous ont offensés. Non content d’avoir partout inculqué cette obligation, il nous la met à nous-mêmes à la bouche dans la prière journalière, afin que si nous manquions à pardonner, il nous dise comme à ce mauvais serviteur : Je te juge par ta propre bouche, mauvais serviteur. Tu m’as demandé pardon, à condition de pardonner ; tu as prononcé ta sentence, lorsque tu as refusé de pardonner à ton frère. Va-t’en au lieu malheureux où il n’y a plus ni pardon ni miséricorde. » (BOSSUET.)

Et ne nous abandonnez point à la tentation ; mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

« Ne nous induisez point en tentation. On ne prie par seulement pour s’empêcher de succomber à la tentation, mais pour la prévenir, conformément à cette parole : Veillez et priez, de peur que vous n’entriez en tentation. Non seulement de peur que vous n’y succombiez, mais de peur que vous n’y entriez. Il faut entendre par ces paroles la nécessité de prier en tout temps, et quand le besoin presse, et avant qu’il ne presse. N’attendez pas la tentation ; car alors le trouble et l’agitation de l’esprit vous empêcheront de prier. Priez avant la tentation et prévenez l’ennemi. ― Délivrez-nous du mal. L’Eglise explique : Délivrez-nous de tout mal passé, présent et à venir. Le mal passé, mais qui laisse de mauvais restes, c’est le péché commis ; le mal présent, c’est le péché où nous sommes encore ; le mal à venir, c’est le péché que nous avons à craindre. Tous les autres maux ne sont rien qu’autant qu’ils nous portent au péché par le murmure et l’impatience. C’est principalement en cette vue que nous demandons d’être délivrés des autres maux. Délivrez-nous du mal. Délivrez-nous du péché et de toutes les suites du péché, par conséquent de la maladie, de la douleur, de la mort ; afin que nous soyons parfaitement libres. Alors aussi nous serons souverainement heureux. » (BOSSUET.)

Car si vous pardonnez aux hommes les fautes qu’ils font contre vous, votre Père céleste vous pardonnera aussi vos péchés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Ecclésiastique, 28, 2-5 ; Matthieu, 18, 35 ; Marc, 11, 25.

Mais si vous ne pardonnez point aux hommes leurs fautes, votre Père ne vous pardonnera point non plus vos péchés.

Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme les hypocrites : car ils affectent de paraître avec un visage défiguré, afin que les hommes connaissent qu’ils jeûnent. Je vous dis en vérité, qu’ils ont reçu leur récompense.

Mais vous, lorsque vous jeûnez, parfumez votre tête, et lavez votre visage :

afin de ne pas faire paraître aux hommes que vous jeûnez, mais à votre Père qui est présent à ce qu’il y a de plus secret : et votre Père qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense.

Ne vous faites point de trésors dans la terre, où la rouille et les vers les mangent, et où les voleurs les déterrent et les dérobent.

Mais faites-vous des trésors dans le ciel, où ni la rouille ni les vers ne les mangent point, et où il n’y a point de voleurs qui les déterrent et qui les dérobent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 12, 33 ; 1 Timothée, 6, 19.

Car où est votre trésor, là est aussi votre cœur.

Votre œil est la lampe de votre corps : si votre œil est simple, tout votre corps sera lumineux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 11, 34.

Mais si votre œil est mauvais, tout votre corps sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en vous n’est que ténèbres, combien seront grandes les ténèbres mêmes !

Nul ne peut servir deux maîtres : car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il se soumettra à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et les richesses.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 16, 13. ― Jésus-Christ ne défend pas absolument aux chrétiens d’avoir des biens temporels, mais seulement d’y attacher leurs cœurs et d’en être les esclaves.

C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi manger pour le soutien de votre vie, ni d’où vous aurez des vêtements pour couvrir votre corps : la vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 54, 23 ; Luc, 12, 22 ; Philippiens, 4, 6 ; 1 Timothée, 6, 7 ; 1 Pierre, 5, 7.

Considérez les oiseaux du ciel : ils ne sèment point, ils ne moissonnent point, et ils n’amassent rien dans des greniers ; mais votre Père céleste les nourrit : n’êtes-vous pas beaucoup plus qu’eux ?

Et qui est celui d’entre vous qui puisse avec tous ses soins ajouter à sa taille la hauteur d’une coudée ?

Pourquoi aussi vous inquiétez-vous pour le vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent point, ils ne filent point :

et cependant je vous déclare que Salomon même dans toute sa gloire n’a jamais été vêtu comme l’un d’eux.

Si donc Dieu a soin de vêtir de cette sorte une herbe des champs, qui est aujourd’hui, et qui sera demain jetée dans le four ; combien aura-t-il plus de soin de vous vêtir, ô hommes de peu de foi !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Est jetée dans le four. Comme le bois est rare dans plusieurs parties de la Palestine, on se sert d’herbes sèches pour faire cuire le pain.

Ne vous inquiétez donc point, en disant, Que mangerons-nous ? ou, Que boirons-nous ? ou, De quoi nous vêtirons-nous ?

comme font les païens qui recherchent toutes ces choses : car votre Père sait que vous en avez besoin.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les païens qui n’avaient point d’espérance solide, mettaient toute leur confiance dans leur travail et dans leur industrie. Un chrétien doit travailler de manière à attendre tout de la main et de la bénédiction de Dieu.

Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.

C’est pourquoi ne soyez point en inquiétude pour le lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même : à chaque jour suffit son mal.