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Matthieu 26
JÉSUS ayant achevé tous ces discours, dit à ses disciples :
Vous savez que la pâque se fera dans deux jours ; et le Fils de l’homme sera livré pour être crucifié.
Au même temps les princes des prêtres et les anciens du peuple s’assemblèrent dans la cour du grand prêtre, appelé Caïphe ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les princes des prêtres, les chefs des vingt-quatre familles sacerdotales. ― Les anciens du peuple, les membres du sanhédrin. ― Du grand prêtre appelé Caïphe. Caïphe, qu’on appelait aussi Joseph, fut nommé grand prêtre par le procurateur romain Valérius Gratus vers l’an 27 ou 28 de notre ère, à la place de Simon, fils de Camith. Il conserva ses fonctions pendant toute l’administration de Pilate, mais il fut déposé en l’an 36 ou 37 par le proconsul Vitellius et remplacé par Jonathan, fils du pontife Ananus ou Anne.
et tinrent conseil ensemble pour trouver moyen de se saisir adroitement de Jésus, et de le faire mourir.
Et ils disaient : Il ne faut point que ce soit pendant la fête, de peur qu’il ne s’excite quelque tumulte parmi le peuple.
Or, Jésus étant à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Simon le lépreux ; c’est-à-dire qui avait été lépreux. ― « Le repas décrit par saint Jean, 12, 2, est-il différent de celui qui eut lieu chez Simon le lépreux, voir Matthieu, 26, 6, et de celui que décrit saint Luc, 7, 36 ? ― Il est probable que le repas décrit par saint Jean est le même que saint Matthieu nous dit avoir eu lieu chez Simon. Les deux Evangélistes placent la scène à Béthanie ; les récits présentent les mêmes circonstances et se rapportent à la même époque. Le Sauveur revint dans ce bourg six jours avant Pâques, comme le dit saint Jean, le samedi soir par conséquent, un peu avant le repas, ou le vendredi, si l’on compte les six jours à partir du jeudi soir où la fête commençait. Si saint Matthieu parle de deux jours avant Pâques, quelques versets plus haut, c’est à propos d’un autre fait, de la résolution prise par le Sanhédrin de faire mourir Jésus ; et cette anticipation n’empêche pas qu’il ne dérive ensuite très naturellement ce repas de Béthanie, qui a fourni à Judas l’occasion de quitter son Maître et de le vendre aux Juifs. Que Lazare et ses sœurs assistent à ce repas, ce n’est pas une preuve qu’il eut lieu chez eux. Celui qui l’offrait ne pouvait-il pas être de leurs parents ou de leurs amis ? C’est même probablement parce qu’on n’était pas chez eux que saint Jean crut devoir signaler leur présence et surtout le zèle de Marthe à servir les convives. Ici comme ailleurs, le dernier évangile complète les précédents, en ajoutant à leur récit de nouveaux traits. Saint Matthieu et saint Marc disent : une femme ; saint Jean dit : Marie, sœur de Lazare. Ils parlent de l’onction de la tête seulement ; lui signale l’onction des pieds.
une femme vint à lui avec un vase d’albâtre, plein d’une huile de parfum de grand prix, qu’elle lui répandit sur la tête lorsqu’il était à table.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 8 ; Jean, 11, 2 ; 12, 3. ― « Une femme ayant un vase d’albâtre. On croit que c’est Marie Madeleine. Le sentiment commun est qu’il n’y a point de distinction à faire entre la pécheresse de saint Luc, Marie-Madeleine, délivrée de sept démons, Marie, sœur de Marthe, et Marie de Béthanie. Ce sentiment paraît bien fondé. En effet : 1° Tel est l’avis des docteurs et des Pères les plus anciens, celui que l’Eglise romaine a toujours suivi dans sa liturgie. S’il s’agissait, dans ces passages, de personnes différentes, serait-il possible que les Apôtres n’en eussent pas instruit les premiers fidèles ou qu’il se fût établi dès les premiers temps une tradition opposée à leur enseignement ? ― 2° Lorsqu’on lit simplement l’Evangile, l’idée de ces distinctions ne s’offre pas à l’esprit. ― Après avoir rapporté la conversion de la pécheresse chez Simon, saint Luc parle aussitôt de plusieurs femmes qui avaient été guéries ou délivrées du démon par le Sauveur, et qui l’assistaient de leurs biens : or, la première de toutes est Marie, surnommée Madeleine. ― Quand saint Jean parle de Marie, sœur de Lazare et de Marthe, il ajoute, pour la faire connaître, que c’est la personne qui a essuyé de ses cheveux les pieds du Sauveur. A qui peut-on penser, sinon à la pécheresse qu’on sait avoir fait à Naïm cet acte d’humilité et de religion ? ― On ne peut pas la méconnaître davantage chez Simon où cette action est renouvelée, ni aux pieds du Sauveur, à la maison de Marthe, ni au pied de la croix, ni au tombeau où elle paraît sous le nom de Marie-Madeleine. Si ce n’était pas là, en effet, Marie de Béthanie, comment s’expliquer son absence, l’absence de la sœur de Lazare, en pareille circonstance ? D’ailleurs, ce sont les mêmes habitudes qui se manifestent partout, et l’identité du caractère indique l’identité de la personne. Mais si Marie de Béthanie est Marie-Madeleine, délivrée de sept démons, peut-on douter que ce ne soit la pécheresse de Naïm, celle qui a témoigné à Notre-Seigneur tant de repentir et tant d’amour ? ― 3° On ne peut opposer à ce sentiment aucune difficulté réelle. ― Une même personne ne peut-elle pas s’être trouvée en Galilée, chez Simon le pharisien, avoir possédé un bien à Magdala, et être venue chez sa sœur à Béthanie ? ― Il est des esprits qui répugnent à croire que le Sauveur ait témoigné tant de bonté à une pécheresse, même après sa conversion. Mais n’a-t-il pas dit lui-même à Simon ce qu’on doit penser d’un tel sentiment ? N’est-ce pas pour les pécheurs qu’il est venu sur la terre et ne voulait-il pas qu’on connût ses dispositions ? Ce qu’il a fait pour Madeleine, ne l’a-t-il pas fait pour la Samaritaine et pour une infinité d’autres ? N’était-ce pas un présage, une figure de la grâce qu’il destinait à toute la gentilité ? Ne l’a-t-il pas aussi convertie ? Ne l’a-t-il pas régénérée, honorée du nom d’épouse et mise à la place de la synagogue infidèle ? ― Enfin, si Marie, sœur de Marthe, n’était pas Marie-Madeleine, ne faudrait-il pas dire que l’Eglise est loin de remplir les intentions du Sauveur, qu’elle ne comprend même pas la prédiction qu’il a faite au repas de Béthanie, puisqu’elle attribue à sainte Madeleine et qu’elle honore particulièrement en sa personne l’acte de religion qu’il a signalé en Marie comme devant être pour elle la source de tant de gloire ? ― Le caractère de Madeleine contraste admirablement avec celui de Judas à Béthanie, comme il contraste avec celui de Simon à Naïm. » (L. BACUEZ.) ― Un vase d’albâtre. On a trouvé de nombreux échantillons de ces vases à parfums dans des tombeaux. Ceux qui ont été découverts dans les tombeaux des rois de Sidon, en Phénicie, et qui remontent à une époque un peu antérieure à Notre-Seigneur, sont tous en albâtre égyptien ; ils ont la forme d’une poire ; leur hauteur est de 25 centimètres ; l’orifice a 3 centimètres ; l’épaisseur n’est guère que d’un centimètre. Ces vases faits au tour, sont donc très fragiles.
Ce que ses disciples voyant, ils s’en fâchèrent, et dirent : À quoi bon cette perte ?
Car on aurait pu vendre ce parfum bien cher, et en donner l’argent aux pauvres.
Mais Jésus sachant ce qu’ils disaient, leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? Ce qu’elle vient de faire envers moi est une bonne œuvre.
Car vous aurez toujours des pauvres parmi vous ; mais pour moi, vous ne m’aurez pas toujours.
Et lorsqu’elle a répandu ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour m’ensevelir par avance.
Je vous le dis en vérité, partout où sera prêché cet Évangile, c’est-à-dire, dans tout le monde, on racontera à la louange de cette femme ce qu’elle vient de faire.
Alors un des douze, appelé Judas Iscariote, alla trouver les princes des prêtres,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 10 ; Luc, 22, 4.
et leur dit : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ? Et ils convinrent de lui donner trente pièces d’argent.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Trente pièces d’argent ; c’est-à-dire trente sicles, qui font environ quarante-huit francs de notre monnaie (en 1900) ; c’était le prix ordinaire d’un esclave. Voir Exode, 21, 32.
Depuis ce temps-là il cherchait une occasion favorable pour le livrer entre leurs mains.
Or, le premier jour des azymes, les : disciples vinrent trouver Jésus, et lui dirent : Où voulez-vous que nous vous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 12 ; Luc, 22, 9. ― Les azymes ; c’est-à-dire la fête des pains sans levain. ― La pâque ; l’agneau pascal.
Jésus leur répondit : Allez dans la ville chez un tel, et lui dites : Le Maître vous envoie dire : Mon temps est proche ; je viens faire la pâque chez vous avec mes disciples.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je veux faire chez toi la pâque. Dans le cénacle. Voir sur le cénacle, Marc, 14, 15.
Les disciples firent ce que Jésus leur avait commandé, et préparèrent ce qu’il fallait pour la pâque.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils préparèrent la pâque, l’agneau pascal et tout ce qui était nécessaire pour le manger selon les rites. Voir Exode, 12, 3-20.
Le soir étant donc venu, il se mit à table avec ses douze disciples.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 17 ; Luc, 22, 14.
Et lorsqu’ils mangeaient, il leur dit : Je vous dis en vérité, que l’un de vous me trahira.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 13, 21.
Ce qui leur ayant causé une grande tristesse, chacun d’eux commença à lui dire : Serait-ce moi, Seigneur ?
Il leur répondit : Celui qui met la main au plat avec moi, est celui qui me trahira.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans le plat, en grec, trublion, plat très grand. En Orient, les assiettes sont inconnues ; chacun prend immédiatement dans le plat, à mesure qu’il mange, chacun de ses morceaux, en se servant de son pain en guise de cuiller et de fourchette. Tous les Apôtres mettaient donc la main dans le plat avec le Sauveur, et ces paroles ne désignaient pas le traître mais signifiaient seulement : C’est un de ceux qui mangent ici avec moi qui me trahira.
Pour ce qui est du Fils de l’homme, il s’en va selon ce qui a été écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme sera trahi ! il vaudrait mieux pour lui qu’il ne fût jamais né.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Psaumes, 40, 10.
Judas, qui fut celui qui le trahit, prenant la parole, lui dit : Maître ! est-ce moi ? Jésus lui répondit : Vous l’avez dit.
Or, pendant qu’ils soupaient, Jésus prit du pain ; et l’ayant bénit il le rompit, et le donna à ses disciples, en disant : Prenez, et mangez : ceci est mon corps.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 1 Corinthiens, 11, 24. ― Ceci est mon corps. Jésus ne dit pas : Ceci est la figure de mon corps ; ni : Dans ceci ou avec ceci est mon corps ; mais absolument : Ceci est mon corps, ce qui implique clairement la transsubstantiation.
Et prenant le calice, il rendit grâces, et le leur donna, en disant : Buvez-en tous :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Buvez-en tous. Cela fut dit aux douze apôtres, qui tous étaient alors présents ; mais il ne s’ensuit nullement qu’il soit ordonné à tous les fidèles de boire de ce calice, pas plus qu’il ne leur est ordonné de consacrer, d’offrir et d’administrer ce sacrement, parce que Jésus-Christ, dans le même moment, commanda à ses apôtres de faire cela, selon ces paroles de saint Luc (voir Luc, 22, 19) : Faites ceci en mémoire de moi.
car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le sang du nouveau testament. Comme l’ancien testament était consacré avec le sang des victimes (voir Exode, 24, 8) par ces paroles : Ceci est le sang du testament (voir Hébreux, 9, 20), de même se trouve ici la consécration et l’institution du nouveau testament dans le sang de Jésus-Christ, répandu d’une manière mystique par ces paroles : Ceci est le sang du nouveau Testament. ― Pour un grand nombre. Voir Matthieu, 20, 28.
Or je vous dis, que je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce jour auquel je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père.
Et ayant chanté le cantique d’action de grâces, ils s’en allèrent à la montagne des Oliviers.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et l’hymne dit ; c’est-à-dire, selon les uns, après le chant des Psaumes 112 à 117, consacrés dans les rituels des Juifs, pour la cène pascale ; ou, selon d’autres, après le chant du cantique composé par le Sauveur lui-même pour la circonstance. ― Comme Jésus-Christ et les Apôtres suivaient ordinairement les coutumes juives, l’opinion des premiers est la plus probable. « La nuit pascale, les Juifs avaient coutume de chanter deux hymnes eucharistiques, appelés Hallel, l’un qui commence par Halleluia et qui se compose des Psaumes 112 à 117 ; l’autre qu’on appelle grand, parce qu’on y dit vingt-six fois : Car sa miséricorde est à jamais (voir, Psaumes, 136, 1 en hébreu ; 135, 1 dans la Vulgate) qui se compose du Psaume 136. On divise le Hallel en deux parties : les Psaumes 112 et 113 avant de se mettre à table, le reste à la fin de la Cène pascale. » (H.-J. MICHON.)
Alors Jésus leur dit : Je vous serai à tous cette nuit une occasion de scandale : car il est écrit : Je frapperai le Pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 27 ; Jean, 16, 32 ; Zacharie, 13, 7.
Mais après que je serai ressuscité, j’irai avant vous en Galilée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 28 ; 16, 7.
Pierre lui répondit : Quand vous seriez pour tous les autres un sujet de scandale, vous ne le serez jamais pour moi.
Jésus lui repartit : Je vous dis en vérité, qu’en cette même nuit, avant que le coq chante, vous me renoncerez trois fois.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 30 ; Jean, 13, 38.
Mais Pierre lui dit : Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renoncerai point. Et tous les autres disciples dirent aussi la même chose.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 31 ; Luc, 22, 33.
Alors Jésus arriva avec eux en un lieu appelé Gethsémani ; et il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici, pendant que je m’en irai là pour prier.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Gethsémani. « Au bord même et presque à la naissance du torrent de Cédron, à l’est de Jérusalem, est Gethsémani ou le jardin des Oliviers. On y voit la grotte où Notre-Seigneur répandit une sueur de sang. Cette grotte est irrégulière, profonde et haute, et divisée en deux cavités qui communiquent par une espèce de portique souterrain ; on y a pratiqué des autels. Le jardin même est entouré d’un petit mur de pierres sans ciment, et huit oliviers espacés de trente à quarante pas les uns des autres le couvrent presque tout entier de leur ombre. Ces oliviers sont au nombre des plus grands arbres que j’ai jamais rencontrés, dit Lamartine ; la tradition fait remonter leurs années jusqu’à la date mémorable de l’agonie de l’Homme-Dieu qui les choisit pour cacher ses divines angoisses. [L’olivier est pour ainsi dire immortel, a observé Châteaubriand, parce qu’il renaît de sa souche.] Leur aspect confirmerait au besoin la tradition qui les vénère ; leurs immenses racines, comme les accroissements séculaires, ont soulevé la terre et les pierres qui les recouvraient, et, s’élevant de plusieurs pieds au-dessus du niveau du sol, présentent au pèlerin des sièges naturels, où il peut s’agenouiller ou s’asseoir pour recueillir les saintes pensées qui descendent de leurs cimes silencieuses. Un tronc noueux, cannelé, creusé par la vieillesse comme par des rides profondes, s’élève en large colonne sur ces groupes de racines, et, comme accablé et penché par le poids des jours, s’incline à droite ou à gauche et laisse pendre ses vastes rameaux entrelacés, que la hache a cent fois retranchés pour les rajeunir. Ces rameaux, vieux et lourds, qui s’inclinent sur le tronc, en portent d’autres plus jeunes, qui s’élèvent un peu vers le ciel, et d’où s’échappent quelques tiges d’une ou deux années, couronnées de quelques touffes de feuilles et noircies de quelques petites olives bleues, qui tombent, comme des reliques célestes, sur les pieds du voyageur chrétien. » (LAMARTINE.)
Et ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à s’attrister, et à être dans une grande affliction.
Alors il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort : demeurez ici, et veillez avec moi.
Et s’en allant un peu plus loin, il se prosterna le visage contre terre, priant, et disant : Mon Père ! s’il est possible, faites que ce calice s’éloigne de moi : néanmoins qu’il en soit, non comme je le veux, mais comme vous le voulez.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Nous avons copié Bossuet, afin d’imiter le plus possible l’admirable concision du texte sacré, qui porte à la lettre : Toutefois, non comme je veux, mais comme vous voulez.
Il vint ensuite vers ses disciples, et les ayant trouvés endormis, il dit à Pierre : Quoi ! vous n’avez pu veiller une heure avec moi ?
Veillez et priez, afin que vous ne tombiez point dans la tentation ; l’esprit est prompt, mais la chair est faible.
Il s’en alla encore prier une seconde fois, en disant : Mon Père ! si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite.
Il retourna ensuite vers eux, et les trouva encore endormis, parce que leurs yeux étaient appesantis de sommeil.
Et les quittant, il s’en alla encore prier pour la troisième fois, disant les mêmes paroles.
Après, il vint trouver ses disciples, et leur dit : Dormez maintenant, et vous reposez ! voici l’heure qui est proche, et le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dormez maintenant, etc. Ces paroles se prennent généralement dans un sens ironique. Ce n’est pas une permission que le Sauveur donne à ses apôtres, mais un reproche qu’il leur fait de ce qu’ils se mettaient si peu en peine de l’approche du péril qu’il leur avait annoncé.
Levez-vous, allons : celui qui doit me trahir est près d’ici.
Il n’avait pas encore achevé ces mots, que Judas, un des douze, arriva, et avec lui une grande troupe de gens armés d’épées et de bâtons, qui avaient été envoyés par les princes des prêtres, et par les anciens du peuple.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 43 ; Luc, 22, 47 ; Jean, 18, 3. ― Les princes des prêtres. Voir Matthieu, note 2.4. ― Les anciens du peuple. Voir Matthieu, note 16.21.
Or celui qui le trahissait leur avait donné un signal pour le connaître, en leur disant : Celui que je baiserai, c’est celui-là même que vous cherchez : saisissez-vous de lui.
Aussitôt donc il s’approcha de Jésus, et lui dit : Maître ! je vous salue. Et il le baisa.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Maître. Dans le texte latin Rabbi. Voir sur ce mot, Jean, note 1.38.
Jésus lui répondit : Mon ami, qu’êtes-vous venu faire ici ? Et en même temps tous les autres s’avançant, se jetèrent sur Jésus, et se saisirent de lui.
Alors un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main sur son épée, et la tirant, en frappa un des serviteurs du grand prêtre, et lui coupa une oreille.
Mais Jésus lui dit : Remettez votre épée en son lieu : car tous ceux qui prendront l’épée, périront par l’épée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 9, 6 ; Apocalypse, 13, 10. ― Périront par l’épée ; c’est-à-dire mériteront de périr par l’épée.
Croyez-vous que je ne puisse pas prier mon Père, et qu’il ne m’enverrait pas ici en même temps plus de douze légions d’anges ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans la milice romaine, la légion était composée de six mille hommes.
Comment donc s’accompliront les Écritures, qui déclarent que cela doit se faire ainsi ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 53, 10.
En même temps Jésus s’adressant à cette troupe, leur dit : Vous êtes venus ici armés d’épées et de bâtons pour me prendre, comme si j’étais un voleur : j’étais tous les jours assis au milieu de vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez point arrêté.
Mais tout cela s’est fait afin que ce que les prophètes ont écrit fût accompli. Alors les disciples l’abandonnant, s’enfuirent tous.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Lamentations de Jérémie, 4, 20 ; Marc, 14, 50.
Ces gens s’étant donc saisis de Jésus, l’emmenèrent chez Caïphe, qui était grand prêtre, où les scribes et les anciens étaient assemblés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Luc, 22, 54 ; Jean, 18, 24. ― Selon le récit plus ample de saint Jean (voir Jean, 18, verset 13 et suivants), ils le menèrent d’abord chez Anne, beau-père de Caïphe, et ensuite chez Caïphe. ― D’après la tradition, la maison de Caïphe, soit que ce fût sa propre maison, soit que ce fût celle des grands prêtres, était sur le mont Sion, dans la ville haute, à l’endroit où est aujourd’hui un petit couvent qui appartient aux Arméniens. Ce couvent occupe un emplacement triangulaire, en dehors de la porte actuelle qui porte le nom de Bab-es-Sioun ou Porte de Sion. On remarque au milieu une petite cour. C’est là, croit-on, que saint Pierre se trouvait pendant qu’on jugeait son maître et qu’il le renia trois fois. Nicéphore nous apprend que sainte Hélène avait bâti en ce lieu une église dédiée au Prince des Apôtres.
Or Pierre le suivait de loin jusqu’à la cour de la maison du grand prêtre ; et étant entré, il s’assit avec les gens pour voir la fin de tout ceci.
Cependant les princes des prêtres et tout le conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mourir :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Tout le conseil, le sanhédrin. Le sanhédrin, qui est souvent désigné dans les Evangiles par la périphrase : les princes des prêtres, les scribes et les anciens du peuple (voir Marc, 14, vv. 43, 53) parce que c’étaient là les membres qui le constituaient, était le conseil et le tribunal suprême des Juifs. Il était composé de soixante-douze membres ; le grand-prêtre en était le président ; les vingt-quatre chefs des familles sacerdotales ou princes des prêtres (voir Matthieu, 2, 4) y représentaient l’élément sacerdotal ; les scribes, la science juridique de la loi (voir Matthieu, 2, 4) ; les anciens du peuple, le reste d’Israël. Les Juifs faisaient remonter à Moïse l’origine du sanhédrin (voir Exode, 18, 17-26) ; mais on ne le voit constitué comme il l’était du temps de Notre-Seigneur qu’après la captivité. Même sous Pilate, le sanhédrin jugeait les causes graves, et il avait le droit de prononcer la peine de mort, à la condition que la sentence fût confirmée par le procurateur romain.
et ils n’en trouvèrent point qui fût suffisant, quoique plusieurs faux témoins se fussent présentés. Enfin il vint deux faux témoins,
qui dirent : Celui-ci a dit : Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois jours.
Alors le grand prêtre se levant, lui dit : Vous ne répondez rien à ce que ceux-ci déposent contre vous ?
Mais Jésus demeurait dans le silence. Et le grand prêtre lui dit : Je vous commande par le Dieu vivant, de nous dire, si vous êtes le Christ, le Fils de Dieu.
Jésus lui répondit : Vous l’avez dit : je le suis : mais je vous déclare que vous verrez un jour le Fils de l’homme assis à la droite de la majesté de Dieu, venir sur les nuées du ciel.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 16, 27 ; Romains, 14, 10 (?) ; 1 Thessaloniciens, 4, 15.
Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : Il a blasphémé : qu’avons-nous plus besoin de témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
En signe d’une grande douleur ou d’indignation, les Juifs déchiraient leurs vêtements.
que vous en semble ? Ils répondirent : Il a mérité la mort.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Selon la loi (voir Lévitique, 24, 16), les blasphémateurs devaient être punis de mort.
Alors on lui cracha au visage, et on le frappa à coups de poing ; et d’autres lui donnèrent des soufflets,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 50, 6 ; Marc, 14, 65. ― Et le déchirèrent à coups de poing. Voir Matthieu, 21, 35.
en disant : Christ ! prophétise-nous, et dis qui est celui qui t’a frappé.
Pierre cependant était au dehors, assis dans la cour ; et une servante s’approchant, lui dit : Vous étiez aussi avec Jésus de Galilée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Luc, 22, 56 ; Jean, 18, 17.
Mais il le nia devant tout le monde, en disant : Je ne sais ce que vous dites.
Et lorsqu’il sortait hors de la porte pour entrer dans le vestibule, une autre servante l’ayant vu, dit à ceux qui se trouvèrent là : Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth.
Pierre le nia une seconde fois, en disant avec serment : Je ne connais point cet homme.
Peu après, ceux qui étaient là s’avançant, dirent à Pierre : Certainement vous êtes aussi de ces gens-là : car votre langage vous fait assez connaître.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ton langage te décèle. Les Galiléens n’avaient pas le même accent que les habitants de Jérusalem et de la Judée. Le Talmud dit que leur langage était corrompu et qu’ils brouillaient les lettres les unes avec les autres : le b avec le f, etc.
Il se mit alors à faire des serments exécrables, et à dire en jurant, Qu’il n’avait aucune connaissance de cet homme : et aussitôt le coq chanta.
Et Pierre se ressouvint de la parole que Jésus lui avait dite : Avant que le coq chante, vous me renoncerez trois fois. Étant donc sorti dehors, il pleura amèrement.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et étant sorti, il pleura amèrement. Selon la tradition, saint Pierre alla pleurer son péché dans une grotte, transformée en tombeau et située sur le versant de la partie du mont Sion qui regarde la vallée du Cédron. On éleva dans la suite, au-dessus de cette grotte, une église que les anciens pèlerins nomment Gallicante ou le Chant du Coq.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 14, 1 ; Luc, 22, 1. ― La Pâque, la fête la plus solennelle des Juifs, se célébrait en mémoire de la délivrance du peuple juif de la servitude de l’Egypte, par la manducation de l’agneau pascal, figure de Notre-Seigneur, voir 1 Corinthiens, 5, 7. Elle se célébrait le 14 nisan (mars-avril) et durait sept jours.