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Matthieu 16
ALORS les pharisiens et les saducéens vinrent à lui pour le tenter, et ils le prièrent de leur faire voir quelque prodige dans le ciel.
Mais il leur répondit : Le soir vous dites : Il fera beau, parce que le ciel est rouge.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Luc, 12, 54.
Et le matin vous dites : Il y aura aujourd’hui de l’orage, parce que le ciel est sombre et rougeâtre.
Hypocrites ! vous savez donc reconnaître ce que présagent les diverses apparences du ciel ; ne pouvez-vous donc pas aussi discerner les signes des temps que Dieu a marqués ? Cette nation corrompue et adultère demande un prodige, et il ne lui en sera point donné d’autre que celui du prophète Jonas. Et les laissant, il s’en alla.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 12, 39 ; Jonas, 2, 1.
Or ses disciples étant passés au delà de l’eau, avaient oublié de prendre des pains.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
C’était la coutume de ces temps et de ce pays que les voyageurs portassent le pain dont ils pourraient avoir besoin.
Jésus leur dit : Ayez soin de vous garder du levain des pharisiens et des saducéens.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 8, 15 ; Luc, 12, 1.
Mais ils pensaient et disaient entre eux : C’est parce que nous n’avons point pris de pains.
Ce que Jésus connaissant, il leur dit : Hommes de peu de foi, pourquoi vous entretenez-vous ensemble de ce que vous n’avez point pris de pains ?
Ne comprenez-vous point encore, et ne vous souvient-il point que cinq pains ont suffi pour cinq mille hommes, et combien vous en avez remporté de paniers ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 14, 17 ; Jean, 6, 9.
et que sept pains ont suffi pour quatre mille hommes, et combien vous en avez remporté de corbeilles.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 15, 34.
Comment ne comprenez-vous point que ce n’est pas du pain que je vous parlais, lorsque je vous ai dit de vous garder du levain des pharisiens et des saducéens ?
Alors ils comprirent qu’il ne leur avait pas dit de se garder du levain qu’on met dans le pain, mais de la doctrine des pharisiens et des saducéens.
Jésus étant venu aux environs de Césarée de Philippe, interrogea ses disciples, et leur dit : Que disent les hommes touchant le Fils de l’homme ? Qui disent-ils que je suis ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 8, 27. ― Césarée de Philippe, au pied de l’Hermon, près d’une des sources du Jourdain, en Gaulonitide, s’appelait d’abord Panéas. Quand Philippe le tétrarque l’eut agrandie, il l’appela Césarée en l’honneur de Tibère César, et on y ajouta le nom même de Philippe pour le distinguer de la Césarée bâtie sur la Méditerranée, par Hérode le Grand, entre Joppé et Dora. Aujourd’hui Césarée de Philippe a repris son nom primitif sous la forme Bânias et compte environ 150 maisons.
Ils lui répondirent : Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste, les autres Élie, les autres Jérémie, ou quelqu’un des prophètes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 8, 28 ; Luc, 9, 19.
Jésus leur dit : Et vous autres, qui dites-vous que je suis ?
Simon-Pierre prenant la parole, lui dit : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 6, 70.
Jésus lui répondit : Vous êtes bienheureux, Simon, fils de Jean ; parce que ce n’est point la chair, ni le sang, qui vous ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans les cieux.
Et moi aussi, je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 1, 42. ― Dans le syro-chaldéen que l’on parlait au temps de Jésus-Christ, il n’y avait point de différence entre le nom propre Pierre, et le nom commun pierre ; c’est pourquoi, dans cette langue, l’allusion est plus naturelle. ― Les portes de l’enfer, c’est-à-dire le palais, le royaume de l’enfer, l’enfer lui-même. Comme partie principale d’un édifice, les portes sont mises pour le tout. On dit la Porte Ottomane pour le royaume ottoman. Remarquez aussi que l’enfer est souvent représenté dans l’Ecriture comme un palais ayant des portes et des verrous.
Et je vous donnerai les clefs du royaume des cieux : et tout ce que vous lierez sur la terre, sera aussi lié dans les cieux ; et tout ce que vous délierez sur la terre, sera aussi délié dans les cieux.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 22, 22 ; Jean, 20, 23. ― Les mots lier et délier sont synonymes d’ouvrir et de fermer ; parce qu’anciennement on ouvrait les portes en déliant la barre, et on les fermait en la liant. Les clefs sont le symbole de la puissance. Voir Jean, 21, 17.
En même temps il commanda à ses disciples de ne dire à personne, qu’il fût Jésus le Christ.
Dès lors Jésus commença à découvrir à ses disciples, qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem ; qu’il y souffrît beaucoup de la part des sénateurs, des scribes, et des princes des prêtres ; qu’il y fût mis à mort ; et qu’il ressuscitât le troisième jour.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De la part des anciens, des scribes et des princes des prêtres. Les anciens, titre de dignité, dont il est si souvent question dans les Evangiles, sont les membres du sanhédrin. Cette dénomination provient de ce que primitivement les chefs des villes et les juges étaient choisis parmi les vieillards. Dans plusieurs passages des Actes des Apôtres, 11, 30, etc., et dans les Epîtres, le mot d’anciens a un autre sens, comme il sera expliqué en son lieu. ― Sur les scribes et les princes des prêtres, voir Matthieu, note 2.4.
Et Pierre le prenant à part, commença à le reprendre, en lui disant : À Dieu ne plaise, Seigneur ! cela ne vous arrivera point.
Mais Jésus se retournant, dit à Pierre : Retirez-vous de moi, Satan ! vous m’êtes un sujet de scandale ; parce que vous n’avez point de goût pour les choses de Dieu, mais pour celles des hommes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 8, 33. ― Retire-toi, etc. C’est comme si le Sauveur disait : Ma volonté et celle de mon Père est que je meure pour le salut des hommes, et tu veux m’empêcher de souffrir ; tu mérites donc d’être appelé Satan, c’est-à-dire adversaire, contradicteur.
Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 10, 38 ; Luc, 9, 23 ; 14, 27.
Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra ; et celui qui perdra sa vie pour l’amour de moi, la retrouvera.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Luc, 17, 33 ; Jean, 12, 25. ― Car celui qui voudra sauver, etc. Comparer à Matthieu, 10, 39 (voir la note).
Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, et de perdre son âme ? ou par quel échange l’homme pourra-t-il racheter son âme après qu’il l’aura perdue ?
Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges ; et alors il rendra à chacun selon ses œuvres.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Actes des Apôtres, 17, 31 ; Romains, 2, 6.
Je vous le dis en vérité, il y en a quelques-uns de ceux qui sont ici, qui n’éprouveront point la mort, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir en son règne.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 16, 27-28 (inutile). ― Plusieurs Pères de l’Eglise croient que le Sauveur veut parler de sa transfiguration, rapportée dans le chapitre suivant ; l’expression quelques-uns de ceux qui sont ici donne à ce sentiment une probabilité. ― Néanmoins, à cause des nombreux passages parallèles, dans lesquels le texte ne peut s’entendre de la Transfiguration, comme le verset précédent (27) ou en Matthieu, 24, 30 et Luc, 21, 27, on peut donner avec d’autres interprètes l’explication suivante. Il faut d’abord faire remarquer que cette annonce est confirmée par les quatre évangélistes et la comparaison des textes permet d’éclaircir le sens. Au lieu de : Venant dans son royaume, saint Marc, 8, 39, dit : « Le Royaume de Dieu venant dans sa puissance ». Dans saint Matthieu, 10, 23, le Christ leur dit : « Vous n’aurez pas fini d’évangéliser toutes les villes d’Israël jusqu’à ce que vienne le Fils de l’homme. » Dans saint Jean, 21, 22, le Christ dit : « Je veux qu’il [saint Jean] demeure [vivant] jusqu’à ce que je vienne. » Saint Luc écrit pareillement : « Quelques-uns sont ici qui ne goûteront point la mort qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu » (voir Luc, 9, 27). Si Jésus annonce que l’évangélisation de toutes les villes d’Israël ne sera pas achevée (voir Matthieu, 10, 23), alors que pourtant viendra le Fils de l’homme « dans sa Puissance », ce royaume annoncé ne pouvait être le règne de Dieu dans les âmes (à peine commencé), comme le pense J.-H. MICHON. Qu’est-ce alors ? CRAMPON pense à la ruine de Jérusalem en l’an 70 et à l’établissement du christianisme tout en indiquant qu’il ne s’agit là que du premier acte, de la figure, de ce qui doit s’accomplir complètement à la fin des temps. « Pendant tout le premier siècle, il y eut au sein de l’Eglise cette croyance que Jésus allait paraître dans le monde, pour y établir son règne dorénavant triomphant et glorieux. » (MICHON) Mais pourquoi n’est-il pas arrivé au temps annoncé ? Nous en donnons une explication en Jean, note 21.22.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 8, 11.