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Matthieu 15
ALORS des scribes et des pharisiens qui étaient venus de Jérusalem, s’approchèrent de Jésus, et lui dirent :
Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des anciens ? car ils ne lavent point leurs mains lorsqu’ils prennent leurs repas.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 7, 5. ― Manger du pain ou manger le pain, dans la langue des Hébreux, signifie simplement prendre de la nourriture, faire un repas. ― La tradition des anciens, c’est-à-dire des ancêtres, désigne les préceptes pour la plupart rituels qui, d’après les Juifs d’alors, avaient été donnés oralement par Moïse et transmis oralement jusqu’à eux soit pour expliquer la loi, soit pour la compléter. Ils y attachaient la même importance qu’à la loi écrite. Le précepte de laver les mains avant de manger était une addition à la loi écrite. Dans saint Marc, 7, 7, Jésus appelle cette tradition la tradition des hommes, par opposition avec la véritable loi de Dieu.
Mais Jésus leur répondit : Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu pour suivre votre tradition ? Car Dieu a fait ce commandement,
Honorez votre père et votre mère ; et cet autre, Que celui qui dira des paroles outrageuses à son père ou à sa mère, soit puni de mort.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 20, 12 ; Deutéronome, 5, 16 ; Ephésiens, 6, 2 ; Exode, 21, 17 ; Lévitique, 20, 9 ; Proverbes, 20, 20. ― Mourra de mort ; c’est-à-dire il mourra infailliblement, il sera puni de mort sans rémission. Dans la Bible, comme dans les auteurs profanes, ce genre de répétition a pour but de donner de la force et de l’énergie au discours.
Mais, vous autres, vous dites : Quiconque aura dit à son père ou à sa mère, Tout don que je fais à Dieu vous est utile, satisfait à la loi,
encore qu’après cela il n’honore et n’assiste point son père ou sa mère. Et ainsi vous avez rendu inutile le commandement de Dieu par votre tradition.
Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit :
Ce peuple m’honore des lèvres ; mais son cœur est loin de moi :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 29, 13 ; Marc, 7, 6.
et c’est en vain qu’ils m’honorent, enseignant des maximes et des ordonnances humaines.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Jésus-Christ veut censurer ici les commandements contraires à la loi de Dieu, comme l’oubli et la négligence des parents, sous prétextes que l’on donne à Dieu, ou au moins ceux qui ne conduisent nullement à la vraie piété, comme le lavement fréquent des mains, sans égard à la pureté du cœur.
Puis ayant appelé le peuple, il leur dit : Écoutez, et comprenez bien ceci :
Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche, qui souille l’homme ; mais c’est ce qui sort de la bouche de l’homme, qui le souille.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
On abuse souvent de ces paroles pour autoriser la violation de l’abstinence prescrite par l’Eglise. Il est vrai que les viandes qui entrent dans le corps de l’homme ne peuvent souiller son âme ; mais le mépris des lois de l’Eglise établie par Jésus-Christ lui-même, la sensualité, voilà ce qui souille et rend coupable devant Dieu. C’est ainsi qu’Adam n’a pas été souillé par le fruit qui entra dans sa bouche, mais par sa désobéissance à la loi de Dieu.
Alors ses disciples s’approchant, lui dirent : Savez-vous bien que les pharisiens ayant entendu ce que vous venez de dire, s’en sont scandalisés ?
Mais il répondit : Toute plante que mon Père céleste n’a point plantée, sera arrachée.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 15, 2.
Laissez-les ; ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles : si un aveugle en conduit un autre, ils tombent tous deux dans la fosse.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Luc, 6, 39.
Pierre prenant la parole, lui dit : Expliquez-nous cette parabole.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 7, 17.
Et Jésus lui répondit : Quoi ! êtes-vous encore vous-mêmes sans intelligence ?
Ne comprenez-vous pas, que tout ce qui entre dans la bouche descend dans le ventre, et est jeté ensuite dans un lieu secret ;
mais que ce qui sort de la bouche part du cœur, et que c’est ce qui rend l’homme impur ?
Car c’est du cœur que partent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les larcins, les faux témoignages, les blasphèmes et les médisances :
ce sont là les choses qui rendent l’homme impur ; mais de manger sans avoir lavé ses mains, ce n’est point ce qui rend un homme impur.
Jésus étant parti de ce lieu, se retira du côté de Tyr et de Sidon ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 7, 24. ― Du côté de Tyr et de Sidon, villes de Phénicie, sur la Méditerranée, au nord de la Palestine.
et une femme chananéenne, qui était sortie de ce pays-là, s’écria, en lui disant : Seigneur, Fils de David ! ayez pitié de moi : ma fille est misérablement tourmentée par le démon.
Mais il ne lui répondit pas un seul mot ; et ses disciples s’approchant de lui, le priaient en lui disant : Accordez-lui ce qu’elle demande, afin qu’elle s’en aille, parce qu’elle crie après nous.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Jésus-Christ ne répondit rien à cette femme pour éprouver sa foi.
Il leur répondit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis de la maison d’Israël qui se sont perdues.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 10, 6 ; Jean, 10, 3. ― Le Messie avait été envoyé pour sauver les nations aussi bien que les Juifs, mais il ne devait point prêcher au milieu d’elles ; cette mission était réservée à ses apôtres.
Mais elle s’approcha de lui, et l’adora, en lui disant : Seigneur ! assistez-moi.
Il lui répondit : Il n’est pas juste de prendre le pain des enfants, et de le donner aux chiens.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les Juifs traitaient les gentils de chiens, à cause de la corruption de leurs mœurs.
Elle répliqua : Il est vrai, Seigneur ! mais les petits chiens mangent au moins des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
Alors Jésus répondant, lui dit : Ô femme, votre foi est grande ; qu’il vous soit fait comme vous le désirez. Et sa fille fut guérie à l’heure même.
Jésus ayant quitté ce lieu, vint le long de la mer de Galilée ; et étant monté sur une montagne, il s’y assit.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
. Sur la montagne. Voir Matthieu, 14, 23. ― La mer de Galilée. Voir la note 33 à la fin du volume.
Alors de grandes troupes de peuple vinrent le trouver, ayant avec eux des muets, des aveugles, des boiteux, des estropiés, et beaucoup d’autres malades qu’ils mirent à ses pieds ; et il les guérit :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Isaïe, 35, 5.
de sorte que ces peuples étaient dans l’admiration, voyant que les muets parlaient, que les estropiés étaient guéris, que les boiteux marchaient, que les aveugles voyaient ; et ils rendaient gloire au Dieu d’Israël.
Or Jésus ayant appelé ses disciples, leur dit : J’ai compassion de ce peuple, parce qu’il y a déjà trois jours qu’ils demeurent continuellement avec moi, et ils n’ont rien à manger ; et je ne veux pas les renvoyer qu’ils n’aient mangé, de peur qu’ils ne tombent en défaillance sur le chemin.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 8, 1.
Ses disciples lui répondirent : Comment pourrons-nous trouver dans ce lieu désert assez de pains pour rassasier une si grande multitude de personnes ?
Et Jésus leur repartit : Combien avez-vous de pains ? Sept, lui dirent-ils, et quelques petits poissons.
Il commanda donc au peuple de s’asseoir sur la terre ;
et prenant les sept pains et les poissons, après avoir rendu grâces, il les rompit, et les donna à ses disciples, et ses disciples les donnèrent au peuple.
Tous en mangèrent, et furent rassasiés : et on emporta sept corbeilles pleines des morceaux qui étaient restés.
Or ceux qui en mangèrent étaient au nombre de quatre mille hommes, sans compter les petits enfants et les femmes.
Jésus ayant ensuite renvoyé le peuple, il monta sur une barque, et vint sur les confins de Magédan.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Magédan ou Magdala, comme porte le texte grec, aujourd’hui el-Medjdel, sur la rive occidentale du lac de Tibériade, à l’extrémité méridionale de la plaine de Génésareth, à une heure et quart environ au nord de Tibériade. On croit que c’est là qu’était née Marie-Madeleine et que c’est de Magdala qu’elle tirait son surnom.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 7, 1.