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Matthieu 14
EN ce temps-là Hérode le tétrarque apprit ce qui se publiait de Jésus ;
et il dit à ses officiers : C’est Jean-Baptiste qui est ressuscité d’entre les morts ; et c’est pour cela qu’il se fait par lui tant de miracles.
Car Hérode ayant fait prendre Jean, l’avait fait lier et mettre en prison, à cause d’Hérodiade, femme de son frère Philippe ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 17 ; Luc, 3, 19. ― Hérodiade était fille d’Aristobule, un des fils d’Hérode le Grand et de Marianne ; elle était sœur d’Hérode Agrippa Ier. Elle épousa d’abord Hérode Philippe Ier, mais elle le quitta pour Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand, comme Philippe Ier, mais par une autre femme. Hérode Antipas était déjà marié depuis longtemps avec une fille d’Arétas, roi d’Arabie. Ce dernier, pour venger l’affront fait à sa fille, attaqua l’armée d’Hérode et la tailla en pièces. Le peuple, raconte Josèphe, considéra cette défaite comme une juste punition du meurtre de Jean-Baptiste, commis peu auparavant pour plaire à Hérodiade et à sa fille Salomé. Ce ne fut pas du reste le seul châtiment que Hérodiade attira sur Antipas. Cette femme ambitieuse le pressa d’aller à Rome pour y obtenir le titre de roi. Les émissaires d’Agrippa combattirent ses prétentions à la cour de Caligula et il fut exilé à Lyon, l’an 39 de notre ère. Sa coupable épouse l’y accompagna et c’est là qu’elle mourut. ― Philippe, le mari légitime d’Hérodiade, fils d’Hérode le Grand et de Marianne, avait été déshérité par son père et vécut comme simple particulier. C’est sans doute ce qui porta l’ambitieuse Hérodiade à l’abandonner pour Hérode Antipas. Il ne faut pas confondre ce Philippe avec son demi-frère Philippe le tétrarque d’Iturée et de Trachonitide dont parle saint Luc, 3, 1.
parce que Jean lui disait : Il ne vous est point permis d’avoir cette femme.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La loi de Moïse prohibait le mariage entre beau-frère et belle-sœur, même divorcés (voir Lévitique, 18, 16).
Hérode voulait donc le faire mourir ; mais il appréhendait le peuple, parce que Jean en était regardé comme un prophète.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 21, 26.
Mais comme Hérode célébrait le jour de sa naissance, la fille d’Hérodiade dansa devant tous les conviés ; et elle plut de telle sorte à Hérode,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La fille d’Hérodiade qui se fit donner par Hérode Antipas la tête de saint Jean-Baptiste, en récompense de ses danses, s’appelait Salomé. Elle était fille d’Hérode Philippe Ier, l’époux légitime d’Hérodiade. Elle épousa en première noces Philippe, tétrarque de Trachonitide, et plus tard Aristobule, roi de Chalcis.
qu’il lui promit avec serment de lui donner tout ce qu’elle lui demanderait.
Cette fille ayant donc été instruite auparavant par sa mère, lui dit : Donnez-moi présentement dans un bassin la tête de Jean-Baptiste.
Le roi ressentit de la tristesse de cette demande : néanmoins à cause du serment qu’il avait fait, et de ceux qui étaient à table avec lui, il commanda qu’on la lui donnât.
Il envoya en même temps couper la tête à Jean dans la prison.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans la prison. Josèphe nous apprend que saint Jean-Baptiste était emprisonné à Machéronte (Machærus, aujourd’hui M’Kaur), à l’est de la mer Morte. C’était une forteresse construite par Alexandre fils d’Hyrcan Ier. Hérode le Grand en avait fait la place la plus forte de la Pérée. La citadelle, située sur une colline de rochers très élevés, au milieu de vallées profondes, était entourée d’une enceinte haute de 160 coudées, qui enfermaient le palais royal. Elle est à 1158 mètres au-dessus de la mer Morte, à 764 mètres au-dessus de la Méditerranée.
Et sa tête fut apportée dans un bassin et donnée à cette fille, qui la porta à sa mère.
Après cela ses disciples vinrent prendre son corps et l’ensevelirent ; et ils allèrent le dire à Jésus.
Jésus ayant donc appris ce qu’Hérode disait de lui, partit de là dans une barque, pour se retirer à l’écart dans un lieu désert ; et le peuple l’ayant su, le suivit à pied de diverses villes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 31 ; Luc, 9, 10 ; Jean, 6, 1. ― Des villes ; c’est-à-dire des villes voisines. ― Le lieu désert où Jésus se retira se trouvait dans les environs de Bethsaïde-Julias, au nord-est du lac de Tibériade (voir Matthieu, 11, 21), dans la tétrarchie de Philippe, prince d’un caractère doux, pacifique. Voir Luc, note 3.1. La région qui s’étend au nord-est du lac est peu peuplée, parce qu’elle est moins arrosée et par suite moins fertile.
Lorsqu’il sortait de la barque, ayant vu une grande multitude de personnes, il en eut compassion, et il guérit leurs malades.
Le soir étant venu, ses disciples vinrent lui dire : Ce lieu-ci est désert, et il est déjà bien tard ; renvoyez le peuple, afin qu’ils s’en aillent dans les villages acheter de quoi manger.
Mais Jésus leur dit : Il n’est pas nécessaire qu’ils y aillent : donnez-leur vous-mêmes à manger.
Ils lui répondirent : Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 6, 9.
Apportez-les-moi ici, leur dit-il.
Et après avoir commandé au peuple de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons ; et levant les yeux au ciel, il les bénit ; puis rompant les pains, il les donna à ses disciples, et les disciples les distribuèrent au peuple.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Il les bénit. Comparer à Luc, 9, 6.
Ils en mangèrent tous, et furent rassasiés ; et on emporta douze paniers pleins des morceaux qui étaient restés.
Or ceux qui mangèrent étaient au nombre de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les petits enfants.
Aussitôt Jésus obligea ses disciples de monter dans la barque, et de passer à l’autre bord avant lui, pendant qu’il renverrait le peuple.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 45.
Après l’avoir renvoyé, il monta seul sur une montagne pour prier ; et le soir étant venu, il se trouva seul en ce lieu-là.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 6, 15. ― Sur la montagne ; c’est-à-dire la montagne voisine. Comparer à Matthieu, 5, 1.
Cependant la barque était fort battue des flots au milieu de la mer, parce que le vent était contraire.
Mais à la quatrième veille de la nuit, Jésus vint à eux, marchant sur la mer.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Du temps de Jésus-Christ, les Juifs partageaient la nuit en quatre veilles égales entre elles, à la manière des Grecs et des Romains. ― La première veille commençait au coucher du soleil ; la seconde, appelée minuit, commençait vers neuf heures et se prolongeait jusqu’au milieu de la nuit ; la troisième, appelée le chant du coq ; se terminait vers trois heures du matin ; la quatrième finissait à la pointe du jour.
Lorsqu’ils le virent marcher ainsi sur la mer, ils furent troublés, et ils disaient : C’est un fantôme. Et ils s’écrièrent de frayeur.
Aussitôt Jésus leur parla, et leur dit : Rassurez-vous ; c’est moi, ne craignez point.
Pierre lui répondit : Seigneur ! si c’est vous, commandez que j’aille à vous en marchant sur les eaux.
Jésus lui dit : Venez. Et Pierre descendant de la barque, marchait sur l’eau pour aller à Jésus.
Mais voyant un grand vent, il eut peur ; et commençant à enfoncer, il s’écria : Seigneur ! sauvez-moi.
Aussitôt Jésus lui tendant la main, le prit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté ?
Et étant montés dans la barque, le vent cessa.
Alors ceux qui étaient dans cette barque s’approchant de lui, l’adorèrent, en lui disant : Vous êtes vraiment Fils de Dieu.
Ayant passé l’eau, ils vinrent au territoire de Génésar.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 53. ― Génésar ou Génésareth. La terre de Génésar était sur le bord du lac de Génésareth ou de Tibériade, à l’ouest, probablement à l’endroit appelé aujourd’hui el-Ghoueir, entre Khan Minyèh et Medjdel. Josèphe dit que cette terre était très fertile et d’une grande beauté.
Les hommes de ce lieu-là l’ayant connu, ils envoyèrent dans tout le pays d’alentour, et lui présentèrent tous les malades ;
le priant qu’il leur permît seulement de toucher la frange qui était au bas de son vêtement : et tous ceux qui la touchèrent, furent guéris.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La frange de ses vêtements. Comparer à Matthieu, 9, 20.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Marc, 6, 14 ; Luc, 9, 7. ― On donnait le titre de tétrarques à des princes qui gouvernaient la quatrième partie d’un royaume démembré. ― Hérode le tétrarque s’appelait aussi Antipas et il était fils, comme Archélaüs (voir Matthieu, 2, 22), d’Hérode le Grand et de Malthace la Samaritaine. Après la mort de son père, il devint tétrarque de la Galilée et de la Pérée. Il épousa d’abord une fille du roi arabe Arétas mais se lia ensuite avec Hérodiade, sa nièce, femme de son demi-frère, Hérode Philippe (voir Matthieu, 14, 3). Cette liaison coupable fit de lui le meurtrier de saint Jean-Baptiste et amena plus tard sa ruine, comme il est dit à la Matthieu, note 14.3. C’est à cet Hérode que Pilate envoya Notre-Seigneur, (voir Luc, 23, 7-12). C’était un esprit faible, superstitieux, rusé et sans principes (voir Luc, 13, 31-32). Exilé à Lyon, en l’an 39, il fut transféré ensuite en Espagne, où il mourut.