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Matthieu 13

CE même jour Jésus étant sorti de la maison, s’assit auprès de la mer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Jésus étant sorti de la maison, probablement à Capharnaüm, où il demeurait depuis le commencement de son ministère (voir Matthieu, 4, 13). ― S’assit sur le bord de la mer de Galilée ou lac de Tibériade.

Et il assembla autour de lui une grande foule de peuple ; c’est pourquoi il monta dans une barque où il s’assit, tout le peuple se tenant sur le rivage ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 4, 1 ; Luc, 8, 4.

et il leur dit beaucoup de choses en paraboles, leur parlant de cette sorte : Celui qui sème, s’en alla semer ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En paraboles. Sur les paraboles de l’Evangile, voir la note 35 à la fin du volume.

et pendant qu’il semait, quelque partie de la semence tomba le long du chemin, et les oiseaux du ciel étant venus la mangèrent.

Une autre tomba dans des lieux pierreux, où elle n’avait pas beaucoup de terre ; et elle leva aussitôt, parce que la terre où elle était n’avait pas de profondeur.

Mais le soleil s’étant levé ensuite, elle en fut brûlée ; et comme elle n’avait point de racine, elle sécha.

Une autre tomba dans des épines ; et les épines venant à croître l’étouffèrent.

Une autre enfin tomba dans de bonne terre ; et elle porta du fruit, quelques grains rendant cent pour un, d’autres soixante, et d’autres trente.

Que celui-là l’entende, qui a des oreilles pour entendre.

Ses disciples s’approchant ensuite, lui dirent : Pourquoi leur parlez-vous en paraboles ?

Et leur répondant, il leur dit : C’est parce que pour vous autres, il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux ; mais pour eux, il ne leur a pas été donné.

Car quiconque a déjà, on lui donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais pour celui qui n’a point, on lui ôtera même ce qu’il a.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 25, 29.

C’est pourquoi je leur parle en paraboles ; parce qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en écoutant ils n’entendent ni ne comprennent point.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il ne s’agit ici que des mystères du royaume de Dieu, et non des préceptes évangéliques que tous doivent entendre et pratiquer. Or Jésus-Christ ne proposait qu’en paraboles les mystères aux Juifs, afin de les punir de l’aveuglement de leur esprit et de l’endurcissement de leur cœur. Voir Marc, 4, 12.

Et la prophétie d’Isaïe s’accomplit en eux, lorsqu’il dit : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 6, 9 ; Marc, 4, 12 ; Luc, 8, 10 ; Jean, 12, 40 ; Actes des Apôtres, 28, 26 ; Romains, 11, 8.

Car le cœur de ce peuple s’est appesanti, et leurs oreilles sont devenues sourdes, et ils ont fermé leurs yeux ; de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, et que s’étant convertis, je ne les guérisse.

Mais pour vous, vos yeux sont heureux de ce qu’ils voient, et vos oreilles de ce qu’elles entendent.

Car je vous dis en vérité, que beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité de voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu ; et d’entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 10, 24.

Écoutez donc, vous autres, la parabole de celui qui sème :

Quiconque écoute la parole du royaume, et n’y fait point d’attention, l’esprit malin vient, et enlève ce qui avait été semé dans son cœur : c’est là celui qui a reçu la semence le long du chemin.

Celui qui reçoit la semence au milieu des pierres, c’est celui qui écoute la parole, et qui la reçoit à l’heure même avec joie ;

mais il n’a point en soi de racine, et il n’est que pour un temps ; et lorsqu’il survient des traverses et des persécutions à cause de la parole, il en prend aussitôt un sujet de scandale et de chute.

Celui qui reçoit la semence parmi les épines, c’est celui qui entend la parole ; mais ensuite les sollicitudes de ce siècle, et l’illusion des richesses, étouffent en lui cette parole, et la rendent infructueuse.

Mais celui qui reçoit la semence dans une bonne terre, c’est celui qui écoute la parole, qui y fait attention, et qui porte du fruit, et rend cent, ou soixante, ou trente pour un.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ou cent, etc. ; littéralement autre cent, etc.

Il leur proposa une autre parabole, en disant : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 4, 26.

Mais pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint, et sema de l’ivraie au milieu du blé, et s’en alla.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’ivraie est une plante annuelle, de la famille des graminées et de la tribu des hordéacées. Il en existe plusieurs espèces. Celle de la parabole est le Lolium temulentum ou ivraie enivrante. Elle est commune dans les moissons d’Europe comme en Palestine. « L’ivraie enivrante est la seule graminée qui possède des propriétés malfaisantes. Son nom lui vient de l’espèce d’ivresse qu’elle occasionne. Ses semences mêlées au blé, ont souvent produit des symptômes d’empoisonnement, des nausées, des vertiges. » (CHENU.) Par la cuisson, l’action de la chaleur lui enlève ses propriétés malfaisantes. ― Son ennemi sema de l’ivraie. « Notre-Seigneur n’a rien imaginé ici, mais il parle d’un acte de malice qui a dû être connu de ses auditeurs. La loi romaine le suppose et un écrivain moderne (ROBERTS), en parlant des coutumes et des mœurs de l’Orient, affirme qu’il est également pratiqué dans l’Inde. « Voyez, dit-il, ce coquin attentif au moment où son voisin labourera son champ ; dès que le champ est ensemencé, il s’y rend à son tour, de nuit, et y répand ce que les natifs appellent pandinellu, c’est-à-dire de l’ivraie ; elle croît avant la bonne semence et se propage rapidement, tellement que le malheureux propriétaire du champ doit attendre des années avant de pouvoir se débarrasser de cette plante nuisible. » (TRENCH, L’ivraie.)

L’herbe ayant donc poussé, et étant montée en épi, l’ivraie commença aussi à paraître.

Alors les serviteurs du père de famille vinrent lui dire : Seigneur, n’avez-vous pas semé de bon grain dans votre champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?

Il leur répondit : C’est un homme ennemi qui l’y a semée. Et ses serviteurs lui dirent : Voulez-vous que nous allions l’arracher ?

Non, leur répondit-il ; de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le bon grain.

Laissez croître l’un et l’autre jusqu’à la moisson ; et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Arrachez premièrement l’ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler ; mais amassez le blé pour le porter dans mon grenier.

Commentaire (versets 29 à 30) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 29 à 30 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

L’ivraie, avant de s’être développée, ressemble si fort au froment, qu’il est très difficile de distinguer les deux plantes l’une de l’autre. Mais « quand le blé commence à former l’épi, l’ivraie fait de même, et alors un enfant ne peut plus la confondre avec le froment ou avec l’orge. Auparavant le triage serait impossible. Les cultivateurs eux-mêmes qui, en Palestine, ont l’habitude d’arracher les mauvaises herbes dans leurs champs, n’essaient point d’enlever l’ivraie. » (THOMSON.)

Il leur proposa une autre parabole, en leur disant : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme prend et sème en son champ.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 4, 31 ; Luc, 13, 19. ― Un grain de sénevé ou de moutarde. La sinapis nigra ou moutarde noire de Palestine est une plante annuelle, aux rameaux nombreux et à larges feuilles. Tous les voyageurs rapportent qu’en Terre Sainte, elle atteint, même à l’état sauvage, de grandes proportions et s’élève souvent à plus de trois mètres de hauteur, de sorte que les oiseaux du ciel peuvent se reposer littéralement sur ses rameaux.

Ce grain est la plus petite de toutes les semences : mais lorsqu’il est crû, il est plus grand que tous les autres légumes, et il devient un arbre ; de sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il devient un arbre. Les premiers chrétiens ont souvent représenté Jésus-Christ dans le tombeau avec un arbre qui sort de sa bouche et sur les branches duquel sont les Apôtres.

Il leur dit encore une autre parabole : Le royaume des cieux est semblable au levain qu’une femme prend, et qu’elle mêle dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 13, 21. ― Trois mesures de farine, trois sata, c’est-à-dire environ 39 litres.

Jésus dit toutes ces choses au peuple en paraboles ; et il ne leur parlait point sans paraboles :

afin que cette parole du prophète fût accomplie : J’ouvrirai ma bouche pour parler en paraboles ; je publierai des choses qui ont été cachées depuis la création du monde.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 77, 2.

Alors Jésus ayant renvoyé le peuple, vint en la maison ; et ses disciples s’approchant de lui, lui dirent : Expliquez-nous la parabole de l’ivraie semée dans le champ.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 4, 34.

Et leur répondant, il leur dit : Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme.

Le champ est le monde : le bon grain, ce sont les enfants du royaume ; et l’ivraie, ce sont les enfants d’iniquité.

L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable : le temps de la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Apocalypse, 14, 15. ― La consommation du siècle ; c’est-à-dire la fin du monde.

Comme donc on arrache l’ivraie, et qu’on la brûle dans le feu ; il en arrivera de même à la fin du monde.

Le Fils de l’homme enverra ses anges, qui ramasseront et enlèveront hors de son royaume tous ceux qui sont des occasions de chute et de scandale, et ceux qui commettent l’iniquité ;

et ils les précipiteront dans la fournaise du feu : c’est là qu’il y aura des pleurs, et des grincements de dents.

Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui-là l’entende, qui a des oreilles pour entendre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Sagesse, 3, 7 ; Daniel, 12, 3.

Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ, qu’un homme trouve, et qu’il cache ; et dans la joie qu’il en ressent, il va vendre tout ce qu’il a, et achète ce champ.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

« Saint Augustin nous dit que le champ dans lequel on peut trouver le céleste trésor n’est autre que la vraie Eglise, parce que dans l’Eglise seule nous pouvons trouver dans toute leur pureté et les dogmes révélés de Dieu, et les lois qu’il nous a imposées, et le culte qu’il exige. » (VENTURA DE RAULICA.)

Le royaume des cieux est semblable encore à un homme qui est dans le trafic, et qui cherche de bonnes perles ;

et qui en ayant trouvé une de grand prix, va vendre tout ce qu’il avait, et l’achète.

Le royaume des cieux est semblable encore à un filet jeté dans la mer, qui prend toutes sortes de poissons ;

et lorsqu’il est plein, les pêcheurs le tirent sur le bord, où s’étant assis, ils mettent ensemble tous les bons dans des vaisseaux, et jettent dehors les mauvais.

C’est ce qui arrivera à la fin du monde : les anges viendront, et sépareront les méchants du milieu des justes ;

et ils les jetteront dans la fournaise du feu : c’est là qu’il y aura des pleurs, et des grincements de dents.

Avez-vous bien compris tout ceci ? Oui, Seigneur ! répondirent-ils.

Et il ajouta : C’est pourquoi tout docteur qui est bien instruit en ce qui regarde le royaume des cieux, est semblable à un père de famille, qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes.

Lorsque Jésus eut achevé ces paraboles, il partit de là ;

et étant venu en son pays, il les instruisait dans leurs synagogues ; de sorte qu’étant saisis d’étonnement, ils disaient : D’où est venue à celui-ci cette sagesse et ces miracles ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Marc, 6, 1 ; Luc, 4, 16. ― Etant venu dans son pays, Nazareth.

N’est-ce pas là le fils de ce charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie ? et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ?

Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D’où viennent donc à celui-ci toutes ces choses ?

Commentaire (versets 55 à 56) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 55 à 56 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Ses frères, ses sœurs, c’est-à-dire ses cousins, ses cousines, ses parents en général. Voir Matthieu, note 12.46. ― Jacques est saint Jacques le Mineur, un des douze apôtres. Jude est l’apôtre saint Jude, l’auteur de l’épître catholique qui porte son nom. Simon fut le successeur de saint Jacques le Mineur, son frère, sur le siège de Jérusalem. On ne connaît de Joseph (ou Josès, comme l’appelle le texte grec) que son nom. Ces quatre cousins de Notre-Seigneur étaient fils de Cléophas, et d’une Marie qui était sœur aînée de la sainte Vierge, suivant les uns ; sa belle-sœur suivant les autres, Cléophas étant le frère de saint Joseph, époux de la sainte Vierge.

Et ainsi ils prenaient de lui un sujet de scandale. Mais Jésus leur dit : Un prophète n’est sans honneur que dans son pays et dans sa maison.

Et il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A cause de leur incrédulité ; pour les punir de leur incrédulité.