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Isaïe 34

VENEZ, nations, écoutez-moi ; peuples, soyez attentifs : que la terre et tout ce qu’elle renferme, prête l’oreille ; que le monde et tout ce qu’il produit, entende ma voix.

Car l’indignation du Seigneur va fondre sur toutes les nations ; sa fureur se répandra sur toutes leurs armées : ils mourront d’une mort sanglante ; il les fera passer au fil de l’épée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Leur (eorum), et les (eos). Ces pronoms masculins se rapportent au nom ennemis sous-entendu.

Ceux qui auront été tués seront jetés en morceaux, une puanteur horrible s’élèvera de leurs corps, et les montagnes dégoutteront de leur sang.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et des montagnes, etc. La quantité du sang répandu sera si grande, que la terre des montagnes se fondera et s’écoulera, en quelque sorte, comme il arrive dans un débordement extraordinaire des eaux. C’est une expression hyperbolique.

Toutes les étoiles du ciel seront comme languissantes ; les cieux se plieront et se rouleront comme un livre ; tous les astres en tomberont comme les feuilles tombent de la vigne et du figuier.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Toute la milice, etc. ; autre expression hyperbolique, pour dire que les astres eux-mêmes participeront à la commotion générale. ― Se rouleront, etc. Chez les anciens, les livres étaient formés de rouleaux d’écorce d’arbres. Ce qui est dit ici et dans le verset suivant se rapporte aussi à la fin du monde. Comparer à Matthieu, 24, 29 ; 2 Pierre, 3, 12 ; Apocalypse, 6, 12-14.

Car mon épée s’est enivrée de sang dans le ciel : elle va se décharger sur l’Idumée, et sur un peuple dans le carnage duquel je signalerai ma justice.

L’épée du Seigneur est plein de sang ; elle s’est engraissée du sang des agneaux et des boucs, du sang des béliers les plus gras : car le Seigneur s’est préparé un sacrifice dans Bosra, et il fera un grand carnage dans la terre d’Edom.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Bosra ; une des principales villes de l’Idumée. ― La terre d’Edom ; l’Idumée. ― Sur Bosra, voir Genèse, 36, 33.

Les licornes descendront avec eux, et les taureaux avec les plus puissants d’entre eux : la terre s’enivrera de leur sang, et les champs s’engraisseront de la graisse de leurs corps :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Des licornes ; en hébreu, des bœufs sauvages.

car le jour de la vengeance du Seigneur est venu, et le temps de faire justice à Sion.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’année, etc. ; c’est-à-dire l’année où dans un jugement le Seigneur fera justice à Sion, en lui rendant ce que ses ennemis lui avaient enlevé.

Les torrents d’Edom se changeront en poix ; la poussière s’y changera en soufre ; et sa terre deviendra une poix brûlante.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Poix, soufre. Ces comparaisons rappellent les volcans de l’Idumée et les désastres de Sodome et de Gomorrhe.

Son feu ne s’éteindra ni jour ni nuit ; il en sortira pour jamais un tourbillon de fumée ; sa désolation subsistera de race en race, et il n’y passera personne dans la suite de tous les siècles.

Le butor et le hérisson la posséderont ; l’ibis et le corbeau y établiront leur demeure : le Seigneur étendra la ligne sur elle pour la réduire au néant, et le niveau pour la détruire de fond en comble.

Les grands du pays n’y demeureront plus ; mais ils invoqueront un roi, et tous ses princes seront anéantis.

Les épines et les orties croîtront dans ses maisons, les chardons rempliront ses forteresses, et elle deviendra la demeure des dragons, et le pâturage des autruches.

Les démons et les onocentaures s’y rencontreront, et les satyres y jetteront des cris les uns aux autres. C’est là que la sirène se retire ; c’est où elle trouve son repos.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le bouc. Voir, sur le sens de ce mot, Isaïe, 13, 21. ― La lamie, hébreu : lilith, la nocturne, sorte de démon qui fait ses ravages la nuit. D’après les fables rabbiniques, Lilith avait été la première femme d’Adam. Elle l’abandonna et fut changée en démon. Elle aimait, comme la Lamie des Romains, à faire périr les enfants.

C’est là que le hérisson fait son trou, et qu’il nourrit ses petits, et qu’ayant fouillé tout autour il les fait croître dans l’ombre de sa caverne : c’est là que les milans s’assemblent, et qu’ils se joignent l’un à l’autre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sous son ombre (in umbra ejus) ; c’est-à-dire sous le hérisson ; ou, selon plusieurs, à l’ombre de la fosse, ou bien, selon d’autres, à l’ombre d’Edom en ruines. Le premier sens nous a paru le plus probable et le plus conforme à l’hébreu.

Cherchez et lisez avec soin dans le livre du Seigneur, et vous trouverez qu’il ne manquera rien de ce que j’annonce : aucune de mes paroles ne sera vaine ; parce que ce qui sort de ma bouche, m’a été inspiré de Dieu, et que c’est son esprit qui rassemblera tous ces monstres.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Une seule de ces choses (unum ex eis) ; que je dis. Les prophètes, sûrs de la vérité de leurs prédictions, les dataient ordinairement ; et, après les avoir prononcées devant le peuple, ils les écrivaient, afin qu’on pût s’assurer après coup de la certitude de ce qui avait été prédit. Voir Isaïe, 30, 8. ― L’un (unus), et l’autre (aller) ; ces mots ne peuvent se rapporter qu’aux milans (milvi), nom masculin ; d’ailleurs ce qui suit n’autorise aucun autre sens.

C’est lui qui leur fera leur partage dans l’Idumée ; sa main la divisera entre eux avec mesure : ils la posséderont éternellement ; ils y habiteront dans la suite de toutes les générations.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lui-même ; le Seigneur. ― Tout ce qui est dit dans cette prophétie contre l’Idumée a reçu son parfait accomplissement ; cette petite contrée est aujourd’hui un désert abandonné aux bêtes sauvages, et elle n’est traversée que par les Arabes nomades.