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Isaïe 13

PROPHÉTIE contre Babylone, qui a été révélée à Isaïe, fils d’Amos.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Malheur accablant ; littéralement charge, fardeau (onus) ; c’est selon la remarque de saint Jérôme, le mot dont se servent les prophètes, lorsqu’ils annoncent des malheurs, des calamités. Ainsi le sens de ce mot est ici prophétie de malheur (voir Isaïe, 15, 1 ; 17, 1 ; 19, 1 ; Ezéchiel, 12, 10 ; Habacuc, 1, 1 ; Zacharie, 9, 1). ― Babylone, dans le langage figuré des prophètes, représente le monde idolâtre, le monde ennemi de Jésus-Christ. De là vient que saint Pierre, dans sa Ire Epître (voir 1 Pierre, 5, 13), et saint Jean dans Apocalypse, 17, 5 désignent Rome païenne sous le nom de Babylone.

Levez l’étendard sur la montagne couverte de nuages, haussez la voix, étendez la main, et que les princes entrent dans ses portes.

J’ai donné mes ordres à ceux que j’ai consacrés à cet ouvrage ; j’ai fait venir mes guerriers qui sont les ministres de ma fureur, et qui travaillent avec joie pour ma gloire.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Mes sanctifiés ; ceux que j’ai consacrés, destinés à la reconstruction de Babylone ; c’est-à-dire les Mèdes et les Perses. ― Mes forts, etc. ; mes guerriers, qui travaillaient avec joie pour ma gloire.

Déjà les montagnes retentissent de cris différents comme d’un grand nombre de personnes, et de voix confuses de plusieurs rois, et de plusieurs nations réunies ensemble. Le Seigneur des armées commande lui-même les troupes qu’il destine à cette guerre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sur les montagnes. Les montagnes les plus rapprochées de Babylone sont celles du Schahon ou Zagros, au nord-est. C’est par là que devaient arriver les Iraniens, les Perses, pour s’emparer de Babylone.

Elles viennent des terres les plus reculées, et de l’extrémité du monde : le Seigneur vient avec les instruments de sa fureur, pour exterminer tout le pays.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De l’extrémité du ciel ; de l’extrémité de l’horizon.

Poussez des cris et des hurlements, parce que le jour du Seigneur est proche : le Tout-Puissant viendra pour tout perdre.

C’est pourquoi tous les bras seront languissants, et tous les cœurs se fondront comme la cire ;

ils seront brisés ; ils seront agités de convulsions et de douleurs, ils souffriront des maux comme une femme qui est en travail : ils se regarderont l’un l’autre avec étonnement, et leurs visages seront desséchés comme s’ils avaient été brûlés par le feu.

Voici le jour du Seigneur qui va venir, jour cruel, plein d’indignation, de colère et de fureur, pour dépeupler la terre, et pour en exterminer les méchants.

Les étoiles du ciel les plus éclatantes ne répandront plus leur lumière : le soleil à son lever se couvrira de ténèbres, et la lune n’éclairera plus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Ezéchiel, 32, 7 ; Joël, 2, 10 ; 3, 15 ; Luc, 21, 25. ― Des signes semblables doivent précéder le dernier avènement de Jésus-Christ qui viendra frapper d’anathème les réprouvés représentés par cette Babylone impie. Voir Matthieu, 24, 29 ; Marc, 13, 24-25.

Je viendrai venger les crimes du monde, et punir l’iniquité des impies : je ferai cesser l’orgueil des infidèles, et j’humilierai l’insolence de ceux qui se rendent redoutables.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’univers désigne ici particulièrement l’empire babylonien.

L’homme sera plus précieux que l’or ; il sera plus précieux que l’or le plus pur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Plus précieux ; c’est-à-dire plus rare.

J’ébranlerai le ciel même ; et la terre tremblera sur ses fondements, à cause de l’indignation du Seigneur des armées, et du jour de sa colère et de sa fureur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La colère de sa fureur ; hébraïsme, pour sa colère très grande, très violente.

Alors comme un daim qui s’enfuit, et comme des brebis qui se dispersent sans qu’il y ait personne qui les rassemble, ainsi tous l’abandonneront pour retourner vers leur peuple, et ils fuiront tous dans leur pays.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Elle ; l’armée des Chaldéens, ou Babylone ; ce qui revient au même. ― Chacun, etc. Isaïe parle des soldats étrangers qui s’étaient joints aux Babyloniens, comme troupes auxiliaires. ― La daine et la gazelle sont timides et fuient avec une grande rapidité.

Quiconque sera trouvé dans ses murailles, sera tué : tous ceux qui se présenteront pour la défendre, passeront au fil de l’épée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Quiconque sera trouvé dans Babylone. ― Quiconque se présentera ; c’est-à-dire se joindra aux Babyloniens.

Les enfants seront écrasés contre la terre à leurs yeux : leurs maisons seront pillées, et leurs femmes violées.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 136, 9. ― Leurs enfants seront écrasés. Les inscriptions assyriennes mentionnent expressément ce traitement barbare, infligé aux enfants des vaincus. Babylone sera punie de sa cruauté par un traitement semblable.

Je vais susciter contre eux les Mèdes, qui ne chercheront point d’argent, et qui ne se mettront point en peine de l’or ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les Mèdes. Les Mèdes étaient déjà en guerre avec les rois d’Assyrie avant cette époque. Un roi de Ninive les mentionne vers l’an 810 avant Jésus-Christ. Leur nom ne désigne pas seulement ici les Mèdes proprement dits, mais aussi les Perses. En Egypte les Perses reçurent aussi le nom de Mèdes. Les Perses sont nommés pour la première fois dans l’Ancien Testament par Ezéchiel et par Daniel. Cyrus, dans les inscriptions qu’on a retrouvées de lui, ne prend pas lui-même le titre de Perse. Ce roi, dans la Cyropédie, V, 3, de Xénophon, en s’adressant à ses soldats, ne nomme aussi expressément que les Mèdes. ― Dans un autre passage de la Cyropédie, X, 1, 20, Cyrus demande aux Mèdes « qui n’ont pas besoin de richesses » d’aller avec lui.

mais ils perceront les petits enfants de leurs flèches, ils n’auront point de compassion de ceux qui sont encore dans les entrailles de leurs mères, et ils n’épargneront point ceux qui ne font que de naître.

Cette grande Babylone, cette reine entre les royaumes du monde, qui avait porté dans un si grand éclat l’orgueil des Chaldéens, sera détruite, comme le Seigneur renversa Sodome et Gomorrhe.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Genèse, 19, 24.

Elle ne sera plus jamais habitée, et elle ne se rebâtira point dans la suite de tous les siècles ; les Arabes n’y dresseront pas même leurs tentes, et les pasteurs n’y viendront point pour s’y reposer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’Arabe, n’ayant pas de demeure fixe, allait d’un endroit dans un autre dresser ses tentes partout où il trouvait des pâturages pour ses bestiaux. ― Elle ne sera jamais habitée. Cette prédiction ne s’accomplit que quelques siècles après, mais elle se réalisa pleinement. Cyrus s’empara de Babylone, mais il n’en renversa pas les murailles. Darius, fils d’Hystaspe, qui reprit Babylone pour la seconde fois, en 518, réduisit ses remparts à 50 coudées de hauteur. Xerxès ruina le fameux temple de Bel, l’orgueil de la cité. Quand Alexandre voulut faire de Babylone la capitale de son vaste empire, dix mille ouvriers furent occupés pendant deux mois à déblayer les fondements du temple. Toutefois Babylone ne devait plus voir revivre sa gloire. Le conquérant macédonien mourut sans avoir pu réaliser son projet, et l’un de ses généraux, Séleucus Nicator, en 312, ruina pour toujours la ville de Nabuchodonosor. Il construisit avec ses débris la ville de Séleucie, qui lui enleva même quelques temps son nom, dit Etienne de Byzance, et dont le voisinage, comme le dit Pline, la réduisit en solitude. Strabon, né vers l’an 60 avant notre ère, lui appliqua le mot d’un poète : « La grande ville est devenue un grand désert » (XVI, 15). La malédiction divine dure encore. Une ville, Hillah, s’est élevée non loin d’elle ; l’Arabe nomade dresse ses tentes à ses côtés, mais ses ruines sont toujours désertes et habitées seulement par les animaux sauvages.

Mais les bêtes sauvages s’y retireront ; ses maisons seront remplies de dragons, les autruches viendront y habiter, et les satyres y feront leurs danses ;

les hiboux hurleront à l’envi l’un de l’autre dans ses maisons superbes, et les cruelles sirènes habiteront dans ses palais de délices.

Commentaire (versets 21 à 22) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 21 à 22 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Le vrai sens des noms des animaux énumérés dans le texte hébreu est encore incertain dans plusieurs cas. La plupart des interprètes croient y retrouver les chacals et les loups. Répondront ; feront entendre leur cri alternativement. Comparer, pour la fin de ce chapitre, à Isaïe, 34, 13-15, où on trouve une description semblable.