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Psaumes 72
Psaume d’Asaph. QUE Dieu est bon à Israël, à ceux qui ont le cœur droit !
Mais pour moi, mes pieds ont pensé me manquer ; et je suis presque tombé en marchant ;
parce que j’ai été touché d’un sentiment de jalousie contre les méchants, en voyant la paix des pécheurs ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Paix. Par ce mot, les Hébreux désignaient souvent une vie tranquille et prospère.
car ils n’envisagent point leur mort ; et les plaies dont ils sont frappés, ne durent pas.
Ils ne participent point aux travaux ni aux misères des hommes, et n’éprouvent point les fléaux auxquels les autres hommes sont exposés.
C’est ce qui les rend superbes ; ils sont tout couverts de leur iniquité et de leur impiété.
Leur iniquité est comme née de leur abondance et de leur graisse : ils se sont abandonnés à toutes les passions de leur cœur.
Toutes leurs pensées et toutes leurs paroles étaient remplies de malice : ils ont proféré hautement l’iniquité qu’ils avaient conçue.
Ils ont ouvert leur bouche contre le ciel ; et leur langue a répandu par toute la terre leurs calomnies.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils ont posé, etc. ils ont attaqué Dieu dans le ciel par leurs blasphèmes, et les hommes sur la terre par leurs médisances et leurs calomnies.
C’est pourquoi mon peuple tournant sa vue vers ces choses, et trouvant en eux des jours pleins et heureux,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mon peuple ; c’est-à-dire le peuple de Dieu. ― En reviendra là ; à cette plainte. ― Des jours pleins ; c’est-à-dire une vie longue et heureuse.
il se laisse aller à dire : Comment est-il possible que Dieu connaisse ce qui se passe ? et le Très-Haut a-t-il véritablement la connaissance de toutes choses ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comment Dieu, etc. Comparer à Job, 22, 13 ; Psaume, 9, 11 (Hébreu : 10, 11).
Voilà les pécheurs eux-mêmes dans l’abondance de tous les biens de ce monde ; ils ont acquis de grandes richesses.
Et j’ai dit : C’est donc inutilement que j’ai travaillé à purifier mon cœur ; et que j’ai lavé mes mains dans la compagnie des innocents ;
puisque j’ai été affligé durant tout le jour, et châtié dès le matin.
Si je disais en moi-même, que je parlerais de la sorte, j’ai reconnu ne pouvoir le faire sans condamner toute la sainte société de vos enfants.
J’ai donc pensé à vouloir pénétrer ce secret ; mais un grand travail s’est présenté devant moi ;
jusqu’à ce que j’entre dans le sanctuaire de Dieu, et que j’y comprenne quelle doit être leur fin.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Leurs ; c’est-à-dire des pécheurs, qui sont nommés aux versets 3 et 12.
Il est très-vrai, ô Dieu ! que cette prospérité où vous les avez établis, leur est devenue un piège : vous les avez renversés dans le temps même qu’ils s’élevaient.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
A cause, etc. C’est la traduction qui paraît la mieux fondée, surtout si l’on considère que plusieurs exemplaires des Septante et la plupart des anciens psautiers portent expressément leurs et maux ; et quelle se lie mieux au contexte.
Oh ! comment sont-ils tombés dans la dernière désolation ? Ils ont manqué tout d’un coup ; et ils ont péri à cause de leur iniquité.
Seigneur ! vous réduirez au néant dans votre cité la vaine image de leur bonheur, comme le songe de ceux qui s’éveillent.
Mais parce que mon cœur a été tout enflammé, et mes reins tout altérés ;
que je me suis vu comme réduit au néant, et dans la dernière ignorance,
et qu’étant enfin devenu comme une bête en votre présence, je ne me suis point cependant éloigné de vous ;
vous avez soutenu ma main droite ; vous m’avez conduit selon votre volonté, et comblé de gloire en me recevant entre vos bras.
Commentaire (versets 21 à 24) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 21 à 24 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Nous avons adopté, pour ces versets, la ponctuation suivie par Martini dans sa traduction italienne (vérifier), comme étant la seule qui permette la véritable explication de ce passage. Avec gloire ; en me comblant de gloire.
Car qu’y a-t-il pour moi dans le ciel, et que désiré-je sur la terre, sinon vous ?
Ma chair et mon cœur ont été dans la défaillance ; ô Dieu ! qui êtes le Dieu de mon cœur, et mon partage pour toute l’éternité.
Car ceux qui s’éloignent de vous périront, et vous avez résolu de perdre tous ceux qui vous abandonnent pour se prostituer aux créatures.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
En s’éloignant. Cette expression est véritablement sous-entendue. Voir fin des Observations préliminaires, 2°.
Mais pour moi, mon avantage est de demeurer attaché à Dieu, et de mettre mon espérance dans celui qui est le Seigneur Dieu : afin que je publie toutes vos louanges aux portes de la fille de Sion.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Vos louanges ; c’est le vrai sens du latin prædicationes, qui est, en effet, remplacé par laudationes à Psaumes, 9, 15. ― La fille de Sion : signifie le peuple ou la ville de Sion. ― « Que ce psaume est beau ! dit Herder. Le poète commence par une sentence, résultat des nombreuses observations qui font sa conclusion. Passant avec rapidité et d’une manière inaperçue à des situations pénibles, il dépeint comment il s’est trompé ; et lorsqu’il a fait arriver ce tableau à son apogée, il en détourne son chant. Introduit enfin dans le conseil [de la Providence], il reconnaît que son premier jugement était [faux]. Des vœux nouveaux, mais toujours en harmonie avec ses hésitations, le rattachent à Dieu et l’élèvent au plus haut degré des sentiments chaleureux. [Le sentiment d’une ferme confiance en Dieu] termine le tout. Ce psaume didactique est aussi remarquable par son contenu que par son arrangement. Asaph voit d’abord le bonheur des méchants, puis il reconnaît que ce bonheur disparaît comme une ombre, tandis que celui des bons est inébranlable. »
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Justification de la Providence, qui permet que les justes souffrent et que les méchants prospèrent. ― Le sujet de ce psaume est analogue à celui du Psaume 36. « Prêt à confesser quelques doutes qui s’étaient élevés jadis dons son âme, le [psalmiste]… se croit obligé de les condamner d’avance en débutant par une élan d’amour ; il s’écrie : Que notre Dieu est bon pour tous les hommes qui ont le cœur droit ! Après ce beau mouvement, il pourra avouer sans peine d’anciennes inquiétudes : J’étais scandalisé et je sentais presque ma foi s’ébranler, lorsque je contemplais la tranquillité des méchants… C’est ce qu’on appelle… des tentations ; et il se hâte de nous dire que la vérité ne tarda pas à leur imposer silence. Mais je l’ai compris enfin, ce mystère, lorsque je suis entré dans le sanctuaire du Seigneur ; lorsque j’ai vu la fin qu’il a préparée aux coupables… Ayant ainsi abjuré tous les sophismes de l’esprit, il ne sait plus qu’aimer. Il s’écrie : Que puis-je désirer dans le ciel ! Que puis-je aimer sur la terre, excepté vous seul ! Ma chair et mon sang se consument d’amour. » (DE MAISTRE.) ― Ce psaume se divise en deux parties, des versets 1 à 14 et 15 à 28. ― Ire partie : Le bonheur du méchant, versets 1 à 14. ― Versets 1 et 2 : Malgré la bonté de Dieu pour Israël, mes pieds ont chancelé, j’ai failli tomber. ― Versets 3 à 6 : Parce que j’ai porté envie au bonheur du méchant ; ― tableau de ce bonheur : versets 7 à 12 ; ― découragement que ce bonheur cause au juste, versets 13 et 14. ― IIe partie : Explication du bonheur des méchants et consolation des jutes, versets 15 à 28. ― Versets 15 à 18 : L’explication du bonheur des méchants dans leur destinée finale. ― Versets 19 à 23a : Ils périssent inopinément ; quand la vue de leur prospérité nous aigrit, c’est parce que nous sommes comme la brute sans intelligence. Versets 23b à 26 : Le juste doit donc se tenir toujours uni à Dieu et n’avoir point d’autre partage. ― Versets 27 et 28 : Car s’écarter de lui, c’est périr ; vivre avec lui, c’est le bonheur. ― D’Asaph. Voir le titre du Psaume 49 (Hébreu : 50). ― A Israël. Quelques exemplaires des Septante lisent au génitif, d’Israël ; mais la plupart portent ; conformément à l’hébreu, à Israël.