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Job 9

JOB répondit à Baldad :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

IIIe discours de Job ; sa réponse à Baldad, chapitres 9 et 10. Comme Job n’a pas dit que Dieu est injuste, toute l’argumentation de Baldad porte à faux, mais elle est blessante pour le juste malheureux à qui l’on affirme que ses souffrances sont méritées. 1° Job répète donc à son tour qu’il sait que Dieu est juste et puissant, chapitre 9, versets 2 à 12. ― 2° Mais il n’en proteste pas moins de son innocence, versets 13 à 24. ― 3° Il n’accuse pourtant pas Dieu d’injustice, parce qu’il est peut-être coupable de quelques fautes, mais il voudrait pouvoir lui répondre, s’il l’accuse, pour se justifier, versets 25 à 35. ― 4° Comment Dieu peut-il en effet l’affliger si sévèrement, lui qui connaît son innocence ? Chapitre, 10, versets 1 à 12. ― 5° Qu’il daigne donc adoucir ses maux avant sa mort, versets 13 à 22.

Je sais assurément que cela est ainsi, et que l’homme, si on le compare avec Dieu, ne sera point juste.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les luthériens se servent de ce passage pour établir que nul homme n’a véritablement la justice intérieure devant Dieu. Mais c’est un abus évident qu’il en font ; car ce passage signifie seulement ou que l’homme qui voudra se comparer à Dieu ne pourra être justifié, parce que cette comparaison même est l’effet d’un grand orgueil, et le fait déchoir de la justice qu’il pouvait avoir ; ou que toute la justice de l’homme, étant comparée à celle de Dieu, n’est rien.

S’il veut disputer contre Dieu, il ne pourra lui répondre sur une seule chose de mille que Dieu pourra lui objecter.

Dieu est sage et tout-puissant : qui lui a résisté, et est demeuré en paix ?

C’est lui qui transporte les montagnes, et ceux mêmes qu’il renverse avec elles dans sa fureur ne s’en aperçoivent pas.

C’est lui qui remue la terre de sa place, et qui fait que les colonnes sont ébranlées.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qui remue la terre, par les tremblements de terre.

C’est lui qui commande au soleil, et le soleil ne se lève point ; et qui tient les étoiles enfermées comme sous le sceau.

C’est lui qui a formé seul la vaste étendue des cieux, et qui marche sur les flots de la mer.

C’est lui qui a créé les étoiles de l’Ourse, de l’Orion, des Hyades, et celles qui sont plus proches du Midi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Arcturus, la constellation de la Grande Ourse.

C’est lui qui fait des choses grandes et incompréhensibles, des choses miraculeuses qui sont sans nombre.

S’il vient à moi, je ne le verrai point ; et s’il s’en va, je ne m’en apercevrai point.

S’il interroge tout d’un coup, qui osera lui répondre ? ou qui pourra lui dire : Pourquoi faites-vous ainsi ?

C’est un Dieu à la colère duquel nul ne peut résister ; et ceux mêmes qui gouvernent le monde fléchissent sous lui.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ceux qui portent l’univers sont les anges que le Créateur a établis pour gouverner et comme pour soutenir le monde par la sagesse de leur conduite, et par la puissance que Dieu a mise pour cet effet entre leurs mains.

Qui suis-je donc moi pour lui répondre, et pour oser lui parler ?

Quand il y aurait en moi quelque trace de justice, je ne répondrais point, mais je conjurerais mon juge de me pardonner.

Et lors même qu’il aurait exaucé ma prière, je ne croirais pas qu’il eût daigné entendre ma voix.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Je ne croirais pas, etc., tant je me sens indigne de l’attention d’un Dieu si saint et si élevé, et je ne serais pas assuré que j’ai plus rien à craindre de sa colère.

Car il me brisera quand il lui plaira, comme d’un coup de foudre, et il multipliera mes plaies sans que j’en sache même la raison.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sans raison, connue de moi ; car il ne me fait pas connaître la cause pour laquelle il m’envoie tant de maux.

Il ne me laisse pas seulement respirer, et il me remplit d’amertume.

Si l’on implore quelque puissance, il est tout-puissant ; si l’on en appelle à la justice d’un juge, il n’y a personne qui osât rendre témoignage en ma faveur.

Si j’entreprends de me justifier, ma propre bouche me condamnera ; si je veux montrer que je suis innocent, il me convaincra d’être coupable.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ma propre bouche, etc., par cela même que je présume de ma justice, et que je me dis innocent, je me rends coupable ; car je manque ainsi au respect dû à sa souveraine majesté.

Quand je serais juste et simple, cela même me serait caché, et ma vie me serait à charge à moi-même.

Tout ce que j’ai dit se réduit à ce principe : Dieu afflige le juste aussi bien que l’impie.

S’il frappe de plaies, qu’il me tue tout d’un coup, et qu’il ne se rie pas des peines des innocents.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

S’il frappe, etc. Dans son langage oriental et hyperbolique, Job veut dire simplement que les coups de la main de Dieu sont si terribles, et que le danger de tomber dans l’impatience et le murmure et si grand, que tout juste doit plutôt souhaiter la mort, que d’être exposé à une tentation à laquelle il pourrait succomber. Il veut dire encore qu’il traite ses plus fidèles amis avec une rigueur qui semblerait prouver qu’il est indifférent à ce qu’ils souffrent. Il fait comme le chirurgien qui, dans une opération, continue à couper et à trancher les chairs du malade, en paraissant sourd et insensible à ses cris.

La terre est souvent livrée entre les mains de l’impie ; et alors il couvre d’un voile les yeux des juges : si ce n’est pas lui, qui est-ce donc ?

Les jours de ma vie ont passé plus vite qu’un courrier : ils se sont évanouis sans que j’y aie goûté aucune douceur.

Ils ont passe avec la même vitesse que des vaisseaux qui portent du fruit, et qu’un aigle qui fond sur sa proie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Comme, etc., c’est-à-dire avec la rapidité des vaisseaux qui portent des fruits. Ces vaisseaux sont très rapides, soit parce qu’on les charge peu, soit parce qu’on abrège le temps de leur traversée le plus possible, afin que les fruits ne se corrompent pas.

Lorsque je dis en moi-même, Je ne parlerai plus pour me plaindre ; je sens que mon visage se change aussitôt, et que la douleur me déchire.

Je tremblais à chaque action que je faisais, sachant que vous ne pardonnez pas à celui qui pèche.

Si après cela je passe pour un méchant, pourquoi aurais-je travaillé en vain ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pourquoi ai-je travaillé en vain, en prenant tant de soin d’éviter les moindres péchés, et en me purifiant de ceux dans lesquels je craignais d’être tombé.

Quand j’aurais été lavé dans de l’eau de neige, et que la pureté de mes mains éclaterait ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Comme. Ni l’hébreu ni le grec ne portent cette particule.

votre lumière, Seigneur ! me ferait paraître à moi-même tout couvert d’ordure, et mes vêtements m’auraient en horreur.

Car je n’aurai pas à répondre à un homme semblable à moi, ni à contester avec lui comme avec mon égal.

Il n’y a personne qui puisse reprendre les deux parties, ni mettre sa main entre les deux.

Qu’il retire donc sa verge de dessus moi, et que sa terreur ne m’épouvante pas.

Je parlerai alors sans l’appréhender : car dans la crainte où je suis, je ne puis répondre.