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Job 41
JE ne le susciterai point par un effet de cruauté. Car qui est-ce qui peut résister à mon visage ?
Qui m’a donné le premier, afin que je lui rende ce qui lui est dû ? Tout ce qui est sous le ciel, est à moi.
Je ne l’épargnerai point ; je ne me laisserai point fléchir ni à la force de ses paroles, ni à ses prières les plus touchantes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Si cependant quelqu’un me résiste, je ne l’épargnerai pas, malgré, etc.
Qui découvrira la superficie de son vêtement ? et qui entrera dans le milieu de sa gueule ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qui découvrira, etc. Dieu reprend la description de Léviathan.
Qui ouvrira l’entrée de ses mâchoires ? La terreur habite autour de ses dents.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les portes de son visage sont l’entrée de ses mâchoires. La gueule du crocodile est si vaste, qu’il dévore et avale aisément un homme. ― Della Valle raconte qu’un crocodile qui n’avait cependant que 25 palmes de long, coupa en deux une pelle de fer qu’on lui mit dans la mâchoire.
Son corps est semblable à des boucliers d’airain fondu ; il est couvert d’écailles qui se serrent et se pressent.
L’une est jointe à l’autre sans que le moindre souffle passe entre deux.
Elles s’attachent ensemble, et elles s’entretiennent, sans que jamais elles se séparent.
Lorsqu’il éternue, il jette des éclats de feu, et ses yeux étincellent comme la lumière du point du jour.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ses yeux sont comme les paupières de l’aurore. Les yeux du crocodile sont en égyptien le signe hiéroglyphique qui désigne l’aurore.
Il sort de sa gueule des lampes qui brûlent comme des torches ardentes.
Une fumée se répand de ses narines, comme d’un pot qui bout sur un brasier.
Commentaire (versets 10 à 11) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 10 à 11 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Lorsque le crocodile, après un long séjour dans l’eau reparaît à sa surface, il semble vomir de la fumée et du feu. Bartram raconte dans ses Voyages (Travels through North and South Carolina, Philadelphie, 1791, p. 116), que pendant qu’il remontait l’Alatamaha dans la Floride occidentale, cherchant un soir à terre un endroit commode pour prendre son repas, il aperçut un crocodile qui sortait avec bruit du milieu des roseaux pour se jeter dans un petit lac. « Il enfla son corps monstrueux et agita sa queue dans les airs. Une épaisse fumée s’élança de ses naseaux largement ouverts avec un bruit qui fit presque trembler la terre. » Et plus loin : « D’abord il nage avec la rapidité de l’éclair, mais il ralentit peu à peu sa marche, jusqu’à ce qu’il atteigne le milieu du fleuve. Là il s’arrête, et aspirant tout à la fois l’air et l’eau par sa large gueule, son corps devient énorme et pendant un moment on entend un grand bruit dans son gosier. Puis, tout d’un coup il fait rejaillir avec fracas de sa bouche et de son nez une vapeur qui produit comme un nuage de fumée. »
Son haleine allume des charbons, et la flamme sort du fond de sa gueule.
La force est dans son cou, et la famine marche devant lui.
Les membres de son corps sont liés les uns avec les autres ; les foudres tomberont sur lui sans qu’il s’en remue d’un côté ni d’autre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et elles ne se porteront, etc. Les foudres que Dieu lancera sur lui ne manqueront pas de l’atteindre. Tout fort, tout robuste, tout terrible qu’il est, le crocodile ne saurait résister à la main toute-puissante de Dieu.
Son cœur s’endurcira comme la pierre, et se resserrera comme l’enclume sur laquelle on bat sans cesse.
Lorsqu’il sera élevé, les anges craindront, et dans leur frayeur ils se purifieront.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des anges ; ou plutôt des forts, comme le porte le texte hébreu ; c’est-à-dire des grands, des hommes puissants. Ainsi, lorsque le crocodile paraîtra hors de l’eau, les hommes les plus puissants, les plus considérables du pays, seront saisis de frayeur et d’épouvante. ― Ils se purifieront de leurs péchés, en faisant pénitence.
Si on le veut percer de l’épée, ni l’épée, ni les dards, ni les cuirasses ne pourront subsister devant lui.
Car il méprisera le fer comme de la paille, et l’airain comme un bois pourri.
L’archer le plus adroit ne le mettra point en fuite ; les pierres de la fronde sont pour lui de la paille sèche.
Le marteau n’est encore pour lui qu’une paille légère, et il se rira des dards lancés contre lui.
Commentaire (versets 17 à 20) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 17 à 20 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
« La nature a pourvu à la sûreté des crocodiles en les revêtant d’une armure presque impénétrable ; tout leur corps est couvert d’écailles, excepté le sommet de la tête, où la peau est collée immédiatement sur l’os… Ces écailles carrées ont une très grande dureté et une flexibilité qui les empêche d’être cassantes ; le milieu de ces lames présente une sorte de crête dure qui ajoute à leur solidité. » (LACEPEDE.) Thévenot, compare le dos du crocodile, à cause de ces pointes, à une porte qui serait toute garnie de clous de fer et si dure qu’aucune lance ne pourrait la percer. « Les écailles du crocodile sont à l’épreuve de la balle, à moins que le coup ne soit tiré de très près ou le fusil très chargé. Les nègres s’en font des bonnets, ou plutôt des casques, qui résistent à la hache. » (LABAT.)
Les rayons du soleil seront sous lui, et il marchera sur l’or comme sur la boue.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sous lui, etc. Il s’élèvera si fort au-dessus des eaux que les rayons du soleil seront au-dessous de lui. ― Il fera son lit ; c’est le seul sens que puisse comporter la Vulgate, et même le texte hébreu, qu’elle a rendu avec une rigoureuse fidélité. ― Sur l’or comme la boue. Le corps étant couvert d’écailles carrées ou de boucliers osseux, cet animal peut se coucher sur un dur métal comme un sur une terre molle.
Il fera bouillir le fond de la mer comme l’eau d’un pot, et il la fera paraître comme un vaisseau plein d’onguents qui s’élèvent par l’ardeur du feu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La profonde mer. Le crocodile se tient ordinairement dans les eaux douces ; mais il ne faut pas oublier que le Nil est appelé dans l’Ecriture mer, à cause de sa grandeur et de ses inondations réglées, et qui durent si longtemps, et que dans le style des Hébreux tous les grands amas d’eaux, les lacs, les étangs, portent le nom de mers. ― Plusieurs voyageurs affirment que le crocodile communique aux eaux qu’il habite une forte odeur de musc, et quelques commentateurs pensent que c’est pour ce motif que le fleuve dans lequel il nage est comparé ici à un vase de parfums en ébullition. « Le crocodile, dit Rüppel, à quatre glandes à musc. Elles communiquent à sa chair une odeur désagréable qui a empêché beaucoup d’Européens qui l’ont goûtée d’en manger. Les Berbères se servent de ce musc comme pommade pour les cheveux.
La lumière brillera sur ses traces ; il verra blanchir l’abîme après lui.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Derrière lui, etc. La rapidité et le mouvement du crocodile dans l’eau sont tels, qu’il laisse des traces de son passage par un long sillon d’écume et par la blancheur de l’eau semblable aux cheveux blancs d’un vieillard. ― Paraîtra ; sera estimé, regardé ; littéralement et par hébraïsme, estimera, regardera. Voir, sur cet hébraïsme, Job, 40, 19.
Il n’y a point de puissance sur la terre qui puisse lui être comparée, puisqu’il a été créé pour ne rien craindre.
Il ne voit rien que de haut et de sublime ; c’est lui qui est le roi de tous les enfants d’orgueil.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les fils de l’orgueil ; hébraïsme, pour les orgueilleux, les superbes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je ne suis, etc. Pour moi (c’est toujours Dieu qui parle) qui connais la force extraordinaire de Léviathan, je ne le susciterai pas contre les hommes par un esprit de cruauté. Je le pourrais, si je voulais ; car qui oserait résister à mon simple regard ?