Confort de lecture
Ces réglages restent sur cet appareil et valent pour toutes les pages de lecture du site.
Job 29
JOB prenant encore la parole, continua son discours, et dit :
Qui m’accordera d’être encore comme j’ai été autrefois, dans ces jours heureux où Dieu prenait lui-même soin de me garder ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Job, voyant que ses amis ne répondaient pas à ses raisons, continue à parler dans ce chapitre et les deux suivants. C’est ici un discours nouveau, mais qui tend au même but que les précédents. Il y fait d’abord son apologie en réponse aux reproches injustes que lui avait faits Eliphaz (voir Job, 22, verset 5 et suivants). Il termine par une peinture de ses maux, et soutient qu’ils ne sont pas la punition de ses crimes passés (du chapitre 29 au chapitre 31).
lorsque sa lampe luisait sur ma tête, et que dans les ténèbres je marchais à la lueur de sa lumière :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sa lampe, etc. dans un grand nombre de passages de la Bible, la lumière marque la prospérité, et les ténèbres l’adversité.
comme j’étais aux jours de ma jeunesse, lorsque Dieu habitait en secret dans ma maison,
lorsque le Tout-Puissant était avec moi, et toute ma famille autour de moi ;
lorsque je lavais mes pieds dans le beurre, et que la pierre répandait pour moi des ruisseaux d’huile ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je lavais mes pieds, etc. Ces expressions hyperboliques indiquent une grande abondance. ― Le beurre est ordinairement à l’état liquide en Orient.
lorsque j’allais prendre ma place à la porte de la ville, et que l’on me préparait un siège élevé dans la place publique ?
Les jeunes gens me voyant se retiraient par respect, et les vieillards se levant se tenaient debout ;
les princes cessaient de parler, ils mettaient le doigt sur leur bouche ;
les grands s’imposaient silence, et leur langue demeurait comme attachée à leur palais.
L’oreille qui m’écoutait me publiait bienheureux, et l’œil qui me voyait me rendait témoignage, en publiant
que j’avais délivre le pauvre qui criait, et l’orphelin qui n’avait personne pour le secourir.
Celui qui était près de périr me comblait de benédictions, et je remplissais de consolation le cœur de la veuve.
Je me suis revêtu de la justice ; et l’équité que j’ai gardée dans mes jugements, m’a servi comme d’un vêtement royal et d’un diadème.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’équité de mes jugements. La Vulgate dit simplement mon jugement ; mais le terme hébreu signifie aussi quelquefois jugement équitable. Or le contexte exige qu’on lui donne ici ce sens.
J’ai été l’œil de l’aveugle, et le pied du boiteux.
J’étais le père des pauvres, et je m’instruisais avec un extrême soin des affaires que je ne savais pas.
Je brisais les mâchoires de l’injuste, et je lui arrachais sa proie d’entre les dents.
Je disais : Je mourrai dans le petit nid que je me suis fait, et je multiplierai mes jours comme le palmier.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comme le palmier. En hébreu : comme le sable. Quelques modernes traduisent à tort : comme le phénix.
Je suis comme un arbre dont la racine s’étend le long des eaux, et la rosée se reposera sur mes branches.
Ma gloire se renouvellera de jour en jour, et mon arc se fortifiera dans ma main.
Ceux qui m’écoutaient, attendaient que j’eusse parlé, et ils recevaient mon avis avec un silence plein de respect.
Ils n’osaient rien ajouter à mes paroles, et elles tombaient sur eux comme les gouttes de la rosée.
Ils me souhaitaient comme la campagne sèche attend l’eau du ciel, et leur bouche s’ouvrait pour m’entendre, comme la terre s’ouvre aux pluies de l’arrière-saison.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans ces contrées orientales, il ne pleut guère qu’en deux saisons de l’année, au printemps et en automne. Comme les pluies de l’automne succèdent aux grandes chaleurs de l’été, et lorsque la terre était toute desséchée, et comme altérée, les auteurs sacrés empruntent de là des images, pour marquer une grande avidité, un ardent désir.
Si je riais quelquefois avec eux, ils ne pouvaient pas le croire, et la lumière de mon visage ne tombait point à terre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La lumière de mon visage ; c’est-à-dire un regard gracieux de ma part. ― Ne tombait pas à terre ; n’était pas négligé, était au contraire très bien accueilli.
Si je voulais aller parmi eux, je prenais ma place au-dessus de tous ; et lorsque j’étais assis comme un roi au milieu des gardes qui m’environnaient, je ne laissais pas d’être le consolateur des affligés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Job prenant encore, etc. Voir Job, 27, 1. ― XIe discours de Job, du chapitre 29 au chapitre 31. ― En décrivant d’une manière si éloquente l’impénétrabilité de la sagesse divine, Job a montré à ses amis combien il était téméraire de leur part de vouloir assigner les raisons pour lesquelles Dieu le faisait souffrir. Comme ils ne lui répondent rien, Job commence un long discours, divisé en trois parties : ― I. il décrit sa félicité passée, qu’il ne peut se rappeler sans douleur dans son état présent ; ― II. il décrit ensuite ses douleurs actuelles ; ― III. enfin il dit combien elles sont pour lui inexplicables, parce qu’il n’a pas conscience de les avoir méritées par ses péchés. Ce discours est moins une continuation de la discussion qu’une récapitulation méthodique et complète de ce qu’il avait avancé déjà : ― 1° qu’il n’a pas mérité son malheur et ― 2° qu’il en ignore la cause. ― Ire partie : Félicite passée, chapitre 29. ― 1° Souvenirs mélancoliques du bonheur, des honneurs et de la considération dont il a autrefois joui, versets 2 à 11. ― 2° La considération dont il jouissait était méritée par son zèle à défendre les droits de l’opprimé ; c’est pourquoi il croyait pouvoir compter sur la stabilité de son bonheur, versets 12 à 20. ― 3° Il inspirait à tous confiance, et cette confiance était fondée sur la peine qu’il prenait pour l’intérêt du prochain, versets 21 à 25.