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Job 21

JOB répondit ensuite à Sophar, et dit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

VIIe discours de Job ; IIe réponse à Sophar, chapitre 21. Job s’est principalement attaché, dans ses discours précédents, à convaincre ses amis de son innocence ; ne pouvant y réussir, il se tourne maintenant contre eux, et, abandonnant le terrain de la justification personnelle pour se jeter sur celui des principes, il attaque leur thèse en elle-même ; il ne se borne plus à leur dire qu’ils la proposent d’une manière trop générale et qu’ils lui en font une fausse application, il la nie. ― 1° Il va leur donner une réponse décisive ; ils cesseront ainsi de le railler, versets 2 à 4. ― 2° C’est le contraire de ce qu’ils affirment qui est la vérité : beaucoup d’impies sont heureux sur la terre, versets 5 à 15. ― 3° Toute leur argumentation contre ce fait d’expérience est sans force ; ce serait orgueil de leur part que de le nier et de vouloir tracer à Dieu la voie qu’il doit suivre, versets 16 à 26. ― 4° Il sent bien les applications malignes que renferment leurs discours, mais leurs affirmations sont démenties par l’expérience, versets 27 à 34.

Ecoutez, je vous prie, mes paroles, et changez de sentiment.

Souffrez que je parle ; et après cela moquez-vous, si vous voulez, de ce que je dis.

Est-ce avec un homme que je prétends disputer ? N’est-ce pas avec grand sujet que je m’afflige ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

N’ai-je pas un juste sujet d’être contristé, quand je n’ai pas affaire à un homme, mais à Dieu, qui par les maux dont il m’accable semble autoriser les accusations de mes ennemis ?

Jetez les yeux sur moi, et soyez frappés d’étonnement, mettez le doigt sur votre bouche.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Soyez dans l’étonnement. La chose étonnante dont va parler Job, c’est, selon la plupart des commentateurs modernes, la prospérité des méchants sur la terre. Saint Jérôme pense, et avec plus de raison, ce semble, qu’il s’agit du bonheur que Dieu accorde indistinctement aux méchants et aux bons, sans mettre entre eux aucune différence sensible et apparente.

Pour moi quand je me souviens de mon état, j’en suis épouvanté, et j’en tremble de tout mon corps.

Pourquoi donc les impies vivent-ils si heureusement ? Pourquoi sont-ils si élevés et si remplis de richesses ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 12, 1 ; Habacuc, 1, vv. 3, 13.

Ils voient leur race fleurir et se conserver devant leurs yeux ; ils sont environnés d’une grande troupe de leurs proches et de leurs petits-enfants.

Leurs maisons jouissent d’une profonde paix, et la verge de Dieu ne les touche point.

Leurs vaches conçoivent et conservent leur fruit, elles s’en déchargent sans avorter jamais.

On voit sortir en foule de leurs maisons leurs enfants qui dansent et qui sautent en se jouant.

Ils tiennent des tambours et des harpes, et ils se divertissent au son des instruments de musique.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Orgue ; instrument qui, chez les anciens Hébreux, était un composé de plusieurs tuyaux de flûte collés ensemble, et dont on jouait en faisant passer successivement ces divers tuyaux le long de la lèvre d’en bas. On considère assez généralement ici le mot Organum de la Vulgate comme un collectif et on le traduit par des instruments de musique. ― Une harpe, en hébreu, kinnor, instruments à cordes, sorte de harpe.

Ils passent leurs jours dans les plaisirs, et en un moment ils descendent dans le tombeau.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En un moment ils descendent dans les enfers. Ils sont heureux jusqu’à la fin de leur vie, mais la mort met brusquement un terme à leur félicité et les remplit d’épouvante en les précipitant dans le scheôl.

Ils disent à Dieu : Retirez-vous de nous, nous ne voulons point connaître vos voies.

Qui est le Tout-Puissant pour nous obliger à le servir ? et si nous le prions, quel bien nous en reviendra-t-il ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Malachie, 3, 14.

Mais que les pensées de ces impies soient loin de moi, puisque les biens dont ils jouissent ne sont point en leur puissance.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En leur main ; c’est-à-dire ne leur puissance. ― J’avoue que les méchants sont souvent heureux, mais leur bonheur n’est pas sûr, aussi à Dieu ne plaise que j’ai leurs sentiments.

Combien de fois aussi voyons-nous que la lumière des impies s’éteint tout d’un coup, et qu’il leur survient un déluge de maux, lorsque Dieu les accable de douleurs, et leur partage les effets de sa fureur ?

Ils deviennent comme la paille que le vent dissipe, et comme la poussière qui est enlevée par un tourbillon.

Dieu fera passer aux enfants la peine du père ; et après l’avoir puni selon son impiété, alors il lui fera comprendre la grandeur de son crime.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Alors il comprendra qu’il y a une souveraine justice qui rendra à chacun selon ses mérites.

Il verra de ses propres yeux sa ruine entière ; et il boira de la fureur du Tout-Puissant.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ses yeux, etc. Il verra de ses propres yeux sa ruine entière ; littéralement son meurtre.

Car que lui importe ce que deviendra sa maison après lui, si Dieu lui retranche la moitié de ses années ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lors même, ou bien et si, c’est-à-dire que lui importe encore, si le nombre, etc. Le verset est susceptible de cette double analyse.

Qui entreprendra d’enseigner à Dieu quelque chose, lui qui juge les grands de la terre ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ceux qui sont élevés ; les grands de la terre, selon les uns, les habitants du ciel, selon les autres. Le terme hébreu est, comme celui de la Vulgate, susceptible de ces deux sens. Les Septante ont traduit phonous, c’est-à-dire meurtres ; mais il y a des exemplaires qui portent sohous ou sages.

Un homme meurt fort de corps, sain, riche et heureux,

dont les entrailles étaient chargées de graisse, et les os pleins et comme arrosés de moelle ;

un autre meurt dans l’amertume de son âme, et sans aucun bien :

et néanmoins ils dormiront tous deux dans la poussière du sépulcre, et ils seront tous deux mangés des vers.

Je connais bien vos pensées, et les jugements injustes que vous faites de moi.

Car vous dites : Qu’est devenue la maison de ce prince ? et où sont maintenant les tentes des impies ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Où est la maison, etc. La maison d’un mauvais prince et les tabernacles des impies ne subsistent plus, parce que c’étaient des méchants que Dieu a fait périr. Ainsi, c’est parce que tu es méchant que Dieu t’a traité comme eux.

Consultez le premier de ceux que vous trouverez dans le chemin, et vous verrez qu’il connaît cette même vérité :

Que le méchant est réservé pour le moment où il doit périr, et que Dieu le conduira jusqu’au jour où il doit répandre sur lui sa fureur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ce verset renferme la réponse des passants, c’est-à-dire des voyageurs étrangers.

Qui le reprendra en sa présence de ses voies injustes ? et qui lui rendra le mal qu’il a fait ?

Il sera porté un jour au tombeau, et il demeurera pour jamais parmi la foule des morts.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il veillera ; il vivra encore en quelque sorte à la faveur d’un mausolée fastueux qui conservera sa mémoire parmi les hommes ; ou bien il vivra en enfer parmi les morts.

Sa présence a été agréable sur le rivage du Cocyte ; un nombre innombrable de personnes l’y ont précédé, et il y entraînera tous les hommes après lui.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il a été agréable au gravier du Cocyte, tant par la magnificence du tombeau qu’il s’y est fait élever que par la majesté de la pompe funèbre qui l’a accompagné. ― Le Cocyte, fleuve fabuleux, qui selon les poètes païens arrose l’enfer. Saint Jérôme a donc pu employer ce mot pour désigner le lieu où l’impie est précipité à sa mort, comme il a employé après saint Pierre le terme Tartare pour exprimer la même idée. Comparer à 2 Pierre, 2, 4. ― Le texte original porte : « Les pierres de la vallée (où il est enseveli) lui sont légères, et tous les hommes y vont à sa suite, comme de nombreuses générations l’y ont précédé. »

Comment donc voulez-vous me donner une vaine consolation, puisque j’ai fait voir que ce que vous dites est contraire à la vérité ?