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2 Machabées 8

Cependant Judas Machabée et ceux qui étaient avec lui, entraient secrètement dans les villages et les châteaux, et faisaient venir leurs parents et leurs amis ; et prenant avec eux ceux qui étaient demeurés fermes en la religion judaïque, ils attirèrent à eux jusqu’à six mille hommes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Villages. C’est le sens du mot castella de la Vulgate, expliqué par le texte grec.

Et ils invoquaient le Seigneur, afin qu’il regardât favorablement son peuple, que tout le monde foulait aux pieds ; qu’il fût touché de compassion pour son temple, qui était profané par les impies ;

Qu’il eût pitié des ruines de la ville qui allait être détruite et rasée, et qu’il écoutât la voix du sang qui criait jusqu’à lui ;

Qu’il se souvînt aussi des meurtres si injustes des petits innocents, et des blasphèmes que l’on avait proférés contre son nom, et qu’il conçût de l’indignation contre ces excès.

Machabée, ayant donc rassemblé près de lui beaucoup de gens, devenait formidable aux nations ; car la colère du Seigneur se changea alors en miséricorde.

Il surprenait tout d’un coup les villages et les villes, et les brûlait ; et se saisissant des lieux les plus avantageux, il taillait en pièces un grand nombre d’ennemis ;

Il faisait principalement ces courses pendant la nuit, et le bruit de sa valeur se répandait de toutes parts.

Alors Philippe, voyant le progrès que ce grand homme faisait de jour en jour, et le bonheur de ses entreprises qui réussissaient presque toujours, écrivit à Ptolémée, qui commandait dans la Célésyrie et dans la Phénicie, de lui envoyer du secours pour fortifier le parti du roi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Philippe. Voir 1 Machabées, 6, 14. ? Ptolémée. Voir 1 Machabées, 3, 38.

Ptolémée lui envoya aussitôt Nicanor, fils de Patrocle, l’un des plus grands de la cour, et son ami, à qui il donna environ vingt mille hommes de guerre, de diverses nations, afin qu’il exterminât tout le peuple juif ; et il joignit avec lui Gorgias, grand capitaine, et homme d’une longue expérience dans les choses de la guerre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nicanor, Gorgias, voir 1 Machabées, 3, 38. ? Son ami, voir 1 Machabées, 2, 18.

Nicanor résolut de payer le tribut de deux mille talents que le roi devait aux Romains, de l’argent qui reviendrait de la vente des esclaves juifs ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Antiochus le Grand, père d’Antiochus d’Epiphane, ayant été vaincu par les Romains, dut payer quinze mille talents pour les frais de la guerre ; les deux mille talents que devait alors Antiochus Epiphane, étaient le reste de cette somme. Or ce sont ces deux mille talents que Nicanor se flatta de fournir au roi, pour lui faire sa cour. ? Talents. Voir 1 Machabées, 11, 28.

Et il envoya en même temps vers les villes maritimes, pour inviter les marchands à venir acheter des esclaves juifs, promettant de leur en donner quatre-vingt-dix pour un talent, sans faire réflexion sur la vengeance du Tout-Puissant, qui devait bientôt tomber sur lui.

Judas ayant appris l’arrivée de Nicanor, en avertit les Juifs qui l’accompagnaient.

Quelques-uns étant saisis de crainte, n’ayant pas confiance en la justice de Dieu, prirent la fuite ;

Les autres vendaient tout ce qui pouvait leur être resté, et en même temps ils conjuraient le Seigneur de les délivrer de l’impie Nicanor, qui, avant même de s’être approché d’eux, les avait vendus ;

Sinon pour l’amour d’eux-mêmes, au moins en considération de l’alliance qu’il avait faite avec leurs pères, et de l’honneur qu’ils avaient de porter son nom si grand et si saint.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De les délivrer, sinon à cause, etc.

Machabée, ayant fait assembler les sept mille hommes qui étaient avec lui, les conjura de ne se point réconcilier avec leurs ennemis, et de ne point craindre cette multitude d’adversaires qui venaient les attaquer injustement, mais de combattre avec un grand courage,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sept mille ; selon le grec, six mille, ce qui s’accorde avec le verset 22.

Ayant devant les yeux la profanation si indigne dont ils avaient déshonoré le lieu saint, les insultes et les outrages qu’on avait faits à la ville, et le violement des ordonnances des anciens.

Car pour eux, ajoutait-il, ils se fient sur leurs armes et sur leur audace ; mais pour nous, nous mettons notre confiance dans le Seigneur tout-puissant, qui peut renverser par un clin d’œil, et tous ceux qui nous attaquent, et le monde entier.

Il les fit souvenir aussi des secours que Dieu avait autrefois donnés à leurs pères, et des cent quatre-vingt-cinq mille hommes qui furent tués du temps de Sennachérib ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 4 Rois, 19, 35 ; Tobie, 1, 21 ; Ecclésiastique, 48, 24 ; Isaïe, 37, 36 ; 1 Machabées, 7, 41.

Et de la bataille qu’ils avaient donnée contre les Galates en Babylone, dans laquelle les Macédoniens qui étaient venus à leur secours, étant ébranlés, six mille d’entre eux seulement avaient tué six-vingt mille hommes, à cause du secours qu’ils avaient reçu du ciel, et avaient ensuite obtenu pour récompense de grandes faveurs.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De la bataille. On ignore le temps et l’occasion de cette bataille. On sait seulement que sous le règne d’Antiochus le grand, les Galates étaient très puissants en Asie, et que les Juifs, depuis Alexandre le grand, servaient ordinairement dans les armées des rois de Syrie. ? Les Macédoniens, c’est-à-dire, les troupes grecques et syriennes auxquelles on avait confié la garde de la Babylonie, en y joignant un corps de Juifs. ? Six mille ; selon le grec, quatre mille. Voir le verset 16.

Ces paroles les remplirent de courage, en sorte qu’ils étaient prêts à mourir pour leurs lois et pour leur patrie.

Il divisa son armée en plusieurs corps, et en donna le commandement à ses frères, Simon, Joseph, et Jonathas, chacun d’eux ayant sous soi quinze cents hommes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De l’un et de l’autre corps. Le grec pas plus que la Vulgate n’est susceptible d’aucun autre sens. Ce qui suppose que l’armée était divisée en deux corps ou régiments divisés eux-mêmes en quatre compagnies, dont une était commandée par Judas (voir cependant le verset suivant), et les autres par ses frères. Or, chacune de ces compagnies se composent de quinze cent hommes, on a le nombre de six mille, marqué au verset 16 du texte grec. ? Joseph ne se trouvant pas ailleurs au nombre des frères de Juda, les uns croient que c’est Jean (voir 1 Machabées, 2, 2), les autres prétendent que ce Joseph était simplement parent ou beau-frère de Judas.

Esdras leur ayant lu aussi le livre saint, le général, après les avoir assurés du secours de Dieu, se mit lui-même à la tête de l’armée, et marcha contre Nicanor.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le livre saint, c’est-à-dire, un ou plusieurs passages ; peut-être Deutéronome, 20, verset 2 et suivants. Comparer à 1 Machabées, 3, 56. ? Esdras ; le grec porte Eléazar, mis à l’accusatif, comme quatrième complément du verbe il établit (constituit) du verset précédent, et il présente Judas en lui-même comme ayant lu dans le livre saint. ? Le secours, etc. ; leur ayant donné pour signal un mot d’ordre du guet : Le secours de Dieu. Comparer à 2 Machabées, 13, 15. ? Esdras ou Eléazar était sans doute un prêtre attaché à l’armée.

Et le Seigneur tout-puissant s’étant déclaré en leur faveur, ils tuèrent plus de neuf mille hommes ; et la plus grande partie de l’armée de Nicanor s’étant affaiblie par les blessures qu’elle avait reçues, ils la forcèrent de prendre la fuite.

Ils prirent tout l’argent de ceux qui étaient venus pour les acheter, et les poursuivirent bien loin :

Mais ils revinrent, se voyant pressés de l’heure, parce que c’était la veille du sabbat ; ce qui les empêcha de continuer à les poursuivre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Avant, etc. ; la veille du sabbat, qui commençait au coucher du soleil.

Ayant ensuite ramassé les armes et les dépouilles des ennemis, ils célébrèrent le sabbat, en bénissant le Seigneur qui les avait délivrés en ce jour-là, et qui avait répandu sur eux comme les premières gouttes de la rosée de sa miséricorde.

Après le sabbat, ils firent part des dépouilles aux infirmes, aux orphelins, et aux veuves ; et ils retinrent le reste pour eux et pour ceux qui leur appartenaient.

Ils firent après cela la prière tous ensemble, en conjurant le Seigneur très-miséricordieux de se réconcilier pour toujours avec ses serviteurs.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Enfin (in finem) ; ou bien par hébraïsme, entièrement, pour toujours.

Ils tuèrent dans la suite plus de vingt mille hommes des gens de Timothée et de Bacchide qui combattaient contre eux ; ils se rendirent maîtres de diverses places fortes, et ils firent un grand butin, qu’ils partagèrent également entre les malades, les orphelins. les veuves, et même les vieillards.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Timothée. Voir 1 Machabées, 5, 6. ? Bacchide est consid?ré communément comme le même que celui dont il est parlé à 1 Machabées, 7, 8.

Ils ramassèrent avec soin les armes de leurs ennemis, qu’ils mirent en réserve dans des lieux avantageux : et ils portèrent le reste des dépouilles à Jérusalem :

Ils tuèrent aussi Philarque, qui était un homme très-méchant, et l’un de ceux qui accompagnaient Timothée, et qui avait fait aux Juifs beaucoup de maux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Philarque, connu seulement par ce passage.

Et lorsqu’ils rendaient à Dieu dans Jérusalem des actions de grâces pour cette victoire, ils découvrirent que Callisthène, qui avait brûlé les portes sacrées, s’était sauvé dans une certaine maison, et ils l’y brûlèrent, Dieu lui rendant de la sorte une digne récompense pour toutes les impiétés qu’il avait commises.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Callisthène, partisan de Nicanor.

Mais Nicanor, cet homme couvert de crimes, qui avait amené mille marchands pour leur vendre les esclaves juifs,

Ayant été humilié, avec le secours du Seigneur, par ceux mêmes qu’il avait regardés comme des gens de néant, s’enfuit par la mer Méditerranée, après s’être dépouillé des riches habits qui le distinguaient, et arriva seul à Antioche, ayant trouvé le comble de ses malheurs dans la perte de son armée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Par le milieu des terres, par le chemin le plus direct et le plus court.

Et celui qui avait promis de payer le tribut aux Romains du prix de la vente des habitants de Jérusalem qu’il ferait esclaves, publiait alors que les Juifs avaient Dieu pour protecteur, et qu’ils étaient invulnérables, à cause qu’ils s’attachaient à suivre les lois qu’il leur avait données.