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Néhémie 2
LA vingtième année du règne d’Artaxerxès, au mois de Nisan, on apporta du vin devant le roi : je le pris et le lui servis. Alors le roi me trouvant le visage tout abattu,
me dit : Pourquoi avez-vous le visage si triste, quoique vous ne me paraissiez pas malade ? Il faut que vous en ayez sujet, et que vous cachiez dans votre cœur quelque chagrin. À ces paroles je fus saisi d’une grande crainte,
et je dis au roi : Ô roi, que votre vie soit éternelle ! Pourquoi mon visage ne serait-il pas abattu, puisque la ville où sont les tombeaux de mes pères est toute déserte, et que ses portes ont été brûlées ?
Le roi me dit : Que me demandez-vous ? Je priai le Dieu du ciel,
et je dis au roi : Si ma demande ne déplaît pas au roi, et si votre serviteur vous est agréable, envoyez-moi, je vous prie, en Judée, à la ville des sépulcres de mes pères, afin que je la fasse rebâtir.
Le roi et la reine, qui était assise auprès de lui, me dirent : Combien durera votre voyage, et quand reviendrez-vous ? Je leur marquai le temps de mon retour, et le roi l’agréa, et il me permit de m’en aller.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La reine ne mangeait pas publiquement avec le roi, mais elle mangeait avec lui en particulier, comme nous le voyons dans le livre d’Esther et comme nous l’attestent les monuments anciens. ― Je lui marquai le temps, douze ans, ainsi qu’il résulte de ce qui est dit plus loin, voir 2 Esdras, 5, 14 ; 13, 6.
Je lui dis encore : Je supplie le roi de me donner des lettres pour les gouverneurs du pays de delà le fleuve, afin qu’ils me fassent passer sûrement, jusqu’à ce que je sois arrivé en Judée.
Je le supplie aussi qu’il me donne une lettre pour Asaph, grand maître de la forêt du roi, afin qu’il me soit permis d’y prendre du bois pour pouvoir couvrir les portes des tours du temple, les murailles de la ville, et la maison où je me retirerai. Le roi m’accorda ma demande, parce que la main favorable de mon Dieu était sur moi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De la forêt du roi, dans le texte original ; du paradis, c’est-à-dire du parc royal. Divers commentateurs ont soupçonné que ce parc royal était les jardins d’Etham, arrosés par les étangs appelés Etangs de Salomon, au sud de Jérusalem. ― Les portes de la tour de la maison. Ces mots sont obscurs. Il s’agit ou des portes du parvis du Temple, ou des portes de la forteresse qui était au nord du Temple et fut connue du temps des Machabées, qui la reconstruisirent, sous le nom de Bâris ; ce nom rappelle celui de Birâh qu’on lit ici dans l’original et qui est traduit Bâris, dans le grec.
J’allai donc trouver les gouverneurs du pays de delà le fleuve, et je leur présentai les lettres du roi. Or le roi avait envoyé avec moi des officiers de guerre et des cavaliers.
Sanaballat, Horonite, et Tobie, Ammonite, serviteur du roi, ayant été avertis de mon arrivée, furent saisis d’une extrême affliction, voyant qu’il était venu un homme qui cherchait à procurer le bien des enfants d’Israël.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sanaballat était sans doute le chef de la Samarie. Il est appelé l’Horonite, parce qu’il était originaire d’Horonaïm, ville moabite, ou plutôt de l’une des deux Bethoron, la haute ou la basse, qui faisaient partie de la tribu d’Ephraïm. ― Tobie est désigné comme le serviteur Ammanite, soit parce qu’il était d’origine ammonite, soit parce qu’il avait été esclave chez les Ammonites.
Étant arrivé à Jérusalem, j’y demeurai pendant trois jours,
et je me levai la nuit ayant peu de gens avec moi. Je ne dis à personne ce que Dieu m’avait inspiré de faire dans Jérusalem, et je ne pris point avec moi de chevaux, hors celui sur lequel j’étais monté.
Je sortis la nuit par la porte de la vallée, je vins devant la fontaine du dragon, et à la porte du fumier ; et je considérais les murailles de Jérusalem, qui étaient toutes abattues, et ses portes qui avaient été brûlées.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La porte de la vallée, qui conduisait à la vallée de Benhinnom, devait être à l’ouest de la ville de Jérusalem, à peu près à l’endroit où est aujourd’hui la porte de Jaffa. ― Devant la fontaine du dragon. Cette fontaine n’est mentionnée sous ce nom que dans ce passage. C’est probablement la fontaine appelée aujourd’hui le Bir-Eyub, à qui l’on avait donné le nom de fontaine du Dragon, au temps d’Esdras, à cause de quelque grand serpent qu’on avait trouvé sans doute dans son voisinage. ― La porte du fumier ou Porte Sterquiline était au sud de Jérusalem. Elle existe encore sous ce nom, mais à une autre place, et conduit à la vallée d’Hinnom. On y voit aussi beaucoup de fumier dans les environs, Voir, pour la description de la topographie de Jérusalem à cette époque la note 17 à la fin du volume (appendices).
Je passai de là à la porte de la fontaine et à l’aqueduc du roi, et je ne trouvai point de lieu par où pût passer le cheval sur lequel j’étais monté.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
A la porte de la fontaine. C’était probablement une porte située au sud du mont Sion qui menait à la Fontaine et à l’étang de Siloé. ― L’aqueduc du roi est sans doute l’aqueduc souterrain creusé dans le roc vif, qui conduit l’eau de la Fontaine de la Vierge à la Fontaine et à l’étang de Siloé ou l’aqueduc dit inférieur. ― Il n’y avait pas d’endroit… Le chemin était obstrué par les ruines et les décombres accumulés.
Il était encore nuit quand je remontai par le torrent, et je considérais les murailles, et je rentrai par la porte de la vallée, et m’en revins.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Par le torrent du Cédron.
Les magistrats cependant ne savaient point où j’étais allé, ni ce que je faisais, et jusqu’alors je n’avais rien découvert de mon dessein ni aux Juifs, ni aux prêtres, ni aux plus considérables d’entre le peuple, ni aux magistrats, ni à aucun de ceux qui avaient le soin des ouvrages.
Je leur dis donc alors : Vous voyez l’affliction où nous sommes. Jérusalem est déserte, et ses portes ont été brûlées. Venez, rebâtissons les murailles de Jérusalem, afin qu’à l’avenir nous ne soyons plus en opprobre.
Je leur rapportai ensuite de quelle manière Dieu avait étendu sa main favorable sur moi, et les paroles que le roi m’avait dites, et je leur dis : Venez, rebâtissons les murailles. Et ils s’encouragèrent à bien travailler.
Mais Sanaballat, Horonite, Tobie, Ammonite, serviteur du roi, et Gosem, Arabe, ayant été avertis de notre entreprise, se raillèrent de nous avec mépris, et dirent : Que faites-vous là ? cette entreprise n’est-elle pas une révolte contre le roi ?
Je répondis à cette parole, et je leur dis : C’est le Dieu du ciel qui nous assiste lui-même, et nous sommes ses serviteurs. Continuons donc à bâtir : car pour vous, vous n’avez ni aucune part, ni aucun droit à Jérusalem, et on ne vous y connaît point.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Au mois de Nisan, mars-avril, en la vingtième année, en 450 avant Jésus-Christ. Comme ce qui est raconté au chapitre Ier s’était passé au mois de Casleu (novembre-décembre) de la même vingtième année, il en résulte que Néhémie ne fait pas commencer l’année au mois de Nisan, selon l’ancienne coutume hébraïque, mais en automne, selon un usage répandu en Orient.