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Esdras 4

OR les ennemis de Juda et de Benjamin apprirent que les Israélites revenus de leur captivité bâtissaient un temple au Seigneur, le Dieu d’Israël :

et étant venus trouver Zorobabel et les chefs des familles, ils leur dirent : Laissez-nous bâtir avec vous ; parce que nous cherchons votre Dieu comme vous, et nous lui avons toujours immolé des victimes, depuis qu’Asor-Haddan, roi d’Assyrie, nous a envoyés en ce lieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les princes des pères. Voir la note précédente. ― Asor-Haddan est Asaraddon, roi de Ninive, fils et successeur de Sennachérib. Il régna de l’an 681 avant Jésus-Christ jusqu’à l’an 668. Il avait envoyé des captifs dans la Samarie.

Zorobabel, Josué et les autres chefs des familles d’Israël leur répondirent : Nous ne pouvons bâtir avec vous une maison à notre Dieu ; mais nous bâtirons nous seuls un temple au Seigneur, notre Dieu, comme Cyrus, roi des Perses, nous l’a ordonné.

Ainsi tout le peuple du pays empêcha autant qu’il put le peuple de Juda de bâtir le temple, et il le troubla dans son ouvrage.

Ils gagnèrent aussi par argent des ministres du roi, pour ruiner leur dessein pendant tout le règne de Cyrus, roi des Perses, jusqu’au règne de Darius, roi des Perses.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Durant les jours de Cyrus, c’est-à-dire le temps que régna encore Cyrus ou environ 5 ans, jusqu’au règne de Darius Ier, fils d’Hystaspe, en tout environ quatorze ans.

Au commencement du règne d’Assuérus, ils présentèrent par écrit une accusation contre ceux qui habitaient en Juda et dans Jérusalem.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Assuérus, Xerxès Ier, fils et successeur de Darius Ier, régna de 485 à 465 avant Jésus-Christ. Il épousa Esther.

Et sous le règne d’Artaxerxès, Bésélam, Mithridate, Thabéel et les autres qui étaient de leur conseil, écrivirent à Artaxerxès, roi des Perses. Leur lettre, par laquelle ils accusaient les Israélites, était écrite en syriaque, et se lisait en la langue des Syriens.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Artaxerxès Ier, surnommé Longuemain, fils et successeur de Xerxès Ier, régna de 465 à 424 avant Jésus-Christ.

Réum Béeltéem, et Samsaï, secrétaire, écrivirent de Jérusalem une lettre au roi Artaxerxès.

Réum Béeltéem, ou intendant, Samsaï, secrétaire, et leurs autres conseillers, les Dinéens, les Apharsathachéens, les Terphaléens, les Apharséens, les Erchuéens, les Babyloniens, les Susanéchéens, les Diévéens et les Élamites,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dinéens, probablement les anciens habitants de la ville de Din, au nord de la Susiane. ― Apharsathachéens, les Parétakènes d’Hérodote, I, 101, sur les confins de la Perse et de la Médie. ― Therphaléens, les Tapoures de Ptolémée, VI, 2, 6, qui habitaient à l’est de l’Elymaïde. ― Apharséens, habitants de Harfati, c’est-à-dire de la Susiane. ― Erchuéens, les gens d’Erech, voir Genèse, 10, 10, aujourd’hui Warka, dans la Chaldée, sur la rive occidentale du bas Euphrate. ― Babyloniens, les gens transportés de Babylone, l’antique capitale de la Chaldée, sur l’Euphrate, où les Juifs avaient été captifs. ― Susanéchéens, les habitants de la ville de Suse, capitale de la Susiane, sur la rivière Ulaï ou Choaspe. ― Diévéens, dans la leçon primitive de l’hébreu, les Déens, c’est-à-dire Dæens des Grecs (Hérodote, I, 125), tribu de montagnards qui habitaient le nord de la Perse. ― Elamites, habitants du pays d’Elam, au nord du golfe Persique.

et les autres d’entre les peuples que le grand et glorieux Asénaphar a transférés d’Assyrie, et qu’il a fait demeurer en paix dans les villes de Samarie, et dans les autres provinces au delà du fleuve : c’était l’inscription de la lettre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Samarie donne ici son nom à tout le pays dont elle était la capitale. Sur la ville elle-même, voir 3 Rois, note 16.24. ― Asénaphar est ou une altération du nom d’Asaraddon (voir verset 2), ou un général de ce roi, ou Assurbanipal.

Et voici la copie de la lettre qu’ils lui envoyèrent : Les serviteurs du roi Artaxerxès qui sont au delà du fleuve, souhaitent au roi toute sorte de prospérité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Au-delà du fleuve de l’Euphrate.

Nous avons cru devoir avertir le roi, que les Juifs qui sont retournés d’Assyrie en ce pays, étant venus à Jérusalem, qui est une ville rebelle et mutine, la rebâtissent, et travaillent à en rétablir les murailles et les maisons.

Nous supplions donc le roi de considérer que si cette ville se rebâtit, et qu’on en relève les murailles, on ne payera plus les tributs, ni les impôts et les revenus annuels, et cette perte retombera jusque sur les rois.

Et comme nous nous souvenons que nous avons été nourris autrefois au palais du roi, et que nous ne pouvons souffrir qu’on blesse ses intérêts en la moindre chose, nous avons cru devoir vous donner cet avis,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le sel se prend ici pour nourriture en général, et même, selon beaucoup d’interprètes, pour entretien, salaire, parce qu’alors, non seulement la paye des ouvriers, des soldats et les gages des serviteurs, mais aussi les honoraires des officiers de la cour, se payaient en partie avec du sel.

et vous supplier d’ordonner que l’on consulte les livres de l’histoire des rois vos prédécesseurs, où vous trouverez écrit, et où vous reconnaîtrez que cette ville est une ville rebelle, ennemie des rois et des provinces, qui a excité des guerres depuis plusieurs siècles, et que c’est pour cela même qu’elle a été ruinée.

Nous vous déclarons donc, ô roi ! que si cette ville est rétablie, et qu’on en rebâtisse les murailles, vous perdrez toutes les terres que vous possédez au delà du fleuve.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Si Jérusalem est relevée de ses ruines et fortifiée, le roi de Perse perdra toutes ses possessions à l’ouest de l’Euphrate, parce que les habitants de Jérusalem sont des séditieux, toujours prêts à se révolter et à souffler le feu de la révolte, et lorsque leur ville sera fortifiée, ils pourront tenir tête au roi de Perse.

Le roi répondit à Réum Béeltéem, et à Samsaï, secrétaire, aux autres habitants de Samarie qui étaient de leur conseil, et à tous ceux qui demeuraient au delà du fleuve. Il leur souhaita premièrement le salut et la paix ; et il leur écrivit en ces termes :

La lettre d’accusation que vous m’avez envoyée a été lue devant moi.

J’ai commandé que l’on consultât les histoires : on l’a fait, et il s’est trouvé que cette ville depuis plusieurs siècles s’est révoltée contre les rois, et qu’il s’y est excité des séditions et des troubles :

car il y a eu dans Jérusalem des rois très-vaillants, qui ont été maîtres de tous les pays qui sont au delà du fleuve, et ils recevaient d’eux des tributs, des tailles et des impôts.

Voici donc ce que j’ai ordonné sur ce que vous proposez : Empêchez ces gens-là de rebâtir cette ville jusqu’à nouvel ordre de ma part.

Prenez garde de n’être pas négligents à faire exécuter cette ordonnance, de peur que ce mal ne croisse peu à peu contre l’intérêt des rois.

La copie de cet édit du roi Artaxerxès fut lue devant Réum Béeltéem, Samsaï, secrétaire, et leurs conseillers. Ils allèrent ensuite en grande hâte la porter aux Juifs dans Jérusalem, et ils les empêchèrent par force de continuer à bâtir.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Avec un bras fort ; c’est-à-dire par la violence et la force, littéralement par hébraïsme et chaldaïsme, avec un bras et force.

Alors l’ouvrage de la maison du Seigneur fut interrompu à Jérusalem, et on n’y travailla point jusqu’à la seconde année du règne de Darius, roi de Perse.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ce verset devrait commencer le chapitre suivant, parce qu’il se rapporte à ce qui suit et non à ce qui précède. La lettre qui vient d’être rapportée et qui fut adressée à Artaxerxès Ier (465 à 424) est postérieure aux événements dont parle le verset 24 et le chapitre 5, qui nous reportent à la seconde année de Darius Ier, fils Hystaspe, c’est-à-dire à l’an 522, puisque ce prince régna de 523 à 485 avant Jésus-Christ. La lettre des Samaritains a été insérée dans le chapitre 4 pour montrer dans un tableau d’ensemble toutes les difficultés que les ennemis du peuple de Dieu lui avaient suscitées ; au verset 24, l’historien revient en arrière pour reprendre le fil des événements. La lettre parle des murailles et des fortifications de Jérusalem ; le chapitre 5 s’occupe de la reconstruction du temple.