Confort de lecture
Ces réglages restent sur cet appareil et valent pour toutes les pages de lecture du site.
2 Rois 5
NAAMAN, général de l’armée du roi de Syrie, était un homme puissant et en grand honneur auprès du roi, son maître, parce que le Seigneur avait sauvé par lui la Syrie. Il était vaillant et riche, mais lépreux.
Or quelques brigands étant sortis de Syrie, avaient emmené captive une petite fille du pays d’Israël, qui fut depuis mise au service de la femme de Naaman.
Cette fille dit à sa maîtresse : Plût à Dieu que mon seigneur eût été trouver le prophète qui est à Samarie. Il l’aurait sans doute guéri de sa lèpre.
Sur cela Naaman vint trouver son maître, et lui dit : Une fille d’Israël a dit telle et telle chose.
Le roi de Syrie lui répondit : Allez, j’écrirai pour vous au roi d’Israël. Il partit donc de Syrie ; il prit avec lui dix talents d’argent, six mille écus d’or, et dix habillements neufs,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le talent d’argent valait à peu près 4414 francs 50 ; et le sicle d’or environ 10 francs 51. ― Dix rechanges de vêtements ; ou dix vêtements de rechange ; c’est-à-dire dix tuniques et dix manteaux ; car les vêtements ordinaires étaient la tunique et le manteau. (Comparer à Juges, 14, 12). La coutume des Orientaux, de ne pas porter des habits justes au corps, permettait d’en offrir même à des personnes qu’on ne connaissait pas.
et porta au roi d’Israël la lettre du roi de Syrie, qui était conçue en ces termes : Lorsque vous aurez reçu cette lettre, vous saurez que je vous ai envoyé Naaman, mon serviteur, afin que vous le guérissiez de sa lèpre.
Le roi d’Israël ayant reçu cette lettre, déchira ses vêtements, et dit : Suis-je un Dieu pour pouvoir ôter et rendre la vie ? Pourquoi m’envoyer ainsi un homme, afin que je le guérisse de sa lèpre ? Vous voyez que ce prince ne cherche qu’une occasion pour rompre avec moi.
Elisée, homme de Dieu, ayant appris que le roi d’Israël avait déchiré ainsi ses vêtements, lui envoya dire : Pourquoi avez-vous déchiré vos vêtements ? Que cet homme vienne à moi, et qu’il sache qu’il y a un prophète dans Israël.
Naaman vint donc avec ses chevaux et ses chariots, et se tint à la porte de la maison d’Elisée.
Et Elisée lui envoya une personne pour lui dire : Allez vous laver sept fois dans le Jourdain, et votre chair sera guérie et deviendra nette.
Naaman tout fâché commençait à se retirer, en disant : Je croyais qu’il viendrait me trouver, et que se tenant debout, il invoquerait le nom du Seigneur, son Dieu, qu’il toucherait de sa main ma lèpre, et qu’il me guérirait.
N’avons-nous pas à Damas les fleuves d’Abana et de Pharphar, qui sont meilleurs que tous ceux d’Israël, pour m’y laver, et me rendre le corps net ? Comme donc il avait déjà tourné le visage, et qu’il s’en allait tout indigné,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Abana et Pharphar. « Quelques-uns croient que l’Abana est l’Oronte ; d’autres que c’est le Chrysorrhoas des Grecs et le Barrada des Musulmans. Des savants non moins estimables pensent devoir appliquer la dernière de ces dénominations au Pharphar. Peut-être ne serait-il pas déraisonnable de conjecturer que les Pharphar et l’Abana ne sont que deux branches d’un même fleuve. Quoi qu’il en soit de ces opinions, c’est surtout au Barrada que Damas doit la beauté et la fertilité de sa plaine. Sa source est au mont Liban. Il se divise aujourd’hui en sept branches : ce sont autant de rivières qui arrosent les jardins du dehors, pénètrent par divers canaux dans ceux de l’intérieur, fournissent de l’eau aux bains qui sont en grand nombre, aux fontaines publiques, aux bassins, au château-fort, se réunissent ensuite à peu de distance de Damas, coulent en un seul fleuve pendant quelques lieues et vont se perdre dans un grand lac que les Arabes appellent Behairat-el-Mardi, la mer du Pré. » (DE GERAMB.)
ses serviteurs s’approchèrent de lui, et lui dirent : Père, quand le prophète vous aurait ordonné quelque chose de bien difficile, vous auriez dû néanmoins le faire : combien donc devez-vous plutôt lui obéir, lorsqu’il vous a dit : Allez vous laver, et vous deviendrez net !
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le mot père était en Orient un titre d’honneur et une marque d’affection. Les Grecs et les Romains ont imité cet usage.
Il s’en alla donc, et se lava sept fois dans le Jourdain, selon que l’homme de Dieu lui avait ordonné ; et sa chair devint comme la chair d’un petit enfant, et il fut guéri de sa lèpre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Luc, 4, 27.
Après cela il retourna avec toute sa suite pour voir l’homme de Dieu, et il vint se présenter devant lui, et lui dit : Je sais certainement qu’il n’y a point d’autre Dieu dans toute la terre que celui qui est dans Israël. Je vous conjure donc de recevoir ce que votre serviteur vous offre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Si ce n’est dans Israël ; construction elliptique, pour : Si ce n’est celui qui est dans Israël. ― Une bénédiction, c’est-à-dire un présent. Voir Genèse, 33, 11.
Elisée lui répondit : Vive le Seigneur devant lequel je suis présentement ! je ne recevrai rien de vous. Et quelque instance que fît Naaman, il ne voulut jamais se rendre.
Naaman lui dit donc : Il faut faire ce que vous voulez ; mais je vous conjure de me permettre d’emporter la charge de deux mulets de la terre de ce pays. Car à l’avenir votre serviteur n’offrira plus d’holocaustes ou de victimes aux dieux étrangers ; mais il ne sacrifiera qu’au Seigneur.
Il n’y a qu’une chose pour laquelle je vous supplie de prier le Seigneur pour votre serviteur, qui est, que lorsque le roi, mon seigneur, entrera dans le temple de Remmon pour adorer en s’appuyant sur ma main, si j’adore dans le temple de Remmon, lorsqu’il y adorera lui-même, que le Seigneur me le pardonne.
Elisée lui répondit : Allez en paix. Naaman se sépara ainsi de lui, et il avait déjà fait une lieue de chemin,
Commentaire (versets 18 à 19) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 18 à 19 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Les interprètes anciens et nouveaux justifient généralement, quoique diversement, la demande de Naaman, et par là même la réponse d’Elisée. Selon le plus grand nombre, Naaman pouvait consciencieusement accompagner le roi dans le temple de Remmon, lui prêter son bras pour s’appuyer et se prosterner, en se prosternant lui-même ; attendu que c’était là un service purement civil qu’il rendait à son maître, sans nul égard, nulle considération pour l’idole. Et si, malgré cela, il croit devoir implorer l’indulgence du Seigneur, c’est qu’il craint que son action, quoique licite en elle-même, ne puisse faire une impression fâcheuse sur ceux qui ne l’apprécieraient pas à sa juste valeur. Nous devons ajouter que le texte hébreu peut parfaitement s’entendre d’un fait qui a déjà eu lieu. Or, dans ce cas, toute difficulté disparaît entièrement. Dans le plus beau temps ; littéralement : dans le temps choisi ; c’est-à-dire au printemps ; car c’est ainsi que la Vulgate a rendu la même expression hébraïque que dans Genèse, chapitre 35. (?)
lorsque Giézi qui servait l’homme de Dieu, dit en lui-même : Mon maître a épargné ce Naaman de Syrie, et n’a voulu rien prendre. Vive le Seigneur ! je courrai après lui, et j’en recevrai quelque chose.
Giézi s’en alla donc après Naaman, et Naaman le voyant courir vers lui, descendit promptement de son chariot, vint au-devant de lui, et lui dit : Tout va-t-il bien ?
Giézi lui répondit : Fort bien. Mon maître m’a envoyé vous dire, que deux jeunes hommes des enfants des prophètes lui sont arrivés tout à l’heure de la montagne d’Ephraïm. Il vous prie de me donner pour eux un talent d’argent et deux habits.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Un talent d’argent… deux vêtements, etc. Voir le verset 5.
Naaman lui dit : Il vaut mieux que je vous donne deux talents. Et il le contraignit de les recevoir ; et ayant mis les deux talents d’argent et les deux habits dans deux sacs qu’il lia, il en chargea deux de ses serviteurs qui les portèrent devant Giézi.
Le soir étant venu, il les prit de leurs mains et les serra dans sa maison, et renvoya ces gens qui s’en retournèrent.
Giézi entra ensuite et vint se présenter devant son maître. Et Elisée lui dit : D’où venez-vous, Giézi ? Giézi lui répondit : Votre serviteur n’a été nulle part.
Mais Elisée lui répondit : Mon cœur n’était-il pas présent avec vous, lorsque cet homme est descendu de son chariot pour aller au-devant de vous ? Maintenant donc vous avez reçu de l’argent et des habits pour acheter des plants d’oliviers, des vignes, des bœufs, des brebis, des serviteurs et des servantes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
L’homme ; Naaman. L’article, qui manque dans l’hébreu, est dans le grec.
Mais aussi la lèpre de Naaman s’attachera à vous et à toute votre race pour jamais. Et Giézi se retira d’avec son maître tout couvert d’une lèpre blanche comme la neige.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Naaman, prince de la milice du roi de Syrie, Bénadad. Il habitait Damas, et d’après l’historien Josèphe, c’était lui qui avait tué le roi Achab d’Israël par une flèche tirée au hasard, voir 3 Rois, 22, 34. Son souvenir est toujours vivant à Damas. « D’après la tradition, la maison même qu’il habitait est aujourd’hui un hôpital de lépreux. Nous avons visité, dit le Dr Guibout, cette antique maison de Naaman, devenue, pour consacrer le souvenir de sa guérison miraculeuse, une léproserie. Nous y avons vu une douzaine de malheureuses femmes, défigurées par cette horrible maladie : le visage monstrueusement difforme, le front, les paupières, le nez, les lèvres, les joues d’un développement énorme, d’une épaisseur hideuse, d’une teinte violacée et sanieuse repoussante. Telle est la lèpre tuberculeuse, hypertrophique et ulcéreuse, à marche lente, désorganisant l’économie, incurable et mortelle. Tel était, sans doute, l’état de Naaman, quand Elisée le guérit. » (Jérusalem, Le Caire, Damas, 1889, p. 293).