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1 Samuel 20

OR David s’enfuit de Naïoth près de Ramatha ; et étant venu parler à Jonathas, il lui dit : Qu’ai-je fait ? Quel est mon crime ? Quelle faute ai-je commise contre votre père, pour l’obliger à vouloir ainsi m’ôter la vie ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En Ramatha. Voir 1 Rois, 19, 19. ― Il cherche mon âme ; hébraïsme, pour il cher à m’ôter la vie.

Jonathas lui dit : Non, vous ne mourrez point : car mon père ne fait aucune chose, ni grande ni petite, sans m’en parler. N’y aurait-il donc que cela seul qu’il aurait voulu me cacher ? Non, cela ne sera point.

Et il se lia de nouveau à David par serment. Mais David lui dit : Votre père sait très-bien que j’ai l’honneur d’être dans vos bonnes grâces : c’est pourquoi il aura dit en lui-même : Il ne faut point que Jonathas sache ceci, afin qu’il ne s’en afflige point : car je vous jure par le Seigneur, et je vous jure par votre vie, qu’il n’y a, pour ainsi dire, qu’un point entre ma vie et ma mort.

Jonathas lui répondit : Je ferai pour vous tout ce que vous me direz.

Il est demain, dit David, le premier jour du mois, et j’ai accoutumé de m’asseoir auprès du roi pour manger : permettez-moi donc de me cacher dans un champ jusqu’au soir du troisième jour.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les calendes ; c’est-à-dire la néoménie, ou fête de la nouvelle lune (voir Nombres, 28, 11-15), qui était célébrée par des sacrifices et un festin sacré. ― Jusqu’au soir du troisième jour, parce que le second jour était le jour du sabbat, et qu’il n’était pas permis, ce jour-là, de faire de longs voyages. D’un autre côté David ne pouvait pas savoir avant ce terme la disposition du roi à son égard.

Si votre père regardant à côté de lui me demande, vous lui répondrez : David m’a prié que j’agréasse qu’il fît promptement un tour à Bethléhem d’où il est, parce qu’il y a là un sacrifice solennel pour tous ceux de sa tribu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les victimes solennelles, annuelles.

S’il vous dit : A la bonne heure ; il n’y a rien à craindre pour votre serviteur : mais s’il se met en colère, soyez persuadé que sa mauvaise volonté est arrivée à son comble.

Faites-moi donc cette grâce, puisque vous avez voulu qu’étant votre serviteur, comme je le suis, nous nous promissions amitié l’un à l’autre en la présence du Seigneur : Si je suis coupable de quelque chose, ôtez-moi vous-même la vie ; mais ne m’obligez point de paraître devant votre père.

Jonathas lui dit : Dieu vous garde de ce malheur ! mais si je reconnais que la haine que mon père a conçue contre vous, soit sans remède, assurez-vous que je ne manquerai pas de vous le faire savoir.

David dit à Jonathas : S’il arrive que lorsque vous parlerez de moi à votre père, il vous donne une réponse fâcheuse, par qui le saurai-je ?

Jonathas lui répondit : Venez, et sortons à la campagne. Etant tous deux sortis dans les champs,

Jonathas dit à David : Seigneur Dieu d’Israël ! si je puis découvrir le dessein de mon père demain ou après-demain, et si voyant quelque chose de favorable pour David, je ne le lui envoie pas dire aussitôt, et ne le lui fais pas savoir,

traitez, ô Seigneur ! Jonathas avec toute votre sévérité. Mais si la mauvaise volonté de mon père continue toujours contre vous, je vous en donnerai avis, et je vous renverrai, afin que vous alliez en paix, et que le Seigneur soit avec vous comme il a été avec mon père.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Que le Seigneur fasse ceci, etc. Voir Ruth, 1, 17.

Si je vis, vous me traiterez avec toute la bonté possible ; et si je meurs,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La miséricorde du Seigneur, c’est-à-dire la miséricorde semblable à celle du Seigneur, la plus grande possible.

vous ne cesserez jamais d’en user avec bonté et compassion envers ma maison, quand le Seigneur aura exterminé les ennemis de David de dessus la terre jusqu’au dernier. Si je vous manque de parole, que Dieu retranche Jonathas de sa maison, et que le Seigneur venge David de ses ennemis.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qu’il tire vengeance des ennemis ; littéralement ; qu’il demande de la main des ennemis, qu’il demande compte à la main des ennemis. Comparer à Genèse, 9, 5.

Jonathas fit donc alliance avec la maison de David ; mais le Seigneur voulut punir les ennemis de David.

Jonathas conjura encore David de ceci pour l’amour qu’il lui portait, car il l’aimait comme sa vie.

Et il dit à David : C’est demain le premier jour du mois ; et on demandera où vous serez.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Demain sont les calendes. Voir verset 5.

Car on verra votre place vide ces deux jours-ci. Vous viendrez donc promptement le jour d’après le sabbat ; vous vous rendrez au lieu où vous devez être caché, et vous vous tiendrez près de la pierre qui s’appelle Ezel.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

On s’enquerra de ta place ; on demandera pourquoi elle est vide, et que tu ne l’occupes point. ― Au jour où il est permis de travailler ; c’est-à-dire le lendemain du sabbat, le troisième jour du mois.

Je tirerai trois flèches près de cette pierre, comme si je m’exerçais à tirer au blanc.

J’enverrai aussi un petit garçon, et je lui dirai : Allez, et apportez-moi mes flèches.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Mon serviteur ; littéralement dans le texte originel, le serviteur, mais, comme nous l’avons déjà remarqué, l’article se met très souvent, en hébreu, pour le pronom possessif. D’ailleurs toute la suite du discours justifie pleinement notre traduction.

Si je lui dis : Les flèches sont en deçà de vous, ramassez-les : venez me trouver, car tout sera en paix pour vous ; et vous n’aurez rien à craindre, je vous en assure par le nom du Seigneur. Si je dis à l’enfant : Les flèches sont au delà de vous : allez-vous-en en paix ; parce que le Seigneur veut que vous vous retiriez.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le Seigneur vit ! Voir Juges, 8, 19.

Mais pour la parole que nous nous sommes donnée l’un à l’autre, que le Seigneur en soit témoin pour jamais entre vous et moi.

David se cacha donc dans le champ, et le premier jour du mois étant venu, le roi se mit à table pour manger ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Manger du pain ; dans l’hébreu le pain. Voir 1 Rois, 14, 24.

et étant assis, selon la coutume, sur son siège qui était contre la muraille, Jonathas se leva, Abner s’assit au côte de Saûl, et la place de David demeura vide.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Près de la muraille. La place d’honneur en Orient est vis-à-vis la porte.

Saûl n’en parla point ce premier jour, ayant cru que peut-être David ne se serait pas trouvé pur ce jour-là.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il n’était pas permis de participer au festin des sacrifices, quand on avait contracté une impureté légale.

Le second jour étant venu, la place de David se trouva encore vide. Alors Saül dit à Jonathas, son fils : Pourquoi le fils d’Isaï n’est-il pas venu manger ni hier ni aujourd’hui ?

Jonathas répondit à Saül : Il m’a prié avec beaucoup d’instance d’agréer qu’il allât à Bethléhem,

en me disant : Laissez-moi aller, je vous prie, parce qu’il y a un sacrifice solennel en notre ville, et l’un de mes frères est venu me prier d’y aller : si donc j’ai trouvé grâce devant vos yeux, permettez-moi d’y faire un tour pour voir mes frères. C’est pour cela qu’il n’est pas venu manger avec le roi.

Alors Saül se mettant en colère contre Jonathas, lui dit : Fils de femme prostituée, est-ce que j’ignore que tu aimes le fils d’Isaï à ta honte et à la honte de ta mère infâme ?

Car tant que le fils d’Isaï vivra sur la terre, tu ne seras jamais en sûreté, ni pour ta vie, ni pour le droit que tu as à la couronne. Envoie donc présentement le chercher, et amène-le-moi : car il faut qu’il meure.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Fils de mort ; hébraïsme pour voué à la mort, digne de mort.

Jonathas répondit à Saül, son père : Pourquoi mourra-t-il ? qu’a-t-il fait ?

Saül prit une lance pour l’en percer. Jonathas reconnut donc que son père était résolu de faire mourir David ;

et il se leva de table tout en colère, et ne mangea point ce second jour, parce qu’il était affligé de l’état de David, et de ce que son père l’avait outragé lui-même.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Une colère de fureur ; hébraïsme pour une colère furieuse.

Le lendemain dès le point du jour Jonathas vint dans le champ, selon qu’il en était demeuré d’accord avec David, et il amena avec lui un petit garçon,

auquel il dit : Allez, et rapportez-moi les flèches que je tire. L’enfant ayant donc couru pour rapporter la première, Jonathas en tira une autre plus loin.

L’enfant étant donc venu au lieu où était la première flèche que Jonathas avait tirée, Jonathas cria derrière lui, et lui dit : Voilà la flèche qui est au delà de vous.

Il lui cria encore, et lui dit : Allez vite, hâtez-vous, ne demeurez point. L’enfant ayant ramassé les flèches de Jonathas, les rapporta à son maître,

sans rien comprendre à ce qui se faisait : car il n’y avait que Jonathas et David qui le sussent.

Jonathas ensuite donna ses armes à l’enfant, et lui dit : Allez, et reportez-les à la ville.

Quand l’enfant s’en fut allé, David sortit du lieu où il était, qui regardait le midi. Il fit par trois fois une profonde révérence à Jonathas en se baissant jusqu’en terre ; et s’étant salués en se baisant, ils pleurèrent tous deux, mais David encore plus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et il se prosterna ; littéralement : et il adora. Voir Genèse, 18, 2.

Jonathas dit donc à David : Allez en paix ; que ce que nous avons juré tous deux au nom du Seigneur demeure ferme ; et que le Seigneur, comme nous avons dit, soit témoin entre vous et moi, et entre votre race et ma race pour jamais.

David en même temps se retira, et Jonathas rentra dans la ville.